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Full text of "Les colonies franques de Syrie aux XIIme et XIIIme siècles"

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LES 



COLONIES FRANQUES EN SYHIE 



AUX XII"»» ET XIII-"' SIÈCLES 









\ 



GENEVE. — IMPRIMERIE HENRI TKEMBLBY 






COLONIES FRANQUES 

DE SYRIE 

AUX XU" ET XUl" SIÈC[|S 

FAR wS^ t'' ^ 

E. REY 




PARIS 

ALPH. PICARD, ÉDITEUR 

ICH1VBS NATIONALES ET DE U SOCI^TÏ DK L'ÏCOLB D 

82, me Bonaparte, 82 
1883 



.• • 



-5à 






5319^7) 



KM 



INTRODUCTION 



Dans le cours de mes voyages en Syrie^ un fait m'a 
frappé, qui intéresse l'histoire de l'Europe en général, et 
la nôtre en particulier : c'est l'esprit d'organisation poli- 
tique apporté en Orient par les Croisades. 

Les Assises de Jérusalem nous apprennent comment la 
société féodale fut transportée en Syrie. Les diplômes et 
les chartes sortis des chancelleries de Jérusalem, de Tri- 
poli, d'Ântioche et de Sis sont des témoins irrécusables 
et singulièrement curieux à consulter, et, joints aux ren- 
seignements fournis par les auteurs orientaux, ils jettent 
de nouvelles lumières sur cette entreprise nationale et 
lointaine de nos pères. Mais, en dépouillant ces archives, 
j'étais, chaque jour, amené à reconnaître, avec le comte 
Beugnot, combien la connaissance des lieux est néces- 
saire à celui qui entreprend l'étude des colonies latines 
delSyrie. 

La domination franque, d^ns ce pays, est écrite sur le 
sol par des monuments militaires et religieux qui portent 
le double caractère de la société et du temps. 




n INTBODUOTION. 

L'étude géographique et archéologique de la Syrie jus- 
tifie la conception politique des chefs et concorde avec 
les documents diplomatiques. Partout, sur son passage, le 
voyageur rencontre, avec une émotion extrême, la preuve 
muette, mais encore vivante, de Tunité de l'œuvre. 

J'ai entrepris cet examen en 1859, et aujourd'hui, après 
vingt-trois ans d'étude, en réunissant ce que j'ai vu et ce 
que j'ai lu, je me persuade que l'histoire de la domination 
franque en Syrie est un sujet de recherches des plus inté- 
ressants pour quiconque d'entre nous n'est pas indifférent 
aux destinées de son pays. 

C'est une étude bien attrayante que de ressusciter les 
choses du passé; par ce que l'on connaît, on fait revivre 
ce qui fut ; puis on arrive à déduire ce qui est encore 
obscur, et l'on reconstitue, ainsi, la vie et les institutions 
d'une société. 

Les Croisades en Terre-Sainte ne furent pas, à propre- 
ment parler, un événement. Croire qu'il a suffi de la 
parole éloquente d'un moine ou du repentir d'un sei- 
gneur pour susciter ces grandes expéditions n'eat plus 
possible. 

C'est un mouvement d'opinion très réfléchi, et mûri 
longuement par des chefs intelligents et énergiques, qui 
dirigea^ un jour, ces masses armées vers TOrient, en même 
temps que la pensée de conquête se trouvait, chez les 
premiers, fortifiée par celle d'organisation. 

Depuis l'antiquité, les relations commerciales entre 
l'Occident et la Syrie n'avaient jamais été interrompues, 



IKTBODUOnOK. UI 

et les produits orientaux étaient fort recherchés sur lès 
marchés européens : rapportés par les négociants des villes 
maritimes de la Méditerranée et répandus en Europe ils 
entretenaient une idée du luxe asiatique qui séduisait le 
monde féodal et poussait le commerce à de nouveaux 
développements. 

La conquête de la Sicile par les Normands peut et doit 
être considérée comme le point de départ et le premier 
acte des Croisades. 

Le succès de Robert Guiscard et de ses compagnons 
exerça une influence décisive sur l'esprit des nations qui 
touchaient à la Méditerranée. On pouvait donc^ avec 
quelque hardiesse^ se saisir de terres nouvelles et s'y 
tailler des royaumes. Enfin, on pouvait, à l'exemple 
d'Henry de Bourgogne, choisir^ pour ce dessein, des pays 
d'une richesse proverbiale, car les Normands s'enrichis- 
saient en même temps qu'ils se faisaient rois. 

L'idée religieuse datait de loin et avait été incessam- 
ment entretenue par la coutume des pèlerinages aux 
lieux saints, coutume ininterrompue durant tout le moyen 
âge. 

L'heure était bien choisie pour une entreprise de ce 
genre. Les Turcs Selljoucides venaient de s'emparer de 
Nicée, et leur apparition avait rallumé les craintes de 
l'Europe, qui voyait déjà s^agiter le spectre d'une nouvelle 
invasion de rislamisme. 

A la suite de la dhutè dé la dynastie des Abbassides, 



XV ÎWTBOPUOTJON- 

l'Asie occidentale était, comme l'Europe, ploiigée dans les 
horreurs de Tanarehie et de la guerre civile. L'autorité 
des califes avait perdu ses véritables défenseurs, lorsque 
le despotisme s'entoura d'esclaves achetés sur les bords 
de rOxus. La puissance spirituelle fut elle-même divisée, 
et l'on vit, à la fois, cinq califes prendre le titre de Com- 
mandeur des Croyants. Au n^ilieu de ce désordre général, 
les émirs, gouverneurs des provinces, ne tardèrent pas à 
se considérer comme indépendants, et l'autorité demeura 
à celui qui sut s'en emparer ; de sorte que les dynasties 
se succédaient avec une incroyable rapidité. 

Un tel état de choses était bien fait pour faciliter l'éta- 
blissement des Francs dans les régions qu'ils se propo- 
saient de conquérir (1). 

La fondation du royaume latin de Jérusalem et celle 
des principaiités d'Autioché, d'Ëdesse et de Tripoli furent 
le résultat de ce grand miouvement des Croisades. 




(i*Ato Ârslan , montre quelle éiait, en Sym» iès Tannée iil4, la situatioii 
des Francs : 

« 11 peut paraître étrange que parmi les princes musulmans à c^ui on 
oflfrait ainsi Âlep, il ne se soit trouvé personne qui désirât une aussi belle 
possession et qui pût la défendre contre les Francs. Mais voici la raison de 
ce fait : eVst qtle tous ces peti^ grinces musulMMis veulent avec plaisir 
la puissance des Francs s^affiermir en Syrie et outils espéraient que ce voisi- 
nage 'leur as^trei'ait, à eux-mémeè, ta trâaqwine possession désr Etats que 
chacun 4*efi.x s^était formés à la faveur des troubles qui déchiraient Tlsla- 
misme. '»-'-' 

Aussi trouvons^ous constamment, à celte ^ouque. les princes d'Antioche 
et le comte d*&de88e àlKës avee les'^èiées mwmnwé. - 

En il 15, c'est Roger d^Antioche qui est uni avec 11-Gazi-lbn-Ortok. 

Puis, entre les années 1116 à 1119, les haèitànWd^Alep' apnellent, plu- 
sieurs fois, les Francs «u secours de leur ville, menacée par les compéti- 
tion»; 4e6 pH|i60s n^fuUpw/i, qmi s'»^ di$pn^(ef(tla pos^e^wa^, 



IKTBODUOTIOSr. ▼ ^ 

Le plan de campagne qui semble avoir été artétë avant 
le départ de l'armée, en 1096, fut très habilement conçu. 
En voici l'exposé rapide : 

S'appnyer sur l'empire grec pour ébranler la puissance 
musulmane en Asie Mineure; pénétrer, avec son aide, 
aussi loin que possible à travers ce payfa, se diriger vers 
le Taums, puis, les armes à la main, s'ouvrir la toute de 
la Palestine. 

Fonder, comme on l'a fait, la principauté d'Edesse, et 
conquérir toute la Syrie. avec «ne partie de l'Arabie 
Pétrée ; mettre ainsi le désert de I^lmyre eotre les Etats 
des califes de Bagdad et les colonies franques qpi, sépa- 
rant, de la sorte, l'Arabislan de TEgypte, diviseraient lé 
colosse de la puissance musulmane en deux parties et 
resteraient défendues par des frontières naturelles contre 
les efforts dé Flslamisme* * 

La marohè suivie par l'armée chrétienne^ les donations 
faites par l'empereur grec, viennent eMrroborer ce qne. 
nous wvonâ du pian militaire^ deët iaionaatio&>des prin- 
cipautés latines ne fut que l'application politique. 

L'étude des institutions régissant bea principastéa,. 
ainsi que celle des causes qui ont tevorisé leur établis^ 
sèment et leur, développement auseiii d'«u population 
d'Orientaux de toutes races, Syriens, Grecs et Arménisnfi,. 
m'a semblé un sujet neuf desUné à combler une des 
lacunes de l'histoite dei Câroiaadéftl :v '\ 

'^\ ^' '' i *-f ' -^ '^ r* * 

Jusqu'à présent,'on sfe0|,^%OfJD^^i^.r<^dier à un point 
de vue purement occiâ^^fiyr?^ i^'tllimant beaucoup trop 



Ti ivraornionoii. 

dans l'ombre, le rôle importaat que jouèrent les Syriens 

et les Arabes dans les établisBements dont nous nous 

occupons. 

L'élément indigène, ainsi que les relations constantes 
avec les Grecs et les Musulmans, exercèrent une influence 
considérable sar la société des principautés franquea. 

Je m'efforcerai donc, dans te travail que j'entreprends, 
d'éviter cet écueil, car on ne saurait, je crois, tracer un 
tableau fidèle de ces colonies sans lecoorir aux sources 
orientales qui sont atqtelées k jeter une vire lumière sur 
use foulé de points demeotés obscurs: 

L'étude de la géographie bistori^ae de la Syrie pen- 
dant les donziàme et treizième siècles était encore à faire ; 
aussi ai-je cm devoir Im consacrer la seconde partie de 
ce livre, tout en ne me faisant aucune illusion eut les 
Dombreuses lacunes qui restent encore à combler dans ce 
chapitre, cempjément naturel d'une. esquisse de la société 
franco-syrirame des principautés latines. 

Si je Ihisee en dehors de ce travail l'Ordre Teutonique, 
c'est que ja sal8<'jqae' boq: rôle en Terre-Sainte est, en ce 
momeat, l'objet d'une étude toute spéciale de la part de 
H. le D' Hans Pratz, qui 'doit so servir d'importants 
documenta résaispu' loi.etdoiU la plupart sont encore 
médtt& 




ERRATA 



Page 4, ligne 13 ; par la nécessité Uses par les nécessilés 

— 37, - 6 : ancien de 11S3 lire IIU, date da siège d'Edesse 

— 43, ^ : iin*grile an lien d*iuie grille 

— 66, — 85 : an lien de bancs liseji bèM on banqs 

— 136, — 4: an lien d^archèses lire archères 

— 143, lire Monqnaddim an lien de Monqaddin 

— 145, ligne 90 : an lien de lignes lisez lienes 

— 450, il y a intervertlon entre les n** M et S4 des sonrces 

— 151^ an lieu de grands officiers lire grands offices 

— ' 172, il y a intervertlon entre le n*3 des sonrces et le n* I de la p. |73^ 

— 173, lire ArsonI an lien d^Arsonb 

— 212, à la sonrce 8 lire Monnmenta Patrie 

-^ 215, ligne 27 : lire Bnrchard an lien de BnrkardI 

— 216, note 2, lire Londres an lien de Landres 

-- 229, lignes 22 et 25, lire intailles an lien de entailles 

— 272, lire hic ucet impulcbbo 

— 302, an lien de Gembie lire Geraple 

— 318, ligne 2 : lire Enphratese an lien d'Enphrata 

— 332, — 6 : an lien de Nahar Zyaro lire Nahar Zagro- 

— 840, — 25 : an lien de baiUi lisejr baile 

— 350, — 31 ! an lien d*Historiens Orientanx lisez Ocddentanx 

— 371, lire La Reselanse (barrage de) 

— 387, la seconde sonrce dn n* 6 est à reporter an 7 

— 405, intervertlon des sonrces 4 et 5 

— 406^ ligne 13 : lire Sapherieh an lien de Ke6rab 

— 407, -- 5 : lire Schefrieh an lien de Sctieprieb 
— • 412, sonrce n* 2 lire Mémorial an lien de Mémoire 

— 439, ligne 15, lire Deir es Sandeh an lien de Deir et Sandan 

— 478, -^ 3v lire la Gassomie on la Casemie 



,. : t 



TABLE DES CHAPITRES 



^CHAPITRE PREMIER 
U NoUflim If tiiM 

Pages 

Sa vie et ses habitations dans les Vifled. — Ses babitndes, les modes 
de vêtements qa*elle emprunte à rQrien^ — Sa vie dans les châ- 
teaux. — Sadne, le Krait. — La juridiction seigneuriale dans les 
baronnies. — Les vassaux. — L*armement. — I^s chevaux et les 
sommiers. — Le recrutement des troupes. — Les engins, les feux 
de guerre et les signaux. — Les relalioBfl des princes francs avec 
les émirs arabes et les cours musulmanes. — La domesticité des 
grands feudataires. — Les tètes. -^ L^ an^oiries. — Les tournois. 
— Les chasses. 1 



CHAPITRE 11 
Les Bevrgeois 

Les communes ou bourseoisie^. — La condition des bourgeois. — La 
juridiction, cour du vicomte, cour de la Fonde, cour de la Chaîne, 
la cour syrienne ou du Rets. — Les PoubdUs bourgeois, issus de 
mariages de Francs avec des femmes syriennes et arméniennes. — 
Leurs mœurs tout à fait orientales. — Les confréries bourgeoises, 
celle de Saint-André, à Acre, celle des Vermeils, à Tyr, etc. — Les 
fonctionnaires, le vicomte, le malhessep, les sergents, les placiers, 
les baniers, les drogmans, les écrivains 37 

CHAPITRE III 
les eoBiBHines eonmereiales 

Les Amalfitains, les Vénitiens, les Génois, les Pisans, les Marseillais 
dans les villes du Uttorai 9yikn ....••..»..«* 68 



TÀBIiB DES OHAFITBBS. 



CHAPITRE IV 
Lm iidigines dirétieu 



Grecs; les tieorjdens ou Ibèm . 



CHAPITRE V 
Les indigènes ninsnlBUiiB ft lotres 

1 IsmiLéliBns, 



GBAPITRE VI 
LesKscliTH 

Leur ptoveuuice, — Leur condHion dani les cokmies toUneB. . . . 

CHAPITRE Vli 
L'état niUlaire et marilioe 

Le chiffre des farces mililsires de chaqae principauté. — Les grands 
ordres mililsires du Temple et de rHdpiUil. — L^i Torlilicalioa dans 
les colonies franirues de Sp'ï«. — Les reconnaissances et renseigae- 
menis militaires sar les forces des princes masnlmans. — Les che- 
mins de Babilone. Via ad Terrain Sanctam. — La tnarinc. 
— Los porls. — L'ëclnîrage des cdles. — La croisière dans la mer 
Bonie, en 1183, de la flotUle de Renand de Chatillan, seigneur de 
KarÂ. — Les navires en usage sur h littoral syrien pendant ]ei 
Croisades. — Les routes maritimes fluiviea alors ponrse rendre en 
Terre-Sainte. — La navigation de la mer Uorte el du lac de Tilté- 

CHAPITRE (Vmî 
Les éMles et le mtoTenent iatelleelBcl 

Les écoles syriennes et arabes avant et pendant les Croisades. — 
L'enseignement des docteurs syriens. — LÀ philMopliie syrienne. — 
Georges Alioolbradj. — Sra cnnvres. — La part des Latins dans le 
monveiDent intellectuel des colonies franipos. — La géographie et 
raatronoiDle. — La médecine. — Les sciences naturelles. — Examen 
k ces divers poiats de vue des cenvrea de Jicqoes de Vitry . • . 



TABLE DBS OHAPITMIS. m 

QHAPITRB(Ky 
fceCaïunerea 

Paobs 

Les négociants latins et indigènes. -— Les établisseipents commerciaux» 
—Les relations commerciâes de la Syrie avec Tettrème Orient. — 
Les grands entrepôts et les routes de caravanes. — Les marchands 
indigènes. — Les apothicaires. — Les espiciers. — Les objets de 
commerce 188 



CHAPITRE^ 



L'industrie et les arts industriels 

La céramique. — Les étoffes. — Les tapis. — La savonnerie. — Les 
salines. — Les teintureries. — La métallurgie. ~ La Verrerie. — La 
damasipiinure. — L*orfôvrerie ........ é. ^ i . 2ii 

CHAPITRE XI 
Etat forestier et agricole 

Les forêts de Syrie aux douzième et treizième siècles. — Les cultures. 
— Le casai. — L*état des populations agricoles.. — Les mesures 
agraires. — Les préposés des casaux et les reguli. — Les rede- 
vances. — Le régime des terres. — Les jardins. — Les vignes. — Les 
cultures industrielles. — Le bornage. - Les voies et les chemins . i35 

CHAPITRE @) 
lut financier 

Les droits perçus sur les marehandisèB à rentrée et à la sortie. — 
Les péages perçus sur les routes et sur les ponts. ^ Les fermes 
ou monopoles de certaines indiutries. — Les tailles et les taxes. — 
L'état de fortune de cartains grands vassaux. — Les monnaies. — 
La banque 255 

CHAPITRE Xm 
L'état ecdésiasiiqne et l'asristance pnbliqne 

Les divisions ecclésiastiques de la Syrie. — Les cours d*E|^lise et les 
causes qui en relevaient. — Les prérogatives et les exigences du 
clergé latin. — Les préjudices causés aux colonies franques par cet 
état de choses. — Guillaume de Tyr considéré comme la personna- 
lité la plus remarquable du clergé latin pendant les Croisades. — 
Le grand désir d'union dont étaient animées à cette époque les 
églises orientales. — Les catholicos Grégoire Bahlavouni et Nersès 
Schnorali^ saint Nersès de Lampron, archevêque de Tarse, et Biichel 
le Syrien, fiatriarche jacobite d'Antioche. •— L'assistance publique. 
\y' — Les hôpitaux. — Les léproseries. ~ Etat des possessions de 
Tabbaye du Mont^ion, tant en Terre-Sainte qu'en Occident . . . 266 



TABZA SES OHAPISSEfi. 



CHAPITRE XIV 
Les gruda pHeriBages 



Notre-Dame de Tonov, Sunte^lsifaorine du Mont-Sinal, Tfab«-Danie 
de Sardenaf dite Notre-Dame de Is itoche îffii 



Oéographie historique de la Syrie au temps 
des Croiaades 

FonnaUtiD des noms de liflnx 297 

Le Comld d'Bdeue 301 

La Principanid d'A]i4o<4)e «liS 

Le Comté de TripoU aS6 

Le rojanme de Jënualem el In Btrf* en rderant 375 




LA SOCIÉTÉ 



DANS LB8 



PRINCIPAUTÉS FRANQUES DE SYRIE 



CHAPITRE PREMIER 



La Noblesse latlûe 



Dès que les Francs se furent rendus mattres de la 
Syrie, les populations indigènes acceptèrent très aisément 
les institutions féodales qui, pour elles, n'avaient rien de 
nouveau ni d'insolite, ce qui explique la fapilité trouvée, 
par les Croisés, à prendre racine dans les diverses prin«- 
cipautés formant les colonies chrétiennes d'Orient. 

La féodalité s'y constitua donc aussitôt après la con- 
quête et produisit les deux types les plus purs de ce 
système gouvernemental, les royaumes de Jérusalem et 
de Chypre. 

La législation féodale des provinces franques de Syrie 
était, à cette époque, sous bien des rapports, supérieure 
à celle des principaux pays de l'Europe. 



2 CHAPITBE PBEMIEfi. 

J'ai déjà dit, autre part, qu'en étudiant les traces lais- 
sées en Orient par la domination latine on est étonné d'y 
trouver une organisation politique conçue avec autant de 
force que d'habileté (1). Elle s'établit au milieu d'une popu- 
lation composée d'Européens et d'Orientaux de toutes 
races et parvint à fonder un Etat qui ne fut pas sans 
gloire. 

Nous devons, d'ailleurs, reconnaître que la noblesse 
franque fixée en Syrie était généralement beaucoup plus 
lettrée, plus sage et plus prévoyante qu'on ne l'a cru jus- 
qu'à ce jour. 

Latins et Syriens vécurent en bonne intelligence, non 
seulement dans les campagnes et dans les villes, mais 
jusque dans les rangs de l'armée chrétienne. 

Ces mêmes hommes qui, dans les Assises de Jérusalem 
nous ont laissé le plus beau monument de la législation 
féodale du moyen âge appropriée par eux aux périls d'un 
état de guerre permanent, surent en même temps respecter 
les liens municipaux qui régissaient, au temps des empe- 
reurs grecs et sous les Arabes, la population syrienne et 
qui, au contact de la législation occidentale importée par 
}s Francs, eurent une large part dans l'établissement des 
coMumes et des assises de chaque principauté (2). 

Ici, 4es grands vassaux avaient remplacé les émirs, et 
les feudataires de chaque degré, unis les uns aux autres 
par les liens étroits de la hiérarchie féodale, veillaient à la 
sûreté des populations rurales attachées à la culture de 
leurs terres ou habitant sur leurs domaines. 



(1) Essai sur la domination française en Syrie au temps des 
Croisades, p. 17. 

{% Cod. Diply t. I, p. 286. — Ibid. N' 45,î;p. 46. — Assises de Jé- 
rusalem, t. I, p. 642. — Assises d'Antioche, 






tiA KOBLBSSÊ LAtiKB. $ 

Chacun des grands vassaux possédant principauté ou 
grande baronnie du royaume (1) avait une cour particu- 
lière, composée d'un connétable, d'un maréchal, d'un 
bailli ou maître de la secrète (trésorier), d'un sénéchal, 
d'un bouteiller et d'un chancelier. Les princes avaient, en 
outre, des chambellans et chaque forteresse était gou- 
vernée par un châtelain. 

Parmi ces seigneurs, la plupart résidaient dans leurs 
fiefs; d'autres, et notamment ceux qui occupaient les 
grandes charges de cour énumérées plus haut, tout en 
possédant des biens-fonds considérables, paraissent avoir 
plutôt habité les villes principales ; on peut citer, comme 
grandes familles établies à Antioche, les Sourdval, les 
Falzhard, les le Jaune, les Mamendon, les des Monts, les 
Tirel, les l'Isle, etc., etc. 

A Tripoli étaient fixées les familles de Pu}*-Laurent, de 
RonscheroUes, de Larminat, de Fontenelle, de Gornilion, 
de Gorab, de Farabel, de Ham et un assez grand nombre 
d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici. 

Les nouvelles conquêtes, une fois partagées en fiefs, se 
couvrirent ifapidemeut de châteaux, d'églises, de monas- 
tères latins et furent soumises, dans toute leur étendue, 
à ce système social qui, nous venons de le dire, embras- 
sait la population indigène comme les conquérants. 

On vit alors s'élever de toutes parts, en Syrie, c^ 
merveilleuses forteresses qui sont aujourd'hui, pour nous, 
les témoins indéniables des rapides progrès accomplis par 
les ingénieurs francs, au contact des Bysantins et des 
Arabes. — Ces églises, bâties par des architectes occi- 
dentaux, d'après un modèle dont on trouve de si fréquents 



(1) Familles d'outre-mer, de la p. 649 à la p. 002. 



4 CHAPITRE PBEHIBB. 

exemples en Bourgogne et sar les bords de la Loire; 
enfin, des palais et des hôtels, habités par la noblesse 
latine, dans les villes comme Acre, Tyr ou Tripoli (1), dont 
malheureusement il ne subsiste plus rien aujourd'hui et 
qui ne nous sont connus que par les descriptions des voya- 
geurs des douzième et treizième siècles. 

Ici, comme en Sicile, les artistes grecs et arabes déco- 
rèrent les églises et les palais élevés par les Croisés. Les 
récits des auteurs contemporains nous donnent quelques 
détails intéressants à ce sujet. 

Gomme dans les villes il n'y avait pas à tenir compte 
de la question de la défense, la noblesse et la bourgeoisie 
latines furent amenées par la nécessité d'un climat brû. 
lant à conserver pour leurs hôtels les plans et les dispo- 
sitions intérieures des grandes habitations orientales. De 
même que chez les seigneurs, le luxe s'était singulière- 
ment développé chez les bourgeois de Syrie, qui pou- 
vaient, sans peine, rivaliser avec la noblesse, ne se rui- 
nant pas, comme elle, à la guerre. 

L'aspect général des villes franques de la côte de Syrie 
devait alors se rapprocher beaucoup de celui qu'offraient 
les villes italiennes à la même époque. 

Par suite de la rareté du terrain, les rues étaient 
étroites et les maisons très serrées. De nombreuses portes 
séparaient les quartiers, ou Vici. A Acre, notamment, on 
voyait s'élever, dit Herman Corner (2), nombre de ces 
tours seigneuriales si répandues dans le nord de l'Italie. 
Le même auteur nous apprend que les places étaient 



(1) Mas. Lat. Hist, de Chypre^ t. I, p. 478. 

(2) Herman Corner. Chron. ap, Ekkard, Corpus Hist., tome II, 
page 491. 



LA NOBLESSE LATINE. 5 

petites, mais très ornées, et il signale encore les riches 
étoffes qui, tendues au travers des rues d'Acre et de Tyr, 
défendaient les passants des ardeurs du soleil en formant 
des abris le long des maisons. 

Dans la plupart de ces villes, chaque corps d'état occu- 
pait une rue portant son nom. De nombreuses voûtes qui 
y étaient jetées faisaient communiquer entre elles cer- 
taines maisons. Gomme celles que Ton voit encore dans 
presque toutes les villes modernes du littoral syrien, ces 
voûtes contribuaient à la solidité des constructions aux- 
quelles elles s'appuyaient en les prémunissant contre 
l'effet des tremblements de terre. 

Ainsi le Souk, ou marché de Jérusalem, consiste en trois 
grandes galeries voûtées en ogive, élevées par les Francs, 
communiquant entre elles par des passages latéraux et 
répondant aux trois rues nommées, au douzième siècle. 
Marché aux herheSy la rue Couverte et la rue Malcui- 
sinat ; c'est le spécimen le mieux conservé que j'aie ren- 
contré, en Syrie, des marchés ou rues commerçantes du 
moyen âge. 

Quant aux boutiques, elles semblent avoir été tout 
à fait identiques à celles qui se voient dans les bazars et 
les rues des villes orientales modernes^ dont l'aspect 
général se rapproche encore beaucoup, certainement, de 
celui que présentaient les rues des villes possédées par 
les Latins. 

A Acre, les maisons des grands ordres militaires 
tenaient à la fois du château féodal et de ces palais forti- 
fiés qui se rencontrent encore dans certaines villes de la 
Toscane (1). 



(1) Mém, de la Soc. des Ant. de France, l. XXXIX, p. 190. 



6 GHAPITBE PBEMIEB. 

Là description donnée par Vilbrand d'Oldenbourg (1) 
des maisons d'Antioche, ce qu'il dit du luxe y régnant et 
des eaux courantes amenées par des aqueducs et répan- 
dant dans toutes les pièces une fratcheur délicieuse, nous 
prouve que ces habitations devaient se rapprocher beau- 
coup, par leur plan et leur décoration intérieure, des 
splendides demeures arabes que nous voyons encore à 
Damas, à Alep, à Tripoli, à Hamah et dans les autres 
grandes villes de la Syrie. 

Les palais et les hostéls dont parlent les documents 
contemporains devaient répondre aux grandes maisons 
modernes, avec cour centrale, sur laquelle s'ouvrent les 
pièces de réception et d'habitation. 

Les curieuses maisons qui se voient encore dans le 
quartier d'Albaysïn, à Grenade, avec la même cour, au 
milieu de laquelle se trouve un jet-d'eau, sont bâties sur 
un plan analogue. 

Les petits palais arabes-normands de la Couba et de la 
Ziza, à Palerme, ainsi que le pavillon élevé, dans les 
jardins du second, par Georges d'Antioche, donnent, par 
leur aspect et leurs dispositions générales, aussi bien 
que par leur décoration intérieure, formée de mosaïques 
encadrant de capricieuses arabesques, les placages de 
marbre revêtant les parois des salles, une idée fort exacte 
de ces hôtels et de ces palais. 

Dans les villes très populeuses, où l'espace était forcé- 
ment restreint, comme à Acre et à Tyr, les maisons durent 
être à deux étages. Construites en pierres de taille et 
couvertes en terrasses, elles étaient éclairées par de 



(1) Vilbrand d^Oloenbourq. Ap, Peregrin, Medii œvi, quat, ed 
Laurent, p. 172 et soivantes. 



LA NOBLESSE LATINE. 7 

nombreuses fenêtres garnies de vitres, et à l'intérieur, 
décorées de peintures et de lambris. (1). 

Le rez-de-chaussée était, probablement, comme de nos 
jours, occupé par les magasins, les écuries, les cuisines et 
autres dépendances. Un escalier extérieur conduisait à la 
cour centrale, qui se trouvait ainsi placée au niveau du 
premier étage, comme nous le voyons dans beaucoup 
de maisons à Beyrouth, à Lattakieh, à Jérusalem, à 
Hébron, etc., etc. 

L'auteur allemand que je viens de citer plus haut men- 
tionne, au nombre des principaux palais d'Acre, ceux 
des Ibelins, des comtes de Gésarée, des seigneurs de la 
Blanche-Garde, du prince de Galilée, des seigneurs de 
Tyr et du Toron, etc., etc. 

Les récits des voyageurs contemporains nous appren- 
nent que ces habitations renfermaient des divans et de 
vastes salles oti l'art syro-arabe avait épuisé toutes les 
richesses de l'ornementation. Les murs en étaient revêtus 
de placages de marbres, ou décorés de fresques et de 
mosaïques. Quand ces pièces n'étaient pas voûtées, les 
plafonds lambrissés décorés de caissons, entre poutrelles, 
étaient couverts d'arabesques rehaussées d'or et de pein- 
tures semblables à celles qui ornent les charpentes de la 
cathédrale de Messine. 

Vilbrand d'Oldenbourg (2), qui visitait la Terre-Sainte 
en 1212, nous a laissé une intéressante description du 
château des Ibelins, à Barut, et d'une salle récem- 



(1) Herroan Corner. Chron, ap. Ekkard, Corpus, HisU^ tome II, 
page 941. 

(2) Peregrinatores Medii œvi qtiatiMr ed, Laurent^ p. 166-167. 



8 CHAPITBE PBEMIEB. 

ment décorée dans une des nouvelles tours de cette for- 
teresse : 

i Cette pièce prend jour, dit-il, d'un côté sur la mer, 
de l'autre sur les jardins qui entourent la ville. Son 
pavage en mosaïque représente une eau ridée par une 
faible brise, et on est tout étonné, en marchant, de ne pas 
voir ses pas empreints dans le sable représenté au fond. 
Les murs de cette salle sont revêtus de placages de 
marbre formant lambris d'une grande beauté. La voûte 
est peinte à l'image du ciel, etc., etc. Les Syriens, les 
Sarrasins et les Grecs excellent dans les arts de la déco- 
ration. Au centre de cette salle se trouve un bassin en 
marbre de couleurs diverses formant un ensemble admi- 
rable et merveilleusement poli, etc. Au milieu de ce 
bassin se voit un dragon paraissant dévorer des animaux 
peints en mosaïque, et lançant en l'air une gerbe d'eau 
limpide et abondante qui, grâce à l'air circulant libre- 
ment par de larges et nombreuses fenêtres, répand en 
cette salle une fraîcheur délicieuse, i 

Dans sa description de Tripoli, le même pèlerin alle- 
mand signale comme très remarquable la grande salle du 
palais épiscopal de cette ville (1). 

Il y a tout lieu de penser qu'ici encore les nécessités 
du climat syrien avaient fait adopter un plan et une déco- 
ration tout à fait orientale. 

En étudiant certains châteaux, notamment à Gésarée 
et â Margat, j'ai retrouvé, dans plusieurs salles, des 
traces de lambris et de peintures à fresques. Bien que ne 
possédant plus un seul spécimen des menuiseries em- 
ployées â la décoration des édifices élevés en Syrie par 

(1) Peregrinatores cevi qitatuor ed, Laurent, p. 168. 




LA N0BLE8SB LATINE. 9 

les Francs; pourtant, d'une part, ce que dit Vilbrand 
d'Oldenbourg de l'habileté des ouvriers syriens et musul- 
mans dans l'art de la décoration ; et de l'autre, les quel- 
ques morceaux de sculpture sur bois et de marqueterie 
parvenus jusqu'à nous, donnent cependant la mesure de 
la prodigieuse habileté des menuisiers arabes des dou- 
zième et treizième siècles, qui concoururent à décorer et 
à meubler les châteaux, les hôtels et les palais de la 
noblesse latine. 

Je ne citerai ici que le mimbar (1) de la mosquée 
d'Omar, exécuté à Alep en 1168. Celui de la mosquée de 
Qous, en Egypte. Les frises, les poutres et les portes de 
l'hôpital du Moristan, au Caire, qui sont ornées de figures 
humaines et d'animaux se jouant au milieu de rinceaux 
fleuronnés (2). Parmi les animaux, on reconnaît des paons, 
des perroquets, des gazelles, des lièvres, et enfin, des 
figures de martichores, portant des couronnes à fleurons, 
tout à fait analogues à notre couronne ducale héraldique. 
On peut donc juger, par ces exemples, de ce que durent 
être les boiseries des habitations des seigneurs latins 
dans les grandes villes de Syrie. 

L'intérieur de ces maisons était orné de riches ten- 
tures en soies de Tripoli, d'Ântioche, de Tarse, de Damas 
ou de Perse. 

Les poteries émaîllées aux riches couleurs, les porce- 
laines de Chine, ainsi que ces belles verreries arabes de 
Syrie et d'Egypte dont les mosquées du Caire et de 
Damas conservent encore de si précieux échantillons, 
abondaient aussi dans ces somptueuses demeures. 



(1) Vogué. Temple de Jérusalem, p. 103. 

(2) Prisse d'Avesne. Art, Arabe, t. ïl, pi. 76-84. 



10 GHAPITBB PBEMIEB. 

Partout, sur les dressoirs, étincelaient des cuivres 
damasquinés sortis des ateliers de Mossoul et de Damas 
qui produisaient alors ces admirables vases, ces lampes et 
ces aiguières existant encore en grand nombre et parmi 
lesquels nous trouvons assez fréquemment des pièces exé- 
cutées pour des princes francs et portant des inscriptions 
et des symboles chrétiens. 

Les dressoirs étaient encore chargés de vaisselle d'or 
et d'argent. Nous trouvons décrits dans un inventaire 
fait à Acre, en 1266 (1), des aiguières, des coupes et 
des pots en or et en argent, des hanaps de vermeil et d'ar- 
gent, ornés de pierreries et d'émaux; des barils, de nom- 
breuses escuelleSy de petits hanaps sans pieds, ainsi que 
des douzaines de cuillers d'argent. 

Les tables étaient couvertes de belles nappes ouvrées, 
en fine toile. 

Les principaux aliments usités dans les colonies latines^ 
le bœuf, le mouton, les volailles, les gelines d'Inde, les 
viandes salées et le gibier, sont fréquemment mentionnés 
dans les auteurs contemporains. 

Les vins de Laodicée, célèbres dès l'antiquité, ceux de 
Nephin, du Boutron, de Gibelet, de Casai Imbert, de 
Sainte-Croix de Jérusalem, de Bethléem, d'Engaddi, de 
Gaza, du Saphran et de Sagette passaient alors pour les 
meilleurs de Syrie. Dans les occasions solennelles, on ser- 
vait des vins apportés des terres de païenisme, c'est-à- 
dire de la Perse, notamment ceux du Farsistan (province 
de Schiraz), dont l'importation jusque dans l'Lide nous est 
indiquée par Edrisi (2). 



(i) Mém, de la Soc. des AnU de France^ t. XXXII, p. 204-206. 
(2) Edrisi, t. I, p. 73. 



LA NOBLESSE LATIinS. 11 

Diverses espèces de bières espicées au nard, à la mus- 
cade, au girofle, étaient aussi fort appréciées à cette 
époque en Syrie, où elles étaient désignées sous le nom 
de vin de cervoise. 

Jacques de Vitry (1) nous apprend que la neige du 
Liban, transportée avec de grandes précautions à plu- 
sieurs jours de marche, servait pendant Tété à rafraîchir 
les boissons ou à les glacer sous forme de sorbet. 

Les auteurs contemporains disent encore que les 
Francs avaient emprunté aux Arabes les sauces très épi* 
cées (2), l'emploi du jus de citron et des vinaigres aroma- 
tisés pour l'assaisonnement des viandes et des poissons. 
L'apparition des fruits et des confitures de Damas, alors 
en grand renom dans les colonies latines et dans tout 
l'Orient, terminait les banquets. 

L'usage de servir, à la fin de chaque repas, des espices^ 
avait fait adopter par les Francs de Terre-Sainte le dra- 
geoir, vase à plusieurs compartiments, où chaque chose 
avait sa place, et qui était garni de cuiller» pour 
prendre des confitures sèches ou liquides, des dragées 
ou des pastilles au myrobolan, au galenga ou au gin- 
gembre, etc. 

Pour s'éclairer, on se servait, en Syrie, comme en 
Occident, de chandelles de cire. Parfois, suivant l'usage 
arabe, elles étaient parfumées. 

Dès l'arrivée des Francs en Terre-Sainte, l'influence orien- 
tale se fit sentir dans le costume, l'armement et l'équipe- 
ment militaire. Pour échapper à une chaleur accablante, les 
Francs adoptèrent les amples vêtements des Orientaux, 



(1) Jacques de Vitrt. Ap. Bongars, p. 109S-99. 

(2) Id. et Raoul de Digeto Ed, Tvyysdem^ p. 5S6. 



12 GHAPITBE PBEMIEB. 

et pour atténuer l'effet du soleil sur le casque, ils recou- 
vrirent ce dernier de la couffieh arabe^ qui devint ainsi 
l'origine du lambrequin héraldique. Pour la saison plu- 
vieuse, la pelisse garnie de fourrures jetée sur le reste du 
costume fut encore adoptée par les Latins. 

Ils prirent donc les longs vêtements faits d'étoffes de 
soie aux manches lacées et garnies de riches galons d'or 
décorés de perles et de pierreries. 

Ils portaient même, parfois, le turban et la longue 
tunique des Arabes, car Salah-ed-din ayant, en 1192, 
envoyé au comte Henry de Champagne^ entre autres pré- 
sents, une tunique et un turban magnifiques, celui-ci 
écrivit au sultan : < Vous savez que la tunique et le 
turban sont loin d'être en opprobre chez nous ; je me ser- 
virai certainement de vos présents (1). » Et le prince 
porta fréquemment l'un et l'autre pendant qu'il résidait 
à Acre. 

Les hommes paraissent avoir mis également en usage 
la forme des chaussures orientales, car, en 1257, les 
constitutions du synode de Nicosie (2) interdisent aux 
clercs de porter des souliers à pointes recourbées, ainsi 
que des cordons et des ceintures d'or et d'argent. 

Les femmes surtout adoptèrent aussitôt la forme du 
long vêtement oriental. Il semble avoir été composé de 
deux tuniques longues et traînantes, celle de dessus pos- 
sédant des manches très larges. La robe de dessous, bien 
que très ample, laissait deviner les formes du corps à 
cause de la finesse des étoffes employées. Ces vêtements 
étaient faits des tissus les plus riches et chargées de bro- 
deries, d'orfèvreries et de bijoux. 



(1) Reinadd. Eœt, des hisU arabes des Crois,^ p. 528. 

(2) Mansi. Conciles, t. XXVI, p. 314. 



LA NOBLESSE LATINE. 13 

Voici ce que dit le Continuatevr de Guillaume de 
Tyr (1) en parlant de la trop célèbre Pasque de Bivery : 

c II cuidast que ce fust une contesse ou bamesse tant 
avoit de Tor, des pierres précioses et des samis et de 
dras a or et de perle por aorner son cors. » 

J'emprunte au récit dlbn-Djobair la description sui- 
vante d'une noce franque dont il fut témoin à Tyr en 
1184 (2), et qui contient des détails intéressants sur les 
costumes et les usages de la noblesse de Syrie à la fin du 
douzième siècle : 

c Elle (la mariée) était splendidement parée et portait 
une robe de soie magnifique tissée d'or et dont la queue 
tratnante balayait le sol, selon leur mode habituelle de se 
vêtir ; sur son front brillait un diadème en or recouvert 
par un filet tissé d'or, et sa poitrine était ornée de même. 
Ainsi parée, elle s'avançait en se balançant à petits pas 
comptés, semblable à la tourterelle. 

t Elle était précédée des principaux d'entre les chré- 
tiens, revêtus d'habits somptueux à queues traînantes, et 
suivie de chrétiennes, ses paires et ses égales, qui, éga- 
lement couvertes de leurs plus belles robes^ s'avançaient 
en se dandinant et traînant après elles leurs plus beaux 
ornements. On se mit en marche, l'orchestre en tête, 
tandis que les spectateurs musulmans et chrétiens assis- 
taient au défilé. » 

Les princes musulmans, en relations avec les Francs, 
leur envoyaient souvent de riches vêtements. Ainsi, en 
1192, Bohémond III, prince d'Antioche (3), étant venu 



(1) Cont de Q. de Tyr^ p. 60. 

(2) Hist, arabe des Croisades^ t. III, p. 453. 

(3) Ahoulfaradj Chron, Syr»^ p. 432. 



14 . OfiAPlTBS FBEMtËB. 

visiter Salah-ed-din, alors à Barut, le sultan lui fit un 
brillant accueil, et quatorze chevaliers de haut lignage 
dont il était accompagné reçurent de magnifiques kilats, 
ou manteaux d'honneur. 

Voici ce que nous savons de ces vêtements (1) : Le 
kilat était généralement en atlas ou en morre (2), enrichi 
de broderies d'or et fourré en petit gris. 

Le turban consistait en une kaloutah en brocart avec 
agrafes d'or, autour de laquelle était roulée une pièce de 
mousseline brodée de soie, sur laquelle se trouvaient atta- 
chées deux plaques d'orfèvrerie nommées ailes, ornées de 
perles et de pierreries. 

Les habitudes de propreté, fort répandues dans les 
colonies latines, étaient une nécessité du climat d'Orient. 
Au douzième siècle, il n'y avait pas, en Syrie, si petite 
ville, bourgade ou château qui n'eût ses bains, où l'on 
passait un temps considérable (3) ; c'est dans ces établis- 
sements^ analogues, sans doute, à ceux que nous voyons 
aujourd'hui dans tout TOrient, qu'on allait se reposer, 
converser, et, en somme, vaquer aux soins de propreté qui 
font partie intégrante de l'hygiène dans les pays d'outre- 
mer. L'habitude de se farder et d'user d'eaux parfumées 
était également alors très répandue parmi les femmes.- 



(1) Makrizi. Hist. des Suit. Mam, œp, Quatremere, t. II, deuxième 
partie, p. 72. 

(% L'atlas était une étoffe de soie très épaisse analogue au satin. On 
nommait mohram une autre étoffe arabe de soie, qui parait avoir été iden- 
tique à celle qui se fabriquait alors à Trij^oli sous le nom de morre de 
Triple, nom qui a été Tétymologie de celui de Tétoffe appelée aujourd'hui 
moire. 

(Z) La saUe de bains, à double piscine, bâtie par les Arabes, et qui se 
voit encore à Cefala, près Ogliastro, en Sicile, ainsi que celle de Palma, à 
Majorque, publiées par Girault de Prangey *, doivent donner une idée très 
exacte de ce qu'étaient les bains des châteaux et des villes de Syrie possédés 
par les Francs. 

* Arch, des Arabes en Sicile^ Espagne, etc., pi. 2 et 7. 



LA NOBLSSSB LATINS. 



15 



Des divers ch&teanx élevés par les Francs en Syrie, 
cens de Sahioan et de Earak, n'ayant jamais été possédés 
par les ordres militaires, peuvent être considérés comme 
les deux types les plus importants de forteresses féodales, 




Plan de Sahionn 



et, comme tels, nous serviront i étudier la vie seigneu- 
riale en Orient pendant les douzième et treizième siè- 
cles. 



16 



OHAPITBE PBWMIKB. 



La famille qui tenait Sabioan en fief étdt une des pins 
riches et des pins considérables de la principauté d'Ân- 
tioche ; elle a fourni un chapitre aux Lignages d'Outre- 
Mer, et Béatrice, veuve de Gniltaame, seigneur de Saône, 
épousa en secondes noces, vers 1140, Joscelin II, comte 
d'Edesse. 

L'assiette du ch&teau de Sahioun a été choisie sur une 
crête que deux ravins resserrent et isolent presque en se 
réunissant. 

Cette forteresse est divisée en trois parties. Un réduit 
central très fort, avec donjon, renfermait les logis du 



^rvi m 


m 


— 




\^ 


.t^;^ 



m_raa: 




Coope de k toorforte de Sahioan. 

seigneur et de ses grands officiers, de vastes magasins, 
des citernes énormes, la chapelle, la grand'salle, les 
bains, etc., etc. En avant et en arrière de cette partie 
haute du château et séparées d'elle par de profonds fossés 
taillés dans le roc vif, se voyaient deux vastes bailles 



LA NOBLESSE LATISE. 



17 



entourées de murs  et B, avec des portes munies de herses 
et susceptibles d'une bonne défense. C'est dans ces deux 
enceintes que s'élevaient les dépendances du cti&teau for- 
mant de véritables buu^ades. 

Dans la baille de l'ouest subsistent encore les ruines de 
maisons des serviteurs indigènes et des sergents, consti- 
tuant un village autour d'une petite chapelle syrienne, 
bien conservée, et oil se voient les traces de fresques 
qui ne sauraient laisser aucun doute sur son origine. 

Au fond du grand fossé, isolant le château vers l'est, de 
la baille, qui le précède de ce côté, on trouve des ran- 
gées de mangeoires, taillées dans le roc. Elles étaient 
abritées, jadis, par un hangar, dont la toiture, appuyée au 
rocher, a laissé des traces indiscutables. 




i8 CHAKTBS PBEMlEB. 

On pouvait donc cantonner, en cas de besoin, dans ce 
fossé, un grand nombre de chevaux, qui se trouvaient ainsi 
à l'abri de toute tentative de la part de Tennemii grâce à 
des barrières et palissades formant les avancées et les 
lices du château. 

Si, malheureusement, une partie des édifices élevés 
dans le réduit de la forteresse, et qui renfermaient tous 
les services destinés à pourvoir à Texistence d'un grand 
seigneur et d'une nombreuse réunion de chevaliers, est 
aujourd'hui presque entièrement ruinée, les grandes 
lignes sont assez bien conservées pour qu'il soit facile de 
reconstituer, sans hésitation, l'ensemble de cette vaste 
demeure féodale. Les seigneurs de Saône s'étaient plus à 
l'embellir, et, dès le douzième siècle, le goût du luxe avait 
trouvé sa place chez ces hommes encore rudes, mais dont 
l'imagination, excitée par tout ce qui les entourait, avait 
développé au plus haut point, chez eux, l'amour du mer- 
veilleux, de la poésie, de la musique, du jeu et des aven- 
tures. 

Les serviteurs devaient être nombreux, et l'importance 
stratégique de cette forteresse obligeait les seigneurs de 
Saône à entretenir un état de maison militaire formidable, 
à en juger par l'étendue des abris dont j'ai parlé plus 
haut. 

Ce fief, comprenant toute la partie centrale du pays des 
Ansariés, confinait les territoires de Femie, de Bursieh, de 
Margat, de Zibel, de Laodicée, etc., etc. 

Traversée par la route commerciale d'Âlep à Laodicée, 
très fréquentée à cette époque, ainsi que je le montrerai 
plus loin, cette seigneurie, qui renfermait de très belles 
forêts et de riches vignobles, devait être, au douzième 
siècle, la source de revenus très considérables pour ses 
possesseurs. 



LA NOBIiBBSB XiATtKX. 



Ia Tille de Earak occupe le sommet d'une colline aoz 
flaocs escarpés, qu'isolent de trois côtés des vallées pro- 
fondes. Elle n'est reliée aux montagnes voisines que par 
deux crêtes de rochers . l'nne, au sud, sur laqueUe a été 




construit le château, l'autre vers le nord-ouest, coupée 
par un lai^e fossé, en arrière duquel s'élève un ouvrage 
considérable 2, nommé aujourdliai tour de Bybars, à cause 
de l'inscription que ce prince fit graver sur ses mnrs. 



20 OHAPITBE PBEMIEB. 

Le cbâteaui bâti^ vers 1140^ par Payen, bouteiller du 
royaume de Jérusalem, est séparé de la ville par un 
fossé. Cette forteresse présente la forme d'un carré long 
s'élargissant vers le nord. Une vaste baille 18, s'étendant 
à l'ouest, en contre-bas, contenait les dépendances du 
château. 

La porte du château s'ouvre dans un angle rentrant à 
l'extrémité occidentale de l'enceinte là plus élevée. Elle 
était fermée par une herse et des vantaux. Après Tavoir 
franchie, le visiteur s'engage dans un chemin de défile- 
ment 14, tout â fait semblable à celui que nous voyons au 
château de Beaufort (1), mais de dimensions beaucoup plus 
grandes. Ce n'est qu'après avoir franchi deux nouvelles 
portes successives, munies de herses et pourvues de 
défenses très compliquées qu'il parvient dans la cour 
supérieure du châteuu 15. Là s'élève la chapelle 16, formée 
d'une nef de vingt-cinq mètres de long, terminée par une 
abside semi- circulaire, jadis décorée de fresques visibles 
encore il y a une dizaine d'années. 

Les tours flanquant les murs de cette forteresse sont 
les unes carrées, les autres barrelongues, et nous savons 
par le passage suivant de la chronique d'Emoul et Ber- 
nard, le trésorier, que les salles qu'elles renferment ser- 
vaient de logis à la famille du seigneur de Earak. 

c Le jour que Salehadins vint devant le Crac ot espousée 
Hainfrois le serour le roi mesiel qui avoit à non Ysabiaus 
(qui fille avoit esté le roi Âmaurri et fille la reigne Marian. 
Dont vint la mère Heinfroi), qui femme estoit le prince 
Benaut. Si envoia à Salehadins des noces de son fil pain et 
vin et bues et moutons ; et si li manda salut, qu'il l'avait 



(1) Etfxde sur Varchit, milit, des Croisés, p. 127 et suiv. 



LA NOBLESSE LATINE. 21 

maintes fois portée entre ses bras quand il estoit esclave 
el castiel, et elle estoit enfes (1). Quant Salehadins vit le 
présent, si en fu moût liés, si le fist reçoivre, et si l'en 
merchia moût hautement ; et si demanda à cbiaus qui le 
présent avoient aporté, en lequele tour li espousés et li 
espousée estoient et giroient, et il li monstrèrent. Dont 
vint Salehadins, si fist criier par toute s'ost que nul ne 
fust si hardis qui à celle tour traisist, ne lançast ne assail- 
list. > 

Pendant ce siège, comme la place était encombrée par 
tous ceux qui s'y étaient réfugiés (2), les bestiaux avaient 
été placés dans le fossé du château, du côté de la ville. 

L'intérieur de la place est malheureusement si boule- 
versé, qu'il faudrait des fouilles considérables pour pou- 
voir rétablir le plan détaillé de tous les bâtiments qui s'y 
trouvaient. 

On reconnaît cependant encore plusieurs étages de 
magasins superposés et d'immenses citernes semblables à 
celles de Sahioun. 

La seigneurie de Earak et de Mont-Réal était, par sa 
situation et son étendue, la plus importante des grandes 
baronnies du royaume. Sa position sur la rive orientale de 
la mer Morte en faisait la clef de toutes les routes mili- 
taires et commerciales conduisant d'Egypte en Syrie et 
en Arabie. 

Elle mesurait environ cinquante-cinq lieues de lon- 
gueur d'Ela (Âïlat) au Zerka-Maïn (3), qui formait sa 
limite nord. 



(1) Chronique (TEmoul et Bernard le Trésorier, Ed. Mas Lat, 
p. 103. 

(2) G. de Tyr, p. 11Î6. 

(3) Mém. de la Société des Ant. de France, t. XXXXI, p. 93, 



22 CHAPITBE PBEMIEB. 

Son port d'Âilat, sur le golfe Elanitique, lui permit pen- 
dant près de soixante ans d'avoir une marine particulière 
sur la mer Rouge. 

La péninsule Sinaïtique et la seigneurie de Saint- 
Âbrabam dépendaient également de ce grand fief. 

On y comptait, dit Olivier le Scholastique, sept forte- 
resses fort importantes que je crois retrouver dans les 
châteaux et les villes de Karak, de Mont-Réal, du châ- 
teau du Val de-Moïse, d'Âhamant, de Taphel ou de 
Taphila, d'Ouaïra, et dans la ville et la forteresse mari- 
time d'Ela. 

Les revenus de cette baronnie étaient fort considérables. 
Ils avaient pour source, outre la large part que prélevait 
le seigneur de Karak sur les péages acquittés par les 
nombreuses caravanes musulmanes traversant son terri- 
toire, les produits naturels de cette contrée, qui étaient 
des plus précieux et variés ; les cultures du bassin de la 
mer Morte produisant Tindigo, le baume, les vins d'En^ 
gaddi, et notamment les sucres ; les droits de navigation 
dus par les barques circulant sur le lac (1); enfin, les riches 
moissons du plateau de Moab, espèce de Beauce arabe, 
donnant alors, comme de nos jours, une énorme quantité 
de blé. 

Tout concourait donc à faire de ce grand feudataire un 
des plus puissants seigneurs des principautés latines. 
Aussi, vers le commencement de la seconde moitié du 
douzième siècle, cet important fief était-il devenu, en 
quelque sorte, un petit Etat dans l'Etat, et l'indépen- 
dance presque absolue qu'avait acquis son possesseur 



(1) Cod. DipL, t. I, p. 62. 



LA NOBLESSE LATINE. * 23 

devait être, un jour, la cause déterminante du désastre 
qui amena la ruine de la domination chrétienne en Syrie. 

 partir de 1177, nous voyons Renaud de Gbâtillon, 
devenu sire de Earak, par son mariage avec Estiennette 
de Milly, reculer vers l'est les frontières de sa seigneurie 
et pousser ses chevauchées jusqu'à Taïbouk et Taïma, 
presque aux portes des villes saintes de l'Islamisme, dont 
il faillit se rendre maître en 1183 par une expédition 
maritime. 

Dans tout grand fief, il existait une cour seigneu- 
riale présidée par le grand feudataire lui-même. C'était 
une succursale de la haute cour de la principauté, et elle 
connaissait des affaires criminelles. Cet exercice de la 
haute justice était toujours spécialement réservé par tous 
les actes de concessions accordés aux étrangers dans les 
colonies latines. 

Le vicomte était chargé de la juridiction bourgeoise, et 
le bailli de celle des Syriens. 

Chaque principauté avait ses assises propres et ses 
coutumes locales particulières (1). C^était d'après ces lois 
que jugeaient les trois juridictions que je viens de citer. 
. Nous ne possédons que les assises particulières de la 
principauté d'Antioche, qui servaient aussi au royaume 
de la Petite-Arménie (2), et elles sont calquées sur celles 
du royaume de Jérusalem. Nous avons tout lieu de penser 
qu'il en était de même pour celles du comté de Tri- 
poli. 

Parmi les vassaux d'une grande baronnie, les uns 
étaient pourvus d'un fief territorial, les autres n'avaient 



(1) Cod. DipU, t. I, p. 181. 

(2) Assises du royaume d'Arménie, trad. par L. Alischan, 



24 CHAPITBS PBEMIEB. 

que ce qu'on appelait un fief de soudée, c'est-à-dire une 
rente en argent ou en nature, qu'ils touchaient chaque 
année sur les revenus de la seigneurie. Le service qu'ils 
devaient de leur personne, ainsi qu'en chevaux de guerre 
et en sommiers ou bêtes de charge, était naturellement 
proportionné à l'importance du fief. 

Dans la charte publiée, sous le numéro 140, par Sébas- 
tien Paoli (1), se trouve l'énumération des services dus 
par une grande partie des vassaux de la seigneurie 
d'Arsur, qui, en 1251, venait d'être cédée à l'hôpital par 
Balian d'Ibelin. Nous y trouvons mentionnés les rentes et 
les services de six chevaliers et d'un assez grand nombre 
de sergents. 

Je citerai ici, pour donner une idée exacte de la 
manière dont étaient constitués les fiefs dits de soudée, 
les redevances payées à quatre de ces chevaliers. 

Jean de Margat a 200 besans, 50 muids de blé, 
20 muids d'orge, 10 muids de lentilles et 50 mesures 
d'huile. Il doit marcher avec quatre chevaux. 

Eudes du Salquin (Seleucie ou le Soudin) a 200 besans, 
50 muids de blé, 100 muîds d'orge, 5 muids de len- 
tilles et 50 mesures d'huile. Il doit marcher avec quatre 
chevaux. 

Jean d^Arsur a 500 besans et doit entretenir quatre 
chevaux. 

Jean de Giberin a 350 besans et deux charrues de 
terre. Son service est le même que les précédents. 

Les soudées des sergents sont proportionnées au ser- 
vice auquel ils sont tenus. 



(1) Cod. DipL, t. I, p. 171. 



LA NOBLESSE LÂTIKE. 25 

Gomme ce titre énumère un très grand nombre de 
redevances ou de rentes à charge de service ou d'entre- 
tien de chevaux et de bêtes de somme, je me bornerai à 
en citer un petit nombre : 

Baoul du Merle, sergent, reçoit 72 besans et 2 mesures 
(rations ?), et doit trois bêtes de somme ou deux che- 
vaux. 

Guy cTArsur a 25 besans, le droguemanat et la moitié 
de la dîme de 7 casaux. 

Le fils d'Etienne Vicomte a 60 besans et deux mesures 
et doit fournir deux chevaux. 

Adam a 24 besans et une mesure. Il doit une bête de 
somme et paye l'escrivain de la terre. 

Maître Pierre de Beauvais a 30 besans, 12 muids de 
blé, 3 muids de lentilles et 12 mesures dliuile. Il doit une 
bête de somme. Il recevra, en outre, chaque jour, 2 cas- 
terons de vin et deux portions de viande ou de fromage, 
selon les jours. 

Les héritiers de Vassal, le cuisinier, ont 29 besans et 
2 mesures. Ils doivent une bête de somme et les usten- 
siles de cuisine. 

Bertrand, le cuisinier, a 80 besans et trois mesures et 
doit marcher avec une bête. 

Etc., etc., etc. 

C'est parmi les nombreux Occidentaux qui, pendant 
toute la première période des Croisades, ne cessèrent de 
se rendre en Syrie, que les princes et seigneurs francs 
trouvèrent facilement à recruter leurs chevaliers, leurs 
hommes d'armes et leurs sergents. 

Plus tard, réduits au service de leurs vassaux, ils 
durent, pour maintenir au complet leur état militaire, 
faire une plus large place à l'élément indigène chrétien 
et musulman qui, mélangé à des hommes-liges d'origine 



r 



26 CHAPITBE PBEMIEB. 

franque, forma la cavalerie légère des armées latines sous 
le nom de Tarcoples. 

Les maisons religieuses elles-mêmes entretenaient de 
ces troupes légères indigènes, et nous trouvons men- 
tionnés les Turcopliers ou chefs des Turcoples de Tabbaye 
du Mont-Thabor, de THôpital et du Temple. 

Vers la seconde moitié du treizième siècle, le comte de 
Tripoli avait des gardes sarrazines (1). 

C'est par Tétude de la sigillographie de TOrient latin 
et à l'aide de certains passages des historiens occiden- 
taux et arabes que nous pouvons, je crois, apporter quel- 
que lumière sur la question de l'armement des che- 
valiers et des hommes d'armes des principautés latines 
de Syrie. 

A leur arrivée en Terre-Sainte, la plupart des cheva- 
liers francs portaient la broigne; elle paraît avoir été 
bientôt remplacée par le haubert de mailles descendant 
jusqu'aux genoux et porté sur le gambison. 

Pendant le douzième siècle, le casque conique pourvu 
d'un nasal et muni d'un couvre-nuque fut en usage parmi 
lés Latins. Quelques sceaux nous représentent, joint à ce 
casque, cet appendice flottant destiné, suivant M. Demay, 
tout à la fois à intercepter l'action du soleil et à con- 
tribuer à la défense de la partie postérieure de la tête 
et du cou. Pour ma part, je suis fort disposé à voir dans 
cet objet une kouffieh placée en lambrequin. 

La bulle en plomb de Boàémond III d'Ântioche (1153< 
1201), récemment publiée par le marquis de Vogué (2), 
représente ce prince revêtu du haubert court, avec jam- 



(1) Sbaralba. Bull, Francis, 

(H) VoGué. Mélanges numismatiques, 1" série^ t. II. 1877. 



LA NOBLESSE LATINE. 27 

bières également en mailles. La tête est couverte d'un 
heaume cylindrique à bombette ogivale avec une pièce 
cintrée cachant le bas du visage (1). 

Dans les dernières années du douzième siècle, on vit 
apparaître parfois le cimier sur le heaume (2), mais c'est 
encore une exception, car nous savons, par le récit du 
continuateur de Guillaume de Tyr, qu'un Espagnol, sur- 
nommé le chevalier vert^ qui se distingua beaucoup à la 
défense de Tyr, en 1189, et dans les combats qui suivi- 
rent, portait une ramure dé cerf sur son casque, en guise 
de cimier. 

Les sceaux de Raoul d'Ibelin et de Beaudoin de 
Mares (3) nous montrent une espèce de draperie flottant 
derrière le cavalier, sur lequel elle semble avoir été jetée^ 
à peu près comme un maschlah. 

A en juger par les monuments sigillographiques, les 
Latins paraissent avoir conservé, en Syrie comme en 
Occident, pendant la durée du douzième siècle, le bou- 
clier de forme allongée couvrant tout le corps. 

Bientôt, les armes offensives des Sarrazins se perfec- 
tionnant, et aidé par l'expérience, on en arrive en Terre- 
Sainte, dès les premières années du treizième siècle, à 
l'adoption d'un grand heaume cylindrique, dit casque des 
Croisades, que nous trouvons très nettement représenté 
sur les sceaux de Jean de Montfort, seigneur de Tyr (4), 
de Garsias Alvarès, seigneur de Gayphas, et sur celui 
de Jean d'Ibelin, seigneur de Barut, que je donne ici. 



(1) Gela semble marquer la transition dn casque conique à nasal au 
heaume cylindrique proprement dit. 

(î) G. de Tyr, p. 106. 

(3) Cod. DipL, t. I, planches II et III, n- 24, 29, 

(4) Cod. Dipl, Planche VI, n»' 58-61, 



OHAPIIBS PBKMIEa. 



Les jambes do cavaiier sont reyétuea de jambières de 
mailleB, et nous voyons alors apparaître les armes du che- 
valier sur son bouclier, sa cotte d'armes et la housse de 
son cheval. 




Sceau de Jean d'Ibelin. 

La lance & hampe de bois dur et munie de sa âamme 
parait être demeurée la même qu'en Occident. Les Tur- 
copies seuls adoptèrent la lance arabe emmanchée d'un 
roseau (1). 

L'épée figurée dans le sceau de Jean d'Ibelin, seigneur 
de Banit, avec sa lame renûée vers le centre et sa garde 
& qaillions recourbés vers la pointe est tout à fait sem- 



(I) Raoul de Coggeshale, p. 369. 



LA NOBLESSE LATINE. 29 

blable à celles que nous trouvons figurées à cette époque 
(1261) sur les sceaux des chevaliers d'Occident. 

Les chevaliers portaient, en outre, attachée à Tarçon 
de la selle, la fraçoire (1), ou masse d'armes. 

Dans le cours de la seconde moitié du treizième siècle, 
on voit apparaître la cuirasse (2) et les cuissards ou cuis- 
siaux (3), ainsi que les trumelières en acier, dans Tarme- 
ment des chevaliers latins de Syrie. 

Dans son histoire du commerce de l'Orient, Depping 
dit que Venise approvisionnait les colonies latines d'armes 
fabriquées par les nombreux armuriers qui habitaient 
dans cette ville les quartiers de la Spoderia et de la 
Frezzaria. 

Les armes d'origine orientale étaient également, alors, 
fort en usage parmi les Francs de Syrie, puisque nous 
les trouvons citées parmi les objets dont Emad-ed-din, 
prince de Damas, permit, en 1251, l'exportation dans les 
villes chrétiennes du littoral. 

Les ateliers des armuriers de cette ville jouissaient 
d'une grande réputation, et la plupart des armes orien- 
tales achetées par les Croisés étaient considérées comme 
provenant de Damas (4). Cependant, Emïn-ed-din-Ebil- 
Ganaym nous apprend qu'il se fabriquait dans le Yemen 




(1) Mémoire de la Soc, des Antiq, de France, t. XXXII, p. 192. 

(2) Ibid. Ext. de riDventaire de la succession d'Eudes de Nevcrs, mort 
en 1266, à Acre, où il résidait. 

« VU item ; c'est de Tarmeure : ii paires de cuiraces nueves ; viii frains 
nues; et i mors de frain; viii paire d'csperons nues; xi vareneles nueves; 
iiii cotes à armer, et iii barniôrcs ; ii coutians et iiii fers de glaive ; ii fra- 
coires nueves; ii testières a cheval, et i picière, et une paire de cuissiaux 
et de trumelières de fer ; i bacinnet a gorgiere de fer ; un ganbaison sanz 
manches; etc., etc. » 

(3)- Ibid. 

(4) Journ. Asiat, (Vol. 64), cinquième série, t. III, p. 67, 



^ 



des lames d'ëpée, dites El Ferendjiéhf ou épées fran' 
ques. Elles sont, dit-il, larges à la base et vont se rétré- 
cissant vers le sommet. Ces lames durent être également 
importées dans les villes latines de Syrie, cil devaient 
d'ailleurs se rencontrer beaucoup d'armes orientales 
prises dans les combats. 

Le même sceau de Jean d'Ibelin nous donne encore 
quelques renseignements intéressants sur la sellerie et 
les harnachements en usage à cette époque parmi les 
Francs de Syrie. Les arçonnières de la selle s'arron- 
dissent, celle de derrière est cintrée en dossier de fau- 
teuil. 

La housse, en deux parties, est refendue au poitrail, 
elle porte le blason répété à droite et à gauche ; le vête- 
ment de Tavant-main, coiffe le cheval jusqu'à l'angle de la 
bouche. 

Les mors et les éperons dorés étaient alors d'un usage 
général parmi les chevaliers d'Outre-Mer (1). 

Mais, il est temps de parler des Turcoples, sergents à 
cheval, levés^ en grande partie, parmi les indigènes chré- 
tiens et musulmans. 

Tenant lieu aux Francs de cavalerie légère^ nous 
savons qu'ils étaient armés et qu'ils combattaient à la 
manière des Arabes. Voilà à quoi se bornent les rensei- 
gnements qui nous ont été laissés par les contemporains 
sur les troupes indigènes entretenues, en Syrie, par les 
Francs. 

Je supplérai donc à cette lacune en résumant briève- 
ment les notions que nous avons sur l'armement des 
Arabes de Syrie, à cette époque, et ce que je vais en dire 



(1) Mas. Lat. Hist. de Chypre, t. I, p. 37. 



tiA NOBLESSE LATtl^. 3l 

pourra, presque toigours, je crois, s'appliquer à celui des 
Turcoples. 

Edrisi (1) et Emln-ed-din-Ebil-Oanaym écrivent qu'outre 
les fers du Liban, qui se prêtaient fort bien à la trempe et 
étaient mis en œuvre à Damas, on tirait alors beaucoup 
d'armes du Khouzistan (2), de l'Inde et du Yemen. 

Les émirs arabes portaient, au douzième siècle, le 
sabre à lame droite du type indien. Emïn-ed-din cite, 
parmi les lames les plus estimées, celles du Yemen, celles 
de Eala, celles apportées de l'Inde, sous le nom d'el Faki- 
roun, les lames du Khorassan^ celles fabriquées à Damas, 
qu'il appelle Dimischkieh, et, enfin, celles trempées au 
Caire et surnommées de là el Misrieh (3). 

Toutes ces lames paraissent avoir été droites, comme 
celles qui se faisaient dans l'Inde. C'est d'ailleurs à ce 
type qu'appartiennent les plus anciens sabres arabes par- 
venus jusqu'à nous et parmi lesquels je ne citerai ici que 
celui de la collection du comte de Quinsonas (4), qui porte 
la date de l'année 586 de l'hégire. 
. Les armures des Arabes étaient composées de mailles 
et de plaquettes. Elles semblent avoir consisté en hau- 
berts de mailles avec des brassards damasquinés pareils 
à ceux qui se portent encore dans certaines parties de 
l'Inde. 

Un chanfrein d'acier protégeait la tête du cheval, dont 
l'encolure était défendue par une série de petites pla- 



(1) Edrisi, t. I, p. 66. 

(2) Province dn midi de la Perse; c*est aujourd'hui celle de Schonster; 
elle avait alors pour ville principale Djendisaponr. 

(3) Jowm, Asiat., t. LXIV, p. 67. 

(4) U ne faut point oublier que Padoption par les Orientaux des lames 
recourbées est d'une date relativement moderne. 



32 CHAPITRE PBBMIEB. 

quettes de même métal, reliées entre elles par des anneaux 
et des chaînons de mailles. 

Une pièce ronde, en forme de bouclier, le plus souvent 
ciselée et damasquinée, couvrait le milieu du poitrail de 
l'animal, et était retenue par deux courroies qui, se croi- 
sant obliquement, se rattachaient vers le haut à Tarçon 
de la selle, et par en bas à la garniture ou barde de poi- 
trail. 

La croupe du cheval était recouverte d'un vêtement 
très court formé de plaquettes réunies par des chaînons 
ou fixées sur une toile piquée en plusieurs doubles. 

Quant à la selle et aux étriers, ils paraissent avoir été 
à peu près semblables à ceux qui sont encore en usage 
chez les Orientaux. 

D'après Raoul de Coggeshal, alors comme aujour- 
d'hui (1), les lances arabes étaient emmanchées à de longs 
et flexibles roseaux. 

Le passage suivant de Makrizi donne à penser que 
la cavalerie musulmane comprenait un corps d'artifi- 
ciers (2) : 

< Us (les artificiers) allumèrent le naphte et fon- 
dirent sur les Tartares de Gazan. » 

Ces cavaliers semblent avoir été munis de lances à feu, 
puisque nous lisons ensuite : c Les chevaux s'élancèrent 
de toute la vitesse de leur course, mais, au bout d'un 
certain temps, leur ardeur se ralentit et le feu du naphte 
s'éteignit. • 



(1) R. de Coggeshal, p. 369. 

(2) QuATRBMERE. Htst, des Suit. Maml. de Makrizi, t. UI, deuxième 
partie, p. 147. 



LA NOBLESSB LATINE. 33 

L'infi^nteri^ des troupes l^^tines, ^ont Tétude nous 
pçcupoi étaU forpaée de sergents à pied, parmi lesquels se 
trouvaient; des arbalétriers , des archers et des hommes 
armés dé fauchards. 

L'armement des sergents à pied» pour ceux qui 
n'étaiei^t pas arbalétriers, consistait en la masse ou la 
hache danoise, la dague et la lance courte ou épieu. 

iEn Syriç, aussi bien qu'en Occident, les sergents à 
pied doivent avoir porté, comme armes défensives (1), sur 
le gambison, un haubert de mailles assez court ou hau- 
bergeon (2), des jambières en cuir recouvertes de mailles 
et lacées derrière le mollet, et un cs^sque à nazal avec 
couvre-iiuque flottant. 

Bien que comptant dans' ses rangs un assez grand 
nombre d'hommes-liges et de soudoyés venus d'Europe, 
l'infanterie des princes latins de Syrie paraît avoir été 
en grande partie composée d'indigènes. 

Les archers syriens Maronites (3) étaient alors consi- 
dérés comme les plus habiles. 

Obligés d'entretenir en permanence un grand nombre 
de chevaux et de bêtes de somme pour être toujours prêts 
à répondre au premier appel du prince, les seigneurs de 
Terre-Sainte, aiQsi que tous ceux qui avaient à s'ac- 



(1) Voici la description de l'armure de ces fantassins faite par un auteur 
arabe de la fin du douzième siècle : 

« Chaque fantassin (franc) portait un habit de feutre trSs épais (gambison) 
et iwe cotte de mailles tellement large et forte^ que nos flèches n*y faisaient 
aucune impression. Us tiraient sur nous avec de fortes arbalètes, blessant 
lesLchevaux et les cavaliers musulmans. » 

aist, arabes des Crois,, t. III, p. 251. 

(2) Cont. de G. de Tyr, p. 131-333-532. 

(3) Les historiens, tant orientaux qu'occidentaux, nous apprennent que 
les Maronites furent, pendant toute la durée de Toccupation latine en Syrie. 
les auxiliaires les plus utiles des troupes franques. — Jacques de Vitrt, 
Ap Bongars, p. 1093. 

3 



34 CHAPITBE PBEMIEB. 

quitter d'un service militaire, tels que chevaliers^ ser- 
gents à cheval ou turcoples, jouissaient pour ces animaux 
d'une sorte d'assurance du roi ou du prince. Elle s'appe- 
lait le Restor et était réglée par un des chapitres des 
assises du royaume. 

En d'autres termes, l'écrivain de la secrète (1) inscri- 
vait au Restor tous les chevaux et mulets appartenant 
aux chevaliers ou aux turcoples et admis par le maréchal 
du royaume ou de la principauté. Il en résultait que les 
bêtes classées comme bêtes de guerre étaient, dès lors, 
assurées contre tout accident de force majeure et indé- 
pendant de leur possesseur. Mais si l'accident se produi- 
sait par la faute de ce dernier, ou par celle de ses gens, le 
dommage retombait à sa charge. 

Les haras entretenus par les Francs ne pouvant suffire 
aux besoins des principautés (2); c'était non-seulement du 
royaume de la Petite-Arménie, où l'élevage était très 
développé, mais encore de toutes les contrées voisines, 
que ces derniers tiraient une grande partie de leurs che- 
vaux de guerre et de leurs sommiers (3). Au premier 
rang de leurs chevaux d'armes, il faut compter les tur- 
comans, bêtes de grande taille, sans crinière, et très résis- 
tants à la fatigue, ainsi que les diverses espèces de chevaux 
de race arabe élevés dans le pays ou tirés des tribus 
bédouines. 

Certains chevaux amenés de Perse par les Curdes et 
qui, de leur lieu d'origine, portaient le nom de chevaux 
de Houma (4), étaient alors considérés comme des mon- 



(1) Ass» de Jérus,^ t. I, p. 613 et suiv. 

(2) Hist. arabes des Crois., t. III, p. 209. 

(3) Mas Lat. Hist. de Chypre, t. III, p. 665, et 0. de Tyr, p. 836. 

(4) flouma était une ville du Maridjan, province de la Perse voisine de 
Ghiraz. 



LA NOBLESSE LATINE. 35 

tares inappréciables et atteignirent un prix très élevé (l). 

Gomme on Ta déjà vu/ les sommiers, chevaux, mulets 
et chameaux étaient fournis, comme service, par les 
petits fiefs, formés, le plus souvent, d'une rente, soit 
en argent, soit en nature. Les services accessoires, 
notamment le cuisinier, et même la batterie de cuisine, 
de campagne, étaient fournis et entretenus de la même 
manière (2). 

Un passage du continuateur de Guillaume de Tyr 
donne à penser que des fourgons attelés et charrettes figu- 
raient dans réquipage de campagne du seigneur latin (3) : 

c II descendirent, li riche homes si firent mestre les 
napes et s'assistent au mangier, car il avaient assez fait 
porter pain et gelinnes et chaponz et char cuite et frou- 
maige et fruit, et vin en bouciaux et en bariz, suer som- 
miers et suer voiturez. » 

Les quelques lignes suivantes, extraites d'une chro- 
nique d'Arménie récemment découverte par M. Ulysse 
Robert, montrent que le dromadaire coureur n'était point 
inconnu, en Syrie, au moyen âge. Ce fut sur une de ces 
montures que le prince arménien Léon (depuis Léon III) 
quitta l'Egyte, où il était prisonnier : 

c Lequel chamelier le mist (le prince Léon) sur un 
chamel dromadaire qui va souverainement tost et isnelle- 
ment et tant fist que dedens YIII jors il le présenta au 
roy Heyton son père. » 

J'ai dit plus haut qu'en l'absence du seigneur, le châ- 
telain était chargé de veiller à la défense du château ou 
de la forteresse qui lui était confiée. C'était donc le com- 
mandant particulier de la garnison. 

(1) Edrisi, 1. 1, p. 407. 

(2) Cod. DipL, t. I, p. 171. 

(3) Cant. de G. de Tyr, p. 532, 547. 



86 CHAPITBE PBEMIBB. 

Il est très probable qu'ici, comme en Occident, les gar- 
nisons laissées, en temps de guerre, dans les châteaux, 
étaient peu considérables, et la facilité ayec laquelle 
Salah-ed-din se rendit maître de presque toutes les forte- 
resses de Syrie, à la suite du désastre de Hattin, vient 
corroborer cette opinion, que le seigneur consacrait à 
Tarmée en campagne la presque totalité des forces dont 
il pouvait disposer. 

YioUet le Duc considère que, du douzième au quin- 
zième siècle, la défense était tellement supérieure à 
l'attaque, qu'une garnison de cinquante hommes suffisait 
pour défendre un château d'une étendue médiocre contre 
une armée assez nombreuse. 

Gomme en Europe, les vassaux indigènes qui, en temps 
dé guerre, se retiraient dans la forteresse, en renforçaient 
la garnison^ mais non sans causer parfois un certain en- 
combrement dans la place (1). Souvent, par défiance, ou 
pour être plus à l'aise, on les installait dans les bailles ou 
en dedans des ouvrages avancés. 

Pour les mercenaires, il est probable, qu'ici encore, on 
les logeait dans les salles basses, qui leur servaient tout à 
la fois de dortoir, de réfectoire, de cuisine, et même, au 
besoin, de salles d'exercice. 

Pendant la durée de leur établissement en Syrie, les 
Francs profitèrent non-seulement des connaissances lais- 

V 

sées par les Grecs, mais encore de celles acquises par 
les Arabes dans l'art de l'ingénieur militaire et dans la 
pyrotechnie. 

Au siège de Tyr, en 1124 (2), les Latins avaient fait 
venir un ingénieur arménien du nom d'Havedic, jouissant 



{{) 0. de Tyr, p. H25-26. 
(2) Ibid. L. XIII. 



LA NOBLESSE LATINE. 37 

d'ane grande réputation d'habileté dans l'art de diriger 
les machines à lancer les pierres. 

Les Orientaux furent les inventeurs des engins à contre- 
poids dès le onzième siècle, et nous trouvons les man- 
gonneaux employés par Patabec Zenghi au siège d'Edesse» 
en 1123. 

Ces machines, dont la construction exigeait tant de 
soins et de calculs, ne purent être inventées que par des 
ingénieurs possédant des notions très sérieuses de balis- 
tique, car ces engins lançaient d'énormes pierres à une 
distance de plus de 300 mètres. 

L'étude du mangonneau donnée par M. VioUet le Duc, 
au tome V de son dictionnaire d'architecture, est la meil- 
leure description qui, à ma connaissance, en ait été faite. 
Cet engin paraît avoir été adopté par les Croisés dans la 
première moitié du douzième siècle, et il y a tout lieu de 
penser que les machines construites en 1124, pour le 
siège de Tyr, par l'Arménien Havedic, furent des engins 
à contrepoids. 

Ces machines étaient fixes et s'établissaient soit sur 
les plateformes des tours ou des terre-pleins placés en 
arrière des courtines, soit pour les mangonneaux, dont le 
tir était parabolique, sur le sol, souvent môme assez loin 
en arrière des défenses de la pla^e. 

Le maître engeigneur (1) avait sous ses ordres des 
escouades de charpentiers chargés de l'établissement de 
ces engins. 

Les pierrières turques ou châbles (2) rentrent dans ce 
qu'on peut appeler l'artillerie nevrobalistique, connues 



(1) 6. de Tyr, p. 1129. 

(2) Ibid., p. 856. 



38 CUAPITBE PBEMIEB. 

dès Tantiquité, soob les noms de balistes, catapultes, 
etc ; elles étaient mues par des ressorts et des cordes bri- 
déeSy propres i lancer des pierres, et Joinville reconnaît, 
hautement, la supériorité de ces machines de guerre 
arabes sur les engins analogues employés par les Francs. 

Dans sa relation du siège de Tortose par Salah-ed-din, 
en 1188 (1), le chroniqueur arabe mentionne d'une façon 
toute particulière et comme fort redoutables, les grosses 
arbalètes, dont était armé le donjon du château de cette 
ville, qui portaient au loin la mort dans les rangs des 
Musulmans, sans que ces derniers pussent atteindre les 
défenseurs de la place. 

Il est évidemment, ici, question de l'arbalète à tour, 
engin terrible, pouvant être pointé comme une pièce 
d'artillerie et avec lequel on lançait des traits d'une 
grande longueur, des barres de fer rouge, des dards garnis 
de pelottes incendiaires et même le feu grégeois sous 
forme de fusées. 

L'arc rapporté de la citadelle de Damas, par M. de 
Saulcy, en 1851, et qui se voit aujourd'hui au Musée 
d'artillerie, a certainement appartenu à une arbalète à 
tour. 

Do tous les engins de guerre possédés au douzième 
8i^clo par les Francs, celui-ci était de beaucoup le plus 
redoutable, tant par sa mobilité que j^ar les divers angles 
de tir que des crémaillères placées à l'arrière de l'affàt 
permettaient de donner à son pointage. 

Ce fut donc dans les rangs des populations syriennes 
et arméniennes initiées aux sciences exactes, que pendant 
la première moitié du douzième siècle, les princes francs 
recrutèrent leurs engeigneursu 



vl^ H%si. <At\i>^<Si ,f^ C'vw., u Ul> 1^. il». 



'-s 



LA NOBIiisSSE LATIlïE. 39 

Chaque grand feudataire entretenait chez lui un ou 
plusieurs de ces personnages (1), ainsi que des ouvriers 
de divers états : charpentiers, charrons, forgerons, arti- 
ficiers, etc. (2), placés sous les ordres de cet engeigneur. 

La noblesse latine ne tarda point à s'initier elle-même 
à tous les secrets de la balistique, et Âmadi mentionne 
comme chose très remarquable la machine construite par 
Ânceau de Brie, en 1229, pour le siège de Eantara, dans 
nie de Chypre (3). 

L'art du mineur paraît avoir fait de rapides progrès 
chez les indigènes de Syrie (4), et nous voyons, en 1192, 
le roi Richard d'Angleterre engager à son service, pour le 
siège du Darum, des sapeurs et des mineurs alepins, 
qui contribuèrent puissamment à la prise de ce châ- 
teau (5). 

Ce ne dut point être là un fait isolé, car la réputation 
d'habileté des mineurs d'Alep était fort bien établie dans 
tout l'Orient. 

Les connaissances scientifiques des Arabes leur permi- 
rent d'apporter, dès les premières années du treizième 
siècle, certains perfectionnements dans la préparation des 
matières employées à la confection des feux de guerre. 

Un petit nombre d'adeptes était alors seul initié à la 
science de la pyrotechnie. Ces hommes possédaient des 
recettes, des tours de mains, des secrets dont ils faisaient 
grand mystère. 



(1) Dans la chronique inédite du royaume d*Arménie, récemment décou- 
verte par M. Ulysse Robert, nous trouvons la mention de Goste de Les- 
mirre, arbalestrier grec, maître des engeins du château de Sis. 

(2) Eist, arabes des Crois,, t. III. p. 177. 

(3) Amadi. Chron, manuscrite de Chypre, liv. II. 

(4) ViOLLBT LB Doc. Dict. d'Archit., t. VllI, p. 398. 

(5) Hist. arabes des Crois,, t. III, p. 301. 



40 CHÀPITBE PBEMIEB. 

La profeBsion d'artificier était héréditaire dans des 
familles y pour la plupart d'origine orientale, n'ayant point 
de patrie, et vendant indistinctement leurs services aux 
plus offrants parmi les seigneurs latins et les princes 
musulmans. 

Dans les chroniques du moyen âge relatives aux Croi- 
sades, tous les feux de guerre sont désignés sous le nom 
générique de feu grégeois. 

Il serait trop long de revenir ici sur toutes les fables 
qui ont été accumulées à ce sujet. Je me bornerai à dire 
qu'après les savants travaux de MM. Reinaud et Favé et 
le mémoire de M. Lalanne, on doit considérer les feux de 
guerre, chez les Arabes et les Francs, comme s'étant 
réduits à trois espèces. La première, qui n'était autre 
chose que la mixture, connue, aujourd'hui, sous le nom de 
roche à feu; était, au douzième siècle, employée sous 
forme de fusées, de scorpions, etc. 

La seconde, était le pulvérin renfermé dans des grenades, 
de terre cuite ou de verre, qui, munies d'amorces et de 
mèches, se lançaient sur Tennemi à l'aide de frondes spé- 
ciales ou d'engins, et se brisaient, par l'explosion, en pro- 
jetant au loin les débris du projectile. 

Les vases ou grenades en terre, destinés à cet emploi, 
étaient désignés^ chez les Arabes, sous le nom de cruches 
de Syrie. Nous possédons quelques spécimens de ce genre 
de projectiles. L'un a été donné par moi au Musée céra- 
mique de Sèvres, d'autres se voient au Musée d'artillerie, 
qui les a reçus de M. de Saulcy. Des vases analogues 
furent trouvés au vieux château du Phare, à Alexandrie, 
au moment de son occupation par les troupes françaises, 
en 1798 (1). 

(1) Descrip, de VEgypte, Antiquités^ atlas V, pi. 76. 



LA NOBLESSE LATINE. 41 

L'un d'eux était encore rempli d'ane matière qui fut 
alors considérée comme de la poudre avariée ; on prit ce 
vase pour un objet antique^ et c'est à ce titre qu'il figure 
dans le grand ouvrage d'Egypte. 

Ces projectiles étaient de dimensions très variées et les 
rares échantillons que nous possédons sont du plus petit 
modèle. 

Un trou percé au sommet servait tout à la fois à y 
introduire la matière détonnante et à donner passage à 
l'amorce qui, sous le nom àUkrik ou de Ouardeh (rose), 
était adaptée à ces grenades après le chargement et servait 
à les faire détonner. 

Le fond oriental, de la bibliothèque nationale, renferme, 
sous le numéro 1127, un manuscrit arabe, de la fin du 
douzième siècle, traitant de la pyrotechnie chez les Orien- 
taux, et où sont figurés, sous le nom de cruches de Syrie^ 
les projectiles dont je viens de parler. 

Dans cet ouvrage sont également figurés des projectiles 
du plus grand modèle, pourvus de trois amorces (ouardeh) 
disposées de la manière suivante : la première au sommet 
et les deux autres de chaque côté du projectile. Le même 
manuscrit contient encore les dessins d'engins à trébuchet 
rappelant un peu le mangonneau et la pierrière, les uns 
à contrepoids, les autres à barre frappante destinés à 
lancer les vases remplis de matières explosibles. 

Nous y trouvons également représentés de nombreux 
types de flèches incendiaires, parmi lesquelles il y en a 
qui sont munies de boites carrées avec fusées. 

La troisième et dernière catégorie de feux comprend 
les huiles incendiaires, telles que le naphte ou pétrole, 
que l'on tirait alors de Perse et qui est désignée, très 



iiMM>>^ i r4iMe 4e cldblet; ou piernère&. De étikiit rnanis 
4'm«^ fui^^ et w méhm^tiûi à llimle, dont ils étaient 
féfiuplUf 4u tioufrHf du Uilpétre et pea^èt^e un pai de 
r^iiM» ^ d'MtiuioifU^. La luflTe description de JoinTÎIle 
i^tf/iMM/rde |/arfAit«m«ut avec ce que je Tiens de dire. 

1/arbalHe à tour senrait i lancer des flèches manies 
di) fui^i» • iroU foïn nous jetèrent le feu grégois, celi 
miir «)t U nmn Uucèreut quatre fois à Tarbalestre i tour » 
(JoIrivlIlM). 

l*QUUim\pHf lan artificiers . syriens mêlèrent i toutes 
Imiru priiparatiorm de Torpiment ou sulfure d'arsenic, à 
ri9Hiplol duqutil Un' attachaient une extrême importance. 
(MU Idrfii prfiK^tra en Europe, où elle fut en grande faveur, 
l'JiM» IciN arllIleurH et les artificiers, jusqu'au milieu du 
qllttul^mt) Hl^(!le. 

Mil Hyrlt^, Icm FrancH curent souvent à assurer la défense 
tt*uii vantd tc^rritoire, et iU pousBàrent, fort loin, l'art de 
fut ttllc^r, non-Hc^ulement une place isolée, mais encore une 
ritiJiton tout onti^re. 

(>uirift li^A lirandes forteresses, ils élevèrent donc, à 
)V\i^mpl<^ iloi^ musulmans, sur les frontières et en certains 
|u>(nl>« Atrai^.i{iqu<<i^ un ffrhnà nombre de tours destinées 
 A^^r^r 1a« communications, réprimer les brigandages, 
^nAn^ anr^tcir ICiS invasions et parer aux surprises. Ces 






-% 



LA NOBLESSE LATINE. 43 

postes correspondaient entre eux ou avec les places voi- 
sineSy au moyen de signaux ou de pigeons voyageurs. 

Dans mon étude sur Tarchitecture militaire des Croisés 
en Syrie, j'ai décrit deux de ces tours, celles de Toklé et 
de Earmel. • 

La nuit, une grille à résine mettait un feu de signal à la 
disposition des gardes de ces postes militaires. 

Les feux étaient les signaux les plus usités par les 
Francs de Syrie (1), ainsi que le prouve le passage sui- 
vant : 

< Et ore est coustume en la tierre d'Outremer que 
quand il savent que Sarrazins doivent entrer en la tierre 
d'aucune part cil qui premier le set si fet fu > et ce signal 
était répété par les villes, tours et châteaux, de telle 
façon que chacun se mettait sur la défensive. Un peu plus 
loin, le même auteur parle des signaux par feux qui 
s'échangeaient, presque chaque nuit, entre la tour de 
David, à Jérusalem, et la forteresse de Earak, au moment 
du siège de cette place par Salah - ed - din ^ en 1183. 
MM. Favre et de Mandrot ont observé, dans les murs des 
tours de l'importante forteresse arménienne de Lampron, 
des ouvertures circulaires évidemment disposées pour 
servir à des signaux nocturnes qui ne durent pas être 
sans quelque analogie avec notre télégraphie optique. 
Quant à l'emploi des pigeons, il était très fréquent chez 
les Francs (2). 

Voici ce que nous lisons dans Schehab - ed- din sur 
l'usage que faisaient alors de ce mode de communication 



(1) Cont, de G, de Tyr, p. 542. — Mas. Lat. Chron. d*Emoul et 
Bernard le trésorier, p. 104. 

{% Mém. de la Soc. des Ant., t. XXXIX, p. 143, et Mas Lat. HisU 
de Chypre, t. III, p. 664. 



44 CHAPITRE PBEMIEB. 

les postes avancés des Musulmans (1) : < Noureddin fit 
élever des tours sur les terrains séparant le pays des 
Musulmans et celui des Francs. Il y plaça en garnison des 
surveillants, auxquels il remit des pigeons au vol rapide, 
destinés à porter les dépêches. «Lorsqu'ils apercevaient 
l'ennemi, ils lâchaient les oiseaux (2). » 

Les Francs paraissent s'être également servis de fusées 
pour les signaux nocturnes, à en juger par ce passage (3) 
t et s'il trouvast la chose appareilliée, il lur devoit faire 
mostre avec I fusil > . 

Il est aujourd'hui prouvé que les Francs, comme les 
Bysantins et les Arabçs^ avaient déjà, à cette époque, des 
artificiers assez habiles, et que la fusée dite de signal, 
ainsi que les pièces nommées chandelles romaines, leur 
étaient parfaitement connues. 

Il est hors de doute que les grands barons latins, de 
Syrie, avaient dans les cours musulmanes des agents offi- 
cieux les renseignant sur tous les événements (4) et tou- 
jours prêts à ouvrir des négociations secrètes. 

Ce fut le prince d'Antioche qui annonça le premier à 
Maç'oud le meurtre de Borsoky, son père, tué par les 
Ismaéliens (5), le 16 novembre 1126. 

Selon toute apparence, la plupart de ces agents devaient 
être des indigènes. 

Les médecins chrétiens ou Israélites des princes musul- 
mans et Francs, ainsi que les interprètes, durent être fré- 
quemment les intermédiaires de relations officieuses et 



(1) Kitab-br-Racdataïn. Trad, Quatremere, p. 4i. 

(2) La poste aux pigeons existait depuis longtemps alors chez les Musul- 
mans et nous connaissons les noms des colombiers entre le Caire et Damas. 

(3) Mas Lat. Hist, de Chypre, t. III, p. 664. 

(4) Hist. Armen, des Crois,, t. I, p. 146. ♦ 

(B) Dhfrekery. Notice sur les Batheniens de Syrie, page 29. — 
Aboulfaradj. Chron, syr,, etc. 



LA NOBLESSE LATINE. 45 

souvent beaucoup plus intimes qu'on ne serait disposé i le 
croire, au premier abord, entre les princes arabes et les 
barons chrétiens. 

Cependant, ces intermédiaires étaient parfois des 
Latins; ainsi, Guillaume de Tyr (1) cite un chevalier du 
royaume parlant fort bien le langage sarraainaiSj qui 
avait été, à plusieurs reprises déjà, envoyé en mission 
chez les Musulmans, et qui, en 1146, ayant été député 
près de Moyn-ed-din Anar, gouverneur de Damas, fut 
assassiné au cours de cette mission. 

Par suite de leurs rapports constants avec les Grecs et 
les Sarrazins, nombre de ces chevaliers de Syrie dou- 
blaient le soldat d'un diplomate. 

Ce qu'on lit dans le Kitah^er-'RafMUUaïn y relative- 
ment an contrôle exercé, par les Francs, durant la pre- 
mière moitié du douzième siècle, sur le commerce des 
esclaves, dans les villes d'Alep et de Damas, donne à 
penser que les Francs avaient dans ces villes des agents 
dont la situation et les moyens d'action devaient ressem- 
bler, par plus d'un point, à ceux des bailes entretenus, 
trois siècles plus tard, près des sultans ottomans, par la 
république de Venise. 

En 1169, les Francs de Syrie obtinrent, par leur traité 
avec Schaver (2), vizir du calife d'Egypte, d'avoir des 
commissaires ou consuls au Caire (2). 

On ne saurait douter que les rapports fréquents et les 
relations amicales de Raymond III, comte de Tripoli, 
avec les princes de Homs et de Hamah, et avec Salah-ed- 



(1) G. de Tyr, 1. XVI, ch. 12. 

(2) Reinaud. Ext, des BisU arabes des Crois,, p. 427, et IhnrKhfiaU 
daun. Ed, Tornberg, p. 103. 

(3) L*historien arabe Ibn-Abou-Taï nomme ces ftgeats ScJiaTiana (eonsvls). 
{HisU arabes des Crois,, 1. 1, p. 126. 



46 GHAPITBE PBEHIBB. 

din lui-même^ n'aient été l'origine des accusations qni 
furent portées, contre lui, par certains auteurs occidentaux 
à la suite de la bataille de Hattin (1). 

La présence des chevaliers occidentaux et de nombreux 
hommes d'armes et sergents syriens, arméniens et musul- 
mans devait donner^ à ces petites cours chrétiennes des 
principautés franques, un aspect fort original. 

Chez les princes (2), le chambellan pourvoyait aux 
dépenses de la maison, et avait dans son service l'acquit- 
tement des prestations d'hommages dues par les feuda- 
taires. 

Dans une des chartes publiées par Paoli, nous trou- 
vons la mention, dans le cours de la seconde moitié du 
douzième siècle, d'Elise, demoiselle de la Chambre (3), 
d'Ëschive, comtesse de Tripoli, mais je ne sanrais dire 
encore quelles étaient les attributions de cette charge. 

Les seigneurs francs avaient près d'eux des pages, des 
écuyers, des clercs remplissant les fonctions de secrétaire 
ou de lecteur, et certains mêmes (4), des lettrés arabes 
attachés à leur maison, formant, avec le chapelain et le 
médecin, la partie noble de la domesticité. Chez les barons 
latins, ce dernier était généralement un indigène, et le 
plus souvent un chrétien jacobite ou nestorien, parfois 
même un juif ou un musulman. 

Quant à la domesticité proprement dite, outre des ser- 
viteurs d'origine occidentale, elle comprenait de nom- 
breux esclaves de l'un et l'autre sexes, habituellement 
achetés en Arménie. On y rencontrait aussi des nègres 



(1) ConU de G. de Tyr, p. 35 et suiv. 

(2) Mas Lat. Bist, de Chypre, t. I, p. 
, (3) Cod. JHpL, t. I, p. 283. 

(4) Hist, arabes des Crois,, t. III^ p. ISl* 



LA NOBLESSE LATINE. 47 

vendus par les Abyssins à Djeddah, et amenés en Syrie 
par les caravanes venant de ITemen. 

Les princes musulmans avaient près d'eux des musi- 
ciens qui; chaque jour, nous dit Joinville, sonnaient la 
diane et la retraite (1). 

A cet exemple, la plupart des seigneurs francs entrete- 
naient des musiciens les accompagnant en guerre (2); 
et chez les Latins, comme chez les Arabes, le camp 
retentissait du bruit des araines, des trompes, des chale- 
melles, des buzines, des cors sarrazinois, des nacaires et 
des tambours (3). 

Ce que raconte Joinville du débarquement en Egypte 
de son cousin le comte de Japhe ne saurait laisser aucun 
doute à ce sujet. 

Les Arabes et les Syriens n'avaient jamais cessé de 
cultiver la musique; aussi, les Francs empruntèrent-ils 
aux Arabes la plupart des instruments de musique que 
nous voyons usités en Occident aux quinzième et seizième 
siècles, et que nous trouvons énumérés dans le passage 
suivant de Guillaume de Machaut : 

Oreues, vielles, roicanons, 
Rubebes et psalterions, 
Leus, moracnes et guilernes 
Dont OD joue par ces tavernes 
Cymbales, citoles, naauaires 
Et de flaios plus de X paires 

Cors sarrusînois et doussainnes 
Tabours flaùstes traverseinnes 
Demi doussainnes et flaùstes 
Dont droit joue quand tu flaùstes 
Trompes, buisines et trompettes 
Guigues, rotes, harpes, chevrettes 
Cornemuses et chalemielles (4). 



(1) Du Gange. Dissert, sur VHist, de saint Louis, t. 1, p. 132. 

(2) Ibid., p. 248*253. 

(3) Cont. de G. de Tyr, p. 253-289. 

(4) Ed. de la Société de VOrient Latin, p. 35. 



48 



CHAPITBB PBBXJEB. 



La psalterion est tout partiçalièpem«|it meDUoimé pv 
Guillaume de Tyr (1). 

L'E'oad u:abe devint le lutb. 

Dans le rebebe, mm retrouvons le rebal> sjrrîeot «t 
presque tous les instrumeots cités dans cee Ters pmt 
d'origine orientale. 

Pour la musique religieuse, l'antiphone, ou chant alter- 
natif par le peuple et les choristes, puait un emprunt fait 
aux Syriens, dit M. Fétis, à qui nous devons de si curieuses 
recherches sur l'histoire de la musique dans l'antiquité «t 
au moyen &ge. 



Dans tons les ch&teaux ou palais élevés par les France 
eu Syrie, nous retrouvons un vaste bâtiment en forme de 
galerie. 




Graod'aalle dn châlean de Torloie. 



(i) 6. de Tyr, p. IIW. 



LA HOBLX88B LÂTIHB. 4$ 

CésC ]& gràfld'skUe^ t]iif)OTtâtion occidentale «t qui 
tenait nue place essentielle dans !& vie et les hs^bitudes 
te mj&a âge^ Là, le seigneur eonvoqtlait ses vassauM et 
rendait la justice ; décorée de panoplies^ de trophées et 
d'éteiidards pris sur reniiemi, des pleiûtures i fresques^ 
ainsi que de riches tentures, en complétaient rornemeiH 
tatidn. EUe servait aux fétës et aux banquets^ Sourent il 
s'y trottait une estrade fornliant tribune ou théâtre> suif 
laquelle pi*enaient place les musiciens, du bien Servant à 
k te présentatidh d'aventures tirées des romails de eheva- 
latrie^ alors en gratide vogue (1). 

Dès que. ces fêtes avaient lieu dans Un château, les 
méneBti'els, les jôngleiirsy les musiciens et les rapsodes 
syriens s'empressaient d'y accourir de toutes les contrées 
eiiviifonnantes (2)^ 

On y voyait des histrions et deS danseurs indigènes^ se 
livrant à des exercices et à des datises qui étaient un des 
attraits des fêtes somptueuses données dans ces châteaux 
par la noblesse latine (3), à l'occasion des noces et autres 
événements de la vie des grandes familles. 

Les Francs de Syrie avaient adopté l'usage miisuUnan 
de faire venir des pleureuses et des chiuiteuses à gage 
aux enterrements; ce qui fut interdit, en 1257, par les 
constitutions du synode de Nicosie (4). 

Souvent les marchands chrétiens ou juifs s'arrêtaient 
aifôsi dans ces châteaux, y présentant les objets précieux 
qu'ils rapportaient des terres de payenisme^ comme ou 



Ȏ^m. 



(1) Mas Lat. Hist. de Chypre, t. l, p. 480. 

(2) G. de Tyr, p. 1126. 

(3) Ibid. 

(4) Mansu Conciles, t. XXVI, p. 314. 



50 CHÂPITBE PBEMIEB. 

appelait alors les pays musulmans; et racontaient leurs 
aventures dans ces régions lointaines, dont la renommée 
publiait tant de choses merveilleuses. C'était là, avec la 
venue de pèlerins occidentaux qui y demandaient l'hospi- 
talité; un puissant élément de distraction pour les châte- 
lains. 

Parfois aussi, on recevait, dans ces demeures, la visite 
de princes musulmans, car il existait souvent, entre les 
barons latins de la Syrie et les émirs, de véritables frater- 
nités chevaleresques (1). Guillaume de Tyr cite, entre 
autres, celle de Omfroy de Toron et de l'un des émirs de 
Noureddïn, en 1152. 

Souvent, des émirs ou des chevaliers latins, trahis par 
la fortune des armes et ayant été traités avec courtoisie 
et générosité par leur vainqueur, demeuraient les amis de 
ceux dont ils avaient été les prisonniers. Je ne citerai 
qu'un exemple à l'appui de ce que j'avance. 

Pendant sa longne captivité chez les Musulmans, qui 
ne dura pas moins de huit ans, de 1165 à 1173 (2), Ray- 
mond III, comte de Tripoli, s'était tellement lié avec 
Salah-ed-din, que nous voyons, en 1186, ce prince arabe 
prendre parti pour lui dans la querelle qu'il engagea 
contre Gui de Lusignan, proclamé roi de Jérusalem à son 
détriment (3). Salah-ed-din envoya à son ancien ennemi un 
corps nombreux composé de cavaliers, de sergents à 
pied et d'arbalétriers musulmans, ainsi que plusieurs 
convois d'armes, lui donnant, en outre, l'assurance de 
son entrée personnelle en campagne, pour le secourir, si 
le roi de Jérusalem commençait les hostilités contre lui. 



(1) 0. de Tyr, liv. XVII, ch. 17, p. 788. 

(2) Kùt, arabes des Croisades^ t. III, p. 455. 

(3) ConU de G. de Tyr, p. 35-37. 



LA NOBLESSE LATINE. 51 

C'est à cette même époque que nous voyons l'usage des 
armoiries se généraliser en Orient, tant chez les Francs 
que chez les Arabes. 

Celles des Arabes n'avaient rien de fixe, de régulier, 
ni d'héréditaire. C'était Temblématique ou blason parlant 
primitif, et ces pièces héraldiques étaient nommées par 
eux le Benk, au pluriel Benouk, mot persan signifiant 
littéralement couleurs, et par une transition facile à com- 
prendre, écusson héraldique. 

Dès le onzième siècle, tous les émirs portaient des 
armoiries. 

Au douzième, l'aigle à deux têtes était adopté par les 
Ortokides. 

L'orjgine de l'aigle à deux têtes est très obscure. Il n'y 
a qu'une chose positive, c'est qu'il était connu en Orient 
depuis l'antiquité et bien longtemps avant d'avoir été 
adopté par les princes allemands. Il figure en 1190 sur 
les monnaies d'Emad-ed-din Zenghi, frappées à Sinjar; en 
1217 (614 de l'hégire), sur des pièces Ourtouki, ainsi que 
dans la décoration des cuivres damasquinés gravés à 
Damas et à Mossoul, tandis qu'il ne fut adopté par les 
empereurs d'Allemagne que vers 1345. 

Ahmed ibn Touloun portait un lion. 

Malek-ed-Daher-Bybars un lion passante 

L'émir Ak Sonkor avait des armes parlantes, un ger- 
faut blanc. 

Eelaoun un canard^ armes parlantes de son nom, qui 
avait cette signification en mogol. Ce canard se retrouve, 
d'ailleurs, fréquemment figuré sur la vaisselle de ses des- 
cendants. 

Presque tous les noms des émaux ou couleurs héraldi- 
ques sont d'origine orientale, et je pense que la descrip- 



63 



CfiAMtBB P&BltlSB. 



Uon de qaelqneB-anB des écussons arabes, dottt les éttuaa 
nous sont parvenus, doit trouver ici sa place. 

Sur une lampe, en verre, appartenant à la coUieetlOb de 
M. Schefer, se voit un renk d'argent au chef de gueules, 
dans le cbamp est timbrée use coupe de gueules. 

Uue autre lampe, également en verre, qui se trouve 
dans la collection Basilewsky, présente le renk d'azur, & 
une &sce d'émail blanc, chargée d'une coupe de gueules. 

On voyait encore, il y a peu d'anuées, dans une mos- 
quée de Saïdnaya, près Damas, une jolie lampe en verre. 




Sceau de BaudoaÎD d'IbdÎD, sënéchnl dn royaume ds Cb^pf^- 



ornée d'un écusson de gueules à nue fasce d'argent chargée 
d'une épée de sable. 

Nous devons donc considérer comme au point établi 
que les armoiries furent en usage chez les Uusulmans, 
tant en Syrie qu'en Egypte, pendant toute la durée des 
trois dynasties successives, kurde, turque et circassieuâe, 
et que les chevaliers et les princes francs firent, pour 



LA SOBIiEBBE LATINE. 



53 



leurs armoiries, de nombreux emprunts au blason orien- 
tal (1). 

Les armoiries des Francs de Sjrie furent généralement 
très simples, à en juger du moins par celles que noue 
connaissons. 

Les Ibelins portaient d'or à la croix de gueules pattes. 

Les comtes de Tripoli paraissent avoir porté d'or à un 
château de gueules. 

Les seigneurs de Tabarie une fasce au milieu du champ 
de l'écu; quelques auteurs disent que le champ était 
d'azur et la fasce d'or. 

Mais je ne puis en dire davantage sur ce sujet, qui aéra 
longuement traité par mon savant ami Gustave Schlum- 




Scoaa de Caypha 



berger dans le beau livre qu'il prépare en ce moment 
sur la sigillographie des principautés latines d'Orient. 

Les mata de pavillon plantés sur les forteresses et por- 
tant la bannière ou l'étendard du seigneur, étaient en 



(1) Voir Bulletin de l'Institut d'Egypte, décembre 1380. 



54 CHAPITBB PBEMIEB. 

usage en Syrie dès le douzième siècle. La flèche (mât de 
pavillon?) qui surmontait le donjon du château de Sahioun 
fut brisée dès les premiers jours du siège de cette forte- 
resse par les Musulmans, en 1187 (1). Le revers du sceau 
de Garsias Alvarès, seigneur de Cayphas, que je donne 
plus haut, offre un exemple de ces drapeaux flottants sur 
les murs de la ville. 

D'après les chroniques et les relations des pèlerins, les 
Francs avaient emprunté aux Orientaux certains exer- 
cices équestres, tels que les combats simulés et ceux con- 
sistant à enlever un cercle avec la lance (2). 

Herman Corner (3), dans sa chronique, parle en ces 
termes des passe-temps militaires en usage chez les 
Francs de Syrie : • Omni die ludos, torneamenta, hasti' 
ludia et varias dedudiones militares ac omnia exerci" 
tionum gênera ad militiam pertinentia continuahant. • 

C'était surtout vers le printemps, à l'époque où les che- 
vaux étaient conduits dans la campagne pour y être mis 
au vert que, campés près des tentes des Bédouins, les 
chevaliers latins, même ceux des grands ordres militaires, 
se livraient avec passion au jeu équestre du djerid, con- 
sidéré par certains auteurs comme ayant été Torigine des 
tournois. 

Pour cette noblesse, qui passait sa vie dans un état de 
guerre presque permanent, après les exercices et les jeux 



(i) Hist, arabes des Croisades^ t. III, p. 3. 

(2) Pendant les trêves, les chevaliers francs, les templiers, les hospita- 
liers et les Teutoniques se rendaient chaque année, au mois de février, aux. 
bords du Kison, pour y célébrer le haraz, fête bruyante, ou tous s'exer- 
çaient à des joutes, auxquelles les Sarrazins et les Bédouins prenaient paci- 
fiquement part. — Saint-Génois int, au voyage de Thetmar, Mém, de 
VAcad, royale de Belgique, t. III. 

(3) Ap, Ekkard Corp, hist, Medii, œm, t. II, p. 941 et suiv. 



LA NOBLESSE LATINE. 55 

militaires, la chasse dut tenir le premier rang parmi les 
plaisirs, et en temps de trêves, Francs et émirs s'y 
livraient fréquemment en commun. Dans les inventaires 
des archives de plusieurs familles arabes de Syrie se 
trouvent mentionnées des permissions de chasse accor- 
dées alors, réciproquement, sur certains cantons limi- 
trophes des deux territoires, par les princes francs et les 
émirs. 

Ici, comme en Occident, la chasse au faucon fut tout 
particulièrement en honneur. En Syrie, on comptait huit 
espèces de faucons ; quatre étaient nommées oiseaux de 
haut vol, et les autres oiseaux volant de poing. 

Le deux cent-cinquantième chapitre des Assises de 
Jérusalem (1) est consacré au règlement des débats qui 
pouvaient s'élever sur la possession, la perte, l'achat ou la 
vente de ces oiseaux. 

Comme chiens de meute, outre ceux tirés d'Europe, 
les Latins se servirent de la race indigène des lévriers 
Sloughi, laquelle est originaire de Syrie, de chiens turco- 
mans, se rapprochant beaucoup du chien danois par ses 
formes et son caractère; enfin, du bodgeh^ espèce de 
grand basset qui, croisé avec le braque d'Europe, donne 
une race excellente. 

Les Francs empruntèrent encore aux Arabes l'usage de 
l'oncelot ou guépard dressé pour la chasse. Cet animal, 
très docile et très rapide à la course, figurait alors dans 
les véneries de tous les princes orientaux, et nous le trou- 
vons souvent figuré dans les chasses gravées ou émaillées 
qui décorent les vases exécutés en Syrie, dans l'Irak ou 
en Perse, du onzième au quinzième siècles. 



(1) Ass, de Jerutsalem, t. II, p. 294. 



56 OHAPITSB FSEVtïEBi, 

Les historienB arabes et occidentaux meationQuit fré- 
quemmeôt cet animal, et je crois devoir cU«r ici, 4'aprèB 
M. de Mas Latrie, un pusage où il en est qaestion : 

t G'eetait un prince (Jacques de Lusignan) qui movlt 
aimait la chasse, et avait une petite beste non mye si 
grande comme un regnart I celle beste çst appelée 
carable (quaraqaula) et n'y a beste sauvage que jce^e 
petite beste ne preigne (1). > 

Nous trouvons encore cet animal désigné sous Us noms 
de peteng ou de fehed, et il est nommé, de nos jour^, ep 
Syrie, faheddeh (2). 




(t) Mas. Lat. Bist. de Chpyre, i. Il, p. 43Î. 
Il) Qdatbbhbiib. HUt. des Uogolea, p. 163 et m 



CHAPITRE II 



I^çs Bourgeois 



Bientôt, dans ces nouvelles * colonies, les bourgeois 
venus d'Europe, les marchands, ainsi que les Syriens enri- 
chis par leur commerce, s'organisèrent^ dans les villes, en 
bourgeomes, et, tout en demeurant sous la protection et 
la juridiction du seigneur, y implantèrent une partie des 
institutions communales de l'Europe. 

Ce ne fut pas seulement dans les villes du littoral, habi- 
tées par une population composée d'Européens et d'Orien- 
taux, se livrant, dans la plus complète sécurité, aux opé- 
rations du négoce^ mais encore dans un grand nombre de 
petits ceiitres de population de l'intérieur, que nous 
voyons s'établir alors ces bourgeoisies administrées au 
noip 0a seigneur par des vicomtes. 

Nous en trouvons notamment à Gadres, à Ibelin, à la 
^braadd-lf ihQmeris, i Jéricho^ & Lydda, à Gaco, à Saint- 



58 CHAPITRE U. 

Jean de Sebaste, au Merle, au Casai Robert, à Palmere, 
au Grand-Gerin, au Lyon, etc., etc. 

Le passage suivant, extrait du mémoire de M. le comte 
Beugnot sur le régime des terres en Syrie, au temps des 
Croisades, résume fort nettement les origines de ce droit 
accordé aux bourgeois par les assises du royaume. 

c Quant au droit des bourgeois en matière de pro- 
priété, il découlait des lois romaines. Les Croisés trou- 
vèrent en vigueur, dans les cités maritimes de la Syrie, 
des débris de la législation civile des empereurs grecs 
qu'ils eurent la sagesse de respecter, ainsi que l'avaient 
fait les Arabes. Us en étendirent même les dispositions 
aux bourgeois venus d'Europe. 

c Le livre des Assises de la cour des bourgeois que 
nous possédons fut écrit entre les années 1173 et 1180, 
sous l'inspiration manifeste de la loi romaine. 

c Remarquons, en outre, que cette loi, quand elle som- 
meillait encore dans les principaux Etats de l'Europe, 
régissait une classe tout entière de la société dans les 
colonies chrétiennes de l'Orient. • 

On est autorisé à dire que dans les colonies latines de 
Terre-Sainte, la bourgeoisie avait trouvé son rang dans la 
hiérarchie sociale. Rien ne manquait donc de ce qui pou- 
vait faciliter son libre développement. 

Au point de vue de la juridiction civile, les cours des 
bourgeois et des Syriens, et bientôt ai^rès l'établissement 
d'une juridiction commerciale et maritime comprenant 
les cours de la Fonde et de la Chaîne^ formèrent un sys- 
tème judiciaire complet et supérieur à tout ce que l'Occi- 
dent possédait en ce genre. 

La cour des bourgeois, composée de douze jurés, pré- 
sidée par le vicomte, avait une autorité fort étendue ; elle 
tenait ses audiences trois jours par semaine, qui étaient, 



LES BOmtGEOIB. fi9 

autant qae les fêtes le permettaient, les londis, mercredis 
et TendredÎB (1). 

L'écrivain ou greffier de cette cour recevait chaque 
moÎB douze besans, plus une remise sur les sommée qoî 
rentraient par son office, enfin, certaines gratifications 
pour les actes qu'il rédigeait au nom des particuliers (2). 

Les Assises disent que le vicomte était également 
chargé de la rentrée des rentes de la seigneurie, et tous 
les trois mois, il rendait compte des entrées ou recettes, 
en effectuant leur versement à la secrète ou trésorerie (3). 




Sceau de Jean, t comle de Tripoli 



Quant à la police de la ville, elle relevait entièrement 
de lui, et il était assisté dans cet office par le mathessep, 
ou lieutenant de police, chef des sergents, sur les fonc- 
tions duquel j'aurai lieu de m'étendre un peu plus loin. 

La cour de la Fonde, juridiction purement commer- 
ciale, comme je l'ai indiqué, se composait de six jurés, 
dont quatre étaient Syriens et deux Francs. Elle était pré* 
sidée par le bailli de la Fonde. 



(1) Assis, de Jérus., 1. 11, p. S 

(2) Ibid., p. 238. 

(3) Ibid,, p. 141. 



60 CHAPITBE U. 

I^ cour de h Chaîne^ dont on attribue rétabli3sement 
au roi Amaury P^, était un tribunal essentiellement mari- 
time, et p'existaity par conséquent, que dans les ports de 
mer. 

La cour syrienne ou du Reïs était présidée par ce 
fonctionnaire, et à son défaut, par le bailli de la Fonde. 

Les jurés de la Fonde et la cour du Beïs jugeaient 
suivant les assises de la cour des bourgeois de chaque 
principauté, mais il y a tout lieu de penser que les cou- 
tumes locales tinrent une large place dans leur jurispru- 
dence. 

Si, sous le rapport commercial, la Fonde était un tri- 
bunal commun aux Francs et aux indigènes, il" devenait la 
juridiction spéciale des Syriens là où ces derniers n'étaient 
pas assez nombreux pour former une communauté et pos- 
séder un reïs. 

En Syrie, la bourgeoisie latine demeura toujours fran- 
çaise, par son langage et ses habitudes, tout en adoptant 
certaines coutumes orientales, conséquences du milieu 
dans lequel elle vivait et de l'admission de l'élément syrien 
dans ses rangs. 

Dans les villes, son existence était fastueuse, et par ses 
richesses, elle acquit une influence extraordinaire dans 
une société féodale. 

La nécessité où, par suite d'un état de guerre perma- 
nent, se trouva bientôt la noblesse de Terre-Sainte de se 
recruter, en grande partie, dans les rangs des bourgeois, 
rendait la condition de ces derniers, en Syrie, bien plus 
honorable que celle de la bourgeoisie de France ou d'An- 
gleterre; aussi, rien n'égalait la facilité avec laquelle un 
bourgeois devenait chevalier. 

Far suite de fréquents mariages des Francs avec des 
femmes indigènes, nous devons encore comprendre dans 



/ 



LEd BDtTMÉOië. 6i 

lëB f aiitd âe là bôcrrgëoMe un ëlétiieiit èÔAElidéMble : ce 
dont tes enfatitâ tés de ces mariages, qiie leâ chtoili- . 
queurs des croisadeâ désignent dtl nonl de Pdulaiiïl Sdua 
f iiiflîience maternelle, ces hoinmes se rapprochàietit ^lus, 
à certains points de vue, des Syriens et des Atinéûiens 
qne des Francs^ et ils conservaient en grande {tartie leâ 
nsages et les mœurs orientales. 

 l'exemple deâ Musulmans, ild renfermaient leutd 
femmes et leurs filles, et ne les laissaient dcirtir ^ne 
voilées. 

Trois fois par semaine, ces femmes allaient auit bains, 
quand, dit Jacques de Vitry^ la fréquentation des égliseiâ 
et des cérémonies religieuses leur était interdite, isû 
dehors de la semaine sainte (1). 

Il est vrai que ces riches bourgeois avaient des cha* 
pelles particulières dans leurs maisons où, au grand scan- 
dale de révêque d'Acre, des chapelains et des prêtres 
indigènes venaient célébrer la messe et réciter les 
offices (2). 

La fréquentation des femmes syriennes et musulmanes 
avait introduit dans ces intérieurs toutes les intrigues des 
harems. 

Ces bourgeois, peu belliqueux, et qui étaient, avant 
tout, préoccupés des intérêts de leur commerce ou de 
leurs affaires, préféraient la prolongation des trêves avec 
les Musulmans, et voyaient toujours avec quelque inquié- 
tude raîrrivée des nouveaux Croisés, venus d'Europe, pleins 
du désir de recommencer la guerre. 



(1) iacques de Vitry. Ap, SùngarSy p. 108Ô. 

(^ Nous savons ^tie daBs les faiinilles pàtricîehhets àe Vêtais, la vie des 
femmes ressemblait tout à fait à celle des harems ; la plupart ne sortaient 
mètné 'fks poUr allet à Téglise, beaucoup de palais ayant ^àts chapeRes 

f)articulières. Cet état de choses durait encore au seizième siècle. Quant à 
eur genre de vie, il ne différait guère de celui des femmes d'Orient. 






62 GHAPITBE n. 

Comme les Orientaux, les Poulains, et même la plupart 
des Francs fixés depuis longtemps en Terre-Sainte, avaient 
pris l'usage de laisser croître leur barbe. 

Du reste, ainsi que je Tai dit plus haut, les usages 
orientaux avaient été^ en grande partie, adoptés par les 
Francs et même par ceux qui appartenaient à TEglisey 
car nous voyons Jacques de Vitry reprocher aux reli- 
gieuses de sortir de leur monastèret contre les règles, et 
de fréquenter les bains publics avec les personnes sécu- 
lières. 

Il est probable que les lignes suivantes, relatives à la 
toilette des femmes de Palerme, et empruntées à Ibn- 
Djobaïr, qui visita cette ville à son retour d'Orient^ en 
1184, doit nous donner une idée de ce qu'était le vête- 
ment des femmes, des Poulains et des Syriens admis dans 
la bourgeoisie des principautés franques de Syrie. 

« Les dames chrétiennes de cette ville (Palerme), par 
l'élégance de leur langage, leur manière de se voiler et de 
porter leurs manteaux, suivent tout à fait la mode des 
femmes musulmanes. A l'occasion de cette fête (Noël), 
elles sortaient habillées de robes en soie, couleur d'or, 
enveloppées de manteaux élégants, couvertes de voiles de 
couleur, chaussées de brodequins dorés, surchargées de 
colliers, de fards et d'odeurs, tout à fait la toilette des 
dames musulmanes, etc., etc. • 

Il existait, dans les principales villes de Syrie, des con- 
fréries de bourgeois placées sous l'invocation d'un saint 
et la protection de l'évêque. Ces associations prirent rapi- 
dement un caractère politique et acquirent une si grande 
importance dans les derniers temps de l'occupation de la 
Syrie par les Latins, que, non-seulement les nobles, 
mais même les chefs du gouvernement, s'y faisaient 
admettre. 



LES BOI7BGEOI8. 68 

L'association des Pisans, à Tyr, dite Societas Vermi» 
gliorum (1), confrérie moitié religieuse et moitié mili- 
taire, comme celle de Saint-André d'Acre, joua un grand 
rôle à la défense de Tyr, en 1188, et nous savons 
qu'elle possédait un certain nombre de casaux voisins 
de cette ville. 

C'est encore dans les rangs de la bourgeoisie que je 
crois devoir placer les divers fonctionnaires civils des 
colonies latines, dont les attributions nous sont connues. 

Le Mathessep (2), dont le titre et l'emploi sont un 
emprunt fait à l'Orient était, chez les Francs, ainsi que je 
l'ai dit plus haut, le lieutenant du vicomte et le chef des 
sergents de la cour des bourgeois. 

Chez les Arabes, le mothasib avait des attributions très 
multiples et qui doivent nous aider à nous rendre un 
compte exact de ce que fut la charge analogue chez les 
Francs de Syrie. 

Ibn-Ehaldoun, dans ses Prolégomènes, et Makrizi, dans 
sa description de l'Egypte, ont consacré chacun quelques 
pages à ce chef de la police musulmane, et je crois inté- 
ressant de donner ici, diaprés le scheik Abder-Rhaman- 
Naaser-Abdallah-Anabraouï, la liste des inspections con- 
fiées au moths^ib : 

Les marchés et les rues. 

Les poids et les mesures. 

Les marchands de grains et de farines. 

Les boulangers. 

Les bouchers. 

Les rôtisseurs. 



(i) MuLLER. Docum, Toscani^ p. 14-34. 

(2) Sact. Chrestomathie arabe^ t. I, p. 469-470. 



64 OHAPITBH n. 

Geùl qui font frite le pôisfioni 

Les {ifttissiers et les confiàeursi 

Les marchands de betmre et d'iraite. 

Lee màrtchaiids db sorbets 

ÎM maîtres d'éeole. 

Les médecins et rebouteurs. 

Lëd oculisteâ. 

Les apothicaires. 

Les vétérinaires et les maréchaux. 

Les épiciers. 

Les courtiers et crieurs de ventes publiques. 

Les changeurs de monnaies. 

Les marchands d'étoffes. 

Les teinturiers. 

Les cordonniers^ 

Les orfèvres. 

Les forgerons. 

Les chaudronniers. 

Les marchands d'eôciavéâ. 

Les marchands de chevaux et de bêtes de somme. 

Ce fonctionnaire devait, en outre, veiller à ce que la 
prière fût récitée régulièrement dans les m'osquées, et sa 
vigilance devait également s'étendre sur les bains et tous 
les établissements publics, en général ; enfin, assurer 
l'exécution des prescriptions sanitaires en ce qui concer- 
nait les lépreux. 

Lui incombaient aussi la recherche et la répression des 
nombreuses falsifications qui, d'après l'auteur que je viens 
de citer, s'exerçaient déjà alors sur certaines marchan- 
dises précieuses, telles que les drogues, épices et par- 
fums. 



LES BOTJBGEOIS. 66 

Les fonctions du mathessep (1)^ chez les Latins, ne 
nous sont connues que par de rares documents, dont les 
deux plus importants sont le chapitre du livre des Assises 
de la cour des bourgeois, relatif à cette charge, et un 
paragraphe de la relation du baile de Venise à Tyr, 
en 1240 (2;. 

Ces deux documents montrent que les fonctions du 
mathessep ou matasep furent, comme son titre l'indi- 
que, semblables à celles du mothasib arabe pour les ques- 
tions de police générale, seulement avec le caractère de 
chef de la force publique, plus nettement accusé que chez 
les Musulmans. 

Cependant, il existait quelques différences dans les ins- 
pections afférentes à cette charge. Ainsi, dans le royaume 
de Chypre (3), il y eut des délégués spéciaux du vicomte 
pour le contrôle des étoffes et leur estampille, pour l'ins- 
pection des épiciers, etc. 

Les médecins, dans les principautés de Syrie, tenaient 
de Févêque et des sommités de la corporation, leur 
licence d'exercer; ils étaient, de plus, régis, ainsi que 
les chirurgiens et les rebouteurs, par une assise spé- 
ciale (4). 

Je ne ne crois pas non plus que, chez les Latins, le 
mathessep ait jamais eu la surveillance des écoles. 

Dans les colonies franques, ces fonctions furent parfois 
remplies, dans les villes peu importantes, par des indi- 
gènes, et je serais bien tenté de voir un de ces fonction- 



Ci) Assises de Jérus., t. If, p. 243. 

(2) Tapel et Thomas. Ap, Font Rrer, AusU, t. XIII, p. 3S9. 

(3) Assises de JértAS», t. Il, p. 366. 

(4) Ibid., p. 164 et suiv. 

5 



1^ 

ii 



■• :> 






;»> 



66 CHAPITBE n. 

naires dans Mansonr-Ibn-Noubil, cadi de Zibel (1)^ qae 
Raymond III, prince d'Antioche, avait assez imprudem- 
ment chargé, dit Boha-ed-din, de la garde de cette ville 
preturœ urbis, et qui la livra à Salah-ed-din en 1187. 

Le mathessep recevait chaque mois douze besans de 
solde, plus son droit sur les rentes effectuées par les ser- 
gents. 

Les sergents de la cour des bourgeois recevaient une 
solde de six besans par mois, plus une remise sur les 
sommes provenant des ventes ou des héritages. 

Le vicomte avait également sous ses ordres d'autres 
sergents, nommés placiers^ que nous trouvons fréquem- 
ment mentionnés dans les actes contemporains (2). 

Aux républiques italiennes, qui avaient des communes 
commerciales établies dans les villes maritimes de la 
Syrie, était accordé le droit d'avoir des consuls. Les 
princes latins leur donnaient en même temps celui d'avoir 
des placiers (3). 

Celui des Vénitiens, à Tyr, en 1242, se nommait 
Buraffe (4). Il était logé par la commune, recevait un 
salaire annuel de trente-six besans et une paire de vête- 
ments à Noël. 

Les Baniers (5) étaient des officiers publics chargés de 
;i porter les sommations et ajournements, ainsi que de pro- 

clamer les bancs du seigneur ou les ordres du roi. 
: ! c Li rois manda son banier et si li commanda que il 

,: criast pour l'ost qu'il s'armassent tout et qu'il si vissent 

le gonfanon de la sainte crois. Li baniers fist le comman- 

(1) ViLKEN. Comment, de, Bell, Cruciat, ex Aboul feda, p. 15i. 

(2) Assises de Jérus., t. II, p. 97. 

(3) Code DipL, t. I. p. 159. 

(4) Tapel et Thomas. Ap. Font, Rer. Amt,^ t. XIII, p. 395. 

(5) Assises de Jérus,, t. I, p. 54 et 343. 



:i 



LES BOUBGBOIS. 67 

dément le roi, et cria par Tost as chevaliers qu'il s'ar- 
maissent (1). i 

La charge du drogman paraît ne s'être point bornée au 
rôle d'interprète. 

On voit, en 1160, le roi Baudoin III accorder à Jean 
de Cayphas (2)^ la charge héréditaire de garde et de 
de drogman du château de Mahalia et de ses dépendances. 
En 1260, Guy d'Arsur avait comme fief de soudée le drog- 
manat et la moitié des dîmes de sept casaux (3). 

La bureaucratie des colonies latines était formée de 
nombreux employés, tous désignés sous le nom d'écri- 
vains (4). 

Nous rencontrons souvent la mention d'écrivains fran- 
çais ou sarrazins employés à la douane, à la fonde, à la 
chaîne, ainsi que dans les casaux (5). Ces derniers sont 
fréquemment désignés sous la dénomination d'écrivains 
de la terre ; leurs fonctions paraissent s'être beaucoup 
rapprochées de celles du moustafiz arabe que nous trou- 
vons désigné, dans certains actes latins du treizième 
siècle, sous le nom de moafese (6). 

L'écrivain du roi était, selon toute apparence, chargé 
des droits et raisons du roy (7). 

Il y avait aussi l'écrivain de la secrète et celui de la 
taille (8), dont les attributions sont indiquées par leur 



(i) Mas. Lat. Chron, d'Ernoul et Bernard le Trésorier, p. 162. 

(2) Strehelke. Tab, ord, Teut,^ p. 2. 

(3) Cod. BipU, t. 1, p. 171. 

(4) Hist, arabes des Crois,, t. III, p. 29S. — Assises de Jérusalem, 
U II, p. 220. 

(5) Cod, DipL, t. I. p. 171. 

(6) Tapkl et Thomas. Ap, Font, Rer, Aùst,, t. XIV, p. 400, et Arch» 
de rOrient Lat,, t. I, p. 256. 

(7) Tapel et Thomas. Ap, Font. Rer, Aust,, t. XIII, p. 370, 

(8) Assises de Jérus,, t. II, p. 369-378. 



68 



OHIPITBB U, 



titre, et sur le compte desquels j'anrai i revenir en par- 
lant da régime financier des principautés franqnes de 
Syrie. 




CHAPITRE III 



Les Communes commerciales 



Grande fut^ dans la société des principautés franques, 
l'importance qu'eurent les colonies ou communes com- 
merciales formées, en Orient, par les principales villes 
maritimes du bassin de la Méditerranée. Aussi ai-je été 
conduit à placer ces dernières à côté de la bourgeoisie, 
classe à laquelle se trouvèrent constamment mêlés les 
négociants français, italiens ou catalans, que leurs 
affaires jBbsèrent temporairement en Syrie, pendant l'occur 
pation latine. 

Ces colonies formèrent autant de communes, possédant 
en propre des quartiers, ayant leurs privilèges et leurs 
juridictions civiles particulières et administrées par des 
bailes, des consuls et des vicomtes. 

La plus ancienne colonie, celle des Âmalfitains, remon- 
tait au sixième siècle. 

Us fondèrent à Jérusalem le premier hôpital destiné 



70 CHAPITEE in. 

aux Occidentaax venus en Terre-Sainte comme négociants 
ou pèlerins. 

Le quartier des Amalfitains, à Antioche, était leur pro- 
priété avant les Croisades. A Tripoli, ils reçurent quel- 
ques maisons, entre autres celle du vicomte et un fon- 
douk. Ces divers immeubles appartenaient à l'archevêque 
d'Amalfi. Ils avaient, à Acre^ un quartier voisin de celui 
des Fisans et possédaient, en outre, l'église de Saint- 
Nicolas. 

La colonie vénitienne était administrée par un baile, 
celles de Gènes et de Fisc par des consuls. 

Le traité de 1123 donnait, aux Vénitiens, un quartier 
complet dans chaque ville du royaume. Us avaient des 
consuls à Tyr, à Giblet, à Antioche, oti ils ne possédaient 
qu'un fondouk, une église et quelques maisons. 

Le 1®' juin 1277, Boémond VI (1), prince d' Antioche 
et comte de Tripoli, par un traité de commerce et de 
navigation conclu avec Jacques Contarini, doge de Venise, 
autorise cette république à avoir, à Tripoli, baile, prison 
et cour libérale ; enfin, à juger tout Vénitien, se réser- 
vant seulement la haute justice. 

A Tyr, leur quartier était situé entre le port et les 
murs d'enceinte. Ils possédaient primitivement un tiers 
de cette ville, mais, à la suite du tremblement de terre 
de 1201, leur quartier fut presque ruiné. Cependant, en 
1244, nous trouvons énumérés, dans la relation du baile 
Marsile, Georges, un grand nombre de casaux et de terres 
situées aux environs de Tyr, et dans la ville même, une 
tour seigneuriale, les trois églises de Saint-Marc, Saint- 
Jacques et Saint-Nicolas, des fondouks, des bains, mai- 



Ci) Rbt. Rech, sur la domin, lot, en Orient^ p. 47. 



IiES COMMUNES OOMHEBOIALES. 71 

sonsy boutiques, terrains de halage, etc., comptés par le 
même document comme formant le domaine de la com- 
mune vénitienne. A Acre, la fonde des Vénitiens formait 
un quartier assez considérable, comptant beaucoup de 
maisons et de magasins, car, dans la relation citée plus 
haut, nous ne trouvons pas moins de cent sept immeubles 
possédés par Venise, plus un palais et une église sous le 
vocable de Saint-Marc, près de laquelle s'élevait la tour 
des Vénitiens, et on voyait, à Acre comme à Tyr, ces 
tours seigneuriales, qui sont un des traits les plus carac- 
téristiques et des plus originaux des villes italiennes du 
moyen âge. 

Ces postes de bailes et de consuls étaient les plus 
importants de ceux qu'entretenait la sérénissime répu- 
blique. 

Le baile de Syrie devait appartenir à la noblesse véni- 
tienne. Nommé par le Grand Conseil, il était deux ans en 
fonctions. Outre son traitement consulaire, il recevait 
200 ducats et une partie des présents que les soudans 
faisaient à la république. Les Vénitiens fixés en Syrie lui 
prêtaient serment de fidélité, comme à leur chef. C'était 
le juge des différends et le percepteur des revenus 
publics, qui servaient à l'entretien des immeubles pos- 
sédés, en Syrie, par Venise. Dans les cérémonies, il por- 
tait un manteau rouge brodé d'or, et était coiffé d'une 
barrette richement ornée. 

Le consul était assisté de deux conseillers, envoyés en 
même temps que lui de Venise. La durée de son adminis- 
tration était limitée, et à la fin, ils devaient exposer, dans 
un rapport, l'état oii ils laissaient les colonies commer- 
ciales qui leur avaient été confiées. 

Les bailes vénitiens résidaient, tantôt à Tyr, tantôt à 
Acre. 



72 CHAPITEB III. 

Voici les bailes dont les noms nous sont parvenus : 

Dominique Acotanto et Pantaleon Barbo, contempo- 
rains du roi Henry de Champagne, c'est-à-dire entre les 
années 1192-1198. 

Théophile Zeno était baile en Syrie en 1217. 

Marsile, Georges, 1243. 

Nicolas MichaBli, 1256. 

Marc Justiniani, 1258. 

Nicolas Quirini, 1263. 

Michel Doro, 1264. 

Philippe Belleyno, 1271. 

Pierre Zeno, 1271. 

Albert Morosini, 1277. 

Les bailes et consuls étaient subordonnés aux trois 
consuls des marchands de Venise. 

Il y avait, en outre, à Acre, une espèce de conseil com- 
munal des Vénitiens, que le consul convoquait dans les 
circonstances importantes (1). 

Les Vénitiens avaient, dans leurs quartiers, la juridic- 
tion civile, mais le roi et les seigneurs se réservaient tou- 
' jours exclusivement la haute justice. 

La curie judiciaire était présidée par le vicomte (2)« 
Dans les villes de Syrie, la police du quartier des Vénitiens 
était dévolue au consul ou au baile, et les étrangers rési- 
dant dans ces quartiers étaient soumis à la juridiction de 
la république. 

En Arménie, les Vénitiens reçurent, en 1201, du roi 
Léon II, des terrains et des églises à Missis, à Tarse et à 
rAïas. 



(1) MuLLER. Document Toscani, p. 65. 

(2) Heyd. Italiani in Oriente, t. J, p. i79. 



LES COMMUNES GOBIMEBCIALES. 73 

Le consul placé à la tète de la colonie génoise, en Syrie, 
avait des attributions semblables à celles des consuls 
vénitiens, pisans, marseillais et ancônitains. 

Les Génois s'établirent à Baruth, vers 1223, à la suite 
du différend qu'ils eurent à Acre, avec les Pisans. Ils 
avaient aussi quelques comptoirs à Gibelet. Dans le 
royaume d'Arménie, oîi leur nation était la plus favorisée, 
un vicomte administrait leurs établissements. 

Hugues Ferrario occupait cette charge en 1215. 

Philippe Tartaro en 1274. 

Léon de Nigrino en 1279. 

Ils avaient cour de justice et possédaient, à Sis, une 
église, un fondouk et des maisons. Il en était de même à 
Tarse. 

Les Pisans reçurent, en 1109, à Antioche, le quartier 
dit de Saint-Sauveur. A Laodicée, la rue des colonnes et 
l'église Saint-Nicolas (1). Ce ne fut qu'en 1170, qu'ils 
eurent des consuls, dans la première de ces villes, ainsi 
qu'à Tripoli, en 1194 (2). Leur vicomte, dans cette ville, 
se nommait Matthieu Minchet. 

Ils possédaient, à Acre, un quartier, et avaient leur 
juridiction propre. Les Pisans jouissaient, dans cette ville, 
à Tyr et à Japhe, du privilège d'avoir un contrôleur, pour 
l'impôt de la chaîne, au bazar et aux portes, afin de sur- 
veiller les écrivains du fisc et veiller à ce qu'ils n'exer- 
Cassent aucune exigence injuste envers leurs nationaux. 

Les Marseillais, les marchands de Montpellier et de 
Saint-Gilles étaient également régis, dès la fin du dou- 



(i) Tafkl et Thomas. Font, Rer, AmU^ t. XllI, p. 361 
(2) Dal BaRGO. DipL Pisani, p. 85. 



74 



CHAPITBE m. 



zième ou les premières années du treizième siècle, par 
des consuls à Acre, à Tyr et à Barut. Dans cette dernière 
Yille, leur installation date de l'année 1223. 




CHAPITRE IV 



Les Ssrriens 



Durant toute la période des Croisades, nous trouvons 
désignés, sous le nom de Syriens, les indigènes chrétiens, . 
de langue arabe, unis à Rome et suivant la liturgie grec- 
que, qui formaient, à cette époque, une grande partie de 
la population indigène des principautés franques de Terre- 
Sainte. 

• Aboulfaradj dit que, de son temps^ les Syriens avaient 
conservé l'usage de commencer Tannée le 1®' octobre, 
tandis que les Grecs de Syrie la commençaient le 1" sep- 
tembre (1). 

Jacques de Vitry (2), qui les distingue fort nettement 
des Grecs, les accusait de n'être qu'en apparence soumis 
aux prélats latins, dont ils habitaient les diocèses (3). 



(1) loELER. Handbtùch der Chronologie^ 1. 1, p. 463. 

(2) Jacques de Vitry. Ap, Bongars^ p. 1090. 

(3) Ibid., p. 1094. 



76 CHAPITBE IV. 

Il faut encore comprendre, sous la même dénomination^ 
les Syriens Maronites; ces derniers suivaient la liturgie 

syriaque. 

De tous les indigènes, ce sont ceux dont le législateur 
latin s'occupe le plus; ils sont toujours présents à sa 
pensée, et ils en obtiennent une situation plus favorisée 
que toutes les autres populations indigènes. 

Les Croisés crurent ne devoir rien négliger pour s'atta- 
cher une race adonnée à l'agriculture, au commerce et à 
l'industrie, tenant entre ses mains presque toutes les res- 
sources du pays. 

Si elle avait été aussi corrompue et aussi perfide que le 
dit Jacques de Vitry, dont l'exagération et l'intolérance 
ne sauraient être mises en doute, la législation civile 
n'aurait pas conservé pour elle tant d'égards. 

Les Syriens tenaient donc le premier rang parmi les^ 
indigènes, puis venaient les Jacobites, les Arméniens, et 
à un rang un peu inférieur, les Grecs, les Nestoriens et 
les Abyssins. 

Les auteurs contemporains, et notamment Burchard de 
Mont-Sion (1), disent que les prélats gouvernant, dans les 
principautés franques, ces divers rites, reconnaissaient, ou 
tout au moins étaient sensés reconnaître, la suprématie de 
l'Eglise romaine. 

L'archevêque arménien et l'évêque jacobite de Jéru- 
salem étaient comptés au nombre des suffragants du 
patriarche latin de cette ville (2). 

On voyait alors officier, simultanément, dans l'église 
du Saint-Sépulcre, à côté des Francs, les Syriens, les 



. 



.1 



(i) Ed. Laurent. Peregri Med, avi, quat,, p. 34. 
(2) L. de J. d'lBEUN« Ass, de Jérus,, t. 1^ p. 416. 



LES SXBIEN8. 77 

Arméniens^ les Jacobites, les Grecs et les Abyssins. Les 
Syriens y possédaient, en propre, la chapelle dite de la 
Croix, ainsi nommée d'un fragment considérable de la 
vraie croix qui y était conservé (1), les Jacobites, celle de 
Saint-Jacques, les Arméniens, une autre chapelle, voisine 
de celle dite des Trois-Maries. 

Quant à Tautel des Grecs, qui paraît avoir été précédé 
d'un iconostase, il était placé entre le chœur des cha- 
noines latins et l'édicule du Saint-Sépulcre (2). 

Guillaume de Tyr (3) nous apprend qu'en l'année 1115, 
le roi Baudoin I^ fit venir d'au delà du Jourdain tous les 
Syriens ou Arabes chrétiens qui voulurent s'établir dans 
ses Etats ; il leur accorda, dans Jérusalem, ainsi qu'aux 
Arméniens, aux Grecs et même aux Sarrazins, de grandes 
franchises commerciales. Bien que l'influence des schismes 
de l'Eglise orientale empêchât une union absolue entre 
les Francs et les Syriens, ces derniers n'en étaient pas 
moins placés, par la loi et par l'opinion, immédiatement > 
après les Francs et au-dessus des Grecs et des Sarra- 
zins; aussi, se virent-ils promptement admis dans les 
rangs de la bourgeoisie (4) ; et en la cour du vicomte, 
le Syrien était admis au serment^ même contre un Latin. * 

Ils avaient le droit de posséder des terres et des 
casaux (5), en un mot, jouissaient de la plupart des privi- 
lèges (6) concédés aux bourgeois établis dans les colo- 
nies d'outre-mer ; dans les villes, le bourgeois syrien et 



(1) Théodoricns de Locis^ Sanctis, p. 25-33. 
(il VoGUi. Eglise de Terre-Sainte, p. 438. 

(3) G. de Tyr, 1. XI, ch. 27, p. 800. 

(4) Cod, DipU, t. I, p. 264. 

(5) Ass, de Jérus,, ch. 59, 60, 6i, 62. 

(6) Cart. Saint-Sépulcre, n' 61, p. i23, n' 81, p. 160, 



78 CHAPITBE IV. 

le bourgeois franc, bien que séparés par des mœurs assez 
différentes, vivaient sous l'empire du même droit Les 
Syriens obtinrent, en outre, d'être administrés par un 
s magistrat spécial nommé reïs, dont les attributions furent 
identiques à celles du vicomte. 

J'ai dit, ailleurs (1), qu'on devait placer au premier 
rang de la population syrienne, les Maronites, dont Guil- 
laume de Tyr (2) parle en ces termes : c Une manière de 
gent que l'on apelait Suriens, qui abitent en la terre de 
Fenice^ entor la terre de Libane delez la cité de Gibelet 

ils étaient genz moût hardies et preuz as 

armes et meint grans secours avaient fet a noz crestiens 
quant il se combataient a nos ennemis. > 

Les historiens musulmans nous apprennent qulls aidè- 
rent le comte de Saint-Gilles au siège de Tripoli (3). 

Durant la première moitié du douzième siècle, l'hérésie 
monothélite reparaît plusieurs fois parmi les Syriens 
maronites du Liban, mais la grande majorité de la nation 
rentra définitivement dans le giron de l'Eglise romaine, 
par les soins d'Amaury, patriarche latin d'Ântioche, en 
l'année 1167. 

Il existait alors dans le Liban de nombreux monastères 
de ce rite (4), dont plusieurs servaient de résidence au 
patriarche ou aux quatre principaux prélats maronites. 
Dans la seigneurie de Gibelet (5), ce sont ceux de Notre- 
Dame et de Saint-Ëlie, à Lephed, de Sainte-Marie d'Abil 



(1) Cabinet historique, année 187d, p. 179. 

(2) G. de Tyr, 1. XXII, ch. 8. 

(3j Hist. arabes des Croisades, t. I, p. 212 

(4) ÂssEMANi. Bib. Orient.^ t. I, p. 522. 

(5) Lequien. Orient. Christ,, t. III, p. 99. 



LES SYBIEN8. 79 

et de Meïphouky enfin celui de Saint-Cyprien^ de Gaphi- 
phoun. 

On en comptait environ onze autres dans le territoire 
des seigneuries du Boutron et de Nephin^ ainsi que dans 
la pittoresque vallée de la Eadischa, alors considérée par 
les Francs et les Maronites, ainsi que son nom l'indique, 
comme une rivière sacrée (1). 

En 1183, Brocard l'appelle la vallée sainte, en men- 
tionnant les monastères et les nombreuses églises élevées 
sur ses bords. 

Jusqu'en 1120, le patriarche maronite résida au monas- 
tère de Notre-Dame do Janoch, puis il se transporta à 
Meïphouk, près de Gibelet. 

Les Maronites et Jacobites du Liban ne restèrent pas 
étrangers au courant artistique qui se développa à cette 
époque en Syrie. Les églises de Hattoun, Meïphouk, 
Helta, Scheptïn, Toula, Bhadidat, Maad, Ehoura, Semar- 
Jebail appartiennent à un art syrien, issu du bysantin, 
et elles offriront un curieux sujet de recherches à celui 
qui entreprendra l'étude de l'archéologie syrienne médié- 
vale du Liban. 

Hattoun et Meïphouk possèdent, en outre, des inscrip- 
tions syriaques dont une nous donne la date de la cons- 
truction de Notre-Dame de Meïphouk, ot elle se trouve, 
et qui fut terminée en 1276. 

L'église de Maad, ainsi que celles de Bhadidat, de 
Eafar Schleiman et de Naous, renferment des peintures 
syriennes bien conservées et d'un grand intérêt, car, de 
leur étude, résultera, dit M. Renan, un complément 
important à l'histoire de l'art bysantin. Dans toutes ces 



(1) F. Naironus. De Origine Maronitarum, p. 116. 



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j^f *;^*^//. *T'/;f ^/ plv,^,. à i^ra 4e çh%c près- snr la 
w*A//i«j );î(r*^ <j'i^' '^' ffi^^roTiit^». Lfrîir doctrine s^éloignut 
p^j /j#. /,frj)^, 4<5j.>, J>ati&% ^'^^, et en 1247, Ignace, leor 
p^iOuffM, 4/lr<;>?ta aq pape Innocent IV la sonmissioii 
4 (i//rrii; f]^/ TKgli^e ja4:obite, n'y mettant qne quatre con- 
fît j//ris : 

li«t ifr*^,m\hrttf qii<; li;» jacobites éliraient lenr patriarche, 
tiH\^Mii kn t'Mniutut*M Afi leur rite. 

I^a fïi'^f'.orifh;, qui; le patriarche, les archevêques et les 
Aii\t\uf,ti Jarohit^m relèveraient directement du saint-siège 
«t ne miraient point Houmis à la juridiction des prélats 

ttti troInlArne, que ceH derniers n'auraient aucun droit à 
perenvolr InH revenuH ou les dîmes des monastères ou des 
^HllM^f^ Jneoblten NltuéeH dans leur diocèse. 

Lit qimtrlAnin, enfln, que los jacobites qui embrasse- 



\^\) l.irutMkN. Orifffi* CAf'f'Nf.» t. II, p. (356 ol 1304. 



LES SYBIENS. 81 

raient le rite latin ne seraient pas confirmés de nouveau 
quand ils l'auraient été par un évêque de leur rite. 

Les Syriens jacobites possédaient un certain nombre 
de sièges épiscopaux et de monastères dans les princi- 
pautés latines. Celui de Jérusalem fut établi sous le règne 
du roi Baudoin III, et l'évêque, résidant au monastère de 
la Madeleine, fondé en 1088, et occupé par des religieux 
de ce rite, était compté au nombre des suffragants du 
patriarche latin. 

Antioche était le siège du patriarcat, dont relevaient 
tous les évêchés jacobites de la Syrie, de Chypre et de la 
petite Arménie. Le prélat titulaire de ce siège résidait, 
habituellement, au monastère de Mar Barsauma, près de 
Melitène, et, comme le catholicos de la petite Arménie, 
il parait avoir été suffragant du patriarche latin de cette 
ville, sans que cependant nous en ayons la preuve. 

Les Jacobites avaient conservé l'usage de la circon- 
cision et se servaient de trompettes dans la célébration 
de leurs offices, suivant une tradition dont l'origine remon- 
tait au temps des Hébreux. 

Un assez grand nombre de monastères jacobites exis- 
taient dans les principautés franques d'Edesse et d'An- 
tioche, ainsi que dans le royaume de la petite Arménie. 
Les plus importantes de ces maisons, après le monastère 
de Barsauma, résidence du patriarche, étaient celles de 
Bared, près Melitène, de Gavicatha, de Baximat, près de 
Missis, en Cilicie, et enfin, celle de la Madeleine, à Jéru- 
salem. Dans la principauté d'Antioche, nous voyons les 
monastères jacobites de Douaïr, de Peschin, de Tel-eda, 
d'Eusebona et de Gurzachel. 

Par la description de Jérusalem, à la fin du douzième 
siècle, publiée par M. de Vogué et rééditée par M. de 
Mas Latrie dans sa Chronique de Bernard le TrésoricTf 

6 



82 CHAPITRE IV. 

OU voit que les Jacobites possédaient, dans les dépen- 
dances de l'église du Saint-Sépulcre, près du clocher, 
une grande chapelle dite de Saint-Jacques. 

Ahoulfaradj, le plus célèbre écrivain jacobite de cette 
époque, relate que leur clergé, très versé dans les lettres 
grecques, arabes et syriaques, s'était tout particulière- 
- ment adonné, durant le treizième siècle, à l'étude de 
la médecine. Il cite notamment Michel, évêque d'Alep, 
qui, après s'être démis de son siège épiscopal, vint se 
fixer à Tripoli, oil il professa la médecine et résida, jus- 
qu'à sa mort, entouré du respect et de la vénération du 
clergé et de la noblesse franque. Aboulfaradj dit, en par- 
lant de lui : c Rem medicam optime noverat, in libris 
philosophorum versatus, conversatione amenus omnibus 
gratus erat. > 

Basile d'Alep, célèbre médecin, qui, en 1249, résidait à 
Antioche; Isa et Hasnoun, autres médecins également 
connus qui, alors, se trouvaient à Sis, étaient tous Jaco- 
bites. 



Les Syriens nestoriens 



Les Nestoriens de Syrie paraissent avoir plus particu- 
lièrement habité Tripoli, Giblet, Barut et Acre. 

Dans la première de ces villes, ils eurent des écoles 
célèbres qui comptèrent Georges Aboulfaradj, surnommé 
Bar-Hebrseus, au nombre de leurs élèves. 

Dès le dixième siècle, Maçoudi remarquait que les Nes- 
toriens ne prenaient point le nom de cet hérésiarque, dont 



ik. 



LES SYBIEKS NESTOBIENS^ 83 

ils prétendaient n'avoir jamais partagé les erreurs^ et 
qu'ils se disaient Syriens. 

Ces Nestoriens semblent avoir partagé avec les Jacobites 
le premier rang intellectuel parmi les populations indi- 
gènes des colonies latines. 

Les Syriens de ces deux rites, très nombreux dans le 
comté de Tripoli et la principauté d'Antioche, n'ayant 
jamais cessé de participer au mouvement scientifique dont 
leurs coreligionnaires de Mossoul et de Bagdad étaient 
les agents les plus actifs, furent les initiateurs des Francs 
aux sciences orientales. 

Les Nestoriens de Syrie avaient gardé le chaldéen 
comme langue liturgique, et administraient les sacrements 
d'après le rite grec. 

Au temps de la domination française en Syrie, la pro- 
vince archiépiscopale nestorienne de Jérusalem compre- 
nait les évêchés de Damas, Alep, Tarse^ Missis, Mélitène, 
et plus tard celui de Chypre. 

Ces sièges épiscopaux relevaient du catholicos, ou 
patriarche de l'Eglise nestorienne, résidant à Bagdad. 

Sebarjesus V, catholicos des Nestoriens, écrivit au 
pape Grégoire IX, vers Tannée 1233, et son successeur, 
Makika II, sollicita du pape Innocent IV son admission 
dans la communion de Bome, en lui recommandant les 
chrétiens du rite nestorien, habitant Antioche, Tripoli, 
Acre et le royaume de la petite Arménie. 

Ce fut surtout durant les premières années du trei- 
zième siècle, que les Nestoriens s'établirent en Cilicie. 
Leur sort, dans les principautés d'Outre-Mer, fut réglé 
par les Assises du royaume, et leur situation parait avoir 
été analogue à celle des autres Syriens^ 



84 CHAPITRE IV. 



Us Améueis 



En dehors du royaume de la petite Arménie, c'est sur- 
tout dans les principautés d'Edesse et d'Ântioche que 
l'on trouve les Arméniens établis en grand nombre. 

Bien que ne jouissant pas, dans les principautés frau- 
ques, de la juridiction spéciale donnée aux Syriens par 
les Assises du royaume, les Arméniens ne cessèrent 
d'être^ au point de vue militaire, les plus estimés des 
Orientaux. 

On vit constamment leurs troupes partager les expédi- 
tions des princes d'Antioche et d'Edesse contre les Musul- 
mans (1), et dès la première croisade, ils participèrent 
avec les Francs au siège de Marrah. 

Le prince Thoros P', intimement lié avec Roger d'An- 
tioche, fut toujours son compagnon d^armes, et ces rela- 
tions ne firent que se resserrer avec le temps. 

En 1123, la surprise du château de Kartbert par quel- 
ques Arméniens qui se dévouèrent pour tenter de délivrer 
le roi Baudoin, ainsi que les princes Josselin et Waleran, 
est une preuve éclatante de leur attachement et de leur 
fidélité aux Francs. 

De nombreuses alliances de famille entre Francs et 
Arméniens (2) ouvrirent bientôt à ceux-ci les rangs et les 



(1) Hist. arm. des Crois,, t. I, et Aboulfaradj. Chron. St/r,, p. 334. 

(2) Familles d'Outre-Mer, p. 156, id3, 378, etc., etc. 



LES ARMÉNIENS. 85 

honneurs de la noblesse latine. Nous voyons alors le 
régime féodal adopté par les Arméniens, qui, pendant une 
période de trois siècles, copièrent les coutumes, les insti- 
tutions et jusqu'aux cérémonies des Francs. 

En 1124, nous les voyons encore prenant une large 
part à la défense d'Edesse, contre Borsoki, et ce dernier 
fut obligé de lever le siège (1). 

Durant tout ce temps, l'influence latine fut prépondé- 
rante aussi sur le clergé arménien. Les catholicos Gré- 
goire Bahlavouni et Saint-Nersès Schnorbali commencè- 
rent ce mouvement. Mais Saint-Nersès de Lampron, de la 
famille des seigneurs de ce nom, fut le principal représen- 
tant de cette tendance. Ce prélat est une des plus grandes 
figures, sinon la plus considérable, de l'histoire religieuse 
des principautés latines d'Orient, par le rôle qu'il remplit 
en se faisant, parmi les Arméniens, le propagateur (2) 
des doctrines, institutions, coutumes et idées importées 
en Syrie par les Francs, en même temps qu'il travaillait, 
de tout son pouvoir, à amener l'union des diverses Eglises 
d'Orient. Devenu, à vingt-trois ans, archevêque de Tarse, 
sa charité et sa tolérance en firent le médiateur entre les 
diverses Eglises orientales. Grecs, Latins, Syriens écou- 
tèrent sa parole avec avidité, et tous lui témoignèrent, non 
moins que ses compatriotes, la plus vive admiration, ainsi 
qu'un profond respect^ et, par allusion au siège qu'il occu- 
pait, l'avaient surnommé le nouveau saint Paul. 

Une lettre adressée par lui au roi Léon II nous est 
parvenue ; c'est un des documents les plus curieux et les 
plus propres à bien faire juger la situation religieuse des 



(i) Kitab-er-Raudataîn, trad, Quatremere, p. 97. 
(2) Hist. armén. des Crois. ^ t. I, p. 572-575. 



86 CHAPITBB IV. 

Arméniens en face des Francs, en même temps que la 
rénovation religieuse, sociale et politique qui s'opérait, 
parmi eux, sous l'influence de ces derniers. 

Il faut remarquer que ce désir de conciliation et d'union 
des diverses Eglises d'Orient animait, à cette époque, les 
hommes les plus éminents des clergés orientaux, car, à 
côté des prélats que je viens de citer, on doit encore 
nommer Grégoire Bar-Hebreus, Michel le Syrien, et une 
foule d'autres moins célèbres. Mais je reviendrai plus 
loin sur ce sujet. 

Les catholicos et les prélats arméniens prirent part à 
plusieurs des conciles qui s'assemblèrent dans les villes 
de Syrie pendant le douzième siècle ; notamment à celui 
d'Antioche, où le légat du Saint-Siège fit occuper la pre- 
mière place au catholicos Grégoire Bahlavouni (1) 

Les archevêques et évêques arméniens de Syrie étaient 
comptés au nombre des suffragants des patriarches latins, 
et les catholicos le furent eux-mêmes jusqu'en 1238 (2). 

Les Arméniens possédaient en propre, dans l'église du 
Saint-Sépulcre, les deux chapelles dites de Sainte-Marie 
et des Arméniens (3). 

L'Eglise arménienne avait conservé, pour les prêtres 
séculiers, l'obligation du mariage (4). Ces derniers, à 
l'exemple des apôtres, devaient épouser des femmes 
vierges. Ils ne célébraient les saints mystères que le 
samedi et le dimanche, et consacraient les autres jours 
de la semaine aux devoirs domestiques. 



(1) ÂLisGHAN. Schnorhali et son temps, p. 154. 

(2) Galanus. Hist, arm,, p. 346. 

(3) Theodoricus de Locis. Stis., p. 22-23. 

(4) BuRGHARD DE MoNT-SiON. Ap, LauTent, p. 92-93. 



LES ARMÉNIENS. 87 

Veufs, les prêtres arméniens ne pouvaient convoler à 
d'autres noces. 

En Arménie, Tadultère avec la femme d'un prêtre 
était, alors, puni de la castration. Par contre, les mem- 
bres du clergé engagés dans les vœux monastiques devaient 
vivre dans le célibat. 

C'était des monastères que sortaient les évêques, les 
archevêques et les métropolitains ou petits catholicos. 

Nulle part, dit Burchard de Mont-Sion, il ne rencontra 
autant d'hommes recommandables, comme prêtres, moines 
ou laïques, qu'en Arménie. 

Chez les Arméniens, il existait, déjà alors, une litté- 
rature d'un caractère particulièrement historique, dont 
quelques morceaux nous sont parvenus. 

Je ne parlerai ici que des plus connus, comme les élé- 
gies des catholicos Nersès Schnorhali et Grégoire Dgh'a ; 
la première sur la prise d'Edesse par les Musulmans, et 
la seconde sur celle de Jérusalem. Ce sont de véritables 
poèmes de plus de deux mille vers chacun. Certains 
chants populaires, plusieurs chroniques rimées et le 
poème du roi Hethoum II suffisent à donner une idée exacte 
de ce que fut alors la culture des lettres dans le royaume 
de Sis. 

Parmi les historiens arméniens de cette époque, aux- 
quels nous sommes redevables d'œuvres du plus grand 
intérêt, pour l'étude qui nous occupe, il faut citer, en 
première ligne, les chroniqueurs Michel le Syrien, Gré- 
goire le Prêtre, Mathieu d'Edesse et le connétable Sempad. 
Enfin, l'histoire universelle de Vartan. 

La langue arménienne fut surtout cultivée par les 
Francs des principautés d'Edesse et d'Antioche, et c'est 
là que les Latins se trouvèrent en contact le plus direct 
avec la littérature dont je viens de parler. 



88 CHAPintE lY. 

Dans la noblesse arménienne, les deux idiomes étaient 
concurremment usités, et on sait que Basile, auteur de 
l'oraison funèbre du comte Beaudoin de Mares Saint- 
Nersès de Lampron et d'autres orateurs sacrés prê- 
chaient indifféremment dans Tune ou l'autre langue, 
fait qui nous est confirmé par Saint-Nersès de Lampron 
lui-même (1). 

A partir du milieu du douzième siècle^ la cour de Sis 
présente l'image fidèle d'une cour européenne avec toutes 
ses grandes charges, connétable, maréchal, sénéchal, chan- 
celier, chambellans, etc., etc. (2). 

Vers 1265, le connétable Sempad fit traduire en armé- 
nien les Assises de la principauté d'Antioche qui furent 
adoptées par le royaume d'Arménie (3). 

Les ordres militaires du Temple de l'Hôpital, ainsi que 
les chevaliers teutoniques, y avaient des forteresses et 
des possessions considérables. Le commandeur d'Ar- 
ménie était un des principaux officiers des grands ordres 
militaires. 

Dans le cours du treizième siècle, un certain nombre 
de famillleu latines passèrent de la principauté d'An- 
tioche dans le royaume de la petite Arménie. 



(1) Dès Tannée IWl, les acte-s officiels étaient transcrits simultanément en 
langue arménienne et en latin ou en français dans les registres du cartu- 
laire royal. — Voir Langlois. Cart, d'Arménie^ p. 13. 

(2) Hist, arm. des Croisades, t. I, p. 211. 

(3) L. AusGHAN. Les Assises d'Antioche, 



89 



Les firees 



Le nom de Grecs ou Griffons était donné aux chrétiens 
grecs relevant des patriarches schismatiques. 

L'Eglise grecque comptait, en Syrie, deux patriarcats, 
celui d'Antioche et celui de Jérusalem. 

Le patriarche d'Antioche avait juridiction sur le nord 
de la Syrie, la Cilicie, la Mésopotamie et Chypre. 

Le patriarcat grec de Jérusalem^ formé à la suite du 
concile de Ghalcédoine, comprenait les Eglises grecques 
de la Palestine et des confins de l'Arabie. 

A l'arrivée des Latins, ces deux sièges furent privés de 
leurs titulaires. 

Pendant la durée de l'occupation franque en Terre- 
Sainte, les princes d'Antioche tentèrent plusieurs fois, à 
la demande des empereurs de Bysance, de réinstaller 
dans Antioche les titulaires de ce siège patriarcal, notam- 
ment en 1155, en 1160 et en 1208; mais ils ne purent 
alors se maintenir dans cette ville, devant l'hostilité des 
légats du Saint-Siège et d'une partie du clergé latin. 

Vers 1240 seulement^ et après avoir fait sa soumission 
à Rome, David, patriarche grec, titulaire d'Antioche, put 
être intronisé. 

Quant à Jérusalem, ce ne fut qu'après la prise de cette 
ville par Salah-ed-din, que le patriarche grec rentra en 
possession de son siège. 

Cependant, d'après les documents contemporains^ un 
assez grand nombre de prélats et d'abbés de ce rite sem- 



90 CHAPITBE IV. 

blent avoir reconnu la suprématie de Bome^ surtout à 
partir du milieu du treizième siècle. 

Certaines de ces abbayes, entre autres celle de Saint- 
Théodose (1) le Genobiarque, possédèrent même des biens 
fonds situés en Occident. 

Les prélats grecs soumis à Rome étaient comptés au 
nombre des suffragants des patriarches et archevêques 
latins. Ainsi, Tabbé évêque du Mont-Sinaï était suffragant 
de l'archevêque de Karak. 

Nous en avons d' ailleurs plusieurs autres preuves, 
notamment la charte constatant l'abandon des dîmes du 
Krac-des-Chevaliers, fait en 1237 par Guillaume^ évêque 
de Tortose, et qui a été publié par Paoli (2). 

Burchard de Mont-Sion, dans la relation de son voyage 
en Syrie (3), exprime la pensée que la crainte des exi- 
gences qu'ils auraient à subir, de la part des prélats latins, 
éloigna de l'union avec Rome beaucoup de membres du 
clergé grec de Syrie. 

Ils conservèrent les sanctuaires qu'ils possédaient avant 
la conquête latine; leurs monastères étaient riches et 
nombreux. 

Dans l'église du Saint-Sépulcre, ils avaient alors un 
grand autel, où ils officiaient, et qui était placé entre le 
chœur des chanoines latins et l'édicule du Saint-Sépulcre* 

La plupart des prélats du rite grec appartenaient à la 
classe monastique. 

Quoique placés civilement à un degré inférieur aux 
Syriens, par suite de l'opposition sourde qu'ils ne cessè- 



(1) Theiner Hungaria Sacra, t. I, p. 9. 

(2) Cod. Dipl.f t. I, n" 145, p. 183. 

(3) Ed, Laurent, p. 89. ■ 



LES GBEOS. 01 

rent de faire aux Latins^ les Grecs furent néanmoins 
traités avec bienveillance par les conquérants. 

Leurs témoignages étaient reçus, en justice, même 
dans les conflits entre les ordres religieux; en 1140, on 
voit les chanoines du Saint - Sépulcre appeler comme 
témoins en la cour, devant Raymond, prince d'Antioche, 
plusieurs chanoines grecs (1), parmi lesquels figurent le 
chantre et le souschantre de l'église Sainte-Marie d'An- 
tioche. 

Le passage suivant d'un pèlerin russe du douzième 
siècle montre avec quels égards le clergé grec était alors 
traité par les princes latins (2) : 

t A la septième heure du jour du grand samedi, le roi 
Baudoin s'achemina de sa maison avec sa suite, tous 
pieds nus vers le Saint-Sépulcre. Il envoya à la Métochie 
de Saint-Saba pour engager Tigoumène et les moines ses 
frères, qui se dirigèrent vers le Saint-Sépulcre du Sei- 
gneur, et moi, infime, j'étais avec eux. Nous vînmes au 
devant du prince, et nous le saluâmes tous ; il rendit le 
salut à rigoumène et aux frères et engagea l'igoumène 
de Saint-Saba, de même que moi, infime, de s'approcher et 
de se placer à côté de lui, ce que nous fîmes. 

« Il engagea les autres igoumènes et les autres moines 
à le précéder, tandis que sa suite fermait la marche. Le 
roi ordonna alors à sa troupe d'écarter le peuple 

C'est ainsi que nous arrivâmes à la porte orientale du 
Saint-Sépulcre. Le prince entra après nous et occupa sa 
place du côté droit, près du mur de séparation du maître- 
autel| devant la porte orientale, où se trouve une place 



(1) CarU Saint-Sépulcre^ n° 80, p. 177. 

(2) Nauroff. Pelrin. de rigoumène Daniel, p. 123. 



92 CHAPITRE rv. 

élevée réservée au prince. Il enjoignit à l'igoamène de 
Saint-Saba de se placer avec ses moines et ses prêtres 
orthodoxes au-dessus du Saint-Sépulcre, et, pour ma part, 
il me commanda de me placer plus haut, au-dessus même 
des portes du Saint- Sépulcre. 

Pour ce qui est des prêtres latins, ils se trouvaient au 
maître-autel > 

En parlant de sa visite à l'abbaye latine de Saint-Sau- 
veur du Mont-Thabor (1), le même pèlerin dit qu'il 
regut, avec joie, la bénédiction de l'abbé mitre de ce 
monastère. 



(1) Nadropp. Pelrin. de Vigoumène Daniel, p. 112. 



9b 



Les Géorgiens, nommés anssi Ibères 



Nous ne savons que peu de chose des établissements 
des Géorgiens dans le royaume de Jérusalem. 

Durant le onzième siècle, les pèlerins de cette nation 
furent assez nombreux en Palestine. 

Une colonie de moines géorgiens se forma près d'An- 
tioche, dans la montagne Noire. Le seul couvent de Saint- 
Siméon-Stylite comptait soixante moines de ce rite. Les 
Géorgiens élisaient leur évêque et ne relevaient point du 
patriarche grec d'Ântioche. Pendant la durée du royaume 
latin, le monastère de Sainte-Croix paraît avoir été leur 
seule possession à Jérusalem, où ils furent toujours peu 
nombreux. 

Après la prise de cette ville par Salah-ed-din, ils occu- 
pèrent à la place des moines latins l'église de la mon- 
tagne de la Quarantaine, ainsi que les cellules taillées 
dans le roc qui en dépendent, et où Guillaume de Bal- 
densel les trouva établis en 1356 (1). 

Etienne de Lusignan dit qu'en Chypre, les Ibères étaient 
placés sous la juridiction des évêques grecs, et qu'ils 
possédaient un monastère de leur rite près d'Alamino, 
dans le district de Mazoto (2). 



(1) G. de Baldensel. Hodoesp, ad terr, stam^ t. IV, p. 350. 

(2) Mas. Lat. Hist, de Chypre^ t. I, p. 112. 



94 CHÂPITBE IV. 

Un certain nombre de moines ibères paraissent avoir 
pratiqué le stylitisme en Syrie dorant les Croisades (1). 
On en mentionne dans les monastères de la montagne 
Noire, que les chrétiens des rites orientaux désignaient, 
alors, sous le nom de Montagne Admirable, et en 1185i 
PhocaSy visitant les lieux saints, vit sur les bords du 
Jourdain des Stylites ibériens installés dans les ruines du 
couvent de Saint-Gerasime et près de celui de Saint-Jean 
Chrysostome (2) ; il dit que ces religieux se tenaient ren- 
fermés dans des cellules circulaires en forme de tou- 
relles. 




(1) AssEMANi. Act, Martyr, t. II, p. 288. 

(2) Phocas. Hist. grecque des Croisades, t. I, p. 33. 



CHAPITRE V 



Les Arabes musalmans 



Ibn Djobaïr reconnaît que les Arabes résidant en Syrie 
étaient traités avec une grande bienveillance par les 
princes francs (1). 

Le même auteur, ainsi que Boha-ed-din, nous appren- 
nent encore que ces derniers mettaient à profit l'intelli- 
gence et les talents de leurs sujets musulmans^ qulls 
employaient et admettaient dans leur intimité. Enfin, que 
plusieurs d'entre eux se livrèrent à une étude très 
sérieuse des langues et des sciences de l'Orient, car les 
auteurs orientaux et occidentaux disent que l'arabe était 
parlé couramment par un grand nombre de membres de 
la noblesse latine de Syrie. 

Le prince d'Antioche Bohémond III avait confié la 
charge de mathessep ? (jpretura urhis) de Zibel à Mansour- 



(1) Hist, arabes des Croisades, t. III, p. 447. 



96 OHAPITBE V. 

Ibn Nobil, quand cette ville fut livrée par lui à Salah- 
ed-din, en 1188. 

En 1192, ce fut Omfroy de Toron qui servit d'inter- 
prète entre Malek-el-Âdel et le rhi Richard d'Angleterre, 
dans les entrevues qu'ils eurent près d'Ârsur, puis devant 
Jaffa. 

Les historiens arabes (1) reconnaissent eux-mêmes que 
les populations chrétiennes et musulmanes, quelle que fût 
leur origine, vivaient en bonne intelligence dans toute 
l'étendue des principautés franques. 

Le passage suivant dlbn Djobaïr, qu'on ne saurait sus- 
pecter de partialité en faveur des Francs, vient encore à 
l'appui de ce que j'avance à ce sujet : 

t Entre Tebnïn (le Toron) et Tyr, nous vîmes de nom- 
breux villages, tous habités par les Musulmans, qui 
vivent dans un grand bien-être sous les Francs. Les con- 
ditions qui leur sont faites sont l'abandon de la moitié de 
la récolte, au moment de la moisson, et le paiement d'une 
capitation d'un dinar et cinq kirâts. Les Francs n'en 
demandent pas davantage, sauf un léger impôt sur le pro- 
duit des arbres; mais les Musulmans sont maîtres de 
leurs habitations et s'administrent comme ils l'entendent. 
C'est la condition dans tout le territoire occupé par les 
Francs sur le littoral de Syrie, c'est-à-dire de toutes les 
bourgades qui sont habitées par les Musulmans. La plu- 
part ont le cœur abreuvé de cette tentation (de venir s'y 
fixer) en voyant l'état de leurs frères dans les cantons 
gouvernés par des Musulmans, la situation de ceux-ci 
étant le contraire du bien-être. 



(1) Hist, arabes des Croisades^ t. III, p. 447. 



LES ABÀBE8 MUSULMANS. 97 

« Un des malheurs qui affligent les Musulmans, c'est 
qu'ils ont toujours à se plaindre, sous leur propre gouver- 
nement, des injustices de leurs chefs, et qu'ils n'ont qu'à 
se louer de la conduite des Francs, en la justice de qui 
on peut se fier...., etc. > 

En 1101, le roi Baudoin P' fit prisonnier, dans une 
course au delà du Jourdain, la femme d'un grand scheik ; 
le roi rendit la liberté à cette femme, qui était sur le 
point de devenir mère, et la traita avec les plus grands 
égards. Son mari demeura l'un des plus fidèles alliés des 
Francs (1). 

L'élément musulman pénétra dans les armées latines 
sous le nom de Turcoples. 

Nous savons qu'au treizième siècle, les princes d'An- 
tioche et de Tripoli avaient des gardes sarrazines (2), 

Les Musulmans des diverses provinces limitrophes 
venaient constamment dans celles occupées par les Francs 
pour affaires de commerce et d'industrie, et y étaient fort 
bien accueillis. 

Les émirs et les grands feudataires nouaient fréquem- 
ment des relations d'amitié^ et on vit souvent des princes 
musulmans combattre à côté des Francs contre certains 
ennemis communs. 

Burchard de Mont-Sion et Ricold de Mont-Croix ren- 
dent hautement justice, dans les relations de leurs pèleri- 
nages, aux grandes qualités des Sarrasins (3). 



(i) G, de Tyr, p. 472. 

(2) Sbaralea. BulL Francis, t. III, p. 394 et suiv. 

(3) Peregrin. Medîî. œvi, Quat, Ed Laurent, p. 131 et suiv. 

7 



98 OHAPITBB V. 



Les Droses 

Ce fut vers le milieu du douzième siècle^ que les 
Druses, fuyant les environs de Schobba, dans le Haouran, 
vinrent, sous les princes de la famille Schehab, s'établir 
au pied du versant occidental du Djebel-esch-Scheik. 

Le premier auteur contemporain les mentionnant est 
Benjamin de Tudèle (1), qui les désigne par leur nom et 
dit qu'ils habitent à dix milles de Sagette, vers l'est; que 
c'est une race belliqueuse presque constamment en lutte 
avec les défenseurs des forteresses de Beaufort et de 
Château-Neuf, et qu'ils suivent les rites d'une religion 
tenue secrète. Il ajoute que les Juifs ne résidaient point 
parmi eux, mais qu'ils en étaient bien accueillis quand ils 
visitaient les cantons druses pour y commercer. 

Bientôt ils réussirent à enlever la ville et le château 
de Hasbeya (2), qui semblent avoir formé, jusqu'à cette 
époque, une place avancée de la baronnie de Sagette. 

Le colonel Churchill désigne le gouverneur franc de 
Hasbeya sous le nom de comte Ora. Ce nom doit, je crois, 
être erroné; mais je n'ai rien trouvé, jusqu'à ce jour, 
dans les auteurs occidentaux, qui vienne élucider ce point 
historique. 

D'après les traditions, cette première émigration ne 
comprenait guère plus de 25,000 âmes (3). 

Nour-ed-din confirma à l'émir Monked - Schehab la 
possession et le gouvernement de Hasbeya. 



(1) Benjamin de Tudèle. Ed, Ascher.^ t« I, p. 6L 

(2) Churchill. Motmi-Lebanon^ t. 1, p. 142 et sQiv. 

(3) Ibid. 



99 



Les Ansariés 



Au doozième siècle, les Ansariés occupaient déjà, entre 
Akkar et Safita, les cantons où on les trouve établis 
aujourd'hui. Ils semblent avoir été très maltraités lors 
du premier passage des Croisés^ en 1098, car voici ce 
que Ton lit à ce sujet dans la Chronique de Syrie d'Aboul- 
faradj : 

c Les Francs ayant donc quitté Maarra> s'avan- 
cèrent dans le Liban et mirent à mort un grand nombre 
de Nazareï (1). ï) ' 

Albéric de Trois-Fontaines les désigne dans sa chro- 
nique sous le nom de Nossorites (2) ; dans ce nom, il me 
parait impossible de ne pas reconnaître les Ansariés, qui 
sont encore mentionnés vers 1234 dans la chronique du 
même auteur et voici en quels termes : 

c Sur le même versant de ces montagnes, se trouvent 
encore les Nossorites, qui pratiquent une religion mysté- 
rieuse. > 

Les Ansariés se considèrent comme descendants des 
Israélites, et diverses raisons font penser à M. Cahun et 
au chapelain Leyde que cette opinion repose sur une 
tradition très sérieuse. D'ailleurs, Jacques de Vitry (3) 



(i) AssEMANi. Bibl. Orient, t. Il, p. 320. 

(î) Ap. Pertjf, Font. Rer. German,, t. XXIII, ad ann. 1234. 

ÇA) Jacques de Vitrt, Ap. Bongars, p. 1062. 



100 CHAPITRE V. 

signale déjà, au treizième siècle, leurs traditions et leur 
origine judaïque très probable ; seulement, il les désigne 
à tort sous le nom d'Haschichins, nom qui ne doit être 
attribué qu'aux seuls Ismaéliens. 

Il semble hors de doute que ce sont encore les Ansa- 
riés que Burchard de Mont-Sion (1) désigne sous le nom 
de Uanini, qu'il dit habiter les montagnes d'Akkar. 



Les Batheniens on Ismaëliens 



C'est en 1126 que les Ismaëliens ou Batheniens se fixè- 
rent dans la montagne des Ansariés, à la faveur des dis- 
sentiments qui séparaient les Musulmans. 

Vers le milieu du douzième siècle, leur chef s'établit 
à Eadmous; en 1140,. ils avaient acquis Massiad et 
Kaouaby. Guillaume de Tyr dit que leur territoire con- 
finait celui de Tortose et qu'ils possédaient dix châteaux. 

Par suite du meurtre de Raymond II, comte de Tri- 
poli, les templiers rendirent les Batheniens tributaires 
en 1152. 

A cette époque, leur nombre en Syrie ne semble pas 
avoir dépassé une cinquantaine de mille âmes. 



(1) Burchard de Mont-Sion. Ap. Lœu/rent, p. 90. 



101 



Les Bédouins 



Les Bédouins qui se trouvaient sur le territoire des 
Francs paraissent avoir été divisés en deux catégories. 

Les uns y venaient temporairement pour faire paître 
leurs troupeaux, moyennant un droit de paccage qu'ils 
payaient au seigneur sur les terres duquel ils étaient. 

D'autres, à en juger par les documents contemporains, 
bien que vivant encore sous la tente, étaient devenus à 
peu près sédentaires et, fixés sur le territoire de certaines 
seigneuries, ils formaient de petits douars, s'adonnant à 
l'agriculture et à l'élevage des troupeaux. 

Burchard de Mont-Sion décrivant, en 1283, un de ces 
campements de Bédouins établis dans la plaine de Tor- 
tose, dit y avoir vu un troupeau qui, à lui seul, comptait 
plus de mille chameaux (1). 

Nous savons que ces Bédouins doivent être placés dans 
les rangs de la classe agricole et qu'ils étaient comptés 
au nombre des appartenances de casaux ou des fiefs sur le 
territoire desquels ils étaient installés (2). 



(1) Ed Laurent^ p. 29. 

(2) Çod. DipL, t. I, p. 65. Cart. St.-SepuL, etc., etc. 



102 CSHAPITBI! y. 



Les Juifs 



Au temps des Croisades, la population juive de la Syrie 
était peu nombreuse, et on ne possède pas beaucoup de 
renseignements sur son compte. Elle vivait en commu- 
nautés, habitant exclusivement les villes. 

Dans la principauté d'Antioche, c'était Laodicée qui 
. comptait la colonie la plus nombreuse, formée d'environ 
huit cents familles (1). 

Les quelques maisons juives établies à Antioche étaient 
adonnées à l'art de la verrerie. 

Dans le comté de Tripoli, la communauté de Giblet (2), 
formée de cent cinquante familles, était la plus considé- 
rable. 

Le domaine royal ne comptait guère plus de douze 
à treize cents familles, réparties de la manière suivante : 

Une soixantaine, tant à Barut qu'à Sagette. 

La communauté Israélite de T]nr, formée d'environ cinq 
cents familles, qui étaient spécialement adonnées au com- 
merce maritime et à l'art de la verrerie. 

Benjamin de Tudèle, qui visita Tyr dans la seconde 
moitié du douzième siècle, dit que l'on rencontrait dans 
cette communauté plusieurs lettrés (3), et il cite Babbi 



(1) Benjamin de Tcdèle. Ed, Ascher, t. I, p. 58-59. 

(2) Ibid., p. 61. 
(S) Ibid., p. 63-64. 



LES JUIFS. 103 

Abraham et Rabbi Meïer, de Garcassonne, comme les 
plus éminents d'entre eux. 

On comptait un nombre égal de familles dans la sei- 
gneurie du Toron. 

Les Juifs fixés à Acre étaient venus, pour la plupart, 
•du midi de la France (1), et nous savons qu'au milieu du 
douzième siècle, les études talmudiques étaient très flo- 
rissantes au sein de leur petite communauté, qui compta 
alors deux maîtres célèbres, Rabbi Zadok et Rabbi Japhet- 
ben-Elie. 

Les communautés Israélites d'Acre et de Tyr faisaient 
un commerce très actif d'épices et de drogueries, avec 
leurs coreligionnaires du midi de la France, dont ils 
étaient les correspondants en Orient. 

A Jérusalem, une dizaine de familles hébraïques 
vivaient du monopole de la ferme de la teinturerie, et 
étaient confinées dans un quartier particulier. 

Il en était de même à Hébron, où les Juifs jouissaient 
du même monopole, et où certains d'entre eux exerçaient 
la profession de verriers. 

Le surplus de la population judaïque de la Palestine 
se rencontrait alors par groupes de cinquante à soixante 
familles à Gésarée, Ascalon, Arsur, Tibériade, Beth- 
léem, etc., etc. 

On doit encore ajouter à ces communautés le noyau 
samaritain, fixé à Naples et à Gésarée, et qui, d'après 
Benjamin de Tudèle, ne comprenait pas, en 1165, plus de 
trois cents familles, dont les deux tiers étaient fixés dans 
la seconde de ces villes. 



(1) Benjamin de Tudèle. Ed, A$cher^ t. 1, p. 58-59, 



104 OHAFITBE y. 

Un certain nombre d'Israélites étaient adonnés à l'étude 
de la médecine, qu'ils exerçaient alors, avec succès, dans 
les colonies franques. 

D'après les Assises des Bourgeois, page 254, les Juifs 
ne pouvaient posséder aucune terre dans ces princi- 
pautés, et étaient classés à un degré inférieur aux Musul- 
mans. 

 cette époque, chez les Francs, comme dans les pays 
musulmans de Syrie, les Juifs avaient des magistrats 
spéciaux, nommés juges (1), chargés de régler les diffé- 
rends survenus entre les membres de ces communautés. 

Benjamin de Tudèle cite encore une académie juive 
existant à Damas (2), et à la tête de laquelle était le 
Rabbi Ezra-es-Sarscholon, chef de la cour légale des Juifs 
de cette ville. 

En 1218, le docteur El Arizi (3) parle de l'accueil qui 
lui fut fait à Jérusalem par les rabbins français qui y 
tenaient une école talmudique. 




(1) Makrizi. Ap. Quatremere, His, des Suit, Mam,^ t. II, deuxième 
partie, p. 178. 

(2) Benjamin de Tudèle. Ed, Ascher, t. I, p. 85. 

(3) Arch. de VOrient lat.^ t. I, p. 238. 



CHAPITRE VI 



Les Esclaves 



Les esclaves étaient fort nombreux dans les colonies 
latines; il s'en trouvait, non-seulement de musulmans, 
mais encore de chrétiens, arméniens, syriens, géor- 
giens, etc. 

Ils provenaient de deux sources : les prisonniers de 
guerre et les esclaves importés du dehors. 

Les Nubiennes étaient les plus belles esclaves femmes, 
et comme telles, très recherchées (1). Edrisi raconte 
qu'elles atteignaient une valeur de plus de 300 dinars et 
qu'on en conduisait jusqu'en Espagne. 

Le principal centre de ce commerce se trouvait sur la 
côte du royaume de la Petite-Arménie et l'Aïas était le 



(1) Edrisi, t. I^ p. 25. 



106 GHAPITBE VI, 

port OÙ la traite des esclaves des deux sexes s'opérait sur 
la plus grande échelle. Ils y étaient amenés de tous les 
pays environnants, notamment du Caucase, des pays 
occupés par les Russes, les Turcomans et les Tartares ; 
enfin, de la Perse et de la Mésopotanie. 

Les plaines immenses qui, de l'Amou-Daria et des fron- 
tières de l'Afghanistan s'étendent jusqu'à la Perse, étaient 
alors, comme de nos jours, le domaine incontesté des 
Turcomans, peuplade belliqueuse, ne vivant que de rapines 
et de rélevage des chevaux de guerre. 

C'était eux qui alimentaient, alors^ d'esclaves, tous les 
marchés de l'Asie occidentale. 

La castration étant une des peines légales fréquemment 
appliquées en Arménie (1), il est très probable que les 
marchands se procuraient là les esclaves ainsi mutilés, 
qu'ils importaient en Syrie. 

Burchard de Mont-Sion dit qu'en Arménie, toutes les 
femmes nobles étaient servies par des eunuques (2), et 
nous en trouvons mentionnés parmi les serviteurs de la 
reine Theodora, veuve du roi Baudoin III, qui s'était 
retirée au monastère de Sainte-Anne, à Jérusalem, oti 
elle avait revêtu l'habit monastique, tout en conservant 
de nombreux serviteurs (3). 

Les Vénitiens furent, avec les Génois , les agents les 
plus actifs de ce commerce; ils payaient un droit de un 
besan par esclave amené à Acre pour y être vendu (4). 



(1) fiCRGHARD DE MoNT-SiON. Ap. Laurent, p. 93. 

(2) Ibid. 

(3) Aboclparadj. Chron, Syriac, p. 403. 

(4) Tafel et Thomas. Ap. Font, Rer, AtASt,^ t. XIII, p. 3d8. 



IiES ESCLAVES. 107 

Les esclaves noirs étaient amenés par les Abyssins à 
Djedda, d'oii ils étaient conduits en Syrie (1). 

Le sort des esclaves était réglé par plusieurs articles 
des Assises (2). 

L'esclave fugitif qui, après avoir gagné la terre de païe- 
nisme, c'est-à-dire les régions occupées par les Musul- 
mans, revenait de son plein gré, en se faisant chrétien, 
était affiranchi de droit, car, disent les Assises, le terri- 
toire des principautés latines est terre chrétienne, et par 
dessus tout terre des Francs. 

Les Latins semblent avoir apporté un grand soin à ce 
qu'un esclave chrétien ne pût être vendu à un Musul- 
man (3), et à plusieurs reprises, ils s'attribuèrent le droit 
de visite sur les marchés d'esclaves, même dans les plus 
grandes villes arabes, telles qu'Alep et Damas. 

D'après les Assises, l'affranchi demeurait responsable 
des délits et dommages dont il s'était rendu responsable 
pendant, son servage. 

Dans les actes contemporains, et surtout les testa- 
ments, noas trouvons fréquemment la mention d'affran- 
chissements d'esclaves (4). 



(1) Edrisi, l. 1, p. 59. — Le lecteur pourra trouver de précieux renseigne- 
ments sur le commerce des escLives noirs et les relations des Arabes avec 
TAfrique centrale, durant le moyen âge, dans un ouvrage de M. W. Des- 
borong Cooly, intitulé : The Negroland of the Arabs. Ce consciencieux 
travail résume, coordonne et met en lumière tout ce que les géographes 
orientaux ont écrit sur l'intérieur de l'Afrique et ses populations noires, du 
dixième au quinzième siècle. 

(2) Ass. de Jérus., t. II, p. 142, 191, 281. 

(3) V. Langlois. Cart, d'Arménie, p. 159. 

(4) Arch. de VOrient latin, t. I, p. 490, 



IM 



CHAFITBB TI, 



Dans le royaume latio de Jérusalem et dans les princi- 
pautés, l'affranchi ne pouvait appeler en justice son ancien 
maître, ni sa veuve, ni ses enfants, sous peine d'ane 
amende de cinquante besans (1). 




(I) Asa. dé Jéru»., i. II, p. M. ■ 



CHAPITRE VII 



L'état militaire 



Dans les colonies latines de Syrie, nous voyons, au 
sommet de l'édifice social, le roi, chef militaire suprême, 
entouré de grands vassaux le reconnaissant pour suze- 
rain, lui rendant foi et hommage, mais lui obéissant peu, 
du moins les grands feudataires, et seulement autant que 
cela leur convenait. Aussi, les Assises de Jérusalem 
avaient-elles prévu les forces que les grands vassaux, les 
communes ou bourgeoisies et les églises devaient au roi. 
A côté des communes formées par les bourgeois du 
royaume dans les villes du littoral, nous voyons les com- 
munes commerciales, ainsi que les congrégations ou con- 
fréries italiennes^ participer à la défense des villes (1), 



(1) Mdller. Docum, Toscani, p. 14-34. 



110 OHAPiTBE yn. 

soit par elles-mêmes, soit en entretenant chacune un con- 
tingent de sergents à pied en reconnaissance des privi- 
lèges commerciaux qui leur avaient été octroyés. 

Dans ces conditions^ en dépit des entraves résultant de 
causes qu'il serait trop long d'énumérer ici, l'autorité 
royale en Syrie put^ en unissant ses forces à celles des 
princes d'Ântioche et de Tripoli, avec Fassistance des 
grands ordres militaires, soutenir, contre l'islamisme, une 
longue et glorieuse lutte, qui dura près de deux siècles. 

Dans les villes de Syrie occupées par les Francs, les 
chevaliers, les turcoples, les hommes-liges et soudoyés, 
les varlets et sergents du roi et de ses officiers ou à la 
solde des grands ordres militaires et des communes 
avaient seuls le droit de porter des armes. Les bourgeois 
et les marchands des cités pouvaient porter le couteau ; 
mais ceux qui trafiquaient au dehors devaient laisser 
leurs armes à leur herberge et ne les reprendre qu'à leur 
sortie de la ville. 

Je vais tenter de résumer, en quelques pages, ce que 
l'on sait de l'état militaire des principautés latines. 
Mais, ici, se pose dès l'abord un des problèmes les plus 
difficiles à résoudre. 

A quel chiffre s'élevèrent les forces militaires propres 
aux colonies franques de Syrie ? 

Pour le domaine royal, les Assises (1) nous apprennent 
qu'il était dû un effectif de 577 chevaliers par les feuda- 
taires et de 5,025 sergents à pied par les églises et les 
bourgeoisies énumérées dans la liste de Jean d'Ibelin, 
auxquels il faut ajouter les contingents d'un certain 



(1) Ass. de Jérus, t. I, p. 422 et suîv 



l'état hilitaibe. 111 

nombre de fiefe et de bourgeoisies Omis dans cette liste. 
En comptant tout, on ne dépassera guère le chiffre de 
sept mille combattants, mais il convient d'y joindre les 
tnrcoples, les archers et le contingent des grands ordres 
militaires, qu'il est assez difficile d'évaluer d'une façon 
positive. 

Le comté de Tripoli paraît avoir fourni environ cent 
chevaliers (1). 

Cette principauté comprenait moins de vingt fiefs, et 
une très grande partie de son territoire était possédée^ 
dès la seconde moitié du douzième siècle, par l'Hôpital et 
le Temple. Ces ordres avaient, au Erak-des -Chevaliers, 
et à Tortose, leurs plus grands établissements militaires 
car, à dater de 1188, le Erak devint la résidence du 
grand-maître des Hospitaliers, pendant que le donjon de 
Tortose recevait en dépôt les archives et le trésor de 
Perdre du Temple (2). 

On ne possède point, malheureusement, les Assises 
du comté de Tripoli, et nous en sommes réduits à des 
conjectures, quant au chiffre des sergents à pied dus par 
les villes, les communes, les églises et les abbayes. 

Pour la principauté d'Antioche, elle envoya en 1187, 
à Tarmée de Guy de Lusignan un contingent, de cent 
chevaliers, mais ses forces étaient supérieures à ce chiffre. 
 en juger par l'importance de ses villes, ainsi que par 
celle des évêchés et des abbayes qui s'y trouvaient, elle 
devait fournir un nombre de sergents à pied à peu près 
égal à celui du domaine royal. 

Le comté d'Edesse, dit Guillaume de Tyr (3), n'avait pas 



(1) Ass. de Jérus,, i, I, p. 418. 

(î) Rey. Etude sur Varchit. milit. des Croisés, p. 80. 

(3) G. de Tyr, 1. XVIIl, p. 789. 



112 CHAPITBE Vn. 

moins de cinq cents chevaliers possédant fiefe ; mais, ayant 
succombé dès la fin de la première moitié du douzième 
siècle, alors que le royaume de Jérusalem était à peine 
entièrement constitué, cette principauté ne doit point 
entrer ici en ligne de compte. 

Le contingent des ordres militaires peut se préjuger 
par les deux chiffres suivants : 

En 1168, le grand-maître de FHôpital s'engagea à 
amener au roi Amaury, pour son expédition en Egypte, 
cinq cents chevaliers et autant de turcoples (1), ce qui 
permet d'évaluer, au maximum, à deux mille lances 
environ les forces mises en campagne par les ordres mili- 
taires. 

 la bataille de Hattin, oii presque tous les chevaliers 
du Temple, qui y étaient engagés, perdirent la vie (2), 
la perte fut de deux cent trente chevaliers profès ; il faut 
observer cependant que le maréchal de l'ordre Jacquelin 
de Maillé et quatre-vingts chevaliers profès avaient suc- 
combé, quelques semaines avant ^ au combat d'Aïn-el- 
Mahel. 

Mais, somme toute, il me paraît bien établi que les 
forces locales permanentes des principautés latines de 
Syrie ne dépassèrent jamais de beaucoup vingt-cinq mille 
hommes. 

Les quelques chiffres que nous trouvons énoncés par 
les auteurs contemporains viennent corroborer cette sup- 
position. 

L'armée assemblée, en 1164, par le prince d'Antiochei 
le comte de Tripoli, le prince arménien Toros et le 



(1) Cod, DipL, l. I, p. 49. 

(2) Matthieu Paris. Ed. du Maître des Rôles, t. 1, p. 442. 



l'état militaibe. 113 

grand-maître du Temple^ ne comptait, y comprenant les 
aoxiliaires grecs de Ducas, que treize mille combat- 
tants (1). 

En 1170, au moment de la surprise du Darum (2) par 
Salah-ed-din, on voit le roi Amaury marcher avec deux 
cent cinquante chevaliers et deux mille fantassins réunis 
à la hâte et qui paraissent avoir constitué les forces 
militaires dont le roi disposait dans les environs de Jéru- 
salem. 

Autant qu'on peut s'en rendre compte, en comparant 
des chiffres donnés par les historiens, aussi bien occiden- 
taux qu'orientaux, l'armée réunie par le roi Guy de Lusi- 
gnan, en 1187, et qui fut anéantie à Hattin, ne semble pas 
avoir dépassé vingt ou vingt-un mille hommes. 

Il faut savoir se tenir en garde contre les exagé- 
rations de certains auteurs comme Robert des Monts, ou 
les chiffres des variantes du Continuateur de Guillaume 
de Tyr (3). 

Dans une étude sur l'état militaire des colonies latines 
de Syrie, il est impossible de ne pas faire une large part 
aux deux ordres du Temple et de l'Hôpital, dont la puis- 
sance militaire et la richesse s'accrurent si rapidement. 

Les grands-maîtres de ces ordres étaient de véritables 
princes indépendants, ayant leurs officiers, leurs forte- 
resses et leur armée particulière. 

Fondé en 1118, l'ordre du Temple avait acquis, en 
moins de deux siècles, une puissance sans égale. Ses 
revenus en Occident dépassaient, dit-on, cent millions. 



(1) Aboulparadj. Chron, Syr., p. 360. 

(2) G, de Tyr, p. 974. 

(3) Cont. de G. de Tyr, p. 48, 49 et suiv. 

8 



114 CHAPITBE Vil. 

En Syrie, il possédait, avec leurs territoires, dix-huit 
forteresses, dont les plus importantes étaient Tortose et 
Château-Pèlerin (Athlit). 

Les dépendances de la première de ces places étaient 
fort considérables, puisqu'en 1282, alors que Tordre avait 
déjà perdu Aryma et Chastel Blanc (Safita), elles com- 
prenaient encore trente-sept cantons. Quand ces deux 
forteresses confondaient leurs territoires avec celui de 
Tortose, les domaines de Tordre du Temple constituaient 
une véritable principauté au sein du comté de Tripoli. Il 
en était à peu près de même pour la principauté d'An- 
tioche, oîi ils possédaient le territoire du Port-Bonnel, 
avec les châteaux de la Boche de Bussol, de Bagras et 
de Gastin. 

Nous connaissons, en Syrie, quatorze commanderies du 
Temple, auxquelles il faut ajouter celles d'Arménie et de 
Chypre. 

L'indépendance dont jouissaient les Templiers et qui 
leur permettait de conclure des traités particuliers avec 
les Musulmans; les nombreux émirs qu'ils avaient rendus 
leurs tributaires, avec lesquels ils avaient des relations 
constantes et qu'ils recevaient fréquemment dans leurs 
commanderies ou leurs châteaux, ainsi que les rapports 
des grand s- maîtres de Tordre avec les sultans, amenèrent 
les chevaliers du Temple à subir, comme les grands feuda- 
taires latins, l'influence du milieu oriental dans lequel ils 
vivaient. Aussi, Tempereur Frédéric II, déçu dans ses 
espérances, les accusa-t-il d'être de connivence avec les 
Musulmans. 

Ce n'est pas seulement par les écrits des auteurs con- 
temporains qu'on constate cette influence, elle se retrouve 
jusque dans les monuments militaires de Tordre, notam- 
ment dans les murailles du château de Tortose, oti les 



\ 



l'état hilitaise. 115 

emprunts faits par les Templiers à rarchitecture militaire 
des Arabes frappent au premier coup d'oeil (1). 

Quand, en 1274, le sultan Malek-ed-Daher-Bybars 
déclara qu'il se considérait comme le protecteur d'Isa- 
belle d'Ibelin, dame de Barut, contre Hugues III, roi de 
Chypre, les Templiers appuyèrent les prétentions du 
sultan, à qui le roi fut, finalement, contraint de céder. 

Makrizi lui-même reconnaît l'influence dont jouissait, 
près de ce prince, le grand-maître du Temple (Guillaume 
de Beaujeu) (2). Il nous apprend encore que ce fut ce 
même grand-maître et le comman leur d'Arménie qui, en 
1282, s'entremirent près du sultan Kelaoun, pour que ce 
prince accordât la paix au roi Léon III (3). 

Pendant le treizième siècle, les princes arabes exigè- 
rent souvent la garantie des Templiers dans les conven- 
tions qu'ils conclurent avec les Latins (4). Enfin, le procès 
des Templiers reproche fréquemment à la mémoire de 
Guillaume de Beaujeu les relations entretenues par lui 
avec les sultans. 

L'histoire de cet ordre est Thistoire même des Croi- 
sades; jusqu'au dernier jour, on le trouve disputant le 
terrain pied à pied et ne cédant enfin qu'au nombre. 

Les chevaliers proies portaient le vêtement blanc à 
croix rouge (5). La règle de Tordre leur permettait de 
posséder des biens propres. Chacun d'eux avait trois che- 
vaux et un écuyer attaché à sa personne. 



(1) Ettule sur VArch. militaire des Crois, en Syrie, p. 70-104. 

(2) Makrizi. Hist. des suit, mtcsulm., trad. Quatremere, t. II, p. SOI* 

(3) Ibid. 

(4) Les émirs demandèrent que les Templiers se rendissent garants de ce 
86rment, car se sont dos hommes pieux qui approuvent la fidélité à tenir 
sa parole. — Ext, du KamelrAltavaryk. Hist, arabes des Croisades, 
t. fil, p. 47. 

(5) Ed. Merzdorf. Règle des Templiers, p. 44 à 62. 



116 CHAFITBE Vn. 

Les grands officiers de l'ordre étaient le maréchal, le 
grand- commandeur, le sénéchal, le chancelier, le drappier 
et les commandeurs. 

Grâce aux énormes ressources de Tordre, il pouvait 
entretenir à sa solde de nombreuses troupes auxiliaires 
d'origine occidentale et indigène. Il possédait également, 
en propre, des navires. 

On est réduit à de simples conjectures sur le nombre 
des chevaliers profès résidant en Syrie, et dont le chiffre 
dut être assez variable, mais, selon toute apparence, ne 
fut jamais inférieur à plusieurs centaines. Ainsi, à la 
bataille de Hattin, les Templiers perdirent deux cent 
trente chevaliers profès, et trois cents en 1291, au der- 
nier assaut d'Acre. 

La disparition du cartulaire de l'Ordre du Temple nous 
prive des renseignements indispensables pour pouvoir 
étudier à fond le rôle et l'histoire militaire de cet ordre 
célèbre, et m'oblige à laisser bien des lacunes dans cette 
partie de mon travail. 

Il y a tout lieu de penser que le manichéisme fut intro- 
duit, chez les Templiers, vers la seconde moitié du trei- 
zième siècle, par l'admission dans l'Ordre de nombreux 
Albigeois, expulsés de France et envoyés en Terre-Sainte 
pour y expier leur hérésie. 

Je ne parlerai pas ici des jalousies, des haines et des 
convoitises que cet ordre excita autour de lui, et qui, par 
suite de son indépendance vis-à-vis des rois et du saint- 
siège, amenèrent sa ruine. 

Plus heureux que pour le Temple, on possède encore le 
précieux cartulaire de l'Hôpital de Saint- Jean, et grâce à 
lui, on peut reconstituer le terrier de Tordre, dont les 
possessions s'accroissaient chaque jour dans les colonies 
latines d'Orient. 



l'état militaibe. 117 

On comprend aisément que des seigneurs, se trouvant 
d'ans l'impossibilité de défendre leurs fiefs ou de réparer 
leurs châteaux, les cédassent aux Hospitaliers ou aux 
Templiers, car il est facile de reconnaître que la plupart 
des donations ne sont autre chose que des ventes simu- 
lées de domaines. Leurs possesseurs féodaux, ne se sen- 
tant plus à même de les défendre, les cédaient, et en 
retour, ils étaient assurés de ressources, en même temps 
que le plus souvent, les grands ordres pourvoyaient au 
service militaire qui leur incombait comme feudataires. 

Vers la fin du douzième siècle, ces possessions com- 
prenaient, rien qu'en Syrie, cinq importantes forteresses : 
Margat, le Krak des Chevaliers, Chastel-Rouge, Gibelin 
et Belvoir; en outre, des territoires considérables rele- 
vant de ces places, ainsi que de Melechïn, de Zibel, du 
Château de la Veille et de Femie. 

On trouve énumérés, dans les actes publiés par Paoli, 
plus de cent trente-cinq casaux et une foule d'autres biens 
immeubles, tels que des forêts, des terrages, des vignes 
et des moulins appartenant aux Hospitaliers. 

Les revenus considérables de ces diverses propriétés, 
joints à ceux des terres et des droits ecclésiastiques qu'ils 
possédaient hors de Syrie et en Europe, leur créaient des 
ressources extrêmement considérables, dont ils firent un 
noble usage pour assurer, pendant cent cinquante ans, la 
défense des principautés franques. 

Durant les périodes de paix, le commerce, l'industrie 
maritime et la banque prospérèrent à l'envi, dit M. Blan- 
card. Les Hospitaliers et les Templiers transformèrent 
leurs ordres en sociétés commerciales et financières et ils 
atteignirent, par la force de l'association, à un degré de 
prospérité inouïe. 



118 CHAPITBE Vn. 

Les grands-officiers de Tordre de l'Hôpital portaient 
les mêmes titres que ceux du Temple. 

Le chef de la marine de FOrdre était appelé le grand- 
commandeur de la Mer. 

On connaît, jusqu'à ce jour, douze commanderies 
de l'Hôpital, en Syrie, auxquelles il faut joindre les deux 
grandes commanderies d'Arménie et de Ghjrpre. 

Comme l'ordre du Temple, celui de l'Hôpital entrete- 
nait, à sa solde, des troupes mercenaires, et l'un de ses 
grands-officiers, qui commandait les soldats indigènes, 
était nommé Turcoplier de l'Hôpital. 

J'ai dit, plus haut, qu'en 1168, le grand maître Gilbert 
d'Âssaillj s'engagea à fournir au roi Âmaury, se dispo- 
sant à envahir l'Egypte, un contingent de cinq cents che- 
valiers et d'autant de turcoples. 

Il est à remarquer que les territoires et les châteaux 
possédés par les Templiers et les Hospitaliers dans les 
principautés d'Antioche et de Tripoli formaient, à la fin 
du douzième siècle, une véritable ceinture entourant pres- 
que entièrement les cantons montagneux oti venaient de 
s'établir les Ismaéliens. 

Ayant déjà exposé dans le premier chapitre de ce livre 
(pag. 26 et suiv.) ce que l'on sait de l'armement et ne voulant 
point aborder ici la question, encore fort obscure, de la 
stratégie au moyen âge, je ne saurais mieux compléter, je 
pense, le chapitre de VEtat militaire, qu'en consacrant 
quelques pages à la fortification, ainsi qu'aux méthodes 
de reconnaissance et de renseignements militaires alors 
en usage dans les principautés latines. 

Au milieu des guerres perpétuelles dont la Syrie fut 
alors le théâtre, l'art de Tingénieur militaire fit de rapides 
progrès ; on sent que les Francs ont adopté tout ce qu'ils 
ont trouvé à prendre dans l'architecture militaire bysan- 



l'état militaibe. 119 

tine représentant les traditions de l'antiquité grecque et 
romaine. 

Les Latins semblent n'avoir attaché qu'une importance 
secondaire aux murailles des villes, dont les défenses 
sont incomparablement plus faibles que celles des châ- 
teaux. De même qu'en France, on paraît avoir reconnu 
de bonne heure, en Syrie, que le système de fortifications 
usité au moyen âge ne se prêtait à des défenses trop 
étendues qu'en perdant une partie de sa force ; on s'at- 
tacha donc à réduire les cités à des proportions suscep- 
tibles d'une bonne défense. 

Le château servait de citadelle et protégeait la ville, 
dont il faisait partie ; soit que, comme à Jérusalem, à 
Earak, à Laodicée ou à Giblet, il s'élevât au point culmi- 
nant, ou que, comme à Tyr, à Barut, à Tortose, au Bou- 
tron, à Arsur ou à Césarée, il fût construit au bord de la 
mer, il était toujours bâti à un angle de la place et pos- 
sédait des communications directes avec la campagne. La 
garnison pouvait, de la sorte, chercher un refuge dans ce 
réduit après la prise de la ville, et être, par les dehors, 
ravitaillée ou secourue. 

Les principales forteresses encore debout et datant des 
Croisades appartiennent à deux écoles, dont l'existence et 
le développement furent simultanés en Syrie. 

La première paraît avoir eu pour prototype les châ- 
teaux construits en France dans le cours des onzième et 
douzième siècles, sur les côtes de l'ouest, le long des 
bords de la Loire et de la Seine, dans lesquels se rencon- 
trent partout un caractère particulier et uniforme. 

Ds sont élevés sur des collines escarpées, d'une défense 
facile, et le plus isolés qu'il est possible des hauteurs 
environnantes. La forme de l'enceinte est déterminée par 
la configuration du plateau. 



120 CHAPITRE VII. 

Le côté le plus vulnérable de la place est protégé par 
le principal ouvrage de défense. 

Quelques points essentiels distinguent cependant les 
châteaux de l'Hôpital appartennant à la première école ; 
le donjon y est remplacé par un ouvrage d'une' grande 
importance commandant la partie faible de la place, 
mais dont les dispositions diffèrent entièrement de celles 
du donjon franc. 

La double enceinte est flanquée de tourelles générale- 
ment arrondies. 

On observe également dans ces forteresses un emprunt 
fait aux Arabes : il consiste en d'énormes talus en maçon 
nerie qui, triplant à la base l'épaisseur des murailles, 
trompaient le mineur sur l'axe des défenses qu'il atta- 
quait, en même temps que cet obstacle entravait les tra- 
vaux de la sape, et qu'ils affermissaient l'édifice contre 
les tremblements de terre, si fréquents dans ces con- 
trées. 

Cette première école est représentée par les châteaux 
des Hospitaliers de Saint- Jean, à qui appartenaient Margat 
et le Krak-des-Chevaliers, dont je vais donner ici une des- 
cription sommaire. 

Margat fut enlevé par surprise, en 1140 (1), à l'émir 
musulman qui le possédait, et cette forteresse futj depuis 
lors, tenue en fief par la famille Mansoer, jusqu'en 1186, 
date de la cession de cette place à l'Ordre de l'Hôpital. 

Le nom de Markab signifie lieu de guet, et nulle posi- 
tion militaire ne saurait mieux mériter cette dénomi- 
nation. 



(1) Cafari, ap. Pertz. Script, Rer. Germ,^ i. XVIII, p. 46. 



l'ÊTAT MILITAIBB. 121 

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t :à KadmoasleÎL dont elle est on 
Ter? le ;:ii-c5t pu uoe laogiH 
ec fait en qoel^ae sorte un 




l'état militaibe. 123 

presqu'île; et c'est à cheval sur cette espèce d'isthme, 
qu'on a établi les principaux ouvrages de défense. 

Le château se compose d'une ceinture de murailles 
flanquées de tourelles rondes de petit diamètre et ne pré- 
sentant qu'un étage de défense, suivant l'usage générale- 
ment adopté en Europe durant le douzième siècle. 

On y pénètre par une porte ogivale a, aujourd'hui privée 
de sa herse, s'ouvrant dans une haute tour carrée cons- 
truite avec retrait à chaque étage. 

La pointe sud-est étant le seul endroit vulnérable de 
la place, cette première enceinte y est renforcée d'un 
important ouvrage o : c'est un gros saillant, en forme de 
barbacane, arrondi au sommet et présentant à la base un 
talus à pans coupés. Il est établi sur le roc vif et destiné, 
en cas de siège, à arrêter longtemps, de ce côté, les efforts 
du mineur. 

Au temps des Croisades, cet ouvrage était nommé 
réperow, par allusion à sa forme extérieure. 

Au niveau du terre-plein de ce premier retranchement 
s'élèvent les murs d'une seconde ligne de défense qui 
renfermait la bourgade du moyen âge, et à la pointe sud 
se trouve le massif de constructions constituant, à propre- 
ment parler, le réduit du château. 

Si, quittant l'étude de la première enceinte, nous péné- 
trons par la porte f dans la cour du réduit, formant la 
partie supérieure du château, le premier monument qui 
frappera les regards est une petite église gothique h trans- 
formée en mosquée ; à gauche, se trouvent des bâtiments 
qui, au temps de l'occupation chrétienne, furent des écu- 
ries ou des magasins. 

Vers l'ouest, se voient les ruines de la grand'salle j, 
formée de quatre travées, dont deux sont encore debout. 
La pièce voisine, située au-dessus de la porte du château. 



124 OHAPITBE VII. 

et prenant jour vers la mer par une large baie gothique 
d'où Toeil embrasse un vaste horizon, a conservé le nom 
de chambre du roi; ce fut, s^lon toute apparence, l'appar- 
tement du commandeur, et qui sait si le nom, qu'on lui 
donne encore, de Divan-el Malek n'a pas eu pour origine 
la détention, dans ces murs, d'isaac Comnène? 

Au sud de la chapelle et y attenant, est un grand logis 
à deux étages parfaitement conservé k ; il communique 
avec la grande tour l qui, vers le sud, termine cet 
ensemble, et dont les proportions gigantesques ne sau- 
raient être comparées qu'au donjon de Coucy Elle mesure 
vingt-neuf mètres de diamètre et se compose de deux 
étages disposés pour la défense et percés de meurtrières 
se chevauchant de manière à envoyer des traits sur tous 
les points attaquables tournés vers les dehors de la place; 
la plateforme couronnant cet ouvrage était bordée d'un 
parapet percé de deux étages de meurtrières, et pré- 
sente un espace assez vaste pour qu'un grand engin pût y 
être établi, sans inconvénient pour les défenseurs qui gar- 
nissaient le parapet. 

A l'angle nord-est se voit encore en b une autre tour 
beaucoup moins élevée que celle du sud; elle ne contient 
qu'une salle voûtée et ne paraît avoir été destinée à ren- 
fermer qu'un seul engin de guerre. Vers le nord, il ne 
reste que des ruines à la place des bâtiments qui fer- 
maient ce côté du château, mais dont, au milieu des 
décombres, le plan est encore très reconnaissable. 

Ici, toutes les dispositions, telles que crénelages, meur- 
trières, système des herses, portes, etc., sont de tous 
points identiques â ce que nous trouvons dans les 
murailles et le château de la cité de Carcassonne, bien 
que la forteresse dont nous nous occupons en ce moment 
soit au moins d'un siècle antérieur, car on ne saurait 



Ij'ÉTAT BOUTAIBS. 



126 



attribaer à la construction de Margat ane date posté- 
rieure à la an du douzième siècle. 

Enlevée aux Musulmans en 1140, d'abord fief de l'une 
des grandes familles de la principauté d'Antioche, cette 
place fut cédée, en 1186, à l'ordre de l'Hôpital, qui en fit 
son principal établissement après la chute de Jérusalem. 
Ce château fut pris par le sultan Kelaoun en 1285 

Le commandeur de l'Hôpital en résidence à Margat 
était un des principaux officiers de l'ordre, et cette com- 
manderie était pourvue d'un sceau particulier représen- 
tent un 




126 CHAPITBX Tn. 

Sur une croupe des montagnes séparant la yaUée 
de rOronte du comté de Tripoli, s'élèTe le Ealaat-el- 
Hosn; tel est le nom moderne sous lequel on désigne 
la forteresse que nous trouvons indiquée, dans les chro- 
niques des Croisades, sous celui du Erak-des-Chevalier8y 
et appelé, chez les historiens arabes, château des Cordes. 

Position militaire de premier ordre, en ce qu'elle com- 
mande le défilé par lequel passent les routes de Homs et 
de Hama à Tripoli et à Tortose , cette place était encore 
merveilleusement située pour servir de base d'opérations 
à une armée agissant contre les Etats des Soudans de 
Hama. 

Le relief des escarpes que couronne la forteresse est 
d*environ 330 mètres au-dessus des vallées, qui, de trois 
côtés, risolent des montagnes environnantes. Le châtean 
que nous étudions ici n'est point une grande habitation 
féodale fortifiée, destinée à dominer le pays environnant 
soumis au châtelain qui la possède et dont relèvent tons 
les fiefs d'alentour. C'est une place de guerre de premier 
ordre en la possession de l'un des deux grands ordres 
militaires, créée ou tout au moins reconstruite par Inî 
pour en faire l'un de ses principaux établissements sur la 
frontière orientale des provinces chrétiennes, et qui était 
assez redoutable à leurs voisins musulmans de Hama et 
de Massiad pour que ces derniers fussent contraints â 
leur payer un tribut annuel. 

Le Krak, car c'est sous ce nom que je désignerai désor- 
mais ce château, est encore presque tel que le laissèrent 
les hospitaliers au mois d'avril 1271 ; à peine quelques 
crénaux manquent-ils au couronnement des murailles, 
quelques voûtes se sont-elles effondrées, mais tout ce 
vaste ensemble a conservé un aspect imposant qui donne 



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l'état militaibe. 127 

aa Yoyagear une bien grande idée du génie militaire et de 
la puissance de Tordre qui Ta élevé. 

Cette forteresse comprend deux enceintes, dont une 
formant réduit. La première se compose de courtines 
reliant des tourelles arrondies, dont le couronnement com- 
posé d'une galerie crénelée avec échanguettes portées 
sur des consoles en contre-lobes formant, sur toute la péri- 
phérie, un véritable hourdage de pierre. 

Vers l'extérieur règne, entre la première ligne de 
défense et le fossé du réduit, un chemin de ronde en ter- 
rasse, donnant accès dans les salles placées à la base 
des tours ; percées chacune de trois grandes meurtrières, 
elles devaient contenir des arbalètes à tours. Dans les 
courtines s'ouvrent de plain-pied, à des intervalles régu- 
liers, de grandes niches ogivales, au fond desquelles sont 
percées de hautes archères, ayant la même destination. 
Ces défenses, peu élevées au-dessus du niveau du sol, 
n'étaient plus en usage en France dès le commencement 
du treizième siècle, ayant l'inconvénient de signaler à 
l'assaillant les points faibles de la muraille; mais ici elles 



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Coupe du Krak- des -Chevaliers 
Sur la ligne a b du plan 



9 



128 CHAPITRE vn. 

n'existent que sur les faces de la forteresse couronnant 
des escarpements, et par suite à l'abri du jeu des machines, 
tandis que vers le côté où la colline est jointe à la chaîne 
dont elle dépend, les murs sont massifs dans toute leur 
longueur. Gomme ce point est le seul vulnérable de la 
place, c'est de ce côté qu'on s'est efforcé de disposer 
des défenses d'une grande valeur ; aussi, le diamètre et 
par suite la saillie des tours devient plus considérable; 
au centre de cette face s'élève une tour carrée, chose 
assez rare, je l'ai dit, dans les forteresses des Hospita- 
liers. 

Bien que séparée de la seconde enceinte par un fossé 
rempli d'eau, cette première ligne était assez rapprochée 
des ouvrages qui la dominent pour permettre qu'au 
moment de l'attaque, les défenseurs du réduit pussent 
prendre part au combat. C'est dans un saillant de cette 
première enceinte que s'ouvrait la porte de la forteresse, 
au-dessus de laquelle se voit taillée dans la pierre l'ins- 
cription, aujourd'hui mutilée, qu'y fit graver le sultan 
Malek-Daher-Bybars, après le siège qui l'en rendit maître. 
Voici ce qu'on lit encore : 

c Au nom du Dieu clément et miséricordieux, la répa- 
ration de ce château fort béni a été ordonnée sous le 
règne de notre maître le soulthan el Malek ed Daher, le 
savant, le juste, le champion de la guerre sainte, le pieux, 
le défenseur des frontières, le victorieux, le pilier du 

monde et de la religion, le père de la Victoire Bybars , 

et cela à la date du jour de > 

Une rampe voûtée, en pente assez douce pour être très 
facilement accessible aux cavaliers, part de cette porte et 
vient déboucher dans la cour intérieure de la deuxième 
enceinte, près du porche de la chapelle. La porte est veuve 
de sa herse comme de ses vantaux, et le coup d'œil que 



l'état militaibe. 129 

présente Fintérieur de la forteresse, imposant d'ailleurs^ 
est d'une majesté triste et déserte. 

La chapelle sert aujourd'hui de mosquée, tandis que la 
grande salle où se tenaient les chapitres de l'ordre a été 
transformée en étable. 

Cette cour est partagée en deux : la cour inférieure, oii 
se voient la chapelle et la grand'salle, puis la cour supé- 
rieure, à laquelle on arrive par un large perron. Â droite 
et à gauche étaient les logements de la garnison, et au 
fond s'élèvent trois énormes tours destinées à renforcer le 
front de la place le plus exposé aux attaques de l'ennemi. 
Chacune de ces tours se compose de trois étages de 
défenses, deux salles et une plate-forme crénelées ; elles 
sont reliées entre elles par un énorme massif large de 
dix-huit mètres formant courtine. 

Ce sont les plus élevées de toutes les défenses du châ- 
teau, dont elles commandent les approches. De leurs 
plate-formes crénelées^ les sentinelles découvraient au 
loin la présence de Tennemi. 

Toute cette muraille est garnie à sa base de ces gigan- 
tesques talus en maçonnerie dont j'ai déjà parlée et Ibn 
Ferat, dans sa relation du siège de cette forteresse par le 
sultan Bibars, nomme ce réduit la colline. 

Cette forteresse, nommée par les Arabes château des 
Curdes, fut enlevée, en 1110, au prince de Homs, par 
Tancrède, puis forma un des fiefs du comté de Tripoli 
jusqu'en 1145, époque où elle fut cédée aux Hospitaliers. 
Elle demeura entre leurs mains jusqu'en 1271, année où 
elle tomba au pouvoir du sultan égyptien Malek-ed- 
Daher-Bybars, après un siège de sept semaines environ. 

Les châteaux bâtis par les Templiers appartiennent à 
la seconde école. Ici, le tracé de l'enceinte se rapproche 
beaucoup de celui des grandes forteresses arabes, élevées 



130 CHAPITRE vn. 

d'après un système qui parait s'être inspiré de l'art 
bysantin. 

Ce qui frappe d'abord dans les édifices militaires des 
chevaliers du Temple, c'est le peu de saillie des tours 
invariablement carrées ou barrelongues, ce que nous 
remarquons également dans les plus anciens châteaux 
arabes d'Âlep, Kalaat-Schoumaïmis , etc., etc. On doit 
donc penser qu'ici les ingénieurs latins se sont peu préoc- 
cupés de l'importance des flanquements. tandis qu'à en 
juger par la profondeur des fossés, creusés, à grands frais, 
dans le roc, comme à Tortose et à Âthlit, ainsi que par 
la hauteur des murailles , ils ont cherché à se garantir 
des travaux des mineurs et des tentatives d'escalade. 

Ailleurs, comme au Chastellet (château du pont des 
fils de Jacob), à Areymeh et à Safita, les Templiers ont 
assis les bases de leurs murs au sommet de pente^ escar- 
pées, obviant, par ce moyen, aux mêmes inconvénients. 

Parmi les caractères distinctifs de cette seconde école, 
il faut encore citer les parements extérieurs des murailles 
généralement en très grand appareil taillé à bossage, et 
le peu de plongée des meurtrières, qui présentent une 
grande analogie avec celles des forteresses arabes con- 
temporaines ; toutes choses tendant à donner à ces édi- 
fices une apparence complètement orientale. Mais , à 
défaut d'autres preuves, si elles nous manquaient, les 
signes d'appareillage employés par les ouvriers, et consis- 
tant en lettres latines du douzième siècle, ne sauraient 
nous laisser aucun doute sur leur construction par des 
Occidentaux. 

Le mode de clôture des portes par des herses à cou- 
lisses était commun à tous les édifices militaires élevés en 
Syrie par les Francs, et me semble être d'importation 



L'ijTAT MILITAIRE. 



P"^ 



PLAN DE TORTOSE . 




F G,yw,J J 



1S2 oHAPriBE vn. 

occidentale, car je n'en ai point trouvé de traces dans 
les châteaux arabes, du même temps, qae j'ai visités. 

Tortose, Areymeh, Safita, la Fève, Athlit et le Saphet fu- 
rent les plus importantes forteresses de l'ordre du Temple 
en Syrie. 

Les historiens des Croisades désignent la première sona* 
les noms d'Antaradus, Antarsous ou Antartous, dont le 
nom moderne de Tortose n'est qu'un dérivé. 

Ses murs, et le château qui se trouve dans l'angle nord- 
ouest de cette enceinte, présentent l'un des ensembles les 
plus intéressants de constructions militaires élevées en 
Syrie durant la domination française. 

Une première enceinte, encore reconnaissable sur pres- 
que tous les points, renfermait la ville du moyen &ge, rem- 
placée aujourd'hui par des jardins oiï la nature a pro- 
digué tontes les splendeurs de la flore orientale; c'est là 
qo'entourée de palmiers, s'élève majestueusement la vieille 
cathédrale de Notre-Dame de Tortose, magnifique vais- 
seau du douzième siècle qui, durant l'occupation chré* 
tienne, fut un lieu de pèlerinage en grande vénération. 




CoDp« des deux maraiU«s 



l'état militaibe. 133 

Le château est composé d'une double enceinte a et b, 
munie de fossés taillés dans le roc et que remplissait 
autrefois la mer. Cette double ligne de défenses est cons- 
truite en pierres énormes et flanquée de tours carrées ou 
barrelongues. Par le fragment de la seconde enceinte, qui a 
conservé toute sa hauteur primitive avec ses crénelages 
et son chemin de ronde, nous savons que la hauteur totale 
de cette muraille était d'environ trente mètres; au-dessus 
du fond du fossé, tout autour et formant place d'armes, 
régnent d'immenses magasins voûtés s'ouvrant de plain- 
pied sur la cour intérieure du château, au milieu de 
laquelle s'élèvent tous les accessoires d'une grande for- 
teresse du moyen âge : grand'salle, chapelle, donjon, 
etc., etc 

Le premier de ces édifices f (1), bien qu'en partie ruiné, 
présente encore un grand intérêt, et ce fut à coup sûr 
l'une des plus belles et des plus vastes grand'salles éle- 
vées en Syrie. 

Près de là se voit une chapelle g assez bien conservée 
et dont la décoration, des plus simples, présente une 
grande analogie avec celle de la grand'salle. 

L'intérieur de ce monument est, malheureusement, 
encombré de maisons arabes qui gênent beaucoup pour en 
juger l'effet. Un avant-porche paraît avoir précédé le por- 
tail de cette chapelle. 

Au milieu de la place se trouve le grand puits du châ- 
teau. Le reste de l'espace compris entre les murailles, et 
oii s'élevaient, suivant toute apparence, les logements de 
la garnison, le palais du commandeur, etc., etc., est occupé 
par la bourgade moderne de Tortose, composée d'une cen- 
taine de maisons environ. 

(1) Voir ci-dessus la coupe de col édifice, p. 48. 



184 



CHAPIIBE VU. 



An centre de la place et tangent à la mer, s'élevait un 
grand donjon carré qui, en 1188, résista victorieuBement 
anx efforts de Salah-ed-Din, et dont il ne reste qne la base. 
Ce donjon a frappé les contemporains qui l'ont vu et les 
auteurs qui l'ont décrit. 

Ce fut sous ces murs qu'au mois de septembre 1188, 
Salah-ed-din rendit la liberté au roi Guy de Lusignan, ao 
prince Amaury son frère, ainsi qu a plusieurs autres che- 
valiers illustres. 

Pour Vilbrand d'Oldenbourg, le château de Tortose 
est un joyau ; les tours en sont leb perles, et le donjon, 



CHATEAU DE SAFITA 




dont il attribue la construction aux rois de France, est la 
maltresse pièce. 



l'état militaibe. 185 

L'entrée du château s'ouvre dans la tour d, que pré- 
cédait un pont 0^ défendu jadis par des barrières et des 
ouvrages en palis formant les lices de la place. 

Safita, le Chastel-Blanc des Croisades, s'élève sur les 
pentes de la montagne des Ansariés, à égale distance, 
environ, de Tortose et du Krak-des-Chevaliers. 

La tour, qui frappe d'abord les regards du voyageur, 
est l'ancien donjon du château, elle couronne une crête 
dont les pentes, s'abaissant brusquement au nord et au 
sud, couvrent suffisamment les abords de la place. 

L'ensemble de la forteresse se compose de deux 
enceintes échelonnées sur les pentes de la montagne ; un 
énorme talus en maçonnerie règne à la base de la pre- 
mière muraille. Aux deux extrémités est et ouest du châ- 
teau, deux mouvements de terrain élevés de main d'hom- 
mes B b', indiquent l'existence d'ouvrages avancés, en 
terre, destinés à opposer un premier obstacle à l'assail- 
lant. 

C'est au centre de la seconde enceinte et au point cul- 
minant du château que se dresse encore, telle que la 
virent les chevaliers du Temple, la tour du Chastel-Blanc, 
tout â la fois chapelle et donjon de la forteresse. On 
reconnaît, bien dans l'étrange conception de ce monument, 
le génie de ces moines guerriers, si longtemps la terreur 
des Musulmans, l'admiration et la gloire de l'Europe 
chrétienne qui, jusque dans l'édification du sanctuaire, 
ont su apporter tous les moyens de défense qu'a pu leur 
suggérer l'art de l'ingénieur militaire; de telle sorte 
qu'ici, les premières lignes enlevées par l'assaillaut, la 
lutte se trouvait transportée att pied de l'autel, dans le 
temple même de ce Dieu pour la gloire duquel on coni- 
battait. Cette chapelle sert encore aujourd'hui d'église 



136 



OBAFITBE Tir. 



aux chrétiens habitant le village moderoe de Safita, et est 
demeurée sous le vocable de Saiat-Michel. 

L'étage supérieur forme une vaste salle éclairée par 
de hautes archèses et où se retrouvent, sur une plus 
petite échelle, toutes les dispositions intérieures de la 
grand'salle de Tortose. 




Loupe du donjon 



Une plate-forme crénelée couronne ce donjon^ le parapet 
qui règne à l'entour est percé de meurtrières et de cré- 
neaux alternant ; au sommet des merlons, les encastre- 
ments des volets, destinés à abriter les défenseurs, sont 
encore très reconnaissables. Ici, comme à Tortose, à 
Areymeh, à Athlit, etc., etc., les meurtrières se ressen- 
tent de l'influence orientale ; elles n'ont presque pas de 



LETAT MILITAIEE. 137 

plongée et se rapprochent beaucoup de la meurtrière 
grecque du bas empire. 

De cette terrasse, la vue s'étend au loin sur le pays 
environnant; de là, on pouvait facilement échanger des 
signaux avec les châteaux du Krak et d'Areymeh, ou avec 
les tours de Tokle, de Miar, de Zara, de Bordj Mak- 
Bour, etc., etc. 

Areymeh, qui appartenait également aux Templiers, 
domine la vallée de TAbrasch, et, combiné avec les châ- 
teaux de Safita et de Kalaat-el-Hosn, contribue, de ce 
côté, à la défense du comté de Tripoli; il est aujour- 
d'hui fort dégradé, mais plusieurs tours et une grande 
partie de l'enceinte subsistent encore et appartiennent 
au même système que les deux forteresses que je viens de 
décrire. 

Il faut encore citer parmi les principaux châteaux 
élevés d'après ce système, celui d'Athlit ou Château- 
Pèlerin. 

Il y a encore un troisième groupe de forteresses éle- 
vées sur des plans participant un peu de Tune et de 
l'autre de ces deux écoles, mais plus particulièrement de 
la seconde, et où l'on retrouve le donjon. Ce sont les châ- 
teaux féodaux, c'est-à-dire appartenant à de grands vas- 
saux qui en portaient le nom, et c'est dans cette classe 
que je rangerai Saône, Beauvoir, Giblet, la Blanche-Garde, 
le Monestre, Beaufort, etc., etc. 



138 CHAPITEB VII. 



Reconnaissances et renseignements militaires 

Pendant toute la durée des Croisades, la conquête de 
TEgyptft paraît avoir été le but des efforts les plus suivis 
de la part des rois de Jérusalem. 

Leur première tentative fut la prise de Pharamie, en 
1117, par le roi Baudoin P^ 

L'année 1162 vit une nouvelle expédition des Francs 
de Syrie, qui parvinrent jusqu'à Belbeis, mais ils furent 
arrêtés par la crue du Nil (1). 

En 1166, à la suite des troubles survenus en Egypte 
pendant la minorité du calife El Âdheh^ de la dynastie 
des Fatimites, le visir Schaver s'était emparé du pou- 
voir, et, redoutant l'intervention de Nour-ed-din, prince 
d'Âlep, appela les Francs à son secours. Ce fut alors que 
Hugues de Césarée (2) et Geoffroy Foucher, maître de la 
Maison du Temple, furent envoyés en Egypte par le roi 
Amaury. 

Guillaume de Tyr nous a laissé un curieux récit de la 
réception faite à ces envoyés, qui conclurent une alliance 
entre le roi de Jérusalem et le visir égyptien. 

Plus tard, les Francs tentèrent encore, à plusieurs re- 
prises, la conquête de cette contrée, qui devint l'objectif 
de la Croisade de Saint-Louis. 

Les voies d'invasion furent alors étudiées avec beau- 
coup de soin, et les itinéraires relevés de la sorte peu- 



(1) G. de Tyr, p. 890. 

(2) Ibid, p. 910. 



l'étain militaibe. 139 

vent, jusqu'à un certain point, être comparés aux recon- 
naissances militaires qui se font, de nos jours, dans les 
états-majors. Les routes de Syrie au Caire, ainsi que 
celles à suivre pour atteindre cette ville en venant par 
Damiette ou par Alexandrie, y sont minutieusement 
décrites. 

Les uns sont de simples nomenclatures des stations 
avec le chiffre de la distance qui les sépare. D'autres sont 
complétés par quelques indications sur les ressources des 
\mux ou sur leur topographie. 

Les routes de Gaza au Caire, par le désert, sont au 
nombre de trois, mais toutes ont deux points communs, 
Eatieh et Belbeis. 

Je publie ici deux de ces itinéraires, tirés, le premier, 
d'un manuscrit de la Bibliothèque de Berne» et récem- 
ment édité par la Société de TOrient latin. Il est intitulé 
Les Chemins de Babylone, nom sous lequel les Latins 
désignaient alors la ville du Caire. Ce mémoire militaire 
vient d'être l'objet d'une très remarquable étude (1) de la 
part de mon savant ami, M. Schefer, 4 laquelle j'em- 
prunterai un commentaire sur l'effectif des forces musul- 
manes en Syrie. Le second est extrait d'un projet de 
Croisade de la fin du treizième siècle (1290 ?), aujourd'hui 
attribué à Hayton, découvert à Cambridge par le comte 
Biant, et que j'ai communiqué, il y a quatre ans, à la 
Société des Antiquaires de France. Il a pour titre : Via 
ad terram Sanctam. 

De Cadres à El Ârisch, tous les itinéraires donnent une 
route identique. D'Ël Ârisch à Katieh, ils en indiquent 
deux; la première, dite Boute d'en haut, paraît avoir été, 



(1) Arch, de l'Orient latin, t, II, p. 89-101. 



enc-ir* i»* l'i^ .o»ir"- er- •jLTi'^'iaiis =»* r^aiiaac xe 5yTÎB 
*n i^TO''-^ "^ ""■•^^ V^»^ *^ iTnitis T-^!iii:Ljeir itilt âcc iîa- 
jiirî;rr* y i^'.t^'iT* i^ vA"Z':iiî Ji^iiirieiâ Lias Jes zeises 
vi; iivi? VM:n»*ir, :a ;»t'i- .*t :r:Lï. uitanicr ridûrxes- 

j^ri:.>.i* i 'a iii*r tùtin *!•* fïir- j* -r;:.:nL TSOT."ia 

't^ ?*:;.»•* *' :* P-ATiziii. rlle iriTersjfcr: I& Ijzime 
ar^xTT.^ *T.^.cr* ni:i':r:Liz: ^AciiS-Beriicci Ihis. ce 
mA/3i«>. çii î^iib.* î'-î'-r* :^4;i:.:-p juiin iepds le mojen 
iUr/>. la* \TÂT as:*Lé :ii. -ic:;.!^ ièî^z rr:-::o!:cé dans le 
>-»T/,l^ nr-iVÎ^m* -^ iirl^eAL: ^er^ Kitieh, et le long 
4ïî'ï';*l > capiUÎLe Graj, ifuicié i rétit-^i&jor de r&rmée 
frî>*r»/;:i>,* 'i'KzjpV:, coLîUta. rii îT?5. des resteâ de plân- 
WUfTii 'Ih pa»rriif:riî, âinii q-se des traces de caltnres 
zn'/fVfVu-Ai di.apanie:i. Cet officier y signale, en outre, 
p)?ï>i^r» Pîine» de hameaui. et c'est d'après son itiné- 
rair«i ^ja^i j'enraierai de proposer l'identification de Ton de 
ce*, Jietjx. 

I;e Katieh partaient deux routes, l'une qui se dirigeait 
vers Halahieb, en traversant, directement les lagunes 
dépendant du lac de Tanis, ou en les contournant au 
terrjp», de Tinondation. L'autre, passant par la vallée sté- 
rile de )'Ouad-el-Aharas, gagnait Belbeis en suivant la 
d^j/rensiori nommée le Ouady. 

Toiite.H ces routes, d'ailleurs, ont été plus ou moins 
Huivie'H par le» caravanes, jusqu'à l'époque du percement 



l'état militaibe. 141 

de l'isthme de Suez, qui a profondément modifié l'aspect 
de cette contrée. 

C'est par le texte des chemins de Babilone que débutera 
donc cette étude. 

c Ici commence .j. traictié qui fut pieça fait oultre la 
mer, ordené par le mestre et par le couvent de l'Ospital 
et par aultres preudes hommes qui ont demouré (outre 
mer) et scévent le pooir du soudan et des Sarrazins, et 
est fait pour savoir quans hommes à armes le soudan puet 
avoir en tôt le pooir des Sarrazins et en quiex lieux et 
dedens quans iors il les puet assembler ensamble. 

Par cestui escrit peut estre seii et coneii le poer des 
mescreans Sarrazins qui régnent hui le iour au royaume 
de Babiloine proprement (1). 

I 

Premièrement le soudan istra de son hostel o .m. homes 
à cheval, grans et meens. 

Item après a .xxiiij. amiraux, chevetaines de l'ost ; et 
chascun peut faire .c. chevaliers. 

Item encores y a. Ixxx. amiraux, de quoi les uns ont 
poer de .Ix. homes à cheval, les autres de .1. et aucuns 
de .xL; des quieus la somme de cez monte .iiij™. homes à 
cheval. 

Item encores y a .xxx. amiraux, des quieus chascun de 
cez a poer de .x. homes à cheval. 

Item encores il y a .Ixx. elmeccadem, e chaseun elmec- 



(l) Ccl étal des furets miliiains du soudan du Caire est évidemmenl des 
dernières années du treizième siècle, et, selon toute apparence, postérieur à 
ritinérairo proprement dit. 



142 CHAPITRE yn. 

cadem a poer de .xl. homes à cheval, et s'apelent la 
Bahrye, qui font tout adès entour la tente du Soudan. 

Item encors y a autres elmeccadems, qui font. Ixxx. ; 
chascun de cez a poer de .xl. homes à cheval. Et devez 
savoir que touz amiraux peuent ben faire issir de leur 
meisnée sur plus entour. m. homes à cheval et plus. 

Some de Babïloine : .xiiij". e. vij*^. 

Et touz cez homes d'armes qui sont ci noméz, sont 
partiz sur les .xxiiij. chevetaines qui sont avant noméz. 

Et ce est tout le poer dou royaume de Babiloine. 

Le poer dou Sam (2) : 

Premièrement à Guadres .vij^ homes à cheval. 

Item au Saphet .ix^. homes à cheval. 

Item à Domas .iiij°^. homes à chival. 

Item à la Chamele .iij^ homes à chival. 

Item à Hama .m. homes à cheval. 

Item à Halappe .ij". homes à cheval. 

Item à Triple .m. homes à cheval. 

Some l'ost dou Sam^ .ix". ix*^. 

Some des .ij. somes de tout le poer du soudan en Babi^ 
loine et ans Sam : 

.xxiiij™. vj^. homes achevai; des quieus bien les .xv. 
mile sont ci povres que à peinnes peut chascun soustenir 
son cheval. > 

^ ' Je crois devoir compléter ces renseignements sur les 
forces entretenues en Syrie par le soudan d'Egypte en 
empruntant le passage suivant à l'étude de M. Schefer : 

c Damas était la résidence du gouverneur général 
revêtu du titre de Kafil es Salthanèh (représentant de la 



(2) Syrie; les Arabes désignent toujours cette province sous le nom de 
Scham. 



ft 



l'Atat uhiItaibe. 143 

soaveraineté)^ c Naybes Sam, dit Léon rAfricain, estoyt 
le qaart ministre exerçant la dignité de Vice-Soadan en 
Snrie là oii il gouvernait • 

Le gouverneur de Damas avait sous ses ordres douze 
émirs Mouqaddin el oulouf, vingt émirs de Thabl Ehanèh, 
et vingt autres émirs de vingt, dix et cinq Mameloucks. 

Gazza, qui commandait la route d'Egypte^ avait reçu 
la qualification de Déhliz oui Moulk (le vestibule du 
royaume). Cette ville avait une garnison de mille hommes 
commandée par un émir Eebir et deux émirs de Thabl 
EQianèh. 

L'émir Eebir c avait telle prééminence qu'un capitaine 
général, dreçant armées les faisant marcher contre les 
Arabes ennemys >• 

Il y avait à Safed un émir Mouqaddin el oulouf^ trois 
émirs de Thabl Khaneh, et vingt autres officiers subal- 
ternes. La garde du château était confiée à un châtelain 
indépendant du commandant de la garnison. 

Hims (Ëmèse, La-Chamelle) n'est point citée par les 
écrivains arabes comme formant un gouvernement parti- 
culier. Elle relevait de la principauté Eyyoubite de 
Hamah, feudataire des sultans d'Egypte. 

Hamah était défendue par deux mille hommes de gar- 
nison ; ils étaient commandés par deux émirs Mouqaddin 
el oulouf ayant sous leurs ordres trente officiers subal- 
ternes. 

Il y avait à Alep trois émirs Mouqaddin el oulouf, 
trente émirs de Thabl Khanèh et vingt officiers de grades 
inférieurs. Le capitaine du château ne relevait pas non 
plus du commandant des troupes. 

Tripoli avait une garnison plus nombreuse. Il y rési- 
dait un émir Eebir avec deux émirs Mouqaddin el oulouf, 

io 



144 CHAFITBE Vit 

dix émirs de Thabl Ehaneh et trente officieris de grades 
inférieurs. » 

II 

Desoz y a escrit la devise des chemins qui vont en 
Babiloine et au Caire, c'est asavoir si com il sont 
departiz par terre et par le flum de quel que part que 
home vuille comencer de lonc en lonc la marine, c'est 
assavoir : A'Alixandre en iusques à Chiadres^ de quelque 
lieuc que home voudra monter as desus diz lieus par les 
chemins qui sont cogneiiz et usez, et le nom des villes/ 
des passages dou flum. des iomées et des Hues qu'il y a 
de leuc en leuc, et des herberges qui sont à passer le 
désert de Guadres en Babiloine, et le nom des her- 
berges et là où Tost est usé de herberger, et les lieus 
où il tignent chevaux pour les corriers qui s'apelent 
berich : 

Premièrement de Ouadres au Baron liues .ij. et demie. 

Item du Baron « iusques au Bephah liues & .ij. 

Item du Bephah iusques au Zaheca liues .v. 

Item dou Zaheca ^ iusques au Karrobler ^ lieues v. 

Item dou Karrobler iusques au Hariss .iiij. liues. 

Item de ^ Hariss iusques à la Oarrade /"liues .x. 



A Le Danim des historiens latins, aujourd'hui Deir el Balai. 
B Les puits de Raphia. 

G Ce lieu parait se retrouver dans les ruines nommées Ez Zoneid, entre 
Raphia et El Arisch. 

D El Karroub, petite source envahie par les sables, autour de laquelle se- 
voient quelques vestiges de constructions, et qui tirait son nom des carou- 
biers poussant en ce lieu. 

B El Arisch. 

P La Orad«3 se retrouve dans les ruines nommées Kharbet Ouaradeh qui 
sont placées sur le petit cap de Ras Straki. 



l'état MILITAIfiB. 145 

Item de la Oarrade iusques à la Soade liues .v. 

Item del Soade q iusques El Montayléb ^ liues .v. 

Item de El Montaleb iusques Elmahane liues .y. 

Item d^El Mahane iusques à la Katye liues .iij. 

Item d^El Katye * iusques El Gorahi liues .v. 

Item A^El Gorahi J iusques au Cosair liues .iiij. Cest 
est une garde auquel lieu tiennent fanon de nuit pour les 
berich qu'il n'en perdent le chemin^ et là non a aiguë que 
une cisterne pour les garcheus dou lieue, et ost n'i puet 
herbergier là; et le lac de Tenis est iuignant, de quoi, 
quant le floum est en son cressant, il abreuve une pro- 
vince qui s'apele Lassarquye ^, Après ce que la terre a 
pris son saoul, brisent les escluses et les aiguës qui s'es- 
colent vont en celui lac. De quoi le dit lac crest et des- 
torbe le chemin de .ij. ligues, et qui vodroit passer de 
nuit, de legier peut forveer et periller, si n'est par l'avoye- 
ment dou fanon. 

Item i'El Cosair iusques à la Salechie liues .ix. Entre 
ces n'y a point d'aiguë, et quand le flum est à son amer- 
mant, il n'y a lors que .vij. ligues. Et là fine le désert et 
est l'entrée de Bahiloine. 



6 Saonada, lieu dans le désert, vers la frontière de Syrie, sur la route 
du Caire. Ce lieu parait tirer Tétymologie de son nom du mol aralje 
Saouad, qui est employé pour désigner les lieux cultivés et entourés de 
sables. 

H Le chemin qui conduisait, par Montaleb et la Saoede, de la Orade à 
Catieh, en contournant l'extrémité ouest de la lagune nommée Sabkat 
Berdaouïl, n'est plus reconnaissable, attendu qu'il a été entièrement recou- 
vert par les dunes ou envahi par les lagunes qui bordent cette partie du 
Ûttoral de la Méditerranée. 

Katieh. 

El Goraby et Cosair doivent évidemment être identifiées avec les ruines 
sans nom de Titinéraire du capitaine Gay, dont la position correspond 
assez bien avec les distances indiquées ici. C'est sur l'inondation mentionnée 
dans ce texte qu'était jetée la passerelle nommée Pont du Trésor, près de la 
tour de garde, nommée Cosair. 
K C'est aujourd'hui la province de Scharkieh. 



146 GHAPITBE Vn. 

Item de la Salechie iusques El Deccan liues .v. 
Item à' El Deccan iusques à la Cattara liues .iiij. 
Item A' El Cattara iusques à la Sehidye liues .iiij. 
Item de la Sehidye iusques à Belbeys liues .iiij. 
Item de la Belbeys iusques à Bir el Bayna liues .iiij. 
Item de Bir el Bayna iusques El Hesse liues .ij. 
Item à^El Hesse iusques au Caire liues .iij. 
Some de Guadres iusques au Caire liues .Ixxxix. et 
démye. 

L'itinéraire suivant est extrait du projet de croisade 
attribué à Hayton, dont j'ai parlé plus haut et qui intitulé : 
Via ad terram Sanctam. 

« Ce est le chemin de la berrie de Oadres iusques au 
Caire et les herberges et les aiguës. 

De Gadres au Daron^ trois liues bon chemin et bones 
herberges et bones aiguës. 

Dou Daron ^ à Bafah à u liues bon chemin et bone 
aiguë et asses. 

Dou Bafah à la Zahqz c iiij Uues bone herberge et 
bone aiguë et assez poi de sablon. 

De la Zahqz iusques a Heus ^ iiij liues tôt sablonous 
bone aiguë et asses. 

De Heus iusques a Larris iiij liues tôt sablon bone 
aiguë et assez estassons de vendre et d'acheter. 



A Le Danim, aujourd'hui Deir el Balat. 

B Les puits de Raphia. 

c Zahqz ou Zahera paraît se retrouver dans les ruines de Zoueid, où se 
voient quelques palmiers. 

D Heus doit être identifié avec le petit fort ruiné et les puits, nommés 
aujourd'hui El Bordj, qui se rencontrent à mi-chemin de Zoueïd à El 
Arisch. 



LETAT MILITAIRE. 147 

De Larris ^ iusques a Bir el Cani f iij Mues tôt sablon 
aiguë asses et bone. 

De Bir el Cani iusques a Bousser 9 iiij Hues et la se 
prenent ij chemins celui de haut est tôt sablon et mau- 
vaise aiguë. 

Celui de bas est le chemin use et s'en vait par un leu 
ou le roi Bardoin morut et celui leu s'apele Sabaquat ^ 
Bardoill et vait à la Orade et a sablon asses. 

La dite Aorade ^ si est bone herberge et aiguës asses 
et bone place de vendre et d'acheter et si a de Bousser 
iusques a la Âorade que ij liues. 

De la Âorade à la Saoede j a iiij liues si a grant sablon 
et bone herberge et bone aiguë et asses et place de vendre 
et d'acheter. 

De la Saoede au Meteileb v liues grant sablon mau- 
vaise herberge et mauvaise aiguë mes il y a asses. 

Dou Meteileb a Nahlet-Sabiha iiij liues bone aiguë et 
asses grant sablon. 

De Nahlet Sabiha a Catie ^ iiij liues grant sablon. 

Catie est bone ville aiguë asses et bone et si est a ij 
liues de la Baherie de Tenis. 

De Catie se prenent deus chemins por aler au Caire 
l'un bas et T autre haut et les deus fièrent a une bone ville 
qui a nom la Habesce ^. 



E El Arisch. 

F Ce puits semble être le même qui est aujourd'hui nommé Bir el 
Aisch. 

6 Bousser peut être le Bir el Abd. 

H Sabakat Berdouïl, grande lagune voisine du Ras Straki. 

1 Kharbet Ouaradeh, sur le ras Straki. 

j Saouada, dit Makrizi, est un lieu de la frontière de Syrie, sur la route 
du Caire ; je crois retrouver ce lieu dans le lieu nommé aujourd'hui Bir 
Messaoudieh. 

K Katieh. 

L El Abassieh. 



148 OHAPiTBE vn. 

Le chemin A bas, le quel est use si est de Gatie au 
Horabi et y a iiij liues grant sablon aiguë asses mes elle 
est poi salée. 

Dou Horabi a Coasser v liues sablon asses et asses 
daigne mes moult mauvaise. 

Dou Gouseir a Bir Hysee iiij liues sablon poi aigne asses 
mes salée. 

De Bir Hysce a la Salebie iiij liues bone vile aiguë 
asses et très hone. 

De la Salebie a la Habesce vi liues bon chemin et la 
Habesce bone vile et grant bone aiguë dou Nil terre tote 
habitée et garnie. 

Le chemin de haut de Gatie a Âhras ^ v liues sablon 
asses aiguë asses et mauvaise. 

De Ahras a Bouhoroc ^ iiij liues sablon asses et mau- 
uaise aiguë salée et amere. 

De Bouhouroc e Houcar ^ iiij liues petites sablon asses 
mauuaise aiguë mais asses. 

Et dou Houcar au Hascebi f iiij liues sablon asses 
bone herberge et bone aiguë et place de vendre et 
d'acheter. 

Dou Hassebi a Essmout iiij liues sablon assez bone 
aiguë et asses dou flum. 

De Essmout a Masmat iij liues aablon asses bone aiguë 
dou flum. 



c A partir de Kalieh, cette route s'engage dans une dépression nommée 
Ouady-el-Ahras ; c'est par là qu'elle atteint le Bir-el-Aras et les sources 
voisines. 

D La route, suivant toujours cette même vallée, atteint Bir Ahou-Rouq. 

E Le Houcar ou Hovar doit être identifié, je crois, avec le poste nommé 
le Fovar, près des ruines d'Heroopolis. 

F Village de El Kascbab. 



l'état militaire. 149 

De Masmat iusques a la Bebie iij Hues sablon asses 
bone aiguë dou hum. 

De la Bebie comence la terre de labor et a iusques à 
la Vaherie 9 iij Hues la Vaherie est bone vile et grant et 
algue asses dou flum. 

De la Vaherie a la Habesce iij Hues bon chemin et très 
gaaignable. La Habesce ^ est bone vile et grant et aiguës 
et totes choses a plante. 

De la Habesce a Belbeis iij Hues terre gaaignable Bel- 
beis est bone vile et grant et riche et planteive de bones 
aiguës et de totes bones choses. 

De Belbeis a Bir el i Beina iiij Hues terre gaaignable 
bone aiguë et asses. 

De Bir el Beina au Huss ù iiij Hues terre gaaignable 
bone aiguë et asses. 

De Huss a Quiryacos ^ iiij Hues terre gaaignable Quir- 
yacos est bone vile et grant et plantive de bones aiguës 
et de plusors autres biens. 

De Quiryacos au Caire quatre Hues de bon chemin. > 



6 Baherieh, ce village est le même que d'Anville désigne sous le nom de 
Vaccaria. 

H Abbasieh. 

1 Bir el Beyda. 

I El Haça. 

K SeriaqnoQS pris Abouzabel. 



150 CHAPiTBE vn. 



La Marine 

L'étude de l'état maritime des principautés latines de 
Terre-Sainte me semble devoir trouver ici sa place. 

Pour les constructions navales, outre les bois qu'ils 
trouvaient dans les forêts du littoral syrien et du royaume 
de la Petite-Arménie, notamment aux environs de Salef, 
les Francs en tiraient encore une assez grande partie 
d'Europe, ainsi que les ouvriers spécialement employés à 
ces travaux, car, nous savons qu'en 1180, les galères 
musulmanes amenèrent à Alexandrie plusieurs navires 
chargés de bois de construction, capturés non loin 
d'Acre, et soixante-dix charpentiers de marine trouvés à 
bord (1). 

En 1188, pendant le siège de Tyr par Salah-ed-din (2), 
le marquis de Montferrat fit construire dans l'arsenal de 
cette ville des navires à fonds plats, nommés barbotes, 
qui, par suite de leur faible tirant d'eau, pouvaient navi- 
guer assez près des côtes pour échapper facilement aux 
galères musulmanes. 

Ces bâtiments étaient généralement revêtus de fer, à la 
façon de nos navires blindés. Les Francs s'en servirent au 
siège de Damiette (3) et Marino Sanuto (4) les décrit de 
façon à ne nous laisser aucune incertitude à ce sujet. 

La charge d'amiral ne paraît pas avoir existé dans le 



(1) Oliv. le Schol. Hist. Damiat. ap, Ecchard, t. II, p. 1424. 

(2) Sanut Secret Fid Crue ap Bourgars, l. II, p. p. 58. 

(3) Rhoright et Gorgbns. Arahisch, Quellen. beitrage^ p. 46. 

(4) Cont. de G. de Tyr^ p. 106. 



Ik 



l'état militaire. 151 

royaume de Jérusalem, et ce n'est qu'à la fin du trei- 
zième siècle qu'on la voit apparaître parmi les grands 
officiers du royaume de Chypre (1). 

Il serait bien difficile de dire quelle était, au douzième 
siècle^ l'organisation de la marine des rois de Jérusalem. 
Nous savons seulement qu'ils possédaient des arsenaux à 
Acre et à Tyr, les deux ports les plus importants du 
royaume, et qu'ils entretenaient un certain nombre de 
navires de combat (2). 

Dès l'origine, le principe de la protection aux naufragés 
fut inscrit dans la législation des colonies latines, et tous 
les princes de Syrie et d'Arménie le reconnurent dans 
leurs traités avec les diverses puissances maritimes (3). 

Chaque principauté parait avoir eu sa marine particu- 
lière, car, en 1188, nous voyons le comte de Tripoli fai- 
sant armer ses galères, au nombre de dix, pour secourir 
et ravitailler Tyr, assiégé par Salah-ed-din (4). 

Les grands ordres de l'Hôpital et du Temple possé- 
daient également des galères, et le chef de celles de THô- 
pital s'appelait le commandeur de la mer. Il scellait avec 
un sceau de cire verte. 

La flotte employée par le roi Amaury, en 1168, lors de 
son expédition en Egypte, semble avoir compris, outre les 
bâtiments grecs et italiens, un assez grand nombre de 
navires armés dans les ports de Syrie. 

Mais, des divers armements maritimes des princes 
latins de Syrie, celui qui nous est le mieux connu est 



(1) Familles d*Outre-Mer, p. 663. 

{% Mém, de la Société des Ant, de France^ t. XXXIX, p. H5. — 
Hist, arabes des Croisades^ t. III, p. 451. — Muller. Doc, Toscani, 
page 30. 

(3) Assises de Jérùs,, t. II, p. 47. 

(4) Cont, de G. de Tyr^ p. 106. 



152 CHAPiTEE vn. 

renvoi, en 1246, d'une flotte composée de quinze galèréd 
et cinquante navires de plus faible tonnage tels que sae- 
ties, colombels, etc , etc., qui vint attaquer la flotte égyp- 
tienne bloquant Âscalon et la contraignit à se jeter à la 
côte (1). 

Parmi les actes dressés par les notaires génois à 
FÂïas, durant la seconde moitié du treizième siècle, et 
récemment publiés par M. Desimoni, dans les Archives de 
V Orient latin (2), on rencontre quelques renseignements 
curieux sur la marine. Ainsi, on voit vendre des parts 
de propriété d'un même navire possédé en indivis : le 
11 février 1279 fut vendue, pour cent besans sarrazîns 
d'Arménie, la moitié d'un bâtiment nommé le Saint- 
Nicolas^ qui avait appartenu à l'archevêque de Tarse. Ce 
fait, qui paraît avoir été fort habituel alors, se représente 
encore dans plusieurs actes du même recueil, ainsi que 
dans un certain nombre de ceux qui furent passés à 
Famagouste vers le même temps. Nous trouvons égale- 
ment dans ce volume une charte constatant le nolis, par 
des marchands, d'un des navires appartenant à THôpital, 
enfin la mention d'appontements particuliers possédés par 
la Maison du Temple, dans le port de TÂ'ias (3). 

Acre, Tyr, Sagette, Laodicée, le Soudin ou port Saint- 
Siméon, sur le littoral syrien, Ghorighos, et l'Aïas, situé 
dans le royaume de la Petite-Arménie, à l'entrée du golfe 
d'Alexandrette, sont les seules villes des colonies fran- 
ques qui aient possédé de vastes ports, faits de main 
d'homme. 



(i) Cant. de 0, de Tyr, p. 433. 

(2) Archives de VOrient latin^ t. I, p. 458, 470, 480, 

(3) Ibid., p. 495. 



■ ■M* I 



l':ë!TAt biilitaibe. 158 

Ceux des deux premières de ces villes étaient com- 
plétés par des arsenaux avec darses intérieures pour 
lliivernage des bâtiments désarmés (1). Nous savons que 
le port d'Acre était considéré comme peu sûr, car, en 
prise aux vents du sud et du sud-ouêst, la mer s'y faisait 
sentir très violemment par les gros temps. 

Le pèlerin Theodoricus dit y avoir vu, en 1165, 
mouiller plus de quatre-vingts navires outre la buze-nef 
qu'il montait. 

En 1249, une seule tempête brisa soixante-douze 
navires, tant petits que grands, qui s'étaient réfugiés dans 
ce port (2). 

Tortose et Tripoli avaient de bonnes rades défendues 
par des îlots, du côté du large, et qui tenaient lieu de port 
à ces villes. 

Zibel, Giblet, Barut, Césarée et Arsur, n'étaient que 
des ports fermés d'une très petite étendue. 

Les travaux maritimes étaient peu familiers aux ingé- 
nieurs latins -, aussi cherchaient-ils, comme à Zibel ou à 
l'arsenal d'Acre, à creuser le bassin dans une roche peu 
résistante, ce qui n'était alors possible que pour des ports 
d'une faible superficie. 

Quand une embouchure de rivière était protégée par 
une pointe du rivage, ils s'en servirent, parfois, pour y 
créer un refuge, comme nous le voyons au Nahar-es-Sïn^ 
oîi un petit mouillage, que Ton doit, je crois, identifier 
avec la Beona, de Marino Sanuto, avait été ménagé sous 
la protection du fort nommé le Toron de Boldo. 



(1) Mém. de la Soc. des Antiquaires de France^ t. XXXIX, p. 137. 

(2) Cont. de G, de Tyr^ p. 437. 



154 CHAPiTBE vn. 

Pulzin, Beona, Valenie, le Boutron, Cayphas, Château- 
Pèlerin, le Merle, Japhe et Ascalon, ne furent jamais que 
des échelles généralement visitées par de très petits 
navires faisant le cabotage, et qui, ne pouvant y trouver 
aucun abri, devaient, à l'approche des gros temps, se 
réfugier dans les ports ou aux mouillages les plus voi- 
sins. Des épis et des appontements placés sur le rivage, 
devant ces villes, facilitaient les opérations maritimes. 

La côte d'Âscalon était si dangereuse, que nous trou- 
vons ce mouillage désigné en ces termes : Ante impor- 
tuosas Ascalonis ripas (1). 

Dans Tantiquité et durant le moyen âge, les promon- 
toires et les ports étaient signalés par des tours portant 
des fanaux et munies de grils où l'on brûlait des matières 
résineuses. Malheureusement, la portée de ces feux était 
fort restreinte. 

Sur les côtes de la Méditerranée, il est bien rare que, 
dans le voisinage des phares modernes, on ne trouve pas 
les traces de constructions du moyen âge destinées à des 
feux de nuit. Le littoral de la Syrie possédait plusieurs 
de ces phares, notamment à Laodicée, à Giblet, à Tyr, à 
Acre, etc., oîi il subsiste des restes de tours nommées Bordj 
él Fanons. Elles sont fort ruinées; pourtant, on peut juger 
qu'elles se rapprochaient de beaucoup des édifices de 
même nature que nous voyons encore sur un grand 
nombre de points des côtes de la Méditerranée. Une des 
plus anciennes et des mieux conservées est la tour d'Ai- 
guës Mortes, à laquelle la tour de Laodicée (Lattakieh) 
devait être presque identique. 



(1) Tapel et Thomas, t. I, p. S4, d'après Hetd. HisU du comm. de 
VOrient, t. I, p. 158. 




l'état militaibe. 155 

La tour d'Âigues Mortes a vingt-neuf mètres de hau- 
teur^ et, près du crénelage, s'élève^ sur la plate-forme, 
une tourelle de onze mètres qui portait des feux de 
nuit. 

Sur la tour carrée du fort Saint-Jean, flanquant le côté 
gauche de Ventrée du vieux port de Marseille, et qui date 
du quatorzième siècle, existait une tourelle portant un 
feu. Sur les côtes de la Méditerranée, aux environs d'Ai- 
guës Mortes, se voient les restes de tours isolées munies 
de feux et qui servaient tout à la fois, de phares et de 
postes pour la défense du littoral. 

On rencontre encore des débris de tours analogues sur 
certains promontoires de la côte de Syrie, notamment au 
Ras el Basit (Pulzin) au Bas Sarfend, au Ras Mefscher- 
keh, etc., etc. Elles devaient servir de vigies , de tours 
de garde et de phares , ou plutôt leur fanal devait tenir 
lieu de feu de position. 

M. de Mas Latrie a trouvé la mention, au quinzième 
siècle, d'un fonctionnaire chypriote désigné sous le titre 
de Guhernador de la lumière (1), et qui, selon toute appa- 
rence, était chargé de veiller à Téclairage de certains 
points des côtes de cette île. 

Allât ou Ela, sur le golfe Elanitique, fut le seul port 
de la mer Rouge occupé par les Latins, qui le possédèrent 
de 1116 à 1170, puis pendant les années 1182 et 1183. 
Sur cette dernière période seulement ont été conservés 
des documents intéressants pour la marine des Croi- 
sades. 

Renaud de Chatillon, seigneur de Karak et de Mont- 
Réal, ayant occupé de nouveau Ela, vers le mois de mai 



(1) Mas. Lat. Hist. de Chypre, t. lil» p. 230. 



156 CHAPITBE Vn> 

1 182, des Bédouins se chargèrent, à forfait, du transport, 
d'Ascalon i Allât, des navires démontés qui, une fois 
reconstruits, furent lancés sur le golfe Elanitique (1). 

Cette flotille comptait cinq galères et un plus grand 
nombre de bâtiments légers, puisqu'elle portait des trou- 
pes de débarquement. 

Pendant près d'une année, elle fut maîtresse de la mer 
Bouge, poussant ses incursions jusqu'à Aden, et répandit 
la consternation dans toute l'Egypte et l'Arabie (2). 

Deux galères bloquèrent l'île de Graye, demeurée au 
pouvoir des Musulmans, les autres bâtiments se dirigè- 
rent vers le port d'Aïdab, et ayant jeté à terre quelques 
troupes, celles-ci ravagèrent, non-seulement les environs 
de cette ville, mais encore enlevèrent, sur la route de 
Eous à Aïdab, une caravane richement chargée. 

Pendant qu'ils étaient mouillés devant cette dernière 
ville, les navires francs prirent et brûlèrent seize vais- 
seaux musulmans, et, à quelques milles au large, ils captu- 
rèrent un autre bâtiment chargé de pèlerins revenant de 
la Mecque. 

La durée de cette croisière fut marquée par les ravages 
que les Latins exercèrent sur toute la côte du Hedjaz, 
entre El Haura et Rabog. Guidés par des pilotes indi- 
gènes, ils parcoururent, en outre, celles du Temen, brû- 
lant tous les navires et toutes les barques qu'ils attei- 
gnaient, et semant la ruine et l'effroi sur la côte orientale 
de la mer Rouge. 

A la nouvelle de ces événements, une émotion très- 
grande se produisit en Egypte, oti l'on crut les villes 



(1) Chron* d*Emoul et de Bernard le Trésorier, éd. Mas. Lat., p. 69. 

(2) Rhoricht et Gorgbns. Arahisch Quellen beitrage^ p. i2-44. 



l'état MiLITAIBE. 157 

saintes de Médine et de la Mecque sur le point de tomber 
au pouvoir des chrétiens, et ce qui redoubla les alarmes 
du monde musulman, c'était l'impuissance de les défendre 
dans laquelle se trouvait Salah-ed-din, qui ne possédait 
alors, sur la mer Rouge, aucune flotte de combat capable 
de tenir en échec le seigneur de Karak. 

Mais Salad-ed-din suivit l'exemple des Francs, et ayant 
fait transporter à dos de chameau des bâtiments démontés 
de Damiette à Kolzoum, au commencement de janvier 
1183, il confia l'armement et le commandement de cette 
flotte^ dont les équipages furent formés de Maugrebins, 
au chambellan Hassaned-din Loulou, qui prit la mer dans 
les premiers jours de février. 

Le 2 mars 1183, à la consternation régnant au Caire 
succéda la joie causée par la nouvelle que la flotte égyp- 
tienne avait capturé dans le golfe Ëlanitique un premier 
vaisseau franc, et avait obligé à se jeter à la côte les 
deux galères que bloquaient l'île de Oraye. 

Encouragés par ce succès, les navires musulmans se 
dirigèrent vers Aïdab, où ils eurent, par les habitants, 
des renseignements sur la fraction la plus importante de 
la flotille chrétienne, qu'ils cherchèrent ensuite pendant 
plus de deux mois. 

Enfin, au mois de juillet, profitant de ce que les Francs 
avaient tenté un débarquement pour s'emparer de 
Médine, Loulou attaqua les bâtiments latins au mouillage 
d'El Haura, et les fit incendier, après avoir anéanti ou 
fait prisonniers les équipages (1). 

Les troupes mises à terre pénétrèrent jusqu'à une 
journée de marche de Médine, mais elles furent réduites 



(1) Renaddot. Hist. patriarch. d'Alexandrie, p. 543, 



158 OHAPITBE vn. 

à regagner par terre la principauté de Earak et éprouvè- 
rent de grandes pertes dans cette retraite. 

Les navires usités à l'époque des Croisades doivent 
être divisés en deux catégories : les navires de combat et 
les navires de charge. 

Les premiers, de dimension plus restreintes et cons- 
truits dans des conditions de marche rapide, compre- 
naient les galères, les galiotes et les gameles, etc., etc. 

Les galères étaient les plus considérables de ces 
navires. Elles mesuraient une longueur variant de trente 
à quarante mètres, sur une largeur de six. 

Les galiotes, galaïa ou galion, étaient vives dans leurs 
manœuvres (1). Elles comptaient environ cent hommes 
d'équipage, et portaient un seul rang de rames. Nous 
voyons plusieurs fois ces navires cités, dans les historiens 
des Croisades, au nombre de ceux qui composaient la 
flotte des princes francs de Syrie. 

Les saities ou saetties étaient, ainsi que leur nom l'in- 
dique, de petits bâtiments rapides servant d'avisos (2). 
Ds mesuraient cinquante à soixante pieds de long, ayant 
de dix à quinze bancs de rameurs, tiraient peu d'eau, et 
pour être plus légers, étaient construits en cèdre, sapin 
ou aulne. Ces navires ne pouvaient s'éloigner beaucoup 
des côtes (3). 

Le colombel, qui semble avoir emprunté son nom à 
l'oiseau, employé alors en Syrie comme le messager le 
plus rapide, était certainement de petite dimension et 
d'une marche supérieure (4). 



(1) Cont. de G. de Tyr, p. 433. 

(2) Màs Lat. Hist. de Chypre, t. III, p. 664. 

(3) Jal. Archit, navale, t. I, p. 462. 

(4) Mas. Lut. Hist. ds Chypre, t. IIJ, p. 664. 



l'état militaibe. 159 

On lit dans la relation de la tentative que fit Guj 
de Giblet pour se rendre maître de Tripoli, qu'il embar"» 
qua, à Giblet, six cents hommes sur cinq saétie's et neuf 
colombeaux. 

Les gameles ou gauguemeles, navires légers assez ana^ 
logues aux saéties, étaient les mêmes qu'en Occident; on 
les nommait alors camere ou charnels. C'est du mot arabe 
Djemaly chameau, que le gamele tirait son nom (1). 

Quant aux navires de commerce ou de transport, on 
sait que les Vénitiens, les Génois et les Marseillais 
avaient fait, en peu de temps, de grands progrès dans 
l'art des constructions navales, et que, dès la fin du dou*- 
zième siècle, ils avaient pu fournir aux Croisés se rendant 
en Terre^Sainte des navires de transport nommés nefs, 
buze-nefs, salandres, qui étaient d'un tonnage considé- 
rable et portaient généralement deux à trois cents passa- 
gers. 

D'après les Informationes MassiUœ, les nefs mesu^» 
raient généralement trente mètres de long, sur huit de 
large ; elles portaient deux mâts et un beaupré. Le mât 
de proue ou d'avant était haut de trente mètres, et le 
second de vingt- neuf seulement (2). 

Cette mâture était pourvue de deux grandes antennes : 
celle du mât de proue était longue de trente^^uatre 
mètres, et celle du second mât ne mesurait guère que 
vingt-neuf mètres environ. Ces navires portaient six 
grandes voiles. 

L'huissier était un transport destiné â l'embarquement 
des chevaux...... i huissiers â chevaux mètre • (3) avait 



(!) Cont. de O. de Tyr, p. 433, et Archiv. de VOrient latin, t. 1, 
p. 477. 

(2) Ddpourmantelle. La Marine militaire, p. 17, 72 et stiiv. 

(3) G, de Tyr, p. 352. 



160 CHAPITRE Vil. 

près de la poupe une porte ou huis au-dessous de la flot- 
taison en charge et qui était calfatée après l'introduction 
des chevaux. Les flancs de ces navires étaient larges et 
de nombreuses écoutilles renouvelaient toujours Tair dans 
leur cale. Chaque huissier devait être armé de 125 avi- 
rons. 

Sur le pont étaient embarqués des bois, des tonneaux 
vides, des planches, des claies et des cordages destinés à 
fournir les moyens de mettre à terre les chevaux, au cas 
de débarquement en pleine côte. 

La buze ou buze-nef portait jusqu'à 500 tonnes et plus. 
Elle avait deux mâts. 

La taride était également un transport, et son nom 
arabe taridah avait été conservé en se francisant. 

Les salandres, zalandres ou palandries, paraissent avoir 
été des navires de charge. 

En 1231, Richard Filangieri envoya dix-huit salandres 
hiverner dans le port d'Acre, où elles furent enlevées, à 
l'abordage, par les partisans du roi de Chypre. Les salan- 
dres paraissent n'avoir guère eu plus de trente hommes 
d'équipage (1). 

Les savantes recherches de iM. Jal sur l'architecture 
navale du moyen âge ont jeté beaucoup de lumière dans 
les études d'archéologie maritime. Il nous apprend que 
les nefs vénitiennes nolisées par saint Louis, dans la 
seconde moitié du treizième siècle, étaient d'un tonnage 
considérable. Celle sur laquelle il donne les renseigne- 
ments les plus complets, la Roche-fat te, mesurait trente- 
cinq mètres de long et quatorze de large; chargée, elle 
calait environ dix-huit pieds d'eau. 



(Ij Mas. Lut. Hist. de Chypre, t. I, p. 269-277. — Cont. de G. de 
Tyr, p. 395. 



L^isTAT MILITAIRE. l6l 

Sanuto dit que cette nef était sortie de Venise en 1263, 
portant 500 combattants. 

Par leurs formes arrondies, ces grands navires de trans- 
port se rapprochaient fort des galiotes hollandaises du 
siècle dernier, ainsi que des allèges employés de nos 
jours, comme on peut en juger par les coupes données 
par M. Jal au tome II de son archéologie navale. D'après 
les calculs du même auteur, cinquante chevaux en moyenne 
pouvaient être installés dans la cale de ces navires. 

Ces grands bâtiments n'entraient que dans quelques 
ports de la côte de Syrie, tels que ceux d'Acre, de Lao- 
dicée ou de Sagette, ceux-ci possédant des passes assez 
larges pour leur permettre d'y entrer sans danger. Et 
encore leur étendue relativement restreinte ne leur per* 
mettait d'en recevoir qu'un assez petit nombre à la fois. 

D'ailleurs, nous savons qu'alors^ ces grands navires 
qui n'effectuaient le voyage du Levant qu'à des époques 
fixes, réglées suivant les saisons, devaient demeurer sur 
rade durant les escales qu'ils faisaient sur le littoral de 
Syrie (1). 

Dès le douzième siècle, les Francs se servaient de la 
boussole, qu'ils avaient empruntée aux Arabes, ces der- 
niers l'ayant reçue des Chinois (2). 

La plupart des navires que je viens de décrire mar- 
chaient, souvent, à l'aviron, et ne pouvaient guère se servir 
de leurs voiles que pour marcher vent arrière, car ce ne 
fut que dans le cours du quinzième siècle qu'on com- 
mença à louvoyer d'une façon régulière. Il est donc inté- 



(1) Théodoricus de Locis, Sanctis, Ed. Tobler, p. 111. 

(2) Klaproth. Lettre au baron de Humboldt sur V invention de la 
boussole, et Alberto Ouglielmotti Stor. Marina, Pont., t. I, p. 420 
et suiv. 



162 CHAPITl^ VU. 

re^sapt 4e r^hçrcher ce que Fon sait des routes suivies 
par les bâtiments qui se rendaient dçs côtes de France, 
d'Italiei et particulièrement de Venise, en Syrie, et de la 
durée moyenne de leur traversée. 

Au douzième siècle, le trajet direct de Marseille à Acre 
était assez rare. Généralement, en quittant la Provence , 
on suivait la côte dltalie en rel&cbant d'abord à Mes- 
sine. On touchait ensuite en Crète, située à mi-chemin, 
entre la Sicile et la Syrie, puis on allait reconnaître TUe 
de Chypre pour mettre, de U, le cap sur Acre (1). Le 
sooliaste d'Adam de Brème compte dix-huit jours de 
voyage, qu'il décompose de la manière suivante : de Mar-* 
seille à Messine quatre jours, et quatorze de cette ville à 
Acr(ç. 

C'était aussi la route suivie par les navires italiens, 
qui la considéraient comme tout à la fois plus sûre et 
plus courte. En quittant la Sicile, ils rencontraient dans 
la mer Ionienne les bâtiments vénitiens. 

Plus tard, les Provençaux et les Catalans, quand ils 
avaient un vent favorable, prirent assez fréquemment le 
chemin plus direct dont j'ai déjà parlé. Laissant au nord 
la Sardaigne, la Sicile, Candie et Chypre, ils atteignaient 
alors Acre en quinze jours (2). 

La flotte de Saint-Louis, partie d'Aigues-Mortes le 
25 août 1248, mit vingt-trois jours pour se rendre à 
Chypre, où elle n'arriva que le 17 septembre. 

La traversée se faisait, généralement, à époques fixes, 
et c'étaient de véritables flotilles que l'on voyait quitter 



(1) 4p. PerU. Scriptore9* Rer, Genn., t. VU, p. SttS. 
(â) Roger de Hoyden. Ed, Stubbs, t. III, p. 51. 



l'état militaibb. 163 

Marseille, Gênes, Pîse, Amalfi ou Venise, au temps de» 
deux passages annuels. Le premier avait lieu à Pâques, le 
second vers la Saint*Jean (fin de juin). Les Vénitiens^ 
pourtant, effectuaient le second passage dans le coitrant 
d'août. 

En septembre 1264, les galères génoises enlevèrent la 
plus grande partie du convoi maritime des Vénîtiena 
au moment où il allait atteindre le port d'Acre (1). 

A l'arrivée, en Orient, des flotilles, et pendant leur 
séjour sur rade, il se tenait une espèce de foire. 

Les statuts nautiques de la république de Venise inter- 
disaient, sous peine de confiscation, aux navires qui 
s'étaient rendus en Syrie, d'effectuer, en hiver, leur ren- 
trée dans l'Adriatique. Sauf dans des cas déterminés, tels 
que l'apparition de la peste^ ils devaient attendre le temps 
de Pâques (2). 

Les auteurs arabes et occidentaux du douzième siècle 
signalent la navigation de trBUMport qui se faisait alors 
sur le lac de Tibériade et sur la mer Morte (3^. 

Le Continuateur de Gruillaume de Tyr (4 j nous apprend 
que si le château de Tibériade n'avait pu résister à 
Salah-ed-din, en juillet 1187, la comtesse de Tripoli 
devait se réfugier à bord d'un des bâtiments naviguant sur 
le lac. 

Edrisi mentionne les grandes embarcations destinées 
au transport des provisions et des fruits qui, à cette 



(1) Cont. de G, de Tyr, p. 447. 

(2) Tafel et Thomas. Ap. Font, Rer, Aust,, t. XIÛ, p. 2^1. 

(3) Edrisi, t. II, p. 404. 

(4) Cont, de G. de Tyr, p. 47. 



164 OHAPITBE YII. 

ëpoquOi étaient en usage sur la mer Morte (1). Ces 
navires payaient nn droit de navigation qui formait un 
des revenus de la seigneurie du Erak et de Montréal (2). 
Selon toute probabilité, ces bâtiments furent de sim- 
ples barcbes ou barges, du genre de celles que Joinville 
désigne sous le nom de barges de caniiers (3), espèces de 
grandes chaloupes à vingt-quatre avirons^ munies d'un 
mât permettant d'établir une voile. 




(1) Edbisi, 1. 1, p. 33S. 

{% Cod. DipL, t. I, n* 62, p. 62. 

(3) Jal, t. II, p. 404. 



CHAPITRE VIII 



Les écoles et le mouvement intellectuel 



Les colonies franques de Terre-Sainte participèrent au 
grand mouvement scientifique qui se développa chez les 
Arabes en Syrie et en Egypte durant le treizième siècle. 

Bien avant les Croisades, Tripoli^ dit M. Quatremere, 
était devenue une académie où toutes les sciences étaient 
en honneur. 

Le cadi Abou-Thaleln-Hosseln y avait rassemblé une 
bibliothèque célèbre, qui fut brûlée, lors de la prise de la 
ville par les Latins (1). 

Centre principal de l'activité scientifique et industrielle 
de la Syrie pendant les douzième et treizième siècles, 
Tripoli possédait, en effet, des écoles très florissantes oil, 
en présence de nombreux disciples venus de toutes les 
contrées voisines, des maîtres orientaux célèbres profes- 
saient la philosophie et la médecine. 



(1) Zbn Abou Taî et Novaïry, 



166 OHAPITBE YUI. 

Ce mouvement scientifique sorti, nous allons le voir, 
des écoles fameuses d'Edesse et de Resa'in, avait alors 
ses principaux centres à Mossoul, à Bagdad, à Damas et 
au Caire. * 

Les Syriens nestoriens et jacobites, très nombreux dans 
le comté de Tripoli, à Acre, et dans la principauté d'An- 
tioche, n'avaient jamais cessé de s'y associer et ils furent 
les initiateurs naturels des Francs. 

A la suite de la conquête d'Alexandre , la Syrie cis- 
euphratésienne avait été complètement hellénisée ; il en 
avait été à peu près de même pour la Mésopotamie, si 
bien que vers le milieu du cinquième siècle, Edesse était 
devenue la métropole Httéraîre de ce pays, oti la culture 
des lettres grecques et syriennes avait alors atteint son 
apogée. 

Cette ville renfermait de riches et nombreuses biblio- 
thèques, ainsi qu'une école célèbre. Elle était le siège 
d'une académie, qui traduisit en langue syrienne les 
œuvres des principaux philosophes grecs, notamment 
celles d'Aristote. 

Sous le règne de l'empereur Zenon, ces docteurs persé- 
cutés, comme nestoriens, se retirèrent à Nisibïn, où ils 
fondèrent l'école de ce nom. 

Les Jacobites s'étaient livrés avec le môme succès à 
l'étude dea sciences philosophiques. Les plus anciennes 
de leurs écoles furent celle de Resaïn, fondée par Serge, 
évêque de cette ville, et celle de Eenesserïn, l'antique 
Chalcis, dont le célèbre monastère fut, jusqu'à sa destruc- 
tion, en 720, le grand foyer de la science jacobite dans 
cette région (1). 



(1) AssEHANi. Bih. Orient,, t. III, p. 345. 



LES ÉCOLES ET LE MOUVEMENT INTELLECTUEL. 167 

Bien ayant Mahomet, les Nestoriens étaient seuls à 
exercer la médecine chez les Arabes, et Haret-Ibn-Calda, 
médecin et ami du prophète, était Nestorien. 

Après la dispersion de l'académie d'Edesse, une école 
de médecine avec an hôpital fut établie par les Nesto- 
riens à Gandisapour, dans le Khouzistan (1); elNHIie tarda 
point à acquérir une grande importance, et c'est là qu'étu- 
dièrent la plupart des médecins et des docteurs syriens 
qui résidèrent à la cour de Chosroès ou à celles des princes 
arabes de Hira et de Ghassan (2). 

A la suite de la conquête musulmane, Antioche et 
Harran (3) devinrent deux centres d'enseignement oîi se 
formèrent tous ces savants qui joignirent, à la pratique 
de la médecine, la connaissance des langues syrienne, 
arabe et grecque. 

Au septième siècle, les Arabes, en renversant'le trône 
de Perse, portèrent un coup funeste aux sciences; mais 
bientôt,^ les califes Abassides étant devenus les protec- 
teurs des études philosophiques, il se produisit une véri- 
table renaissance dont profitèrent d'abord les nouveaux 
conquérants. Il faut, toutefois, remarquer que chez ces 
derniers,^ toutes les sciences philosophiques vinrent des 
Syriens, élevés à ces écoles, filles de la célèbre école 
d'Edesse, qui semble avoir été appelée à servir de 
modèle, quatre siècles plus tard, aux écoles bénédictines 
du Mont-Gassin. 



(1) SpaiNGER. Be OHg, Medic, Arab^^ p. 9. 

(2) AssEMÂNi. Bib, Orient.^ t. III, p. 96w 

(3) Sedillot. Hist. des Arabes, t. II, p. 74, et Journ, AsiaU V, Serie^ 
t. III, p. 435. 



I 



168 CHAPiTBE vm. 

A ces mêmeB Syriens nestoriens et jacobites qui, an 
milieu de crises terribles, avaient si puissamment con- 
tribué à conserver le dépôt des sciences de l'antiquité et 
à propager autour d'eux les connaissances acquises^ était 
réservé Thonneur d'apporter et de répandre dans les colo- 
nies latiin les lumières de l'Orient. 

Les persécutions religieuses et les événements dont la 
Mésopotamie était devenue le théâtre amenèrent, au hui- 
tième siècle, la décadence complète de l'école d^desse. 

J'ai indiqué, plus haut, que ses traditions ne furent 
point perdues et qu'on les retrouve, au douzième et au 
treizième siècles^ à Tripoli et à Antioche. 

L'enseignement des docteurs syriens, le nombre de 
leurs disciples, donnaient à ces écoles plus d'un rapport 
avec nos anciennes universités. 

On y cultivait cette langue syrienne, qu'une antique 
tradition représente comme celle des premiers hommes. 

Ces maîtres, les uns ecclésiastiques, les autres laïques, 
et tous soumis à l'autorité épiscopale, répandaient dans 
les colonies latines les admirables progrès que les Arabes 
faisaient alors chaque jour dans l'étude des sciences, ini- 
tiant ainsi les Occidentaux à ce grand mouvement qui, 
parti d'Edesse, s'était étendu de la Mésopotamie à la 
Perse et au reste du monde musulman. 

Ces écoles doivent donc être considérées comme le (1) 
type de celles que M. Renan nomme arabico-péripathéti- 
ciennes. 

Aboulfaradj, appelé aussi Grégoire Bar-Hebreus, (2), 



(1) On peut fixer entre les années 1220 et 1225 les premiers essais de 
renseignement de la philosophie péripathélicienne dans les écoles de Paris. 
Jourdain. Les traducteurs d'Aristote, 

(2) Aboulfaradj. Chron, Eccl. Ed, Abloos^ t. II, p. 668. 



LES ÉCOLES ET LE MOUVEMENT INTELLECTUEL. 169 

l'écrivain syrien jacobite le plus éminent du moyen âge, 
et qui devînt évoque de Guba, fut, à Tripoli, entre les 
années 1246 et 1259, le disciple de l'illustre docteur nes- 
torien Jacob (1). 

La méthode philosophique du savant prélat est très 
semblable à celle d'Albert le Grand, et ses œuvres for- 
ment un tableau encyclopédique de la philosophie péripa- 
théticienne des Syriens au milieu du treizième siècle. 

Cette philosophie se divisait en trois parties compre- 
nant : 

La pbemièbe : 

L'analectique, la dialectique, la rhétorique et la sophis- 
tique. 

La seconde : 

La cosmographie, l'histoire naturelle et la psycho- 
logie. 

La tboisiême : 

La métaphysique tout entière. 

La liste complète des œuvres de Grégoire Bar-Hebreus 
comprendrait plus de trente ouvrages (2). Je me bornerai 
donc à citer, ici, les plus importants d'entre eux. Son 
traité d'astronomie et de cosmographie a pour titre : 
Livre de V Ascension intellectuelle touchant la forme du 
cid et de la terre (3). 

L'éthique du même auteur est composée de quatre 
livres : 



(1) Assbhâni. Bib. Orient.^ t. II, p. 246. 
()) AssEMÂNi. Bibl, Orient,, t. II, p. 270. 

(3) Le fond syriaque de la Bibliothèque nationale possède, sous le n** 244, 
un très beau manuscrit de ce traité renfermant un grand nombre de fij^ures* 
intercalées dans le texte. 

Le n* 243, du même fond, est un autre traité de la philosophie syrienne à 



170 OHAPITEB VIII. 

Sa grande grammaire, qu'il nomme Livre des splen- 
deurs et des éclaircissements. 

Un traité de la vie contemplative, intitulé : Le livre de 
la Colombe. 

Le Nomo' Canon, traité de théologie universelle en qua- 
rante chapitres. 

De nombreuses traductions et commentaires. 

Enfin, le traité désigné sous le nom de Cand€i€ibre du 
Sanetuatre, ou Flambeau des Saints. 

Un éminent orientaliste, M. Eugène Bore, donnant au 
résumé de ce dernier ouvrage, constate que dans cer- 
taines œuvres de Grégoire Bar-Hebreus, on sent l'in- 
fluence de l'esprit aristotélique (1); et que quand on con- 
sidère sa méthode analytique, on y trouve la révélation 
de la marche qne la science va suivre en Europe. On pré- 
voit déjà, dans les divisions et subdivisions de l'ouvrage 
qui nous occupe, dans ses catégories et dans son argu- 
mentation, la forme philosophique qui va se reproduire 
dans la scolastique occidentale. Bar-Hébreus nous appâ- 



ta même époque; malheureusement, le nom de Tau leur nous est inconnu. 
Cet ottTrage, acri> a pour titre : Le Livre de la Cause des Causes^ est 
divisé en neuf livres : 

Le premier, qui comprend dix chapitres, est consacré à la connaissance de 
Dieu. 

Le second, qui n*en compte que huit, Test à la création du monde. 

Le troisièmâ, à la créatioo de Thomake et à sa nature. 

Le quatrième traite de Texistence du monde et de la composition de ses 
éléments. 

Le cinquième, de la constitution du monde et des changements nom- 
breux qui s^opèrent en lui. 

Le sixième, de Tatmosphère et de ses accidents. 

Le septième, dont nous ne possédons cpie deua chapitres, était relatif aux 
animaux, aux différentes espèces d''oiseaux,. de poissons, de leptttes, à la 
nature de la terre, aux métaux et aux sources chaudes. 

Les d'eux derniers livres de ce traité sont malheurdusement perdus en 
entier. 

(1) Journal Asiatique, année 1834, t. XIV, p. 491-508. 



LES £C0LES ET LE MOUVEMENT INTELLECTUEL. 171 

rait, sous ce rapport, comme le précurseur de saint 
Thomas, et il y a une analogie frappante entre ses ouvrages 
et la somme de ce grand théologien. 

Od sait que pendant le séjour qu'Âboulfaradj fit à 
Maraga, en l'année 1272 (1), il exposa, devant de nom- 
breux disciples, les traités d'Ëuclide et l'Almageste de 
Plotémée. 

Mais ce n'est pas seulement par ses œuvres philoso- 
phiques que Grégoire Bar-Hebreus est célèbre. Ses trois 
grandes chroniques forment des documents d'une énorme 
importance pour l'étude de l'histoire orientale durant le 
moyen âge. 

Sa Chronique arabcj ou Livre des Dynasties, sa Chro- 
nique de Syrie, et enfin sa Chronique ecclésiastique, sont 
d'un prix inestimable pour l'étude des hommes, des insti- 
tutions et des événements qui se succédèrent, en Syrie et 
dans les contrées voisines^ du septième au treizième siè* 
clés. On lit dans sa Chronique de Syrie que Ignace, 
patriarche des Syriens jacobites (2), pendant tout son 
pontificat, qui dura de 1222 à 1253, fut aussi zélé pour 
l'ouverture de nouvelles écoles que pour l'édification des 
églises, tant il était préoccupé du développement des 
études au sein de sa nation et de son clergé. 

Au milieu de ce courant d'activité intellectuelle et 
scientifique qui régnait parmi les indigènes, la noblesse 
latine ne pouvait manquer d'être entraînée. 

Ce fut surtout pour l'étude du droit et des coutumes 
féodales que se passionnèrent un grand nombre de cheva- 
liers d'outre-mer, et il serait trop long d'énumérer ici 



(1) AssEMÂNi. Bib. Orient.^ \. Il, p. 253. 

(2) ÂssBMANi. Bibl, Orient.^ t. II, p. 375. 



172 ÔHAPlTttB Yîit. 

tous ceux qui furent de célèbres jurisconsultes, grands 
plaideurs en cour et hors cour^ comme on disait alors. 
Nous citerons seulement Jean d'Ibelin, Raymond de Cou- 
ches, les deux Antiaume, Gérard de Mont-Béal, Geoffroy 
le Fort, les Navarre, Guillaume Vicomte, Guillaume de 
Rivet le jeune, Hernoul de Giblet, Philippe de Béduin, 
eiCc, ctc* 

Le goût des lettres semblait héréditaire dans la maison 
des seigneurs de Sagette (1), car Boh-ed-din rapporte 
que Renaud de Sagette (2) était un des hommes les plus 
instruits dans les sciences et les lettres orientales, et 
qu'il entretenait chez lui un docteur arabe chargé de lui 
lire et de lui commenter les œuvres des savants orientaux, 
ses compatriotes. 

Le même auteur, en rendant compte d'un séjour que 
ce chevalier fit au camps de Salah-ed-din, en 1188, dit 
que tous les docteurs musulmans furent frappés de sa 
prodigieuse érudition, tant en histoire qu'en littérature. 

Son fils, Balian, est à son tour cité par Philippe de 
Navarre comme un homme d'un profond savoir. 

Vers le milieu du douzième siècle, Geoffroy, abbé du 
Temple du Seigneur, est mentionné par Guillaume de 
Tyr comme un des hellénistes les plus distingués de son 
temps (3). 

La plupart des seigneurs francs cultivaient l'étude de 
la langue arabe (4). Ce fut le prince Homfroy de Toron 
qui servit d'interprète entre le roi Richard d'Angleterre et 
le prince Malek-el-Adel, dans les entrevues qu'ils eurent 



(1) HisU arabes des Croisades, t. III, p. 121. 

(2) ViLKKN. Comment,, p. 156. 

(3) Mém, de la Soc» des Ant de France, t. XXXII, p. 188. 

(4) G. de Tyr, p. 861. 



Il 



LES ilCOLES ET LE MOUVEMENT INTELLECTUEL. itS 

près d'Arsoub, puis devant Jaffa, en 1192^ et Baudouin 
dlbelin remplit le même office près de saint Louis, pen- 
dant sa captivité en Egypte. 

Le goût des romans et des chansons de geste était aussi 
fort répandu en Syrie. Dans l'inventaire dressé, à Acre, 
en 1266, à la suite de la mort d'Eudes de Nevers, nous 
voyons figurer : 

« Li dui grant romanz et li Chançonners : por XXXI 
besans. 

« Ce fu li romanz des Loheranz et li romanz de la terre 
d'outre-mer, et li Chançonners (1). » 

Comme la jurisprudence, les lettres et l'histoire, les 
sciences exactes et la balistique comptèrent des adeptes 
au sein de la noblesse franque (2), car on voit, en 
1229, ainsi que je l'ai dit plus haut, une machine de 
guerre fort importante se construire devant Kantara, en 
Chypre, sous la direction et d'après les plans d'Ansceau 
de Brie, pour faire face à des difficultés particulières de 
ce siège. 

Eazouini rapporte que, durant le treizième siècle, les 
savants arabes de Syrie furent consultés par les Francs 
sur certains points des sciences médicales, philosophiques 
et mathématiques, et qu'un problème ne put être résolu 
que par Eemal-ed-din (3). 



La géographie est, incontestablement, une des sciences 
auxquelles les Croisades donnèrent l'impulsion la plus 
vive. 



(1) Hist, arabes des Crois,, t. III, p. 256, et Mas. Lat. Hisî. de Chy 
pre, l. I, p. 355. 

(2) Amadi. Chron, de Chypre^ folio 11. 

(3) Leclerc. Hist, de la Médecine chez les Arabes, t. II. 



174 CHAPiTBB vni. 

Les grands travaux des astronomes et des géographes 
arabes durent contribuer, autant que les relations des 
navigateurs et des marchands^ à en développer Tétude 
chez les Francs. 

Je donnerai un rapide aperçu de l'état des sciences 
cosmographiques chez les Arabes, entre le neuvième et le 
quatorzième siècles. C'est l'introduction la plus ration- 
nelle à la connaissance de l'état de la g^graphie et des 
sciences qui en dépendent dans les colonies franques de 
Syrie. 

L'astronomie arabe^ après avoir eu pour point de départ 
les écoles d'Alexandrie et de l'Inde, agrandit considéra- 
blement son domaine, grâce au sens pratique apporté 
dans cette étude, au nombre et à la direction des obser- 
vations, au perfectionnement des instruments, grâce enfin 
au zèle apporté â la correction des anciennes tables par 
leur comparaison soigneuse avec le ciel. 

Ce que les Grecs n'avaient point fait, parce qu'ils 
étaient plus théoriciens qu'observateurs, on le voit pra- 
tiqué avec soin par les Arabes. Tous leurs astronomes 
cherchent à mieux déterminer ce qui n'avait été qu'ébau- 
ché par les Grecs ; on les voit tous observateurs assidus 
et calculateurs infatigables. 

On s'accorde aujourd'hui à reconnaître que les Arabes 
ont su combler, par leurs découvertes et leurs écrits, cette 
grande lacune de plusieurs siècles, qui sépare l'Ecole 
d'Alexandrie de l'Ecole moderne. 

En Tannée 833 de notre ère, le calife El Mamoun, 
après avoir fondé deux observatoires, l'un à Bagdad, dans 
le quartier de Chemmatieh, et l'autre à Damas, au 
sommet du Djebel-Ghessoun, fit exécuter, dans la plaine, 
entre Palmyre et Rakka, la mesure du degré terrestre, 
par les astronomes Sead-ibn-Ali, directeur de l'Observa- 



LES fiOOLES ET LE MOUVEMENT INTELLSOTUEL. 175 

toire de Damas^ Ehaled-ibn-Abdel-Melek^ Ali-ibn-Issa et 
AU.ibn-el-Bathary(l)i» 

En cultivant l'astronomie, les Arabes devaient forcé- 
ment se livrer à d'immenses travaux sur les diverses bran- 
ches des mathématiques. 

Leur goût pour les sciences se développa rapidement 
au huitième siècle, et le neuvième compta des géomètres 
arabes d'un très grand savoir. Ce fut aux Indous qu'ils 
empruntèrent l'algèbre, rapportée en Europe par Léonard 
de Pise, venu en Orient pour étudier les sciences, 
vers la fin du douzième siècle. Mohammed-ben-Qorrah, 
Thabit-ben-Qorrah de Harran et Salah-ed-din de Gaza, 
sont considérés comme les plus anciens algébristes 
arabes (2). La trigonométrie fut une des parties des 
mathématiques qu'ils cultivèrent avec le plus de soin à 
cause de ses applications astronomiques. Cette science 
reçut une vive impulsion du prince syrien Mohammed- 
ben-6aber-el-Batani, qui mourut dans le dixième siècle, 
et fut surnommé le Ptolémée des Arabes. 

Aboul'Wafa et Ibn-Iounis lui sont d'un siècle posté- 
rieurs. 

La Syrie et la Mésopotamie ne se bornèrent pas à 
conserver le dépôt des sciences de l'antiquité ; les arabes, 
dans les méthodes de calcul, allèrent beaucoup plus loin 
que les savants de l'Ecole d'Alexandrie ; et dès le dixième 
siècle, l'astronome Aboul-Wafa déterminait à Bagdad, six 
cents ans avant Tycho-Brahé, la variation ou troisième 
inégalité lunaire (3). 



(i) Cassiri, 1. 1, p. 425. 

(2) MoNTUCLÂ. Hist. des Mathém.^ t. I, p. 383. 

(3) Skdillot. HisU des Instrum. d'Astronomie^ p. 3. 



M 



176 GHAPITBB Vin. 

Aboulfeda rapporte que El Melek-Mouzaffer-Taky-ed- 
din-Mahmoud, prince de Hamah etHeveu de Salah-ed-din, 
mort en 1264 (1), se livrait avec ardeur à l'étude des 
sciences astronomiques. Parmi les savants vivant près 
de lui se trouvait le scheik Mouh-ed-din Eaisouroun, par 
qui ce prince fit construire une sphère céleste en bois 
doré, sur laquelle figuraient, à leurs places respectives^ 
toutes les étoiles alors connues. 

Au treizième siècle, les astronomes arabes étaient déjà 
en possession d'instruments assez perfectionnés, ainsi 
qu'on peut en juger par la description que nous a laissée 
Aboul-Hassan, vivant à cette époque en Espagne. '' 

Les Arabes connaissaient déjà l'astrolabe, le gnomon 
à trou, et le sextan venait alors d'être inventé. 

En 1230, le même astronome, après avoir visité le 
nord de l'Afrique et la Syrie, écrivait sa table des longi- 
tudes, dans laquelle se trouvent fixées celles des villes 
d'Ascalon, de Ramleh^ de Jérusalem, de Tibériade, de 
Homs, de Hamah, d'Antioche et de Saroudj. 

Aboul-Hassan avait, pour son temps, une idée fort 
nette de la longueur de la Méditerranée et des distances 
des lieux terrestres situés sur ses rives africaines et 
syriennes. 

On peut dire que, dès le commencement du onzième 
siècle, les côtes de l'Indoustan, Geylan et l'Indo-Ghine, 
ainsi que les îles de Java, Sumatra et Bornéo, visitées 
depuis longtemps par les navigateurs musulmans, étaient 
exactement connues des géographes arabes. 

Au dixième siècle, Ibn-Ehordadbeh avait décrit la 
partie de l'Asie comprise entre la Méditerranée et la 



(i) Aboulfeda. AnnaleSt t. IVj p. 478. 



1% 



IiBS fiCOLES ET LI^ ^OTTVÊmENT INTELLEOTUEL. 177 

presqu'île de Malacca, de façon à prouver qu'il possé- 
dait des notions assez exactes sur chacune des régions 
dont il parle. 

Bientôt après, Maçoudi, un des hommes les plus ins- 
truits de son temps, après avoir visité Tlnde et résidé 
successivement à Gambay, puis à Madagascar, vint se 
fixer en Syrie, où il habita tour à tour Tibériade et 
Ântioche. Les renseignements qu'il donne sur les pays 
visités par lui sont d'un grand intérêt. 

Il faut encore citer parmi les géographes de cette 
époque Ibn-Haucal, qui écrivait alors son livre des voies 
et des provinces. Puis Shems-ed-din de Jérusalem, mort 
en 1052. Mais c'est dans la personne d'Edrisi, et l'école 
formée par lui, en Sicile, que brilla de son plus vif éclat 
la géographie arabe au douzième siècle. 

A ce moment, la Syrie comptait, en outre, plusieurs 
autres géographes éminents, dont les œuvres ne nous sont 
point parvenues. 

On peut donc, je crois, considérer les cartes, dites 
sanutines, exécutées durant la première moitié du quator- 
zième siècle, et qui sont les premiers travaux cartogra- 
phiques du moyen âge construits d'après une méthode 
rationnelle, comme le résultat des notions acquises en 
Orient pendant les Croisades. 

Le manuscrit 4939 du fond latin de la Bibliothèque 
nationale de Paris, daté de l'année 1310, contient une 
mappemonde et deux cartes de la Terre-Sainte avec indi- 
cation des distances séparant chaque lieu. Cette mappe- 
monde est de onze ans antérieure à celle que Sanuto 
offrit, en 1321, au pape Jean XXII. 

Le portulan de Pietro Visconti, atlas de neuf cartes, 
conservé au musée Correr, à Venise, remonte à l'année 
1318. Il donne l'ensemble de la Méditerranée, et on y 



178 CHAprrra^izzf .^ . 

admire la grande finesse et l'exactitade des détails géo- 
graphiques, figurés d'une façon très satisfaisante, notam- 
ment en ce qui concerne les côtes de la Syrie, l'ile de 
Chypre et la Garamanie. 

Dans un manuscrit analogue, conservé à la Biblio- 
thèque du Vatican (Vaticanus. Codex membra. n<* 1960) 
attribué au commencement du quatorzième siècle, outre 
des iconographies de Jérusalem, d'Acre et d'Antioche, 
des cartes de la Terre-Sainte, de tous points semblables 
à celles du numéro 4939 de la Bibliothèque de Paris, 
se trouve une carte d'ensemble de Tltalie, une autre 
des provinces napolitaines et de la Sicile ; une, enfin, du 
territoire vénitien, qui sont fort remarquables par leur 
exactitude relative, leurs proportions, et la méthode avec 
laquelle elles ont été dressées. 

Les routes itinéraires et les instructions nautiques don- 
nées par Marino Sanuto (Sécréta fidelium Grucis) sont 
tout à fait identiques aux itinéraires dressés par les che- 
valiers de l'Hôpital, vers la seconde moitié du treizième 
siècle, pour une invasion projetée de TEgypte, et dont le 
le lecteur a trouvé des extraits (p. 141-149). On sent, dès 
lors, que l'impulsion est donnée, et la géographie, sous l'in- 
fluence du mouvement imprimé par les Croisades, prend 
rang, dès le commencement du quatorzième siècle, parmi 
les sciences de premier ordre. 



Ce qu'on lit dans les historiens des Croisades, tant 
latins qu'orientaux, prouve que dans les principautés 
franques, l'exercice de la médecine fut toujours l'apanage 



LES ÉCOLES ET LE MOUVEMENT INTELLBCTtJEL. 179 

des indigènes, et particulièrement du clergé syrien jaco- 
bite (1). 

Les médecins venus d'Occident n'apparaissent jamais 
que dans une situation tout à fait inférieure. 

L'étude de la médecine suivit donc, en Orient, la 
même marche que les autres branches des sciences philo- 
sophiques. 

Sans nier l'influence de l'Inde, on doit reconnaître que 
les méthodes grecques furent la base de la médecine dans 
tout l'Orient. 

Voici sommairement ce que l'on sait des origines de 
la science médicale chez les Arabes. Bar-Hebreus nous 
apprend que le calife El Mamoun envoya à Bysance des 
ambassadeurs chargés d'y réunir et d'en rapporter les 
principaux ouvrages grecs relatifs à la médecine, que le 
calife fit, aussitôt, traduire en arabe. 

C'est un chrétien de Hira, nommé Honaïn (2), que l'on 
peut considérer comme le père et le fondateur de la méde- 
cine chez les Arabes. Il visita l'empire grec pour y étudier 
les sciences médicales, et comme il possédait à fond les 
langues arabe, grecque et syrienne, il traduisit un certain 
nombre d'ouvrages de ce genre. Il mourut en l'an 185 de 
l'hégire (807 de notre ère). 

J'ai dit plus haut que les Nestoriens expulsés de l'empire 
grec, sous Zenon l'Isaurien, se retirèrent à Gandisapour, 
dans le Khouzistan, et y établirent la première école de 
médecine fondée en pays musulman (3). Un hôpital (Noso- 
comium) y était annexé. 

(1) G. de Tyr, p. 879 et 1001. - G. Aboulparadj (Barhebraus). Chron, 
Ecoles, Ed, Abeloos, t. il, p. 730, 766 et suivantes — Cart, Saint-Sé- 
pulcre, p. 330. 

(2) Springbr. Orig. méd, arabe, p. 26. 

(3) Ali-bbn-Jssa. Hist, de VOcculistique chez les Arabes, (Dresde 
1845;, p. 31. 



180 ^v^'-w^^ CHAPITBB Vin. 



''^. 



Les noms de qaelques-âli»^de&. médecins qui se succédè- 
rent à la tête de cet établissement nous sont parvenus, et 
Isa-ben-Schaubakh le dirigeait quand il fut appelé à la 
cour du calife El Mansour (1). 

Le chrétien Sapor-ben-Sehel, médecin de l'hôpital de 
Oandisapour, mourut en Tan 877 de notre ère. 

Les clergés jacobites et nestoriens ne cessèrent pas> 
durant le moyen âge, de s'adonner, concurremment avec 
les Arabes musulmans, à l'étude des sciences médicales. 

Ce fut au onzième siècle que le mouvement ^ienti- 
fique prit son essor en Syrie. Dès les premières années du 
siècle suivant, les écoles de médecine, les académies et 
les bibliothèques de Eoufa, de Bassorah, de Damas et du 
Caire avaient une grande réputation dans tous les pays 
de l'Islamisme, et même en Espagne (2). 

Or, tandis qu'à cette époque, l'Occident ne possédait 
que des empiriques, la médecine n'avait point cessé de 
progresser en Orient. 

C'était donc à des médecins syriens, nestoriens, jaco- 
bites, juifs ou même musulmans, qu'à leur arrivée en 
Syrie, les Croisés demandèrent des secours. Aussi, la 
médecine donnait-elle, à ceux qui la pratiquaient, une 
position élevée dans la société latine de Syrie. 

On trouve une preuve de ce fait dans les historiens 
occidentaux (3), qui ne peuvent dissimuler leur dépit de 
l'état d'infériorité oîi se trouvaient les médecins d'origine 
franque (4). 



(i) Sprimgbr. Orig. Médic, arab., p. iO-11. 

(2) Ibid., p. 32. 

(3) G. de Tyr. Hist, occid. des Croisades, t. 1, p. 879-1001. 

(4) En 1253^ le Synode de Nicosie interdit aux chrétiens de recourir à des 
médecins juifs ou musulmans. — Mansi. CondL, t. XXVI, p. 314. 



LBS ÉCOLES ET LE MOUVEMENT INTELLECTUEL. 181 

La plupart des auteurs qui ont écrit sur le développe- 
ment des sciences, au moyen âge, chez les Arabes, ne 
s'occupant que des grands centres musulmans, comme 
Damas, Bagdad et le Caire, ont toujours laissé dans 
Tombre les principautés latines, et c'est, pour ainsi 
dire, seulement par hasard, que nous sont parvenus les 
noms de quelques-uns des maîtres qui enseignèrent dans 
les villes possédées par les Francs. 

Nous lisons dans les historiens occidentaux et orien- 
taux que l'école médicale chrétienne de Syrie était pres- 
que complètement sous la dépendance et la direction du 
clergé indigène et ce sont les médecins nestoriens et 
jacobites qui semblent avoir joui de la plus grande re- 
nommée. Bar-Hebreus cite, entre autres, Michel, évêque 
jacobite d'Alep, qui, après s'être démis de son siège épis- 
copal, vint se fixer à Tripoli, où il résida, jusqu'à sa mort, 
professant la médecine, entouré du respect et de la 
vénération du clergé et de la noblesse franque. 

Antioche, Tripoli et Jérusalem étaient les trois grands 
centres d'étude. Théodore d' Antioche, qui fut dans la 
suite médecin de l'empereur Frédéric II, Basile d'Alep, le 
nestorien Jacob de Tripoli et Abou-Mansour, à Jéru- 
salem, en furent les maîtres les plus célèbres (1). 

L'illustre Iakoub-ben Saklan, né à Jérusalem en 1161, 
fut le disciple d' Abou-Mansour et devint médecin de Salah- 
ed-din. 

Les assises avaient réglé la situation des médecins 
dans les colonies latines de Terre-Sainte (2). 

Nul médecin, qu'il vînt d'Occident ou de pays musul- 



(0 Chron. Sccles. Ed. AblooR, t. II, p. 668-674. 
(2) Ass, de Jérusalem^ t. Il, p. 167. 



182 OHAPiTBE vm. 

maoy ne pouvait exercer dans les principautés franques 
avant d'avoir passé un examen en présence des meil- 
leurs médecins du pays réunis en conseil présidé par 
révoque. 

En Syrie, les médecins ou physiciens paraissent avoir 
eu l'habitude, au douzième et treizième siècles, d'entre- 
prendre les cures à forfait. 

Belon, visitant Damas en 1548, trouva encore cet 
usage pratiqué par les médecins syriens de cette ville. 

Le médecin était responsable de la vie et de la gué- 
rison de ses malades, ainsi que de l'effet des remèdes 
qu'il appliquait (1). Mais il avait le droit de faire, c en la 
court >, la preuve que le malade n'avait pas obéi à ses 
prescriptions et qu'il avait succombé par son imprudence. 
S'il s'agissait d'un serf, le médecin était tenu d'en payer 
la valeur, mais si c'était un franc libre, il pouvait être 
pendu et ses biens confisqués. 

La pharmacologie étant alors considérée comme partie 
intégrante de la science, les médecins préparaient généra- 
lement eux-mêmes les remèdes. 

Chez les Arabes, les ordonnances médicales étaient 
conservées après chaque visite, et en cas de mort, on 
les portait au chef des médecins, qui examinait s'il n'y 
avait eu ni négligence ni imprudence de la part du 
médecin. 

Plusieurs professions se rattachant à l'art médical, 
comme celle des oculistes, chirurgiens-remboiteurs, sca- 
rificateurs, etc., etc., étaient placées, comme la médecine 
et la pharmacie elles-mêmes, sous l'inspection et la sur- 
veillance du mothasib (p. 64). 



(i) Ass, de Jérusalem^ t. II, p. 165. 



LES ÉCOLES ET LE MOUVEMENT INTELLECTUEL. 183 

Les Musulmans avaient écrit, alors, plusieurs traités de 
pharmacie. L'un d'eux fut résumé et perfectionné par 
Bar-Hebreus (1). Un autre, écrit en 1219, par Ali de 
Tripoli, était intitulé Ornamentum Medici, Tractatus Chy- 
micO'Medicus (2). 

Mais, ainsi que je l'ai dit plus haut, cette science 
parait avoir été considérée, pendant le temps des Croi- 
sades, comme une partie intégrante de la médecine. 

L'art vétérinaire était, au commencement du treizième 
siècle, l'objet de sérieuses études chez les Arabes, et nous 
trouvons, à cette époque, trois cent vingt maladies des 
animaux, mentionnées dans les auteurs musulmans qui 
traitèrent ce sujet. 

Ce fut sous le règne du sultan Melek-el-Mansour- 
Eelaoun, et sous ses auspices, que fut composé, au Caire, 
le Nacery^ traité d'hippologie et d'hippiatrique. 

11 serait difficile de dire, d'une façon positive, ce que 
fut l'art vétérinaire dans les colonies franques, bien que, 
toutefois, on puisse préjuger, sans témérité, que les vété- 
rinaires indigènes durent être au courant des travaux qui 
se faisaient, à ce sujet, à Damas et en Egypte. On 
sait, seulement, par les Assises (3), que les maréchaux 
et les vétérinaires étaient responsables des animaux qui, 
leur ayant été confiés , mouraient ou étaient estropiés 
par leur faute. 



(1) AssEMANi. Bibl, OrienUy t. Il, p. 270. 

(2) WusTENPELD. Hist, des Médec. et NaturaL arabes, p. 119. 

(3) Ass. de Jérus.f t. Il, p. 166. 



184 CHAPITSB YUI, 

Les œuvres d'Aristote furent, aussi bien chez les Syriens 
et les Arabes que chez les Francs^ la base de l'étude des 
sciences naturelles. 

Pour les Orientaux, l'histoire naturelle était alors 
étroitement liée à la philosophie et à la pharmacologie. 

L'étude des livres encyclopédiques d'Aristote disposa 
les esprits à une fusion philosophique de toutes les 
sciences. 

C'est à la géographie que certains auteurs rattachent 
la culture des sciences naturelles chez les Arabes en attri- 
buant l'accroissement considérable apporté^ durant le on- 
zième et le douzième siècles, à la connaissance . de la 
nature, aux nombreuses relations que les Arabes de la 
Syrie, de l'Irak et de l'Egypte entretenaient alors avec 
l'Inde, Ceylan, la Chine et les grands archipels de la 
Malaisie. 

Cependant, dès le huitième siècle, Aldjahed, fils du 
calife El Mamoun, formait de véritables collections d'his- 
toire naturelle (1). 

Les Arabes mirent en œuvre la méthode d'expérimen- 
tation; mais l'éloignement qulls professèrent constam- 
ment pour l'anatomie entrava toujours chez eux les progrès 
de la zoologie. 

La botanique devint, de leur part, l'objet d'une étude 
sérieuse et méthodique. 

On peut dire que cette science fut définitivement 
fondée, en Syrie, durant le cours du treizième siècle 
par les deux plus grands botanistes du moyen âge ; l'un, 
Ibn-Beïthar, originaire d'Espagne, oii il naquit vers la fin 
du douzième siècle, vint en Orient en 1217, visita, 



(i) Reinaud. Introd, à la Géographie d'Aboulfeda^ p. 53 • 



IiB8 £C0IiE8 ET LB MOUVEMENT INTELLEOTIJEL. 185 

Antioche et l'Egypte, puis se fixa à Damas, prâft du 
sultan Melek-el-Eamel. Le Liban devint alors le théâtre 
de ses herborisations, durant lesquelles il était accom- 
pagné d'un peintre qui dessinait et peignait les plantes 
dans leurs divers états et dans tous leurs détails, fleurs, 
fruits et racines. 

L'autre, Rechid-ed-din-es-Soury, naquit à Tyr en 1177, 
étudia à Damas et devint rapidement l'émule d'Ebn-Beï- 
thar. La flore du sud de la Syrie, celle des environs de 
Barut, de Tripoli et d' Antioche firent l'objet de ses recher- 
ches, mais ce fut encore celle du Liban dont il s'occupa 
avec le plus de suite. 

Eazouini, à juste titre, surnommé le Pline des Arabes, 
a laissé un ouvrage très considérable formant une vé- 
ritable encyclopédie des sciences naturelles, en Orient^ 
vers la seconde moitié du treizième siècle. 

La première partie de son œuvre est entièrement con- 
sacrée à l'étude des minéraux ; l'auteur cite sans cesse 
Aristote. 

La seconde traite de la botanique. 

La troisième comprend la zoologie tout entière, c'est-à- 
dire l'étude de l'homme, des mammifères, des oiseaux» 
des insectes et des reptiles. Cette dernière partie est 
assez confuse, et on reconnaît facilement que l'auteur n'a 
jamais vu une grande partie des animaux qu'il décrit; 
c'est ainsi qu'il distingue mal le tigre de la panthère. 

Ce grand écrivain, après avoir été cadi de Hillah, 
mourut en 1283. 

De tous les auteurs occidentaux qui ont écrit sur les 
Croisades, Jacques de Vitry est le seul chez lequel nous 
trouvions des notions assez positives pour pouvoir en 
tirer des inductions sur l'état des sciences naturelles cfllez 
les Francs de Syrie. 



186 OHAPiTBE vm. 

Malheareasement, ses préventions contre les Orientaux 
le firent demeurer étranger au mouvement scientifique, 
dont les écoles syriennes de Tripoli étaient alors le 
centre. 

On sent que tout ce qu'il a vu a été observé avec soin, 
' et que toutes les fois qu'il a pu consulter des voya- 
geurs, il a su tirer de leurs récits des renseignements 
vrais. 

Pour tous les animaux de Syrie et d'Egypte, comme le 
lynx, le chacal, l'once, la panthère, le céraste cornu, l'hip- 
popotame, l'hyène, etc., etc., il est fort exact (1). 

Ses descriptions prouvent qu'il a été en rapport avec 
des voyageurs venus de l'Inde. Ce qu'il dit des habitants 
de ce pays, des moussons, des arbres toujours verdoyants 
et de ces roseaux gigantesques qui poussent au bord des 
fleuves, égalant, dit-il, la hauteur des pins, et dans les- 
quels il est impossible de ne pas reconnaître le bambou, 
ne saurait laisser de doute à ce sujet. 

L'éléphant, qu'il nomme proboscide^ le rhinocéros, le 
castor, le caïman, les serpents boas, l'ibis, etc., etc., 
sont facilement reconnaissables dans ses descriptions 
relativement assez fidèles. 

Quant aux perroquets, qu'il désigne sous le nom de 
psitta,cu8^ il est certain que Jacques de Vitry en a vus, à 
Acre, qui avaient été apportés des Indes. 

Ce qu'il dit de l'huître perlière s'éloigne peu de la 
vérité. 

Mais, sous l'inspiration des auteurs de l'antiquité, 
révêque d'Acre admet l'existence, dans de lointaines con- 
trées, d'animaux fabuleux comme la chimère, l'ono-cen- 
taure, la martichore, etc., etc. 



(1) Jacques de Vitry, ap Bongars^ p. 1100-1106. 



\ 



LES ÉCOLES ET LE MOUVEMENT nnELLEOTITBL. 187 

On voit que les pierreries de toutes espèces abondaient 
en Syrie, car la description qu'il donne de Témeraudey 
du rubis, du saphir, de la topaze, de la sardoine, etc., 
etc., est exacte ; il dit que le diamant est apporté de Tlnde ; 
et il mentionne, fort justement, la pierre désignée, en 
Orient, sous le nom d'escarboucle comme étant tout à fait 
semblable au rubis avec lequel il la confond; seulement, 
notre auteur admet comme véridiques toutes les fables 
débitées par les Orientaux au sujet des vertus merveilleu- 
ses qu'ils attribuent à ces gemmes. On reconnaît, sans 
peine, qu'il avait étudié, et qu'il était imprégné de l'esprit 
des traités de minéralogie médicale racontant les merveil- 
leuses propriétés des pierres précieuses, qui trouvèrent 
du crédit en Occident jusqu'à la Renaissance. 

On a souvent relevé les erreurs étranges qui se ren- 
contrent dans les œuvres d'Albert le Grand, erreurs résul- 
tant du manque absolu de critique qui caractérise toute 
son époque ; le même reproche pourrait être adressé à 
cette partie des écrits de Jacques de Vitry. 

Ce que ce même auteur dit de l'aimant et de ses pro- 
priétés suffirait, à défaut d'autres preuves, à établir, 
d'une manière indiscutable, que la boussole était connue 
et employée en Syrie dès les premières années du trei- 
zième siècle. 

En parlant de la fréquence des tremblements de terre 
en Syrie, notamment sur le littoral, il les attribue, naïve- 
ment, à l'eau de la mer refoulée dans les cavernes par les 
tempêtes. 

Il remarque aussi que, contrairement à ce qui s'observe 
en Occident, les orages ont lieu en Syrie pendant l'hiver. 
Il est frappé de la rareté des pluies en été, de leur 
abondance et de leur violence en hiver, ainsi que de 



168 OHAPîTBB vm. 

Fabsence de neige^ excepté sur les hautes montagnes da 
Liban. 

Il signale encore l'existence de sources d'eau douce 
sous-marines sur le littoral syrien, ainsi que les princi- 
pales fontaines intermittentes de ce pays. 

Le nom de la mer Bouge est très judicieusement attri- 
bué par lui, non à la couleur de ses eaux, qui ressem- 
blent, dit-il, à celle de toutes les autres mers^ mais à la 
coloration générale des terrains environnants. 

Le même auteur parle de l'existence en Perse de sour- 
ces de naphte, qu'il nomme Ignis grœcus. 

Ce que l'évêque d'Acre a écrit sur les eaux thermales 
et leurs vertus indique des connaissances vagues et assez 
erronées. 

Somme toute, les notions générales que nous trouvons 
dans l'œuvre de Jacques de Vitry forment un curieux 
mélange de vrai basé sur une méthode d'observation 
rationnelle, pour tout ce qu'il a pu étudier, par lui-même, 
ou par le récit de témoins oculaires interrogés avec dis- 
cernement, et en même temps de données fabuleuses 
empruntées aux traditions orientales, toujours si portées 
à accueillir le merveilleux, sous quelque forme que ce 
soit, même la plus invraisemblable. 




CHAPITRE IX 



Le commerce dans les principautés franques 

de Syrie 



Les premiers rois de Jérusalem firent, pour développer 
le commerce du nouvel Etat, des efforts qui ne demeurè- 
rent point infructueux. 

Les relations furent constantes entre chrétiens et musul- 
mans ; de nombreux privilèges accordés aux républiques 
italiennes et aux autres grandes villes maritimes du bassin 
de la Méditerranée ouvrirent promptement des débouchés 
aux produits des colonies latines, et le commerce du 
Levant, qui n'avait point cessé depuis l'antiquité, prit 
bientôt un nouvel essor. Les marchands des principautés 
franques se trouvèrent ainsi rapidement mêlés à ce grand 
mouvement d'échange, qui s'étendait alors de la Syrie 
jusqu'aux régions les plus reculées de l'extrême Orient. 
Les pro4ttits qui en étaient apportés, soit par les cara- 



190 CHÂFITBE IX. 

vanes, soit par la navigation des mers de l'Inde et dn 
golfe Persique, étaient, à cette époque, beaucoup plus 
connus et recherchés en Occident qu'on ne serait disposé 
à le croire, au premier abord. 

Les travaux de Herren, de Depping, de Pardessus, de 
Heyd, de Pariset, etc., donnent des renseignements assez 
complets pour que je ne m'étende pas sur ces prélimi- 
naires du sujet dont je m'occupe. 

La culture du coton ayant pris, dans les principautés 
franques et dans la petite Arménie, un fort grand déve- 
loppement, ce produit fut, avec les laines, un des princi- 
paux articles que les marchands du littoral syrien expé- 
dièrent en Europe. 

Le lin, la soie et le coton étaient exportés, partie bruts, 
comme matière première, et partie déjà travaillés dans le 
pays, sous forme de fils ou de tissus. 

Le sucre, l'indigo, la garance, le safran, ainsi que les 
produits de l'industrie locale, formaient, avec les épices, 
les drogues et les marchandises précieuses venues de 
l'Arabie, de la Perse et des régions de l'Asie centrale, le 
fond du commerce très actif qui, pendant les douzième et 
treizième siècles, exista entre les colonies latines et les 
villes maritimes du littoral de la Méditerranée. 

Les négociants occidentaux allaient chercher, eux- 
mêmes, dans les grandes villes musulmanes comme 
Damas, Alep, Homs, ou même Rakka, les marchandises 
provenant de l'intérieur de l'Asie, et nous savons que, par 
contre, les indigènes de ces villes, musulmans ou chré- 
tiens, commerçaient directement, par eux-mêmes, ou par 
l'entremise de facteurs, dans les cités occupées par les 
Francs. 

Chaque année une grande foire se tenait dans la plaine 



LB COHHBBOB. 191 

de Medan (1); aa moment où les tribus arabes venaient 
camper autour du lac Phiala. L'époque de cette foire 
parait avoir coïncidé avec le séjour de la caravane du 
Hadj à Mezareïb, et elle semble avoir été surtout fré- 
quentée par des marchands indigènes et Israélites venus 
des villes du littoral. 

Il y avait encore^ chaque année^ une autre foire impor- 
tante au tombeau de Naby Roubin, près Ibelin. 

En 1240, Imad-ed-din, prince de Damas, permettait 
aux Francs de venir, non-seulement commercer dans cette 
ville, mais même d'y acheter des armes (2). 

Les cités occupées par les Latins possédaient un lieu, 
nommé la fonde, espèce de bourse, où les marchands se 
réunissaient et y traitaient les affaires commerciales. 
A la même époque, s'élevaient, en Occident, des édifices 
analogues (3), que l'on voyait encore, il y a peu d'années, 
à Mayence et dans d'autres villes des bords du Rhin, ainsi 
que dans d'autres contrées, où nous les trouvons désignés, 
dès lors, sous le nom de bourses. 

Les magasins de la douane étaient eux-mêmes aussi un 
lieu de transactions. 

Les étrangers, d'origine occidentale, comme les Véni- 
tiens, les Pisans, les Génois, les Marseillais, etc., avaient 
dans les villes de Syrie, outre des maisons et des bouti- 
ques, de vastes fondouks (4), espèces de caravansérails, 
où ils déposaient leurs marchandises. 

Les indigènes venus des provinces musulmanes, et ne 
résidant que temporairement dans les villes franques. 



(i) BuRGHARD DE MoNT-SiON. Ap, Laurent.^ p. 37. — G. de Ttr. p. 718. 
— Marin. Sanut. Secret, Fid, Grucis ap, Bongars, p. 246, v. iS. 

(2) Ecst. de Mahrizi^ ap. Joinville^ p. 547. Ed. Imp. Royale. 

(3) Verdier et Gattois. Arch. Civil,, l. II, p. 175-177. 

(4) Tafel et Thomas. Ap. Font. Rev. Aiist,^ t. XIII, p. 385. 

i3 



192 CHAFITBE IX. 

pour les affaires de leur négoce, s'établissaient dans des 
caravansérails qui leur étaient spécialement destinés (1), 
dit Ibn-Djobair, et dont le Khan d'Assad - Pacha , à 
Damas, ou le Khan de France, à Saïda, doivent donner 
une idée assez exacte. 

Ce qu'on lit, dans les auteurs contemporains, sur les rues 
commerçantes des villes telles qu'Acre, Tyr et Tripoli, 
ainsi que ce que nous savons de la disposition des estan- 
çons ou boutiques qui s'y trouvaient, donne à penser 
qu'elles ressemblaient beaucoup aux bazars arabes mo- 
dernes. 

Les stationes (2) étaient de grands magasins voûtés 
semblables à ceux qui se voient encore dans les quartiers 
maritimes de Lattakieh et de Tripoli. 

Chaque année, au temps des passages maritimes, de 
nombreux marchands vénitiens arrivaient en Syrie et y 
demeuraient plusieurs mois pour échanger les marchan- 
dises qu'ils avaient apportées d'Europe contre les pro- 
duits de l'Orient (3). 

Dans ses rapports avec les Italiens et les Arabes, la 
bourgeoisie latine prit le goût et l'habitude des grandes 
opérations commerciales. 

La banque et le change paraissent avoir été surtout 
pratiqués, dans les principautés franques, par les Italiens 
et les Juifs. Ils étaient, en Syrie, les correspondants des 
maisons de banque, dont le siège principal était à Gênes, 
à Venise, à Florence, à Sienne et à Pise, dont le papier 
avait cours sur les grandes places commerciales du lit- 
toral syrien. 



(1) Hist, arabes des Croisades, t. III, p. 448. 

(2) Tapel et Thomas. Ap. Font. Rer, Aust., t. XIII, p. 393-394. 
(3; Ibid., p. 392 el suiv. 



LE OOMMSBOB. 193 

On voit, en 1280, les marchands de Sienne et les Juifs 
avancer, à Tordre Teutonique, une partie de la somme 
de 17,000 besans sarrazinois, 460 besans et 8 caroubles, 
prêtés, par les chevaliers, à Agnès de l'Amandelée et à 
son fils Joscelin (1). 

Alep et Damas étaient, au moyen âge, les deux grands 
entrepôts du commerce de la Sjrrie musulmane avec l'Asie 
centrale, et je crois devoir commencer cette étude en con- 
sacrant quelques pages à l'esquisse des relations des 
Arabes avec l'extrême Orient, aux grands emporia de 
l'Asie occidentale et aux routes suivies par les caravanes, 
qui approvisionnaient sans cesse ces marchés. 
pLes relations des Arabes Syriens avec l'Inde et la 
Chine remontent à une assez haute antiquité. Ce furent 
les premiers navigateurs qui visitèrent les contrées de 
l'extrême Orient. 

L'Arabe dut, plus que tout autre, céder au prestige 
exercé, par la Chine et ses mystérieuses richesses, sur les 
populations de l'Asie occidentale. 

Aussi, dès que les Francs se furent établis en Syrie, 
les voyons-nous engagés danc ce grand mouvement com- 
mercial, bien antérieur aux Croisades, qui renaissait aus- 
sitôt qu'une trêve venait suspendre les hostilités entre 
Latins et Musulmans. 

Le golfe Persique fut toujours le point de départ des 
marchands se dirigeant vers Ceylan, Malacca et Canton. 

Certains auteurs ont considéré la presqu'île de Malacca 
comme ayant été la limite extrême atteinte par les navi- 
gateurs arabes dans leurs explorations. Cependant, on 
sait que, durant le huitième siècle, ils visitèrent la Chine, 
et notamment le port de Canton. 

(1) Rbt. Bech, sur la domin. des latins en Orient^ p. 44. 



194 CHAPITRE IX. 

Sons la dynastie des Thang, du septième au huitième 
siècle, les flottes chinoises mouillaient, chaque année, dans 
les eaux du golfe Persique et poussaient même jusqu'à 
Âden. 

Syraf paraît avoir été le port dont le commerce avec la 
Chine atteignit le plus grand développement; c'était alors 
le véritable entrepôt des soieries et autres marchandises 
chinoises. Le mouillage de cette ville, vaste et commode, 
passait pour le meilleur du golfe Persique (l). 

De Syraf à Ehanfou, on comptait, alors, environ cinq 
mois de navigation. 

Le site de cette ville semble se retrouver non loin de 
Bender, à un mille du village de Taharie. 

Harira, dans l'Ile de Taïs où l'on en voit encore des 
restes considérables, notamment un très-beau minaret et 
de belles ruines de fortifications, fut pendant tout le 
douzième siècle un des principaux entrepôts du commerce 
des Arabes avec l'Inde et l'extrême Orient. 

La ville de Timeh eut aussi une assez grande importance 
maritime ; elle était située dans la baie de Koweït, où se 
retrouvent ses ruines. 

Obollah YA-Tiàloyoç du Périple était, avant la fondation 
de Bassorah, l'échelle maritime de Bagdad ; ce n'est plus 
aujourd'hui qu'une bourgade située entre le Tigre et le 
canal dit d' Obollah, dérivé de ce fleuve. 

Ibn Khordadbeh, géographe arabe du neuvième siècle, 
à qui on doit un précieux traité géographique des rou- 
tes de l'Asie, nous donne les itinéraires des marins et 



■ I l 



fl) Syraf habité, au douzième siècle^ par une population passionnée pour 
les entreprises maritimes, était alors le grand centre du mouvement com- 
meccial entre le golfe Persique, l'océan Indien et les côtes de la Chine. 



LB COMMEBOE. 195 

des négociants arabes qui, partis d'OboIIah, se rendaient 
dans l'extrême Orient. (1) 

Cet auteur décrit, d'après un navigateur originaire de 
Syrie, et qu'il nomme Abd-el-Ghaffar, la double mousson 
de la mer des Indes. 

pA répoque des Croisades, le commerce arabe dans 
l'océan Indien était aussi florissant qu'au temps des 
califes. 

Nous savons, par Edrisi, qu'au douzième siècle, les 
navires chinois visitaient Ceylan, Barouddeh et Daybal, à 
l'embouchure de l'Indus ; à partir du treizième siècle, ils 
ne dépassèrent plus Sumatra vers l'ouest ; les relations ne 
furent point interrompues pour ceU, et les navigateurs 
arabes ne cessèrent pas, un seul instant, de fréquenter les 
mers de Chine. C'étaient toujours des marins partis du 
golfe Persique et de la côte arabique d'Aden, de Kalhat, 
ville située au sud-est de Mascat, d'OboUah et de Syraf, 
qui effectuaient ces voyages. Un négociant de la dernière 
de ces villes, nommé Ramecht, rapporta, d'un seul voyage 
à Eanfou, un chargement de marchandises estimé à cinq 
cent mille dinars, et en 1137, le même marchand ât don 
au temple de la Eaaba, de la Mecque, d'une énorme quan- 
tité d'étoffes de soie venues de Chine (2). 

L'île de Eisch, près de Mascat, était alors le grand 
entrepôt du commerce des Indes dans cette région; c'est 
là que les marchands des villes de la Mésopotamie 
venaient s'approvisionner des épices apportées de Ceylan, 
de Cambaye, de Malacca ou de Java, que le géographe 
arabe Ibn-Eliordadbeh nomme Djabah. t 



(1) Barbibr de Mbtnard. Joum, Asiat. VI"* série, t^ Y. 

(2) Pariset. Hist. de la Soie, t. II, p. i42. 



196 OHAFITBB IZ. 

f- Depuis l'antiquité, TEuphrate et le Tigre formaient les 
deux grands débouchés commerciaux du golfe Persiquei 
dont Bassorah était le port principal. Sur le Tigre, Bagdad 
et Mossoul devinrent, alors, les emporia du commerce 
dans cette région. 

Pendant toute la durée du califat, Bagdad fut le centre 
commercial le plus considérable de cette contrée de 
l'Orient. C'est de là que, par les caravanes, les marchan- 
dises de rinde et de la Chine se répandaient dans l'Asie 
occidentale. 

Bassorah ayant été fondée en 635 de notre ère, et 
devenue, comme je l'ai dit plus haut, l'échelle maritime 
du Tigre et de l'Euphrate (1) ne tarda pas à amener 
l'abandon d'OboUah, qui conserva cependant, assez long- 
temps encore, une partie de son importance. 

L'Euphrate, relié au Tigre par le canal de Saklaouîeh, 
était alors la grande voie mettant Bagdad et Bassorah en 
communication avec la Syrie et l' Asie-Mineure. 

Gomme au temps de Ninive et de Babylone, le Tigre et 
l'Euphrate se trouvaient devenus, en quelque sorte, le 
centre du commerce du monde. 

Rakka, ville considérable, située sur la rive gauche du 
second de ces fleuves, était le point d'arrivée de deux 
grandes routes de caravanes, l'une venant de Mossoul/ en 
passant par Nisibïn, l'autre venant de l'ouest et partant 
d'Iconium en Asie-Mineure, traversait Adana, Samosate, 
Edesse et Harran pour atteindre Rakka (2). Cette ville, 
qui se trouvait être ainsi le centre d'un énorme mouve- 
ment d'affaires, communiquait par Palmyre avec Damas, 
centre du commerce de la Syrie. 



(1) Saint-Martin. Mém. sur V Arménie, t. Il, p. 313. 

(2) ËORisi, t. U p. 138. 



LE GOMMEBOE. 197 

Par cette même voie, elle se trouvait encore en rap- 
port avec Hamah, Homs, et les villes maritimes du comté 
de Tripoli. 

La navigation de TEuphrate s'arrêtait alors à Baalis, 
qu'au dixième siècle, Istakkry (1) nomme, fort justement, 
le port des Syriens ; c'était, en effet, la première ville de 
la Syrie du côté de l'Irak, et le port de la Syrie sur l'Eu* 
phrate. Cette ville est désignée, avec Dauser (Kalaat-Dja- 
ber), comme les deux points de passage du fleuve au nord 
de Rakka/]] 

Il ne faut pas oublîer que, durant la première moitié 
du douzième siècle, la puissance des princes latins 
d'Edesse et d'Antioche s'étendait sur les bords de TEu- 
phrate et sur une partie considérable de la Mésopotamie. 

Le passage suivant extrait du livre de Schahab-ed-din, 
intitulé Les deux Jardins (2), est, ici, un témoignage d'un 
très grand poids : 

c Les habitants de Rakka et de Harran étaient, à 
l'égard des Francs, dans l'état de soumission le plus 
humiliant. Les communications avec Damas se trouvaient 
interceptées et on ne pouvait y arriver que par la route 
du désert. » 

Pendant toute la durée des Croisades, les ports les plus 
importants du littoral syrien et de la petite Arménie 
furent Acre, Tyr, Barut, Tripoli et l'Aïas. On possède 
de nombreux renseignements sur le commerce maritime 
de ces villes, et les tarifs des entrées d'Acre qui nous 
sont parvenus, témoignent que les produits de tous les 
pays de l'Orient s'y rencontraient en abondance. Acre, 



(1) El Isiakry, trad. Mordtman. 

(2) Kitah-er-^ati^atalm, trad. Quatremere, p. 107. 



198 OHAPITBB EC. 

Tyr et Barut étaient, en quelque sorte, les ports de 
Damas, alors si commerçante, et où l'industrie produisait 
en ce moment tant de merveilles. Les ports secondaires 
de Giblet^ Tortose et Zibel, desservaient avec Tripoli 
les villes de la vallée de l'Oronte. 

Edrisi (1) désigne Tortose comme le port de Homs qui, 
sous le nom de la Chamelle, parait avoir été considérée, au 
douzième siècle, comme une dépendance du comté de Tri- 
poli, dont elle était tributaire. 

La Liche et le Soudin étaient, avec l'Aïas, les ports 
d'Alep et d'Antioche. Les autres villes maritimes du lit- 
toral syrien, comme Japhe, Césarée, Château-Pèlerin, Cay- 
phas, Sayette, Giblet, le Boutron, Beona, etc., etc,. n'é- 
taient que des ports de cabotage. Le commerce des villes 
franques de Syrie était alimenté par les grands centres 
musulmans d'Alep, Hamah, Homs et Damas, reliés entre 
eux par la route de caravane qui, de Bakka, venait, par 
Besapha et Selmieh, atteindre dans la vallée de l'Oronte 
la seconde de ces villes. 

Il est probable, comme je l'ai dit plus haut, qu'autant 
que les circonstances le permettaient, les Francs du littoral 
allaient eux-mêmes chercher dans les villes que je viens 
de citer les marchandises provenant de l'intérieur de 
l'Asie, ou bien les recevaient par les négociants orientaux 
résidant parmi eux. 

Pour la principauté d'Antioche, Alep jouait le même 
rôle commercial que Damas pour le royaume proprement 
dit. 

Le passage suivant extrait du voyage d'Ibn Djobaïr 
donnera une idée de l'importance des relations d'affaires^ 
qui, en 1184, existaient entre Acre et Damas : 

(1) EoRisi, t. I, p. 358-359. t. II, p. 140. 



LE COMMEBCE. 199 

c II y avait â Damas, parmi les principaux habitants 
de la ville, deux marchands extrêmement riches; Tun 
s'appelait Nasr-ibn-Kaouam, l'autre Abou-Dar-Yakout (1). 
Tout leur commerce se faisait sur le littoral franc, où l'on 
ne connaissait que leur nom, et où ils avaient leurs 

employés Les caravanes chargées du transport de 

leurs marchandises allaient et venaient constamment ; et 
ils avaient un état de fortune colossal, aussi bien qu'une 
grande influence auprès des chefs musulmans et francs. » 

Nous savons encore que les marchands indigènes des 
pays musulmans (2), venant s'établir pour leur commerce 
dans les principautés franques, étaient sous la protection 
de certains seigneurs ou de maisons religieuses, dont ils 
étaient les hommes-liges (3). Ainsi, les Mossoulains (négo- 
ciants venus de Mossoul), établis à Acre, étaient les 
hommes de la maison du Temple. 

J'ai dit que, durant tout le moyen âge, Alep fut, pour 
le nord de la Syrie, un centre presque aussi important 
que Damas pour la Syrie-Moyenne; c'était le grand marché 
d'échange de la région s'étendant entre l'Oronte et l'Eu- 
phrate. Cette ville se trouvait être, alors, le point de croi- 
sement de toutes les caravanes qui, de Mossoul, de Baalis 
et de Bakka, se rendaient à Antioche ou dans le royaume 
de la Petite -Arménie. 

C'était encore d'Alep que les marchandises de l'extrême 
Orient, destinées à être importées en Europe, gagnaient 
les villes maritimes de Laodicée, du Soudin ou de l'Aïas. 
Eemal-ed-din nous apprend, qu'au dixième siècle, le 



(1) Hist, Arabes des Croisades, t. III, p. 144. 

(2) Mas Lat. Hist. de Chypre, t. II, p. 74-76. 

(3) Cont. de' G. de Tyr, L. XXXIV, ch. 28. 



200 CHAPITBB IX. 

commerce entre àntioche et Alep avait dëjâ acqnis une 
énorme importance, et que, dès cette époque, les négo- 
ciants grecs qui traversaient le territoire d'Alep y ren- 
contraient un accueil bienveillant. 

Dans la principauté d'Edesse et dans le royaume de la 
Petite-Arménie, les Syriens jacobites et nestoriens, ainsi 
que les Arméniens, semblent avoir eu, sinon le monopole 
du commerce, du moins avoir été les principaux intermé- 
diaires des marchands d'Antioche et de TAïas, avec Mos- 
soul, Rakka et Bagdad, par les nombreux coreligion- 
naires qu'ils possédaient dans les trois villes. 

Baalis, où TEuphrate cessait d'être navigable, était le 
point de départ d'une route de caravane qui atteignait 
Alep en quatre étapes. 

Là, cette route commerciale se bifurquait ; une de ses 
branches se dirigeait vers Antioche, et l'autre traversait 
Hazart et Coricie (1), franchissait l'Amanus, nommé alors 
la Montagne-Sainte au col de Servantikar, pour gagner 
Adana et Tarse en passant par Missis. C'est de cette 
ville qu'elle atteignait la mer au port de l'Aîas (2). Il faut 
encore mentionner une autre route de caravane, qui, de 
Baalis, se dirigeait vers l'Asie-Mineure, par Membedj et 
Samosate, pour gagner en suite Iconium par Behesné et 
Mares, ou Melitène en passant par Hosn-Mansour (Adia- 
man) (3). 

L'Aïas ou Laïazzo était le port le plus important de 
toute cette région; il communiquait avec Antioche de 
deux manières, soit par la route littorale et le col de 



(1) Marin-Snut. Sécréta, fid. Cntcis. ap, Bougars,^ p. 22. 

(2) Edrisi, t. II, p. 139-140 et saiv. 

(3) Ibid., p. 138. 



LE OOMMEBOB. 201 

Beylan, soit directement par mer avec le Soudîn, qui» 
pendant toute la durée des Croisades, fut l'échelle mari- 
time d'Antioche (1). 

Au temps de la domination latine, TAïas fut le grand 
marché d'esclaves de la côte de Syrie ; ils y étaient ame- 
nés d'Asie-Mineure, de Géorgie, de Russie, d'Arménie et 
des contrées musulmanes. 

Le passage suivant, extrait de la relation du voyageur 
Marco Polo, donnera facilement une idée de l'importance 
commerciale de cette ville. 

t Encore y a seur la mer une ville qui est appelée Laïas ; 
la quelle est de grant marchandise ; car sachiez que toute 
l'espicerie et draps de soie dorés d'Eufratere se portent à 
cette ville, et toute autres choses. » (2) 

Marché très fréquenté des Vénitiens et des Génois, l'Aïas 
était la voie que prenaient, à cette époque, beaucoup de 
marchands, pour se rendre aux bords de l'Euphrate et 
dans les marchés de l'extrême Orient. 

Damas était devenu, dès le commencement du moyen 
âge, le grand centre commercial et industriel de la Syrie 
moyenne, et les caravanes de pèlerins qui, chaque année, 
la faisaient communiquer avec les villes saintes de l'Isla- 
misme, en avaient fait un des principaux entrepôts de 
l'Orient, car elle était approvisionnée par deux voies : 
le golfe Persique et la mer Rouge. 

Je ne reviendrai point ici sur ce que j'ai dit, plus haut 
des routes de caravanes, qui, des bords de l'Euphrate et 
du Tigre, se dirigeaient vers l' Asie-Mineure, et ne par- 



(1) Wiîb d"* Oldenbourg, ap, Laurent^ p. 16, et Ahoulfeda TabuU 
Syriœ^ p. 131. 

(2) Marc. Pol. Ed, Pauthier, p. 35. 



202 CHAPTTBE DC. 

lerai ici que de celles qui se dirigeaient vers l'Egypte et 
TArabie. 

On peut dire, sans exagération, qu'à cette époque, el- 
Djar, près de Medine, Kolzoum en Egypte et Elyn ou 
Allât, dans la seigneurie de Earak, furent les ports de 
Damas sur la mer Bouge. 

Les caravanes qui, de TYemen ou de l'Egypte, venaient 
à Damas en passant par les principautés franques, étaient 
chargées des produits de l'extrême Orient et de la côte 
orientale d'Afrique, qui, d'Aden, remontaient la mer 
Rouge (1). 

Celles qui, de Damas, passaient en Arabie ou en Egypte, 
gagnaient Maan en passant par Bozrah, Earak et Ta- 
filet (2). 

C'est de Maan, ville possédée par les Francs et nommée 
alors Ahamant, qu'elles se dirigeaient, soit vers le Yemen, 
par la route de Taïbouk et de Médine, soit vers l'Egypte, 
par le Ouady Mousa (le val Moyse) et la péninsule du 
Sinaï, qui, jusqu'en 1187, fit partie intégrante du royaume 
de Jérusalem (3). 

De Karak, une route de caravane passant par Jéricho 
et Jérusalem reliait cette grande artère commerciale au 
port de Japhe. 

Depuis l'antiquité, l'Europe communiquait avec l'Inde 
par la mer Bouge, nommée alors mer de Eolzoum. Nous 
savons, par Pierre Diacre (4), que Suez, appelé au sixième 
siècle Clisma ou Eolzoum, était la station d'une flotte 



(1) Mas. Lat. Chron. (TEmoul et Bernard le trésorier, p. 54. 

(2) Eist, arabes des Croisades, t. III, p. 498. 

(3) Ibn Bathoutah. voy, t. I p. 357. 

(4) Pierre Dugre de Locis Sanctis Ed, Riant,, p. 32 et saiv. 



^ LE COMMEBOB. 203 

bysantine commandée par un logothète qui, chaque année , 
faisait le voyage de Tlnde. 

Au sixième siècle, Antonin de Plaisance mentionne 
Allât comme un port recevant des navires venant de 
rinde (1). Mais, dès le quatrième siècle, Aden était 
devenue, ce qu'elle demeura, pendant tout le moyen âge, le 
grand entrepôt commercial de la mer Bouge. Là abor- 
daient les navires venant de TEthiopie et de la côte 
orientale d'Afrique, ainsi que ceux chargés des produits 
de la Chine, déjà désignés à cette époque sous le nom 
de Jonques, et fort exactement décrits par Ibn Batoutah. 

Le même auteur cite cette ville comme le port le plus 
important du Yemen. On y trouvait des négociants indous 
et arabes, de telle sorte qgie c'était par voie d'Aden» 
qu'au douzième et treizième siècles se faisait tout le 
commerce de l'Egypte avec l'Inde et la Chine. 

A cette époque, la navigation de la mer Rouge s'effec- 
tuait par des caboteurs transportant, dans les ports de 
Djeddah, d'Aïdab, de Djar, nommé aussi el Haura, d' Al- 
lât et de Kolzoum ou Suez, les marchandises débarquées 
à Aden par les grands navires de l'océan Indien, qui ne 
s'aventuraient point, alors, à franchir le détroit de Bab-el- 
Mandeb et à affronter la navigation difficile et souvent 
périlleuse de la mer Rouge. L'écrivain arabe Abou- 
Zeyd, à qui l'on doit de nombreux renseignements sur 
la navigation des mers de l'Inde et de la Chine (2), dit 
que dans la mer Rouge on ne pouvait naviguer que le 
jour et qu'il fallait mouiller chaque soir. 



(1) Ed, Tohler op. Orient Latin pelerineges, t. I, p. 113-115. 

(2) Abou-Zeyd chaîne des Chroniqiùes, p. 142. 



204 OHAPITBE ce. 



■arehands indigènes 



Parmi les négociants orientaux, le premier rang parait 
avoir été occupé, dans Acre, par les Mossoulins ou Mosse- 
rins, indigènes venus de Mossoul, et qui, sous la protec- 
tion de Tordre du Temple, formaient dans cette ville une 
puissante corporation. 

Marco Polo (1) parle de ces marchands comme de gens 
considérables et faisant tout particulièrement le com- 
merce des marchandises les dIus précieuses de l'Orient. 

C'est chez eux qu'on trouvait ces admirables bronzes 
damasquinés sortis des ateliers de Mossoul et dont je 
parle assez longuement un peu plus loin. 

Leurs magasins contenaient aussi ces riches étoffes 
sorties des fabriques de Bagdad, de Mossoul et de la 
Perse, dont ils importaient des quantités considérables 
qui trouvaient un débouché facile en Italie, en France et 
en Espagne, où, comme je l'ai dit plus haut, elles n'étaient 
pas moins recherchées que les étoffes provenant des 
ateliers de Damas, de Tarse, d'Antioche, de Tripoli ou de 
Tyr. 

Les tapis de Mésopotamie et de la Perse, l'ivoire, les 
parfums, tels que le bois d'aloès, le sandal, le musc, la 
civette et les épices les plus chères se rencontraient, en 
grande quantité, dans leurs dépôts^ où se trouvaient 
également ces belles verreries de l'Irak, fabriquées à 
Samara. 



(1) Marc PoL. Ed, Pauthier, p. 45. 



MABGâANDS INDIGÈNES. 206 

On y voyait ces porcelaines de Chine qulbn Ehor- 
dadbeh cite, dès le dixième siècle^ comme des objets de 
grand prix fort recherchés en Syrie, oîi elles étaient impor- 
tées par le golfe Persique et la mer Rouge (1). 

Edrisi parle aussi de l'extrême habileté des Chinois à 
fabriquer des poteries peintes^ qu'il nomme ghazar (2). 

Saadi, dans son Gulistan, mentionne la vaisselle de 
Chine (3), et on peut, je crois, la trouver indiquée, en ces 
termes, dans les Assises : 

c Dou labour de terre et de poterie c'en aporte de 
Païenime (4) : 

Au quatorzième siècle, Ibn Batouthah (5), après avoir 
décrit les procédés de fabrication usités en Chine, dit que 
de son temps, cette porcelaine était apportée à Damas 
par les caravanes. 

Ces mêmes marchands importaient encore les perles 
provenant des pêcheries de Ceylan et du golfe Persique, 
ainsi que les pierreries de Tlnde, que je me borne à indi- 
quer seulement ici, me réservant de revenir sur ce sujet 
dans le chapitre que je consacre aux connaissances 
scientifiques acquises par les Francs durant les Croi- 
sades. 

C'était encore là que se rencontraient les vases pré- 
cieux importés de la Mecque et dont il est parlé dans les 
Assises de Jérusalem : 

c Des escuelles de marbre peintes et de bourniez qu'on 
apporte de païenime. » (6) 



(1) Journal Asiat., année iS65. p. 292-294. 

(2) Edrisi, t. I, p. 51, 193-194. 

(3) Ed. Defremeryy p. 178. 

{%) Assises de Jét*us,, t. II, p. 17P. 

(5) Ibn Batoutah (voyages), t. I, p. 238, t. H. p. 257. 

(6) ËDRisi, t. I, p* 333. 



206 CHAPITBB IX. 

Oes écuelles de marbre provenaient du Temen^ et par- 
ticulièrement de Sana. Le marbre dont elles étaient faites 
se nommait Balas. 
On fait encore à Sana de ces vases peints et dorés. 
Dans les poteries, nommées ici hourniesy mon savant 
ami M. Schefer croit reconnaître le bourmah, vaisselle de 
grès émaillée provenant de Monthar et Oudakh, au sud de 
Thayf. 

A l'époque qui nous occupe, les poteries d'El Haura, 
près de Medine, formaient également, d'après Edrisi, un 
des principaux articles d'exportation de cette contrée (1). 
On a souvent dit que rien ne change en Orient; aussi, 
suis-je convaincu que certaines boutiques des grands ba- 
zars de Damas, que j'ai encore vues, il y a moins de vingt- 
cinq ans, remplies d'anciens cuivres damasquinés et de 
ces magnifiques porcelaines de Chine bleues et or venues 
par l'Arabie et dont la fabrication a cessé, depuis plusieurs 
siècles, dans le céleste empire, ainsi que les salles du 
Ehan d'Assad Pacha, bondées de tapis et de soieries de 
Perse et de Boukhara, devaient alors reproduire assez 
exactement l'aspect que présentaient, au treizième siècle, 
les magasins de ces riches marchands indigènes. 

Les apothecarii ou apothicaires, paraissent avoir fait, 
tout à la fois, le commerce des drogues et de l'épicerie. 
Comme les médecins préparaient alors, eux-mêmes, leurs 
médicaments, c'étaient, à proprement parler, des épiciers- 
droguistes. 

On trouvait, dans leurs officines, de l'opium, de la rhu- 
barbe, du tamarin, des racines de kusth, de la gomme 
d'euphorbe, la cantharide, le galbano, le cardamone, le 



(1) Ass. de Jérus, t. II p. 



lIABCHANDa INPieÈNES. 907 

kermès, le libanus, le séné, la acamonée, la tutie, Tirnsf^ 
route, l'orpiment, les diverses espèces de baume, la myT*« 
rhe, etc., qui formaient le fond des produits employés en 
pharmacie à l'époque qui nous occupe. 

Il faut encore citer certaines racines et graines exci-> 
tantes fort appréciées en Orient, telles que le galenga, 1q 
gingembre^ le gariophile et le zédoar, nommé vulgaire-^ 
ment alors citouart, et aussi le maçis et le myrobolan. 

Op connaît cinq espèces de myrobolaq. Ce petit fruit, 
produit de Vemblica officinaUSj provenait de l'Inde ; on eq 
récoltait cependant en Syrie (1). Les Arabes^ qui le consi^ 
déraient comme un digestif fortifiant l'estomac, le mélw* 
geaient aux épices. 

Chez les Francs, le myrobolan se servait à la fin des 
repas, sous forme de pastilles. Ce fut l'école de Salerne 
qui introduisit son usage en Occident. 

Les épiciers confectionnaient les sirops, les électuaires, 
notamment ce célèbre électuaire au citron nommé élec- 
tuaire d'Acre, les sorbets, les pastilles, les vinaigres aro- 
matisés dont parle Ibn Beithar, etc., etc. (2). 

Le passage suivant des Assises de Jérusalem, relatif à 
l'inspection de leurs officines (3), indique que dans les villes 
franques ce n'était point au mathessep, mais bien à des 
délégués spéciaux, qu'était dévolue l'inspection de cette 
branche du commerce : 

■ Le desus nommé visconte et par la cort ont ordené 
prestre Belmeist Jacobin et Sabe l'espicier à enquerre et 



(1) Rosenmuller, Analecta, Arabica, Etat, cTEorisi, p. 9 et Munk 
Palestine^ p. 22. 

(2) Burch, de Mont-Sion, ap, Laurent, p. 87. 
<3) A9S. de Jérus.j t. II, p. 366. 

i4 



208 Ohapitbb tx. 

savoir se nul especier vende nule chose qui ne soit bonne 
et tele com elle doit estre corn des sirops et d'autres espe- 
ceries, et que, par leur sairement il les doivent garder et 
ataindre et faire le saver au visconte et à la cort; donc 
le banc fu crié si corne il est desus dit, à chascun : qui 
fera serops, les doit monstrer as desus nommés, se il est 
tel come il le doit estre et qui sera ataint, doit perdre 
celé chose et paiera LXVII sos et demy aucy. » 

D'après les noms des deux personnages cités dans ce 
passage , on doit encore conclure que dans les colonies 
latines, la plupart des épiciers étaient des Syriens indi- 
gènes. 



Objets de Commerce 



C'est par le royaume de la Petite- Arménie, que les 
colonies latines de Terre-Sainte recevaient les pellete- 
ries. L'Aïas était le grand entrepôt de ce genre de pro- 
duits, qui y arrivaient, du Nord et de l'Asie centrale, par 
diverses voies. 

Les fourrures ou pelleteries étaient fort usitées au 
moyen âge, et il s'en trouve un certain nombre énu- 
mérées dans les récits contemporains ou dans les inven- 
taires. C'étaient, en première ligne, l'hermine, la martre 
zibeline, le gris, le gros et le menu vair, la loutre ou 
bieuvre, le castor, la genette, le renard d'Arménie, le chat 
sauvage, l'écureuil, etc. 

. Les peaux de renards noirs et blancs, qu'apportaient, à 
Derbend sur la Caspienne, les bateaux du Volga, étaient, 
alors, les pelleteries les plus recherchées et les plus chères. 




OBJETS BB OOMHBEOB. 209 

Enfin, les fourrures communes, telles que l'agneau, teint 
en noir ou en rouge, etc.^ etc. 

Guillaume de Tyr parle, en 1131, de la rue des Pelle- 
tiers, à Jérusalem. 

Les pennes ou plumes figurent également parmi les 
objets importés en Syrie. Elles provenaient, selon toute 
apparence, des Indes et de la côte orientale d'Afrique et 
d'Egypte (1). Nous savons que, dès la fin du treizième 
siècle, les plumes d'autruche furent en usage en Occident, 
et à la même époque, on voit apparaître les premiers 
plumails sur les heaumes. 

Enfin, on trouve fréquemment mentionnés alors les cha- 
pels de plumes de paons : < un chapel de paon blanc sur 
la teste. • 

Gomme le détail des objets et matières importées en 
Syrie m'entraînerait trop loin, j'ai cru devoir renvoyer à 
la fin du volume la suite de ce chapitre, sous la dénomi- 
nation de : Matières importées^ de Vextrême Orient^ en 
Syrie. 




(i) Le seiguonr d*Angliire vit encore, en Egypte, des antrnches à Tëtat 
sanvage en 139K. 



i 



CHAPITRE X 



L'art InduBtilel 



L'industrie semble avoir été^ dans les principautés 
franques, l'apanage à peu près exclusif des indigètes «t 
des Juifs» 

Elle brilla d'un vif éclat et fût un des grands éléments 
du commerce de ces principautés ; aussi) je crois detoir 
consacrer quelques pages à l'étude des arts industriels 
en Syrie pendant les douzième et trelaièmft siècles. 

Je passerai donc en retucy ici, aveô quelques détails, 
ce que l'on sait de la céramique, de la verrerie, de la 
damasquinure, de l'orfèvrerie et de la fabrication dés 
étoffes, etc., tant par les textes des auteurs latins et orlen* 
taux, que par les nombreux spécimens de ces divers arts 
qui existent dans les musées et les collections particu- 
lières. 

Durant toute la période dont l'étude nOtts Occupe $n 
ce moment, Jaf he, Barut, Tjr et Damas labriquaient des 



212 OHAPITBB Z. 

poteries très fines, aux formes élégantes, et le plus sou- 
vent émaillées (1). 

Les passages suivants des Assises de Jérusalem prou- 
vent que la céramique formait alors un important article 
de commerce dans les colonies latines (2). 

c De trestous les labors de poterie, si comme est 
escuelles et pignates et pos et jares, si commande la rai- 
son qu'ils doivent donner de droiture à l'issir, le cart de 
ce qu'il coustent. 

Dou labour de terre de poterie c'en aporte de Païenime 
en Acre. Si cosmande la raison c'en en dée donner de 
droiture, dou besant n karoubles. > 

Dans le traité conclu en 1223, entre Jean d'Ibelin, sei- 
gneur de Baruth, et la république de Gènes (3), on trouve 
les poteries de toutes espèces mentionnées au nom- 
bre des marchandises qui pouvaient être exportées en 
franchise. 

A Tyr et à Japhei, la céramique, comme la verrerie, 
parait avoir été, alors, le monopole des artisans juifs. 
Damas et Tyr furent les deux villes de Syrie oîi la céra- 
mique acquit, au moyen âge, son plus grand développe- 
ment (4). On exportait alors ces poteries en Europe, où 
nous les voyons figurer dans les inventaires, sous le nom 
de poteries de Damas. 

C'étaient des faïences émaillées, ainsi qu'il est facile 
de lé voir par les nombreux fragments que nous en pos- 
sédons, et notamment par la belle coupe bleue du musée 
de Sèvres. 



(1) Edrisi, 1. 1, p. 349, et Carmoly. IHn,f p. 248. 
W Ass, de Jérusalem^ t. II, p. 179. 

(3) Liber Jurium. Ap, Man Patria, 1. 1, p. 687. 

(4) Làbordb, IwoenU des dtAcs de^owrgogne^ u U, p. 2S8, 




l'abt industriel. 213 

En 1872, M. Piot a retrouvé à Damas; près du cime- 
tière latin, un des ateliers oïl se fabriquaient ces poteries 
et en a rapporté une nombreuse série de fragments de 
vases émaillés, formant un des éléments les plus précieux 
pour l'histoire de la poterie dé Damas. 

En conquérant la Syrie, au huitième siècle, les Arabes 
y trouvèrent des fabriques de poterie en grau^e répu- 
tation. 

Ce fut à cette école que les Arabes d'Espagne emprun- 
tèrent leurs procédés de céramique artistique (1). 

Ce sont les procédés céramiques appartenant aux 
Syriens qui furent, incontestablement, le point de départ 
de la faïencerie arabe, tant en Orient qu'en Espagne. 

La céramique syrienne atteignit son apogée à Damas, 
durant le treizième siècle, et sa prospérité dura jusqu'à 
l'invasion mongole. Mais, alors, Tamerlan se saisit des 
ouvriers, qu'il amena dans ses Etats (2). 

Les produits des fabriques de Tyr^ de Japhe, de Barut 
et de Damas, consistaient en lampes, écuelles, jarres, pla- 
teaux, aiguières, tasses, bouteilles, etc. 

Ces objets étaient formés d'une pâte d'argile siliceuse, 
revêtue d'émaux. 

Sur un fond, le plus souvent bleu turquoise ou vert, se 
détachent en blanc des inscriptions ou caractères orien. 
taux et des arabesques de couleurs variées, présentant 
une grande analogie avec l'art persan, qui parait avoir été 
le prototype de cette école, à en juger, du moins, par les 
divers spécimens qu'on en possède. 

L'importation permanente des porcelaines de Chine, 



(1) Davillier. Hist. des faïences hispaiv^mauresques. 

(2) M. RoGBBS. The Art jôumaly t. IV, p. 329. 



814 O&APtTBE X. 

qu'Ibb Ëhôrdttdbeh mentionne, dès le dixième siècle^ et 
quiy à l'époque de la domination franque, étaient très 
répandues en Syrie, dut contribuer puissamment au pro- 
grès des céramistes syriens. 

Dans son Dictionnaire du mobilier au moyen âge (1), 
M. VioUet-Ie-Duc proclame, hautement^ Tinfluence exercée, 
à là fin du douzième siècle, sur Tart céramique en France, 
par les poteries émaillées, qu'on importait, alors, en grand 
nombre de Syrie, et qui servirent de modèles aux potiers 
du midi de la France. 

Il cite, comme exemple, des plats émaillés en jaune et 
vert, ornés d'imitations de caractères arabes, incrustés 
dans la façade de la mairie de Saint-Ântonin (Tam-et- 
Garonne), élevée au douzième siècle ; ils sont une copie 
évidente des poteries rapportées d'Outre*Mer, tant par la 
méthode de fabrication que par le caractère de l'orne- 
mentation, imitant des caractères kouffiques et rappe- 
lant tout à fait les faïences anciennes de Syrie et de 
Perse. 



Dès Pépoque bysantine, de nombreuses étoffes de soie, 
les unes sans mélange, les autres à trame de fil, furent 
fabriquées en Syrie. Cette industrie prit d'abord un grand 
développement à Damas. Voici ce que nous lisons à ce 
sujet dans Edrisi (2), qui écrivait au douzième siècle : 

■ A Damas, on fait beaucoup d'étoffes de soie et de 
bourre de soie, notamment des brocarts d'un prix très 



(1) YiOLLET-LB-Dïïo. Dtct, du Mobilter, t. II, p. 145. 

(2) Edrisi, t. 11, p. 353. 




l'aST INBT76TBtEL. 215 

élevé et d'une perfection de travail inimitable; il s'en fait 
une exportation considérable dans les contrées voisines 
et dans les pays lointains, ces étoffes égalent ce qui se 
fait de plus beau dans l'empire grec et se rapprochent 
des productions les plus rares des fabriques dlspahan ou 
de Kisapour. 

c Pour les tissus unis, on ne fait rien de plus parfait 
que ce qui sort des mains des ouvriers de Damas. • 

A la même époque, les villes de Tyr, de Tripoli, d'An- 
tioche et de Tarse, acquirent un grand renom, tant en 
Orient qu'en Occident, pour les draps de soie qu'on y fa- 
briquait. Les cendes ou cendeaux de Tyr étaient, nous dit 
encore Edrisi, d'une qualité supérieure, passaient pour les 
plus beaux de Syrie et formaient un important objet d'ex- 
portation pour le commerce de la ville. Cette étoffe, qui 
était alors également fabriquée à Tripoli, paraît avoir été 
une espèce de taffetas assez semblable au samit, autre 
étoffe de soie, de même nature, tissée à six fils, et qui, 
moins le brillant, rappelle le satin (1). Sa solidité le faisait 
employer à faire des dalmatiques et autres ornements 
d'Eglise. 

Un article des Assises de Jérusalem (2) obligeait les 
fabricants de cendes, cendal ou syndons, à présenter leurs 
pièces en blanc à l'examen; ce n'était qu'après que l'exami- 
nateur les avait fait boulier (timbrer) qu'elles pouvaient 
être teintes et mises dans le commerce. 

Les moires se fabriquaient aussi à Tripoli, et Burckardt 
de Mont-Sion, visitant cette villa en 1283, n'estime pas 
à moins de quatre mille le nombre des métiers de tisseurs 
de soie ou de camelot qu'il y trouva en activité. 



(1) F. MiGSKL. HUt. de la Soie, U l, p. 83-199. 

(2) Ass, de Jéntsalem^ t. II, p. 362. 



216 OHÂFITBE X. 

Antioche avait conservé toutes les traditions de l'indus- 
trie grseco-syrienne et bien qu'entre le septième et le dou- 
zième siècles, elle eût fréquemment changé de maîtres, 
G. de Tyr (1) fait observer que sous la domination musul- 
mane, le commerce et la pratique des arts mécaniques 
demeurèrent Tapanage constant des habitants syriens de 
cette ville. Voici ce qu'Edrisi nous apprend encore sur 
rétat prospère de Tindustrie de la soie à Antioche : 

• On fait dans cette ville de belles étoffes de couleur 
unie, les plus riches tissus de soie moirée, les brocarts 
dît;s Destouri, Isphaani et autres. > 

Antioche et Tarse fabriquaient, en outre, des diaspres 
et des draps de soie, décorés de figures de fils d'or et 
d'argent tissés dans la trame. Ces étoffes étaient fort 
prisées en Occident, o{i on en faisait des ornements 
d'église, ainsi qu'en témoignent nombre d'anciens inven- 
taires (2). 

On trouve dans l'un d'eux, remontant à l'année 1295, 
la description d'une chape en drap d' Antioche noir avec 
ornements tissés en fils d'or. 

Dans un document semblable daté de 1315, il est ques- 
tion de vêtements sacerdotaux, de drap rouge d' Antioche 
avec des oiseaux et des animaux verts dont les pieds et 
les têtes étaient tissés d'or. Le même acte mentionne 
encore une chape de même étoffe et de même couleur, 
ornée d'aigles tissés d'or et d'argent. 

Dans ces inventaires des trésors de la cathédrale de 
Saint-Paul de Londres et de celle de Cantorbéry, on re- 



(1) 0. de Tyr, liv. V, chap. 2. 

(2) InvenU de Saint-Paul de Landres. Année 1295. ^o. MonasU 
Anglf t. III, p. 321. 



l'abt industriel. . 217 

marque encore la description d'une foule d'autres vête- 
ments ecclésiastiques en draps de soie d'Antioche et de 
Tarse de toutes couleurs avec des figures tissées en or> 
dans rétoffe, ainsi que des ornements d'Eglise en syndone 
de morre et de panno serico, de Triple ou Tripoli (1). 

Ces inventaires sont fort intéressants à comparer avec 
celui des vêtements sacerdotaux du trésor de la cathé- 
drale de Saint- Pierre d'Antioche, qui, ayant été déposé 
dans la Maison de THôpital de cette ville, fut remis au 
patriarche Pierre, en octobre 1209, par Garsin Asnaldi, 
trésorier de THôpital Saint-Jean (2). 

Un inventaire du trésor de Notre-Dame de Paris, por- 
tant la date de Tannée 1343, mentionne des chapes pro- 
venant de Saint- Jean d'Acre (3). 

Par voie d'importation, les marchés des villes du lit- 
toral syrien recevaient les brocarts de Mossoul et de la 
Perse, parmi lesquels je ne citerai que les siglatons^ les 
Mahremah ou Marramas et les Baudequins, étoffes origi- 
naires de Bagdad, mais qui, dès le treizième siècle, se 
fabriquaient à Damas. 

On y trouvait également les belles étoffes de Nisibïn, 
de Tester, de Sous et de Carcoub. Selon toute apparence, 
c'est un tissu provenant de cette dernière ville que nous 
trouvons mentionné en ces termes en 1209, dans l'inven- 
taire des ornements de la cathédrale d'Antioche : • Cor- 
poralia cum custodita de Carcubin (4). » 

• C'est à Carcoub, dit Edrisi, qu'on fabrique les étoffes 
peintes et rayées connues sous le nom de racin el Corcoubi 



(1) Dart. Cath, de Canterbury, Snpp. 5. 

(2) Cod, DipU, t. I, p. 97. 

(3) Revue archéologique. Année 1874, p. 230. 

(4) Cod. DipL^ t. 1, p. 97. 



218 OHAPITEE Z. 

ainsi que de riches brocarts hharad d'une beauté tellement 
rare, qu'on en trouve peu de pareils dans tout l'univers ; 
c'est à Garcoub, comme à Sous (1), qu'on fait les diverses 
étoffes destinées à Thabillement des princes et qui se 
vendent à un si haut prix (2). > 

Les soieries de Chine étaient désignées, alors, sous le 
nom de Zetouni, nom générique qui leur avait probable- 
ment été donné parce qu'on les tirait de Ze'itoun, dans 
la province du Fokien, et parmi elles nous ne connaissons 
bien, par des descriptions contemporaines, que le Nacco 
et le Nasith, étoffes brochées d'or (3). 

Ce que Ton sait d'un négociant arabe de Syraf, qui 
en décora, si généreusement, la Gaaba de la Mecque, 
prouve amplement que dès le douzième siècle^ les soie- 
ries d'origine chinoise se trouvaient en assez grande quan- 
tité dans les entrepôts du commerce syrien (4). 

Au premier rang des étoffes de coton fabriquées en 
Syrie et à Chypre, on peut citer les Bouquerans, 
sorte de toile dont la fabrication est réglée par le passage 
suivant des Assises de Jérusalem (5) : 

c Les boucrans crus dovent estre longs de Xn brasses 
et larges d'une demi canne et un doigt et demi. > 

Quand la pièce de bouqueran n'avait pas la longueur et 
la largeur voulue, elle devait être coupée en quatre et 
rejetée ; si, au contraire, elle réunissait les conditions exi* 
gées par le règlement, elle était buUée (timbrée) immé- 



(1) Garcoob^ Sons et Toster sont des villes da Khousistan. 

(2) ËDRisi^ t. Il, p. 383 et 379. 

(3) Marc Pol. Ed. Pauthier^ p. 139 et Rubruquis. Voyagé^ p. 3i7. 

(4) Pariset. HisU de la Soie^ et Bibl. naU Fd. Orient^ n' ttSl 
(K) Ass. de Jértts.^ t. Il, p. 362. 



L*ABT INDU8TBIBL. '219 

diatement. Le fabricant acquittait un droit de timbre de un 
demi-denier par pièce de bouqueran. 

Nous savons par cet autre passage qu'à l'entrée d'Acre 
ces étoffes étaient frappées d'un droit : 

c Des bouquerans et de tele dou couton si comande la 
raison c'on de prendre dou C, VIII besans et tiers de droi* 
ture (1). » 

n faut encore mentionner le bordet ou bordât, espèce 
de toile de coton qui se vendait par séries de dix pièces. 

La Perse importait alors en Syrie les belles cotonnades 
sorties des célèbres ateliers de la ville de Bam, près 
d'Ormuz. L'Egypte fabriquait également de nombreuses 
étoffes de coton, et le centre de cette industrie était à 
Damiette et à Tennis, dans la basse Egypte; on trouvait 
sur les marchés de Syrie des tuniques tissées sur les métiers 
de cette dernière ville, et d'une telle finesse, que leur prix 
atteignait le chiffre énorme de cent dinars. 

Les camelots ou chamelos étaient des étoffes fort 
épaisses se fabriquant spécialement en Syrie, à Tri- 
poli et à Tortose. Dans le royaume de la Petite-Arménie, 
le centre de cette industrie était à l'Aïas. 

Il paraît y avoir eu quatre espèces de camelots, la pre- 
mière en poil de chameau, la seconde en poil de chèvre, 
la troisième en laine de mouton d'Arménie et la quatrième 
en bourre de soie. 

D'après les Assises (2), les pièces de camelot devaient 
mesurer dix-sept brasses de longueur sur une largeur de 
une brasse moins deux doigts. 

On sait, par les historiens occidentaux, que ces étoffes 
étaient alors très recherchées en Europe, où il s'en im- 



(i) Ass. de Jérus,, t. II, p. 179. 
(9^ Ibid., p. 367. 



220 OHAPITBE X. 

portait un nombre considérable. Qaand le sénéchal de 
JoinviUe se rendit en pèlerinage à Notre-Dame de Tor- 
tose, le roi Saint-Lonis le chargea d'acheter ponr lui, dans 
cette ville^ une très grande quantité de camelots, dont il 
voulait faire don à des maisons religieuses, notamment 
aux Frères Mineurs. 

Je terminerai ces notes sur les étoffes en signalant 
encore des vêtements tout faits dont les Assises parlent 
en ces termes (1) : 

c De la robe que aportent les marchands d'Antioche, si 
comme gimples et messares et autres œuvres qui sont de 
sée labourées et de fill, etc., etc. 

c De la robe qu'on apporte cousue, etc., etc. » 

Sous le nom de messares, je crois retrouver les vête- 
ments en poil de chèvres, tels que haïcs^ burnous, etc., 
importés de l'Irak en Syrie (2). Les plus beaux manteaux 
de cette espèce se faisaient à Kaïs, et les robes de laine 
à Behenesa, en Egypte (3). De Mésopotamie, on importait 
déjà, comme de nos jours, des machellahs et des pelisses. 

Les beaux manteaux faits à Bam, près d'Ormuz^ en 
Perse, étaient également fort recherchés dans les colonies 
latines. 

Les tapis étaient fort en usage, tant chez les indigè- 
nes que chez les Francs, pendant la domination latine en 
Syrie. Guillaume de Tyr les mentionne dans les premiers 
chapitres de son livre (4). Ils étaient apportés de Bagdad, 
de Perse et d'Asie-Mineure. L'industrie des tapis semble 



(i) Ass. de Jérus.f U U, p. 179. 

(2) QaATRBMBaB. Mém, géog, swt VSgypte^ p. 141-255. 

(d) ËDRisi, t. I^ p. 423. 

(4) G. de Tyr, liv. V, chap. 23. 



l'ABT mDtTBTBIEL. 221 

avoir pris naissance dans un faubourg de Bagdad, dont 
le nom arabe aurait été Tétymologie du mot tapis. 

D'après M. Defremery, les tapis tireraient leur nom de 
ce faubourg de Bagdad nommé Atabya, où cette industrie 
aurait pris naissance (1). 

L'industrie des tapis existait également en Egypte, les 
villes de Tennis et de Behnesa étaient les deux princi- 
paux centres de fabrication. 

Les tapis faits dans la dernière de ces deux villes étaient 
fort grands et Makrizi assure qu'on en faisait beaucoup 
mesurant jusqu'à 30 coudées de longueur (2). 

Au douzième siècle, les tapis veloutés étaient nommés, 
en France, tapis sarrazinois, par opposition aux tapis- 
series de haute lice qui se fabriquaient depuis longtemps 
en Occident. 

Cette industrie s'implanta dans le nord de la Syrie, oii 
elle subsiste encore aujourd'hui aux environs de Tortose 
et de Safita (Chastel Blanc). 

Les tapis souran étaient, au treizième siècle, un des 
produits les plus recherchés de l'Asie-Mineure (3). 

Les latins et les indigènes fabriquaient de la bière que 
les premiers nommaient vin de cervoise, et que les Syriens 
désignaient sous le nom de focay ou fokkâï, quand elle 
était faite avec de Torge ou du dourrah (4). Cette fabri- 
cation était une des fermes du revenu public. 

Les Arabes faisaient également usage de cette boisson 



(1) Joum. Asiat, Série V, t. XVI, p. 94. 

(2) Sacy. Mém. sur VEgypte, p. 256-328. 

(3) Pârisbt. Hist. de la Soie, t. II j p. 16, et Marc Pol. Ed» Pauthier, 
chap. 21. 

(4) Tâfel et Thomas. Ap. Font. Rer. Attsf:, t. XIII, p. 388« 



222 CHAPITBE X, 

car on trouve la mention d'un marchand de bière établi 
à Damas vers Tannée 1129 (1). 

La bière de blé se nommait mazar. A cette époque, 
on additionnait la bière d'épices tels que le nard, la mus- 
cade ou le girofle, pour la rendre plus digestive (2). 

Je ne reviendrai point ici sur ce que j'ai dit, ailleurs^ de 
la production du sucre, sinon pour rappeler que les 
ouvriers sucriers de Tyr passaient pour les plus habiles 
de toute la Syrie. 

Il y avait des savonneries à Antioche, à Tortose, à Acre, 
à Naples, etc., etc. (3). 

L'usage du savon était général en Syrie au treizième 
siècle, et cette industrie avait acquis une assez grande 
importance dans les colonies latines, où elle formait, ainsi 
que je l'ai dit, l'objet d'une ferme, comme la boucherie, la 
teinturerie, la tannerie, etc., etc. 

La teinturerie était une industrie dont le monopole 
était affermé, généralement à des Juifs, à Laodicée, à Tri- 
poli, à Sagette, à Hébron, à Jérusalem, etc., etc. 

Il en était de même pour la tannerie et la préparation 
des fourrures. 

La Galilée produisait les plus belles nattes de la Syrie, 
et elles étaient fabriquées à Tabarie et connues dans tout 
l'Orient sous le nom de nattes samanié ; elles se faisaient 
avec une graminée très fine nommée saman qui ne crois- 
sait que dans le Rhor, du Jourdain aux environs du 
ii^essan et près de Tabarie (4). 



(1) Kitab-er Raudataln^ trad« Qaatremere, p. 79. 

(2) Sacy. Chrest. arabe^ t. I, p. 150-152. 

(3) Cod. Dipl, t. I. Mas Lat. Hist, de Cypre, t. III, etc. 

(4) ËDRisi, t. I, p. 339-347« 




l'abt industbiel. 223 

Des salines considérables existaient dans le bassin de 
la mer Morte et le long du littoral syrien, notamment 
dans le comté de Césarée^ où la tour des Salines, nommée 
aujourd'hui Bordj el Meleh, indique leur emplacement à 
Tembouchure du Nahar Zerka, en face de rochers nommés 
Djeziret el Meleh (1). 

Le souvenir d'autres salines existant jadis sur le littoral, 
près d'Athlit, se retrouve dans le nom de Mellahah, porté 
par leur emplacement. 

La métallurgie paraît s'être bornée, dans les colonies 
latines, à l'industrie des fers (2). 

Aux environs de Baruth, les montagnes du Liban ren- 
fermaient plusieurs gisements assez riches qui furent 
exploités dès le douzième siècle. Ibn Batoutah mentionne 
ce fer comme une des branches importantes des expor- 
tations du port de Barut. 

Edrisi écrit que ces fers du Liban supportaient fort 
bien la trempe, et qu'il s'en faisait un grand usage au 
douzième siècle. Ils servaient à la fabrication des armes 
dans les célèbres ateliers de Damas, dont les ouvriers fu- 
rent emmenés par Timour. 

Mais c'est surtout le royaume de la Petite-Arménie qui 
parait avoir été, au moyen âge, le grand centre de pro- 
duction des fers dans cette contrée, et on en trouve la 
preuve dans les actes contemporains (3). Nous voyons 
entre autres, en 1279, un négociant de l'Aïas expé- 
dier un chargement de fer estimé à 2,500 dirhems d'Ar- 
ménie, et nous savons que le sultan d'Egypte imposa^ 



(1) Cod. DipL, t. I, p. 72. 

(2) Edrisi, t. I, p. 66. 

(3) Arch. de VOrient, Lat. t. I, p. 498. 



224 GHAPITBE X. 

aa roi d'Arménie, un tribut annuel de dix mille fers de 
chevaux. 



Tyr, Antioche, Hébron, Tripoli, Damas et Acre, étaient 
les villes de Syrie où la fabrication du verre atteignit, 
pendant le moyen âge, le plus haut point de perfec- 
tion (1). C'est de ces ateliers que sortirent ces merveil- 
leuses lampes, ces coupes, ces bassins et ces bouteilles en 
verre doré et émaillé, dont nos musées ont conservé de si ^ 
remarquables échantillons. \ 

Les plus anciennes de ces lampes peuvent être attri- ^ 
buées au onzième siècle. Leur ornementation est des plus i 

riches et des plus élégantes. 

Leur surface extérieure était partagée en zones hori- 
zontales, chargées de légendes en caractères ornés de 
rosaces et d'arabesques d'émail aux couleurs les plus 
vives, se détachant sur un fond doré. Parfois encore, sur 
un champ d'émail azur, des inscriptions ressortent en 
grandes lettres blanches. 

Dans les ornements fleuronnés décorant ces verreries, 
apparaissent des animaux héraldiques, tels que des lions, 
des aigles, des mârtichores, etc. 

Parmi les coupes de cette provenance, je ne citerai ici 
que la plus belle pièce connue. C'est le hanap de l'émir 
Beder-ed-din-ed-Dahery, commandant des troupes de 



(1) 6. de Tyr, liv. XIII, chap. 3, p. 559. — Prescobaldi. V. p. 96. — 
Benj. de Todèle. Ed. Ascher, t. I^ p. 63. 



l'abt DmnsTBiEL. 225 

Syrie, sous le règne du sultan Malek-ed-Daher-Bybars, 
dans la seconde moitié du treizième siècle. Ce précieux 
joyau de Témaillerie arabe fait, aujourdhui, partie de la 
belle collection de M. Schefer. La frise, dont il est orné, 
représente une chasse. 

Les drageoirs, les grandes bouteilles à goulot allongé, 
que nous possédons, sont décorés de rosaces fleuronnées 
reliées par des entrelacs dorés. 

Dans d'autres, les émaux se détachent sur un fond d'or 
et sur la panse se voient des légendes en lettres émaillées 
ou des armoiries. 

Les verres dits de l'Irak, qui égalaient, et même sur- 
passaient alors, en réputation, ceux de Syrie, étaient 
fabriqués à Eadisia, près Samara, sur le Tigre, au nord de 
Bagdad. 

Toutes ces belles verreries fournissaient alors un des 
articles de commerce les plus importants entre la Syrie 
et l'Europe, oîi elles étaient importées comme objets de 
grand luxe (1). 

On sait qu'à la suite de la prise de Damas par Ta- 

merlan, ce prince emmena avec lui, à Samarcande, les 

ouvriers verriers, ainsi que les fabricants de poteries 

émaillées qui formaient alors deux des grandes branches 

es plus importantes de l'art industriel en Syrie. 

Il est hors de doute que les manufactures vénitiennes 
de Murano et de Rialto, qui, alors, tiraient leurs verres 
bruts de Syrie pour les refondre et les mettre en œuvre, 
durent appeler à elles des ouvriers syriens pour per- 
fectionner et développer chez elles les procédés des ver- 
riers orientaux (2). 



(1) Lâbârthb. Hist. des Arts industriels , t. IV, p. 540. 

(2) Rby. Rech, hist. et géogr. sur la domin» lat en Orient^ p. 47. 



226 GHÂPITBE X. 

Pendant tout le moyen âge, les verreries apportées de 
Syrie, quel que fût leur lieu de fabrication, étaient dési- 
gnées sous le nom générique de verreries de Damas. 



Au premier rang des produits de Tart industriel arabe, 
appliqué aux métaux, il faut placer ces beaux vases de 
cuivre, de laiton ou de métal d'alliage gravés et damas- 
quinés, couverts d'ornements et d'armoiries finement 
ciselés, chargés d'inscriptions en lettres arabes, longues 
et déliées, dans lesquelles se jouent les arabesques et 
les entrelacs les plus capricieux. 

C'est au douzième siècle qu'il faut attribuer les plus 
anciens de ces cuivres parvenus jusqu'à nous. Mais il 
faudrait remonter bien avant cette date pour retrouver 
les origines de la damasquinerie orientale. 

Les douzième et treizième siècles nous ont laissé beau- 
coup d'objets gravés pour des princes musulmans, et 
même pour des barons francs des colonies latines de 
Syrie. 

A Damas, à Alep, à Tyr, à Tripoli, à Antioche, aussi 
bien qu'au Caire et à Mossoul, ces vases incrustés d'or 
et d'argent vinrent enrichir les mobiliers des princes et 
des particuliers. 

Ce sont de grandes vasques (sedrieh), des coupes, des 
buires, des chandeliers (chemaah), des lampes, des pla- 
teaux, des écritoires et bien d'autres ustensiles propres à 
une foule d'usages. 

Nous en connaissons qui ont appartenu à Nour-ed-din, 
à Salah-ed'din, à Zenghi, et à d'autres sultans vivant à la 
fin du douzième siècle. 



l'abt industriel. 227 

Mais ce fut surtout au treizième que cet art atteignit 
son plus grand développement. 

Voici la manière dont procédaient les damasquineurs 
orientaux pour orner ces cuivres. Après avoir gravé en 
entaille le dessin qui devait être incrusté, de petites enco- 
ches étaient levées, au burin, sur les bords et le fond du 
creux, pour retenir la lame ou le fil de métal d'or ou d'ar- 
gent servant à damasquiner. Il était alors fixé à l'aide du 
marteau, qui le faisait pénétrer de force dans ces enco- 
ches. Cette applique présentait, de la sorte, une surface 
propre à la ciselure. A première vue, on reconnaît sans 
peine que ces vases doivent être rapportés à deux écoles 
qui, pour avoir existé simultanément et avoir eu de fré- 
quents et constants rapports, n'en sont pas moins dis- 
tinctes. 

La première est celle de Mossoul ou du Djezaïreh ; la 
seconde, que je nommerai syrienne, et à laquelle oa peut 
rattacher une longue liste d'artistes fixés dans les villes 
du littoral syrien, eut ses principaux ateliers à Damas et 
au Caire. 

Le géographe arabe Ibn Sayde, mort en 1273, 
dit que^ de son temps, les habitants de Mossoul excel- 
laient dans la fabrication des cuivres damasquinés ; c'est, 
en effet, aux artistes mossoulains que sont dues les 
plus belles pièces de la damasquinerie arabe parvenues 
jusqu'à nous. C'est en Mésopotamie, pays où l'esprit 
musulman avait, de bonne heure, perdu beaucoup de son 
fanatisme, que s'est formée la première école dont le 
caractère le plus frappant est l'emploi constant des figures 
d'hommes et d'animaux, tandis qu'à Damas et au Caire, 
le burin des artistes syriens, se livrant à la même fabri- 
cation, se renferma dans l'ornementation pure et dans la 
lettre. Ce n'est que vers le milieu du treizième siècle 



228 CHAPITBE X. 

que Ton voit apparaître i sur les objets sortis de ces 
ateliers, les animaux héraldiques, tels que l'aigle et la 
martichore. 

Les vases faits, alors, pour les Francs, représentèrent 
parfois, non- seulement des personnages, mais même des 
sujets religieux, et les devises, en caractères ornés, ont 
un sens chrétien. 

Le plus beau spécimen de ce genre^ que je connaisse, 
est un superbe chandelier, exécuté probablement pour une 
église, et sur la base duquel se voit gravé le baptême 
de Jésus-Christ. Ce flambeau, qui fait aujourd'hui partie 
de la collection Goupil, fut exécuté en 1249 par un artiste 
né à Mossoul, nommé Daoud-ben-Soleiman. 

Les chandeliers retrouvés au couvent de Bethléem, il y 
a quelques années, et que Ton peut attribuer à la seconde 
moitié du douzième siècle, présentent de nombreux points 
de ressemblance comme forme, travail et ornementation, 
avec le joli chemaah du sultan Eelaoun publié par Prisse 
d'Avesne. 

Tout semble dénoncer une inspiration et peut-être une 
main orientale dans l'exécution de ces deux chandeliers 
que nous a, récemment, rendus la cachette où, selon toutes 
probabilités, ils avaient été enfouis en 1187. 



L'orfèvrerie dans les principautés franques de Syrie n'a 
été, jusqu'à ce jour, l'objet d'aucune étude spéciale; 
cependant, malgré la rareté des objets de cette prove- 
nance, je ne crois pas pouvoir passer, ici, sous silence, 
une branche aussi importante de l'art industriel. 

Grâce à quelques inventaires, tels que celui d'une partie 
du trésor de la cathédrale de Saint-Pierre d'Antioche, et 



l'abt indubthiel. 229 

aux rares monuments qui nous sont parvenus, j'ose, sans 
trop de témérité, aborder ce sujet. 

Il y avait à Jérusalem une rue exclusivement occupée 
par les orfèvres. 

Le titre de Tor et de l'argent était réglé par une ordon- 
nance du roi (1). 

Les orfèvres entailleurs gravaient les sceaux ; ceux qui 
étaient nommés fers à buller paraissent avoir été en 
métal dur et probablement le plus souvent en acier (2). 

Les lapidaires se servaient du diamant pour graver les 
pierres dures (3). L'Orient, dit M. de Vogué, n'a jamais 
perdu la tradition antique de la gravure sur pierre et le 
savant académicien attribue à des artistes syriens les gra- 
vures, sur pierres dures, d'animaux héraldiques qui ornent 
les chatons de certaines bagues ayant appartenu à des 
seigneurs francs de Terre-Sainte, comme l'anel d'Henry 
de Gaurel, celle qui est conservée dans la collection Piot 
et plusieurs autres qui nous sont connues. 

Ces pierres ont été enchâssées dans un cercle de métal 
sur lequel un graveur français a ajouté la légende dans sa 
propre langue. 

Il n'était pas rare alors, tant en Orient qu'en Occident, 
de voir des entailles antiques ou des camées enchâssés 
dans les bijoux. Ainsi, le contre-scel de Thomas de Ham, 
connétable de Tripoli, et qui, avant lui, avait servi à son 
père, Gérard de Ham, est formé d'une entaille antique 
ovale représentant deux oiseaux affrontés et retournant la 
tête. 



(1) Assis, de Jérus.^ t. II, p. 375. 

(2) Cod. Dipl., t. I, p. 97-285. 

(3) Edrisi, t. I, p. 72. 



230 OHAFITBE X. 

On trouve la mention d'un camée avec des saphirs dans 
un inventaire dressé à Acre en 1266. 

Les orfèvres arabes étaient souvent appelés à faire des 
bijoux pour les seigneurs francs. 

Je me souviens d'avoir vu, en 1860, dans la belle col- 
lection formée à Beyrouth, par M. Péretié, une agrafe de 
manteau en or. Elle avait la forme d'un écu et était ornée 
de deux animaux fantastiques en émail cloisonné; au 
revers se trouvait l'inscription suivante, en caractères 
arabes : t Fait par Saad, l'orfèvre, pour le seigneur chré- 
tien Eiliam (Guillaume). > 

Ce remarquable bijou est malheureusement sorti, peu 
après, des mains de M. Péretié, et toutes mes recherches 
pour savoir ce qu'il était devenu sont demeurées infruc- 
tueuses. 

L'inventaire du trésor de la cathédrale d'Antioche, 
dont j'ai parlé plusieurs fois, et qui remonte à l'année 1209, 
mentionne : 

Une grande croix d'or ornée de perles et pierres pré- 
cieuses. 

Un calice d'or enrichi de pierreries. 

Deux évangéliaires revêtus de reliures d'or garnies de 
pierres et de perles. 

Deux livres des épîtres reliés avec des plaques d'ar- 
gent. 

Un calice d'argent doré. 

Deux peignes d'ivoire. 

Quatre custodes d'argent. 

Un encensoir d'argent. 

Un vase d'argent pour le saint Chrême. 

Une image d'argent (selon toute apparence un buste 
servant de reliquaire). 

Des anneaux d'or ornés de topazes, etc., etc. 




l'aBT IKDU8TBIEL. 231 

Ce document qui, arec les vêtements sacerdotaux, ne 
comprend pas moins de quarante-six articles, doit nous 
donner une idée, au moins partielle, de ce qu'était le 
trésor d'une grande église latine de Syrie, au treizième 
siècle. 

Je crois devoir encore citer ici, à cause de sa prove- 
nance, l'évangéliaire de la reine Melisende, fille de Bau- 
doin II et femme de Foulques d'Anjou, roi de Jérusalem, 
où se trouve Tobit du roi Baudoin IL Ce manuscrit se 
voit, aujourd'hui, au British Muséum, après avoir été 
longtemps conservé à la Grande-Chartreuse de Grenoble. 
La reliure de cet évangéliaire, formée de deux magnifiques 
plaques d'ivoire sculptées et garnies en argent, est du 
plus beau style bysantin ; le dos du livre est fait d'une 
splendide étoffe de soie brochée de croix d'or. 

Au premier coup d'œil, on constate que les orfèvres 
des colonies latines s'inspirèrent complètement de l'art 
bysantin. 

Alors, comme aujourd'hui, les artistes syriens étaient 
fort habiles dans l'emploi des ornements de filigrane, et 
on voit dans le trésor de la cathédrale de Namur, une 
croix provenant de l'abbaye d'Ognies, où elle avait été 
apportée d'Acre par Jacques de Vitry. C'est une croix à 
double traverse, en bois de cèdre, contenant des reliques 
et d'un travail purement oriental. Elle est recouverte de 
feuilles d'argent doré, décorées de filigranes et d'orne- 
ments, exécutés au repoussé, d'un caractère tout à fait 
bysantin ; ce sont des roses à huit pétales et des fleurons; 
les bordures sont ornées de perles. 

Huit médaillons, en émail cloisonné, sont disposés sur le 
montant et les branches de cette croix. Ils représentent 
les évangélistes saint Marc, saint Jean et saint Mathieu, 
puis saint Pierre, saint Paul, et enfin l'archange Gabriel. 



232 CHAPITBE X. 

Le médaillon placé dans la branche supérieure de la 
croix représente le sujet préféré des Bysantins et qu'ils 
appellent la préparation ; c'est un petit autel surmonté 
d'une croix et chargé d'un coussin portant l'évangéliaire. 
Toutes les inscriptions, en caractères grecs, sont en 
émail rouge. Douze turquoises, autant de rubis et un 
grand nombre de jorgons, complètent l'ornementation de 
cette croix. 

On trouve dans le premier volume des Historiens armé' 
niens des Croisades ^ page 641, une curieuse liste de 
pièces d'orfèvrerie, dont le trésor de l'église patriarcale 
de Bom-Ealah avait été enrichi par le catholicos Gré- 
goire Abirad et par plusieurs princes arméniens, mais que 
le catholicos Jean fit fondre en 1204 et dans les années 
suivantes. 

Cette liste mentionne de nombreux vases sacrés, d'or 
et d'argent. Un grand reliquaire orné d'or, d'argent et de 
pierres précieuses qu'avait fait faire le catholicos Nersès 
Schnorali; deux grandes croix d'or enrichies de perles 
et de pierreries, la première donnée par le baron Yasib 
l'autre par le catholicos Grégoire Abirad. Une couver- 
ture d'évangéliaire, garnie de pierres et de perles. Une 
grande lampe d'argent suspendue à la coupole de l'église 
de Saint-Grégoire l'IUuminateur, et un parement d'autel 
en orfèvrerie, don du même prélat. 

Cette nomenclature, ainsi que la description des der- 
nières épaves de ce trésor, donnée par M. Langlois, qui 
les vit au patriarcat de Sis, en 1853, suffisent à montrer 
que pendant la durée du royaume d'Arménie, l'orfèvrerie 
produisit de nombreux monuments, malheureusement 
presque tous perdus aujourd'hui. Cependant, les rares 
spécimens qui subsistent encore témoignent là, comme en 
Syrie, d'une profonde influence bysantine. 



l'ABT INDXrSTBISL. 233 

La pièce capitale de Torfèvrerie médiœvale arménienne 
parvenue jusqu'à nous, est un superbe reliquaire en forme 
de dyptique, que le roi Hethoum fit exécuter à la fin du 
treizième siècle, et qui, après avoir appartenu au trésor 
des catholicos, se trouve à présent dans la collection 
Basilewski. Ce dyptique est en bois recouvert au dedans 
et au dehors de lames de métal doré, repoussées à 
l'étampe et gravées. Ce monument mesure environ 
soixante-quinze centimètres de hauteur sur une largeur un 
peu moindre. Les bords sont décorés de médaillons en bas- 
relief représentant les figures de saint Pierre, saint Gré- 
goire Lussavoritch (l'illuminateur), saint Stratiotis, saint 
Paul, saint Thaddée, saint Yarthan, saint Jacques, saint 
Thomas, saint Simon, saint Esaïe, saint Elle, saint Denis 
Ârdzeban (porte-parole), saint Chrysostôme, saint André, 
saint Philippe, saint Barthélémy, le patriarche Siméon, 
Moïse, saint Siméon, saint Nicolas, saint Ignace, saint 
Bazile, etc., etc. 

Aa centre du dyptique, se voit une arcature ogivale, 
entourée de rinceaux ajourés, chargés de feuilles, de 
fruits et de fleurons, que ferment deux vantaux ornés de 
figures en pied de la Mère de Dieu et de l'archange 
Gabriel^ ainsi que des médaillons de saint Jean^ de saint 
Etienne, de David, et enfin, dans le dernier angle, du roi 
Hethoum. 

En s'ouvrant, ces volets laissent voir une plaque ornée 
de la croix à double traverse, dite Croix d'Outre-mer, 
comme celle de l'abbaye d'Ognies, et derrière laquelle 
étaient placées les reliques que ce dyptique paraît avoir 
été destiné à contenir. 

Des galons perlés et des versets des Saintes-Ecritures, 
en beaux caractères arméniens du moyen âge, complètent 
l'ornementation de cette face du monument, dont le revers 



231 OHAPITSE Z. 

est forme d'ane large plaque d'argent chargée d'une très- 
longne inscription armëDienne, exécutée au repoussé, en 
caractères enchevêtrés, dont M. Dulaurier préparait la 
traduction quand une mort imprévue vint l'enlever è. la 



Bien que ce monument, comme les reliquaires du 
trésor patriarcal de Sis, présente une œuvre d'uo carac- 
tère essentiellement byzantin, il faut cependant recon- 
naître une influence, et peut-être même une main occi- 
dentale dans certains détails de ce dyptique, notamment 
dans les rinceaux qui décorent l'arcature centrale. 




CHAPITRE XI 



État forestier et agricole 



Le régime des terres 



Une esquisse rapide de Tétat forestier et agricole de la 
Syrie, durant les douzième et treizième siècles, est Tintro- 
duction naturelle à ce que je vais dire du régime des 
terres, dans les colonies franques d'Orient. 

Je ne parlerai point ici de l'orographie générale du pays, 
que le lecteur connaît déjà. Je commencerai donc par 
quelques mots sur l'état des forêts (1) qui se rencontraient 
alors; puis j'exposerai ce que nous savons de l'agriculture 
dans ces contrées, pendant le moyen âge. 

Malgré l'aspect stérile et désolé que présentent aujour- 
d'hui les sommets du Liban, ainsi que les montagnes voi- 
sines d'Antioche, le voyageur ne doit pas oublier que toute 
cette région fut jadis couverte de bois ombreux pour la 
plupart consacrés aux dieux de l'Olympe. 



(1) Les forôts de la Syrie furent célèbres dus runtiquité la plus reculi^c. 
Les Assyriens les mentionnent dans leurs inscriptions et portèrent des bois 
du Liban jusqu'à Babylono. Des poutres de cèdre, retrouvées dans les raines 
de Nimroud, se voient, aujourd'nui, au Musée britannique. 



236 OHAPITBE XI. 

En dépit des terribles événements dont ce pays fut le 
théâtre, entre Tinvasion musulmane et la prise d'Antioche 
par les Francs, la Syrie possédait encore, à cette époque, 
une partie des vastes forêts qui s'y voyaient dans l'anti- 
quité. 

Une étude attentive des textes contemporains permet 
d'indiquer, â, peu près, ce qui en subsistait aux douzième et 
treizième siècles. 

La région montagneuse de la principauté d'Antioche 
était, comme de nos jours, la plus boisée de ce pays. 

La montagne Noire, la montagne Admirable et le massif 
du Cassius (1), désigné, alors sous le nom de mont Parlier, 
étaient couverts de forêts assez clairsemées, existant encore 
et dont le pin d'AIep, le cèdre et le chêne vert forment, 
avec quelques chênes zéens, les essences dominantes. 

Aujourd'hui, on peut évaluer à 200,000 hectares la super- 
ficie de ces bois. 

D'autres forêts de pins disparues récemment, et qui, 
dans ces derniers temps, représentaient encore près de 
30,000 hectares, se trouvaient entre Hatab (Aïntab) et 
Mares, au sud-ouest de la seconde de ces villes. Dans ce 
massif, il faut, je crois, reconnaître la forêt de Marris, 
mentionnée par Guillaume de Tyr (2). 

En 1115, les environs de Laodicée (Lattakieh) (3), 
étaient boisés, puisque Paoli a publié une charte relatant 
la concession d'un droit de pacage dans ces forêts, accordée, 
alors, aux religieux de la maison du Mont-Thabor de cette 
ville. 



(1) Edrisi, t. II. p. 132. 

(î) G. do Tyr, L. XVIl, p. 789. 

(3) Cod. DipL^ t. 1, p. 5. 



£tat fobestibb et agbioole. 237 

Les pentes de la montagne des Ansariés, entre Zibel et 
Margat, étaient également couvertes de plantations. On 
trouve mentionnés (1), à la date des années 1210 et 1215, 
les bois avoisinants la première de ces deux villes, et le 
château de la Veille, que f ai identifié avec le Ealaat- 
Mehelbeh. 

Les forêts du territoire (2) de Margat sont également 
citées à plusieurs reprises; et leurs restes se rencontrent 
encore sur les crêtes et le plateau s'étendant à Test de 
cette forteresse, vers Âleïka (nommé alors Laïcas) et 
Eadmous^ entre le Nahar Djabar, au nord, et TQuad 
Djeddeïdeh, au sud. 

En 1182, ces forêts, ainsi que celles dépendant de Va* 
lenie, couvraient encore un canton relevant de Margat et 
nommé Vcdlis Bussa ou Bugia (3), que l'on doit identi- 
fier, je crois, avec le Ouady-er-Rouz, situé entre Âleïka et 
Djebleh. 

D'après les vestiges que j'ai retrouvés de ces bois, je 
crois pouvoir affirmer que les chênes-lièges, ilex pédon- 
cules, les rouvres et les chênes verts en formaient les 
essences dominantes. 

Dans le comté de Tripoli, les croupes Nord du Liban, 
nommées le Dejebel-Akkar, étaient ombragées de pins, de 
genévriers et de chênes mélangés. Ces forêts, très clair- 
semées, ne durent jamais beucoup différer de ce qu'elles 
sont de nos jours. 

Quant à celle de Tortose, qui se retrouve (4) encore au 
sud-est des ruines d'Amrit, elle a été si souvent incen- 



(1) Cod. DipL, p. 77, 99-107. 

(2) Ibid., 73-80. 

(3) Ibid., Loc. cit. 

(4) Hist» occid, des Croisades, t. III, p. 98. 



238 CHAPITRE XI. 

diée et est tellement maltraitée par la dent des troupeaux, 
qu'elle ne forme plus que des massifs de broussailles où 
les espèces blanches dominent. 

Durant l'antiquité, les cèdres, les cyprès et les pins 
abondaient dans le Liban, et, au moyen âge, ces arbres s'y 
rencontraient en grand nombre (1). 

n y avait aussi beaucoup de genévriers de fort grande 
taille, et Jacques de Vitry (2) nous apprend qu'au trei- 
zième siècle, le bois de cet arbre était considéré comme 
incorruptible. 

On en voit encore aujourd'hui de beaux spécimens 
(junipérus excelsa) aux environs d'Âfka et dans le Djebel 
Akkar, où l'inspecteur des forêts de l'eyalet de Beyrouth 
en a fait exploiter, il y a peu de temps, qui lui ont fourni 
des poutres de 10 mètres de long sur un équarrissage de 
60 centimètres. 

Guillaume de Tyr mentionne (3), sous le nom de la Pinée 
ou de la Sapinoie, le bois de pins maritimes existant 
encore aux portes de Beyrouth, et auquel Edrisi (4) 
attribue une étendue de douze milles en tous sens, com- 
prenant sans doute les forêts qui couvraient alors les 
pentes des montagnes, aux environs de cette ville. 

II semble que, dès cette époque, le territoire de la baron- 
nie de Sagette était déjà presque complètement dé- 
boisé (5), car quelques taillis peu importants y sont seuls 
mentionnés dans les dépendances de la seigneurie du 
Schouf. 



(1) Theodoricus, de Locis Sanctis. Ed. Tobler, p. S. 

(2) J. de ViTRY. Ap, Bongars, p. 1100. 

(3) G. de Tyr, p. 475. 
r4) Eduisi, t. I, p. 355. 

(5) Strehlkb, Tab. Ord. TeuU,^. 89-96. 



ÉTAT F0BE8TIEB ET AGBICOLE. 23^ 

Il paraît en avoir été de même pour toute la- partie du 
littoral s'étendant de Tyr à Acre, où on ne trouve quelques 
bois signalés que dans les territoires de Casal-Imbert et 
de Montfort (1). 

Mais la forêt qui couvrait la croupe et le versant occi- 
dental du Djebel-esch-Scheik (2), et s'étendait jusqu'aux 
environs de Bélinas était tellement considérable, que les 
historiens la désignent sous le nom de Silva Universa et 
de Siha Saltus Lïbani (3). La Galilée comptait deux 
massifs de bois sans importance ; l'un près des casaux 
d'Ârrabe, et de Zekkanin, l'autre, qui subsiste encore, s'é- 
tend au sud de Nazareth, sur les collines régnant du 
Mont-Thabor, jusqu'à Schef-Amar le Saphran des chartes 
latines. 

Ces bois, comme ceux qui se voient au sud de Gésa- 
rée (4), et que Ton désignait, au moyen âge, sous le nom 
de forêt d'Arsur, se composent de chênes appartenant aux 
espèces (quercus Gerris et quercus Crinita). Ces arbres, 
fort noueux, sont assez espacés, et leurs tiges ne dépafi* 
sent guère une dizaine de mètres d'élévation. 

Quant aux environs de Jérusalem, ce n'est que dans la 
partie occidentale du territoire de cette ville que se trou- 
vaient des bois de quelque importance (5), vers les casaux 
de Belle-Fontaine, Emmaiis et Saint-Jean-des-Bois. 

Arculf signale, au dixième siècle, des forêts de pins 
s'élevant sur les montagnes qui s'étendent au nord d'Hé- 
bron; elles subsistèrent jusqu'à la fin du quinzième siècle. 



(1) Strehelke. Tab, Ord. TeuU, p. 107. 

(2) G. de Tyr, p. 836-1020, 1052. 

(3) Strehelke, Tab. Ord.Teut,, p. 15-62. 

(4) Cod. DipL, t. I, p. 71. 
(o) Cod. DipL, t. I, p. 45. 

16 



'240 OHAFFFfiE rx. 

An moment de l'arrivée des Francs en Syrie, de grands 
bois de sycomores se voyaient • près d'Âscalon et de 
Gaza (1), mais ils ne tardèrent point à être incendiés, 
durant les luttes dont cette contrée devint alors le théâtre. 

Les cultures agricoles semblent avoir été, alors, à peu 
de chose près, ce qu'elles sont encore, de nos jours, en 
Syrie. 

Dans un passage d'un des actes formant le Cartulaire 
du Saint-Sépulcre (2), et relatif à des dtmes perçues par 
cette église, on trouve la nomenclature des grains culti- 
vés, au douzième siècle, en Terre-Sainte. Le blé, l'orge, 
l'avoine, le dourah, le riz, le millet, les lentilles, les fèves, 
le sezame, l'étaient alors dans ces colonies. 

Nous savons que le coton^ le lin, le carthame, la ga- 
rance, le safran et l'indigo occupaient un rang assez im- 
portant parmi les productions de l'agriculture syrienne. 

La garance dut être une culture propre au comté de 
Tripoli et aux environs de Damas. 

La scamonéese récoltait dans la principauté d'Ântioche, 
et on la trouve désignée sous le nom de scamonea éPAntio- 
éhia. 

Les lins de Naplouse étaient les plus recherchés de la 
Syrie et égalaient ceux d'Egypte. 

L'assolement parait avoir été triennal (3) ; la première 
année la terre était semée en grains, la seconde elle était 
garet et la troisième mazadica ou mazaticha et cultivée 
alors en plantes légumineuses, telles que lentilles, pois 
chiches, lupins, fèves, pois des champs (piselli), fenugrec, 
pastèques, etc., etc. 

(1) Hist, arabes des Croisades, t. III, p. 464. 

(2) Cart. du Saint-Sépulcre, n* 76, p. 152. 

(3) Tafel tît Thomas. Ap. Font. Rer, Aust., t. XIII, p. 372-73. 



fiTAT VOBBSTIRB BT AGfilOOL». 241 

Les fiefs se subdivisaient en casanx, que l'on trouve 
sans cesse cites et décrits dans les chartes de donation et 
d'échange parvenues jusqu'à nous. Le territoire du casai 
se partageait en charrues et en gastines sur le nombre des- 
quelles étaient généralement fixées les redevances dues 
par le casai à la seigneurie dont il dépendait 

En Terre-Sainte, le casai était un hameau ou un village 
habité par les serfs ruraux (rustici), qui groupés en familles 
(foci) cultivaient les terres appartenant au casai. 

Dans les colonies franques, ces serfs ne portaient que 
le joug d'un servage très adouci et pouvaient, grâce 
aux profits de l'agriculture, étendre leur aisance et relever, 
peu à peu, leur condition sociale. Les préposés, comme les 
reïs des casaux, en sont un exemple. Le passage suivant 
extrait de la relation du voyageur Ibn Djobaïr, qui visita 
la Terre-Sainte en 1 184, donne une idée de ce qu'étaient 
les attributions et la situation des reïs : 

• Nous nous arrêtâmes dans un bourg d'Acre (1), distant 
d'une parasange (5 kilomètres et demi) de cette ville. Le 
reïs qui y était chargé de la surveillance était Musul- 
man. Il avait été nommé par les Francs et était préposé 
à l'administration des habitants cultivateurs. Il nous 
réunit, pour un festin, dans une vaste salle de sa propre 
demeure, etc., etc., etc. » 
Dans certains actes, notamment ceux des comtes de 
Tripoli, on voit figurer, sous le titre de Begulus ou Be- 
guU (2), des indigènes qui semblent avoir été chefs des 
villages ou scheiks des territoires sur lesquels étaient 
situés les biens-fonds mentionnés dans ces actes. 



(1) HisU arabes des Crois., t. 111, p. 448. 

(2) Cod, JHpL, t. I, p. 56. 






242 CHAPITBB XI. 

Ce que l'on a dit, au siècle dernier, et assez récem- 
ment encore, du despotisme et de l'intolérance des Francs 
vis-à-vis des populations indigènes de Syrie, se trouve 
donc démenti par les faits , et les historiens arabes eux- 
mêmes sont obligés de reconnaître que leurs coreligion- 
naires fixés dans les provinces littorales de Syrie étaient 
traités avec plus d'équité et de bienveillance par les prin- 
ces latins (1), que ne l'étaient, par les émirs musulmans, 
ceux qui habitaient les pays de l'Islam. 

Les évéques n'exigeaient point la dtme des Sarrazins 
qui tenaient la terre à cens ou à bail (Rustici Sarraceni), 
ni de ceux qui, en qualité de tributaires, résidaient sur le 
territoire des Francs. 

Le casai se divisait en charrues. 

Une annotation marginale de la charte n° 31 du Cartu- 
laire de l'ordre Teutonique fournit l'indication suivante, 
d'un grand intérêt, en ce qu'elle nous donne des notions 
précises sur la contenance exacte de la charrue, en usage 
dans le royaume de Jérusalem : 

« Chascun charue dot havoir XXIII cordes du long et 
XVI cordes du large, et la corde dot avoir XVin toise 
du home mezaine et insi le tout en la secrète du reame 
de Jérusalem par l'asise du reame devant dit. 

« Funis habebit XVIII passus quantum potest medio- 
cris homo capere expansis branchiis, et sic habet consue- 
tudo regni. > 

En attribuant à la mesure dont il est ici question une 
longueur de 1 mètre 62 centimètres (la brasse française), 
qui est celle de la brasse d'un homme de taille moyenne, 
opinion que semble confirmer le mot mezaine^ employé 



(1) Jlist, arabes des Crois.y t. ill, p. 447. 




£tAT F0BE8TIEB ET ÂGBICOLE. 243 

pour indiquer un homme adulte, on arrivé à conclure que 
la charrue contenait environ 31 hectares 25 ares. 

La dime était enfin due au clergé par tous les chré- 
tiens propriétaires de biens-fonds, qu'ils fussent religieux 
ou laïques. Les termes de payement usités dans les colo- 
nies franques de Syrie, étaient à peu près les mêmes qui 
existaient alors en France (1). L'année se partageait eu 
quatre termes : la Saint-Jean-Baptiste, la Saint-Remy 
(2 octobre) ou la Toussaint, Noël et Pâques ; ou en trois, 
généralement, alors, la Saint'Jean, la Sainte-Croix et la 
Chandeleur. 

La Saint-Martin de novembre et la Saint-André parais- 
sent avoir été les termes de payement des censives (2). 

Nous savons que dans le domaine royal et dans la plu- 
part des baronnies, les corvées (angaria) étaient réglées 
à raison d'un jour, chaque année, par charrue de 
terre (3). 

Les actes qui nous sont parvenus paraissent établir que 
les produits des cultures étaient partagés de la manière 
suivante : une part variant du quart au tiers était pré- 
levée par le seigneur, et le surplus appartenait aux 
serfs. 

Pour le casai de Mensara, près de Tyr, composé de 
vingt charrues, voici ce que nous lisons (4) : 

c Dividuntur ita fructus quod nos habemus quartam 
partem et rustici très partes ; et divisione facta habemus 
pro unaquamque caruca unum modium frumenti ultra 
divisionem. > 

Pour lé casai de Hanoe, comprenant quinze charrues, 



(1) Cod. IHpL^ t. I, p. 236, 261, etc., etc. 

(2) Ibid. 

(3) Tafel et Thomas. Font, Rer, Atist,, t. XIII, p. 375. 

(4) Ihid., p. %7i et soiv. 



244 CHAPITBE XI. 

Quant aox faisances oq redevances en nature qu'à trois 
époques de Tannée, Noël, l'entrée du Carême et Pâques, 
les paysans apportaient à leur seigneur , on sait que 
pour les casaux possédés par les Vénitiens, dans le terri- 
toire de Tyr, elles consistaient, à chaque terme, en une 
poule, douze œufs, un demi-rotole de fromage et douze 
besans ou une charge de bois par charrue de terre 
cultivée (1). 

C'était le seigneur qui fournissait le blé quand il y 
avait lieu de «enouveler les semences, et à cette occasion, 
le tenancier lui devait une faisance extraordinaire d'un 
poulet par charrue. 

Les jardins (orti, jardini, cortilli) destinés à fournir des 
légumes, des fruits et des herbes aux habitants, se trou- 
vaient généralement placés aux abords des villes et autour 
des villages, sur le bord des ruisseaux, ou bien étaient 
pourvus de puits et de norias destinés à l'arrosement. Le 
plus souvent, ces jardins contenaient des bâtiments d'ha- 



dont les Vénitiens possédaient un tiers, les deux autres 
appartenant à l'abbaye (Templum Domini) : 

c Dividitur fructus ita quod nos habemus terciam par- 
tem et rustici duas partes. • 

Il en était de même pour le casai de Theiretenne. 

Au casai de Homeire : 

« Habemus quartam partem et rustici très partes. • 

c Est consuetudo, quod mutuatur frumentum rusticis 
qui manent in casalibus commnnis ad hoc ut melius ^terra 
seminetur. Et ipsi cum accipiunt quantum sit eis necesse, 
tribuunt ab honorem curie pro qualibet caruca unum pul- 
lum parvum. » 



(1) Tafbl et Thomas. Font, Rer. A%Mt„ t. XIU, p. 37^ 



ÉTAT F0BB8TIEB BT AGHICOLE. 245 

bitation pour les gardiens, des granges ou des pressoirs, 
et parfois^ comme à Jéricho et à Acre, ils étaient protégés 
par des tours de défense (1). 

L'irrigation de ces jardins et des caltures qui en dépen- 
daient se faisait comme de nos jours et parait avoir été 
réglée de la même manière (2). 

Ces courtils, comme les nomment les chartes , devaient 
être tout à fait semblables à ceux que nous voyons aujour- 
d'hui^ c'est-à-dire qu'ils tenaient plus du verger que du 
jardin proprement dit (3). 

Les auteurs contemporains citent le grenadier, qu'ils 
nomment pomme d'Adam, plusieurs espèces de limons, 
notamment le citron doux, désigné alors sous le nom de 
citron d'Antioche, l'oranger, le cédrat, l'amandier, di- 
verses espèces de figuiers, les pêchers en plein vent, et 
une foule d'autres arbres qu'il serait trop long d'énu- 
mérer ici. 

On y cultivait divers arbustes et plantes à fleurs aro- 
matiques, comme le rosier, l'accacia, le cassis, la giro- 
flée, le lis, le basilic, le narcisse, la violette, le nénuphar 
blanc, le henneh, etc., etc. (4). 

Ainsi que de nos jours, les oliviers formaient^ sous le 
nom d'olivettes, des plantations considérables établies, 
généralement, à la base des collines, là où la terre végé- 
tale s'est amassée de longue date, de manière à former 
un sol fertile convenant à ces arbres, dont chacun payait 
une tsae (5). 



(1) Rby. Mém. de la Soc. des Antiq, de France, t. XXXIX, p. 118. 

(2) Cod.Dipl., 1. 1, p. 170-178. 

(8) Mas. Lat. Hisi. de Chypre, t. lU, p. 292. 

(4) Ibn AoDAM. Agriculture arabe, l, II, p. 260, 290. 

(5) Cod. JDipl,. U I, p. 11. 



246 CHAPITRB XI, 

L'archevêché de Tyr possédait deux mille quarante 
oliviers (1). 

Dans l'antiquité et . au moyen âge, le palmier dattier 
était cultivé dans presque toute la Syrie. Mais on peut 
dire que cette culture présentait deux groupes princi- 
paux (2). 

Le premier, composé des districts voisins de Homs et 
de Palmyre, où Ton cultive encore le dattier. 

Le second, comprenant le Rhor, ou vallée du Jourdain 
et de la mer Morte, sur la rive orientale de laquelle on 
en voit encore d'assez beaux, entre le Zerka-Maïn et 
TArnon. Mais, au moyen âge, les plus importantes plan- 
tations de palmiers se trouvaient autour du Bessan, puis 
entre Phesech et Jéricho, et les dattes qu'elles produi- 
saient étaient renommées comme les meilleures de la 
Syrie. 

M. Guérin a retrouvé, tout le long de la vallée du Jour- 
dain, et notamment à Djerm el Mouz, ainsi qu'à l'Aïn 
Fasaïl, les traces des aqueducs servant à irriguer les 
belles cultures, qui faisaient alors de cette riche vallée le 
jardin de la Palestine (3). 

On sait, par Âbdallisitif, que la culture du mauz ou 
bananier (musa pcMradisi), nommée par Jacques de Vi- 
try (4) arbre de paradis, était également fort répandue 
dans cette région. 

Parmi les légumes, on trouvait les melons verts, et le 
botaniste arabe, Ibn-Beïthar, dit, au treizième siècle, que 



(1) Tafel et Thomas. Ap, Font. Rer. Aii^U, t. XIII, p. 284. 

(2) Ibn Khordadbeh. Trad. Barbier de Meynard. Ap, Journal asiat, 

(3) V. GuâRiN. Oalilée, t. 1, p. 288. 

(4) J. de ViTRY. Ap, Bougars, p. 1099. 



£tat tohbstieb bt agbigolb. 247 

ceux de Safed étaient les meilleors de toute lae Syri; 
les CQncombreSy les courges, les bahamia (hibiscus escu* 
lentus), enfin une plante comestible nommée par les 
Assises de Jérusciem (1) les esparaies, et qui, sous le nom 
d'asperges, se cultive encore dans nos jardins. Mais j'arrA- 
terai ici cette fastidieuse nomenclature. 

Diverses espèces de baumiers {amyris gileadensis et 
amyris opobàlsamum) se montraient en grand nombre 
dans les jardins d'Engaddi et de Jéricho. 

Nous savons par Burchard de Mont-Sion que la culture 
du baumier exigeait de fréquents arrosages. Or, en visi- 
tant, en 1858, le site d'Engaddi, nommé maintenant Âln 
Djeddy, j'ai retrouvé des réservoirs et des traces de con- 
duits destinés à l'irrigation des cultures étagées en gra- 
dins. 

J'ai également vu, encore intacts, plusieurs des escaliers 
qui faisaient communiquer ces terrasses entre elles. On 
trouvait dans cette contrée, où il est encore commun, et 
jusqu'au mont Sinaï, Tarbrisseau nommé ntix behen ou 
baume d'Âaron, dont l'huile servait de base à la fabri- 
cation des baumes. 

Pierre Selon, qui visita vers 1540 les cultures de 
baume existant à Matharieh, en Egypte, nous apprend 
que l'arbrisseau qui le produit se taille comme la vigne, 
et les branches coupées formaient les rudiments des ra- 
meaux à venir (2). 

Les couvents grecs de Saint-Gérasime, de Notre-Dame 
de Galamoun et de Saint-Michel archange, qui s'élevaient 
alors sur les bords du Jourdain, étaient entourés de 



(1) Ass, de Jérusalem, t. II, p. 174. 

(2) P. Belon, p. iiO. 



248 CHAFITBB XI. 

Tastes jardins irrigués avec soin et ombragés de nom- 
breux arbres des espèces les plus diverses, mais parmi 
lesquelles dominait le palmier. 

Edrisi parle de Tindigo, alors cultivé dans le Rhor du 
Jourdain. Cette vallée était, au douzième siècle, un des 
centres les plus importants de la culture de la canne à 
sucre, qui, exemptée de la dlme et fort encouragée par 
les princes latins, se développa très-rapidement sur tout 
le littoral de la Syrie, notamment dans la campagne de 
Tyr et de Tripoli. 

Les deux espèces de cannes produites aux environs 
d'Acre et de Tyr étaient le mostar et la jeny (1). 

Les Syriens savaient en cristalliser le jus, bien avant 
l'arrivée des Francs en Terre-Sainte. 

Les ouvriers sucriers de Tyr étaient les plus habiles de 
la Palestine, et en 1239, Tempereur Frédéric II fit venir 
en Sicile plusieurs de ces artisans pour y perfectionner les 
procédés usités jusqu'alors (2). 

Les sucres de Tyr, dit le célèbre chroniqueur (3), for- 
maient un des principaux articles du commerce de cette 
ville. 

La partie du bassin du lac Asphaltite, nommée Rhor 
Safieh et Bhor Mezrâa, était alors occupée par de vastes 
plantations de cannes à sucre, dont les produits étaient 
désignés sous la dénomination de sucres du Krak et de 
Montréal. 

Traversant TOuad-es-Saphieh en 1809, Burkhardt 
trouva les ruines de moulins à cannes remontant à 



(1) Bey. Rech, sur la Dom. laU en Orient^ p. 38. 

(2) H. Breholles, t. V, I'" partie, p. 574. 
03) G. de Tyr, 1. XIII, ch. 3, p. 835. 



ÉTAT F0BE8TIBB BT AGBIOOLE. 249 

répoque médiœvale et appelés encore Taouah'in-ez*Zoukkar 
(les moulins à sucre). 

On voit non loin de la fontaine d'Elysée, à Jéricho, les 
restes de deux grands * moulins à cannes, datant aussi du 
moyen âge, voûtés en ogive et nommés également Taoua- 
hïn-eZ'Zoukkar. 

Les Latins avaient conservé à ces moulins le nom arabe 
de Masaria (1). 

Les. empereurs bysantins avaient favorisé^ de tout leur 
pouvoir, le développement de la culture du mûrier en 
Syrie. Aussi, quand les Arabes s'en rendirent maîtres, 
était-elle déjà comptée comme un des principaux centres • 
de production de la soie (2). 

De leur côté, les négociants européens poussaient éner- 
giquement à I9 culture du coton, qui ne tarda pas à 
prendre un grand développement dans les principautés 
d'Edesse, d'Ântioche, et dans le royaume de la Petite- 
Arménie (3). 

Dès 1140, on trouve mentionnée l'importation à Gênes, 
des cotons de la principauté d'Antioche. C'était des en- 
virons de Ghorighos et d'Adana, dans le royaume d'Ar- 
ménie, qu'on tirait la plus grande quantité de coton. Mais, 
le coton nain semble alors, comme de nos jours, avoir été 
cultivé de préférence en Syrie, aux environs de Laodicée, 
de Tripoli, de Damas et d'Acre. 

Les cotons produits par les principautés latines étaient 
exportés, partie en matière brute, partie déjà mis en 
œuvre dans les ateliers syriens. 



(1) Tafbl et Thomas. Ap, Font. Rer. Aust., t. XIII, p. 368. 

(2) Parisbt. Hist. de la Soie, t. II, p. 12. 

(3) Liber, Jurium^ t. I^ p. 71 et suiv. 



250 CHAPITBE XI. 

On cultivait la vigne dans tonte la Syrie, mais particu* 
lièrement dans la principauté d'Antioche et le comté de 
Tripoli. Les vins de La Liche, célèbres dès l'antiquité, 
ceux de Nephin et du Boutron étaient les plus estimés de 
cette contrée (1). 

Burchard de Mont-Sion signale dans la relation de son 
pèlerinage en Terre-Sainte une méthode de taille, qu'il 
trouva en usage à Tortose, et par suite de laquelle cer- 
taines vignes portaient trois récoltes la même année (2). 

Des vignobles considérables se rencontraient encore 
dans la seigneurie de Sagette, aux environs de Tyr et en 
GaUlée (3). 

Parmi les. droits payés à l'entrée de la ville d'Acre, 
on trouve la mention de celui perçu sur les vins d'An- 
tioche, de Nazareth, du Saphran de Cayphas et de Casai 
Imbert (4). 

En 1185, le pèlerin Théodoricus cite les vignes de Jé- 
richo. 

Phocas trouva un magnifique vignoble (5) parmi les 
dépendances de l'abbaye de Sainte-Croix, possédée par 
les Géorgiens — Mais le plus célèbre de la Terre-Sainte, 
était, à cette époque^ celui d'Engaddi, au bord de la mer 
Morte ; il existait encore au quinzième siècle, et Hassel- 
quist, qui visita les ruines de ce village en 1739, y vit 
encore des vignes. En 1858, pendant mon séjour à En- 
gaddi, je n'en trouvai plus aucune. 



(1) Wnb. d*0LDuaocK6. ^p. XatireiU, p. 168. 

(T; BncHAED 01 MoNT-Siox. Ap. Laurent, p. 88. 

(3) n)ùi., p. à7-88. 

(1) Ass. de Jérus, L II, p. 180. 

v5) Sist, grec* des Crois», L I, p. 548. 



fiTAT FOBBSTnSB XT AGBI(X>IiB. 251 

Un passage fort intéressant de Ludolphe de Suchen 
relate que les Templiers transportèrent des cépages pro* 
venant d'Engaddi dans leur domaine de Chypre, situé près 
de la ville de Baphe, et le pèlerin allemand dit qu'il ne 
compta pas moins de dix espèces de raisins cultivés dans 
cet enclos. 

L'existence de vignobles considérables, qui, dans la se- 
conde moitié du treizième siècle, se voyaient autour de 
Bethléem, est signalée par Burchard de Mont-Sion (1). 

Dans les colonies franques de Syrie, le produit des vi- 
gnes semble avoir été partagé de la manière suivante : le 
premier tiers au maître, et les deux autres *aux vigne- 
rons (2). 

Il y a tout lieu de penser que, durant les Croisades, la 
culture des vignes de Syrie devait avoir bien des points 
de ressemblance avec celle des vignobles que nous voyons 
encore dans l'Ile de Chypre, non-seulement comme nature 
de produits, mais comme méthode de culture des ceps et 
de fabrication des vins. 

Pour la délimitation des terres, outre les accidents na-* 
turels, comme les cours d'eau, les ravins ou les escarpe- 
ments de rocher, on trouve souvent dans les chartes de 
cession, de vente ou d'échange qui composent les Cartu- 
laires de Terre-Sainte la mention de bornes sur lesquelles 
étaient incisées des croix -, des marques analogues faites 
sur des rochers (3) et dont des exemples se voient encore, 
de nos jours, aux environs de Cayphas, où j'en ai retrouvé 
plusieurs; enfin, des croix et des bornes en pierre, plantés 



(1) Loco Citato. 

(2) Tafbl kt Thomas. Ap. Font. Rer. Aust., t. 13, p. 389-385. 

(3) Cart. du Saint-Sépulcre, n* 71, p. 144. 



S52 OHAPfTBX XI. 

an limites des possessions, sous lesquelles on avait placé 
dn charbon (1), usage évidemment d'origine occidentale, 
et qui s'est conservé jusqu'à nous, dans certaines provinces 
de France. 



Les f aies et les ekemins 



Les villes, les forteresses et les casaux étaient reliés par 
un réseau de routes et de chemins. 

Les Francs semblent s'être assez préoccupés de la sur- 
veillance de ces voies, dont les corvées (angaria) assu- 
raient l'entretien. 

Dans son voyage en Syrie vers 1184, Ibn Djobaïr (2) 
signale le grand mouvement des caravanes, existant entre 
Damas et Acre. Elles suivaient la route par Tibériade, qui 
était la plus fréquentée et la plus commode. 

Les péages prélevés sur ces chemins étaient une source 
de revenus pour les grands vassaux, chargés de leur po- 
lice et de leur entretien. Aussi, dans les donations de 
casaux, faites aux ordres religieux (3), voyons-nous les 
seigneurs se réserver, avec grand soin, la surveillance et 
la juridiction des voies de communication. 

Nous remarquons encore, dans la relation dlbn Djobaïr, 
un curieux exemple de la manière dont s'exerçait alors 



(1) Stbbhelke, Tab, Ord, Teut,^ n* 46, p. 38. 

(2) Hist. arabes des Crois., t. II p. 446. 

(3) Cod. DipL, t. I, p. 150. 



LEfi VOIBS ST^LBB CHEMINS. 258 

cette police des chemins ; c'est toujours de la route de 
Damas à Acre que parle le voyageur arabe : « La limite 
des territoires francs et musulmans était un gros chêne, 
nommé chêne de la BalcMce, situé au bord de la route, à 
mi-chemin entre Beit DJenn et Bélinas. 

« Les Francs se trouvaient responsables de la police de 
la route, à partir de cet arbre, et les Musulmans Pétaient 
de leur côté, pour la route se dirigeant vers Damas. • 

Dans son mémoire sur le régime des terres dans les 
principautés franques de Syrie, M. le comte Beugnot fait 
remarquer que l'Assise de Baudouin II met au nombre 
des cas devant faire perdre à un baron son fief, l'ouver- 
ture d'une route facilitant aux Sarrasins Tinvasion des 
pays occupés par les Francs. 

Ce qui prouve que, déjà alors, les seigneurs s'effor- 
çaient d'étendre les voies de communication existant dans 
leurs domaines. 

En. temps de trêve, ces routes étaient très fréquentées 
par les caravanes venues des pays musulmans (1) : ces 
dernières avaient l'habitude de camper en dehors des vil- 
les, et chaque seigneur les faisait garder et convoyer sur 
ses terres, percevant un droit de transit en retour de sa 
protection. 

Ces voies de communication se divisant en Vite Regales 
en chemins royaux et Vice MagntSj communes ou publictSy 
c'étaient les chemins ordinaires^ et nous les trouvons parfois 
désignés sous le nom de Vite Vicinales^ ou chemins vici- 
naux. Les tracés de quelques-uns de ces chemins sont con- 
nus, et on peut encore les suivre, grâce aux ponts cons- 



(1) Mas. Lat. Chron, d*Enoul et Bernard le trésorier^ p. 54-96. 



264 OHAPITBE XI. 

traits par les Francs pour faciliter le passage de certains 
cours d'eau. 

La route d'Acre à Jérusalem traversait Recordane, le 
Saphran^ le Gaymont, le Lion^ le Grand-Gérin, Naples et 
la Grande-Mahomerie. 

Un autre chemin réunissait Acre à Nazareth, en passant 
par le Saphran et Sephorie (1). — Acre communiquait 
encore avec Damas, par une voie analogue traversant 
Touran, Tabarie, Bélinas et Betgenne (2), point oii elle 
franchissait la frontière des provinces latines pour s'enga- 
ger sur le territoire de Damas. C*est à Bélinas (3) que se 
raccordait à cette route celle de Tyr à Damas, par le 
Teron, Château-Neuf et Mecïa. 

Les chemins royaux, qui, généralement, remplaçaient 
les anciennes voies romaines, encore reconnaissables au- 
jourd'hui, semblent avoir été carrossables. Quant aux 
autres, il y a tout lieu de penser que ce ne furent que des 
routes muletières. 

On trouve désignées sous le nom de Viœ Moâritimœ^ 
celles qui suivaient le littoral (4). 

J'ai dit ailleurs qu'en temps de trêve les caravanes se 
rendant d'Egypte à Damas et dans les villes musulmanes 
du nord de la Syrie traversaient les provinces francques 
en acquittant certains droits sur les marchandises qu'elles 
transportaient 

Ces péages, partagés entre vassal et suzerain, formaient 
un des principaux revenus de la couronne, et, en 1162, 



(1) Odsric. ds Fqro iDLn ap. Laurent, p. 146. 

(2) BisU arabes des Croisades^ t. III, p. 446. 

(3) Ibid. 

(4) Strehblks, Tàb, Ord, Teut,^ p. 51. 



LBS VOIES ET LES CHXMOfS. 255 

OQ les voit soigneusement réservés par le roi Baa- 
doin m (1). 

Les lins d'Egypte que l'on portait & Damas, où ils étaient 
travaillés, constituaient un des priDcipaux articles de ce 
transit (2). 

Je me bonierai à indiquer ici les deux itinéraires suivis 
par les caravanes à travers le domaine royal. Le premier, 
partant du Daruro, poste avancé vers l'Egypte, passait par 
Gadres, Forbie, Ghaco, le Grand-Gérin et la plaine d'Es- 
draelon (3). L'antre, dont j'ai déjà dit quelques mots, après 
avoir traversé la seigneurie de Karak, gagnait Damas par 
la terre d'Oultre Jourdain et Bostra. 




(1) Le Mt dn irandl des «ravanea arabes par le terrlbdre de* Fnnet eit 
dlabli dèg l'aonëe 1110. - Sitt. arabes des Croisades, x. UI, p. 498. 
(3) Asi. de Jérw., t. II, p. 118. 
<3) Bdbcurd dk Mont^on, Ap. Laurent, p. 30. 

17 



CHAPITRE XII 



Etat financier 



L'état financier des colonies latines est un des points 
sur lesquels se sont le moins portées les recherches des 
érudits. 

On sait que l'administration des finances de chaque 
principauté ou grande baronnie était nommée la secrète^ 
et que le chef du service financier était appelé baiUi de 
la secrète. Il avait sous ses ordres un personnel de rece- 
veurs, qu'on désignait sous le nom d'écrivains, et sur 
lesquels nous n'avons, jusqu'à ce jour, que peu de ren- 
seignements. 

Je vais passer en revue, ici, ce que l'on connaît des 
droits, tailles et péages formant les ressources du roi et 
des grands feudataires. 

Je citerai, en première ligne, les droits de douane per- 
çus à l'entrée et à la sortie des villes sur les marchan- 
dises importées ou exportées. 



258 CHAPITRE XU. 

La liste des articles sur lesquels il était perçu un droit 
à Acre, soit à rentrée, soit à la sortie, et qui se trouve 
au tome II des Assises de Jérusalem^ ne comprend pas 
moins de cent onze objets. Certaines variantes du texte 
des Assises et d'autres recherches me permettent d'y 
ajouter seize ou dix-huit articles. Il faut y joindre encore 
les droits perçus sur les marchés; car, en 1172, Bohé- 
mond, prince d'Antioche, attribua à THôpital une rente 
de neuf cents besans à prendre in fundo frudus de la ville 
de la Liche ou Laodicée (1). 

Le passage suivant, extrait d'Ibn Djobaïr, montre ce 
qu'était la douane de la ville d'Acre en 1184. 

c En arrivant (à Acre), on nous conduisit au déouan 
(douane), qui est un caravan sérail destiné à recevoir les 
caravanes (2). Vis-à-vis de la porte, il y a des bancs 
recouverts de tapis où se tiennent les scribes du déouan, 
qui sont chrétiens ; ils ont des encriers, en ébène, dorés et 
bien ornés et font les écritures en arabe, langue qu'ils 
parlent également. Celui qui est à leur tête, et qui est 
fermier de la douane, s'appelle simplement chef, titre tiré 
de l'importance de sa charge. Tout ce qui est perçu par 
eux appartient au fermier des douanes^ qui paie une très 
forte somme au gouvernement. Ce fut dans ce lieu que 
les marchands de notre compagnie transportèrent leurs 
marchandises, et ils s'installèrent à l'étage supérieur de 
l'édifice. Quant aux gens qui n'avaient pas de marchan- 
dises, on examina leurs bagages pour s'assurer qu'ils ne 
contenaient rien (qui fût passible des droits), puis on les 
laissa aller. On procéda à ces opérations avec douceur et 
mansuétude, sans aucune violence ni surcharge, etc. > 



(4) Cod, DipL, t. I, n' i95, p, 242. 

(2) Hist. arabes des Crois., t. III, p. 449. 



ÉTAT FINANGIEB. 269 

Les droits d'entrée perças sur les objets venant par 
mer étaient nommées la chaîne. A en juger par les nom- 
breuses rentes basées sur ce revenu et par les dépenses 
qui y étaient imputées, il devait atteindre un chiffre très 
considérable dans les villes maritimes importantes. 

Les droits acquittés par les marchandises en tran- 
sit (1). 

Les taxes et les droits que payaient les nombreuses 
caravanes traversant les territoires possédés par les 
Francs, ainsi que certains péages acquittés aux limites des 
principautés ou de certaines grandes seigneuries (2). 

C'était au Darum que les caravanes venant d'Egypte 
étaient tenues d'acquitter le péage à leur entrée sur le 
territoire du domaine royal (3). 

Parmi ces mêmes péages, je citerai encore celui qui 
était établi au Pont-de-Fer, là où la route d'Antioche à 
Alep franchissait l'Oronte, puis un autre placé à l'extré- 
mité opposée de cette principauté, sur la route maritime 
au pied du château de Margat (4). Là, une muraille se 
détachant des ouvrages avancés de la forteresse, descen- 
dait vers la mer. Elle était percée d'une porte dominée 
par une tour, subsistant encore aujourd^ui, nommée 
Bordj-es-Sabi. Par là passait, en acquittant un droit, tout 
ce qui suivait la route de Valenie à Maraclée. 

Des traces de portes analogues barrant les routes^ et 
au passage desquelles un droit était perçu, se voient 
encore dans plusieurs endroits, notamment au Ouady 
Amrit, sur la route de Tortose au Erak-des-Ghevaliers; 



(1) Tàfkl et Thomas. Ap. Font. Rer. Aust,, L XIU, p. 397. 

(2) Cod. JHpl., t. I, p. 72. 

(3) G. de Ttr, p. 97S. 

(4) Cod. DipL, t. I, p. 123. 



960 CHAPITBE XU. 

aa petit fort gardant le passage du fleuve da Chien, et sur 
bien d'autres points (1). 

On trouve fréquemment en Syrie des restes de tours, 
du moyen âge, placées à des passages étroits ou à des 
défilés, et ayant servi, ici comme en Europe, à assurer 
des péages. Leurs ruines sont encore désignées sous le 
nom de Bordj-el-Ghafar, ou tour du Péage. La tour d'En- 
Nakoura, au pied du cap Blanc, est dans ce cas. Ibn Djo- 
baïr signale le péage qui était acquitté au château de 
Toron (2). 

Une charte arménienne, datée de Tannée 1271, et 
publiée, il y a peu d'années, par le savant Père Léon 
Alischan, vicaire général des Mékitharistes, signale un de 
ces péages possédé par les chevaliers de Tordre Teuto- 
nique, près d'un fort, nommé la Tour Noire, dépendant 
de la seigneurie de Servantikar, dans le royaume de la 
Petite-Arménie (3). 

Dans le traité conclu le 23 décembre 1288, entre la 
république de Gênes et le roi Léon III d'Arménie (4), il 
est question d'un semblable péage qui se trouvait entre 
TAlas (Laïazzo) et la forteresse de Gouglag. 

Je crois devoir transcrire ici le passage du traité qui 
complétera cette partie de mon travail. 

i Le droit de péage, établi entre TAïas et Gouglag^ est 
fixé de cette manière : la soie paiera pour une charge 
vingt-cinq nouveaux direm; les draps de soie pour une 
charge de chameau, aussi vingt-cinq nouveaux direm. 



(1) Edrisi, t. 1, p. 356. 

(2) Hist. arabes des Crois., t. III, p. 446. 

(3) L. Alishan. Le Pacte de Servantikar, 

(4) V, Lamglois. Cart, d'Arménie, p. 189, 



ÉTAT ÏINAKCIBB. 261 

Quant à Tindigo et aux drogueries, excepté le poivref le 
gingembre et le bois de Brazil, on paiera pour tout le 
reste vingt-cinq nouveaux direm par charge de chameaUi 
dix-neuf par charge de mulet, seize par charge d'ftne; 
pour le poivre, le gingembre et le bois de Brazil, vingt 
nouveaux direm par charge de chameau ; pour toutes les 
étoffes du pays des Franks, soit grosses, soit fines, qui 
viennent de cette contrée, et pour toutes les toiles com- 
munes ou fines qui en viennent aussi, on paiera vingt 
nouveaux direms par charge de chameau; toutes les 
charges qui paieront vingt nouveaux darem par charge 
de chameau, en paieront quinze par charge de mulet et 
douze par charge d'âne. Le coton, le sucre, le vif-argent, 
le corail, Tétain, le cuivre et toutes les autres choses 
paieront par charge de chameau quinze nouveaux direm ; 
par charge de mulet douze, par charge d'âne neuf. Le 
savon paiera par charge de chameau dix nouveaux direm; 
par charge de mulet, huit et sept par charge d'âne. • 

Les fermes ou monopoles de certaines industries, for- 
maient également une des branches les plus sérieuses des 
revenus publics. 

La teinturerie, généralement affermée aux Juifs. 
Le mesurage des grains, des vins et des huiles. 
La tannerie. 

La brasserie (ou fabrication du vin de cervoise). 
La boucherie et le droit d'abattage des porcs, nommé 
tuazo, et qui s'élevait â quatre deniers par tête. 
La pescherie. 
La savonnerie. 
La verrerie. 

La chaufoumerie ou fabrication de la chaux. 
La fabrication de l'huile de Sésame. 



262 CHAPITRE XU. 

Il faut encore compter la tercerie, payée pour le nolis 
des navires (1). 

Les droits d'ancrage étaient très-régulièrement perçus 
dans les ports des principautés franques de Syrie (2), et 
On voit, en 1223, Jean d'Ibelin, seigneur de Barut, 
concéder aux Génois l'exemption de ce droit, comme un 
privilège important. 

Les tailles acquittées par les indigènes (3), tàlUam 
surianorumy etc., sont également mentionnées dans les 
textes. 

Les capitations payées par les Musulmans, dont parle 
Ibn Djobalr, et par les Juifs formaient les principales 
branches ordinaires du revenu public (4). 

Outre ces diverses ressources, le trésor royal avait 
enclore recours, dans certains cas^ à la levée des tailles 
extraordinaires pour un objet déterminé. 

La plus importante, qui nous soit connue, est celle 
levée en 1182, pour faire face aux nécessités de la défense 
du royaume (5). 

Cette taxe fut payée par tous les habitants du domaine 
royal, à raison de deux pour cent de leurs revenus et au 
même taux sur la valeur des meubles et des marchandises 
emmagasinées. 

Les églises et les monastères y furent soumis comme la 
noblesse et la bourgeoisie. 

Les soudées furent elles-mêmes frappées d'une taxe de 



(1) Rech, sur la Dom, laU en Orient^ p. 47. 

(2) Lxb. Jurium, t. 1, p. 687. 

(3) Cod. Dipl., U I, n* 198, p. 242. 

(4) Tafbl et Thomas. Ap. Font. Rer. AusU^ t. XllI^ p. S59. 
(K) G. de Tyb, p. 1112. 



ÉTAT EINAKCIEB. 263 

un pour cent, et les possesseurs de casaux eurent à lever 
un besan par feu sur leurs serfs. 

Ces sommes étaient encaissées par l'écrivain des 
tailles et furent déposées à Jérusalem et à Acre. 

On trouve encore la mention d'autres taxes extraor- 
dinaires, levées, les unes pour Tarmement de galères, 
les autres pour la construction de murailles et de tours ; 
enfin une pour l'arsenal de Famagouste (1). 

La fortune personnelle de certains barons latins parait 
avoir été fort considérable; car, outre les revenus de 
leurs seigneuries, chaque expédition heureuse les enri- 
chissait de butin. Puis, bientôt, rétablissement des con- 
sulats et l'octroi des franchises commerciales, chèrement 
payées par les cités maritimes de l'Occident, le dévelop- 
pement du commerce de l'Italie, de la France et de 
l'Espagne avec la Syrie, qui en fut la conséquence, 
devinrent pour leurs sujets, tant orientaux qu'occidentaux, 
ainsi que pour eux-mêmes, l'origine d'une grande opu- 
lence. 

Je n'en citerai que quelques exemples-, ainsi, on 
voit, au mois de septembre 1218 (2), Guy de Giblet 
prêter au roi Jean de Brienne, au camp devant Damiette, 
une somme de 50,000 besans sarrazins, et en 1228, le 
même seigneur prêtait encore 30,000 besans à l'empe- 
reur Frédéric II, au moment de son arrivée en Terre- 
Sainte (3). 

En 1241, Amadi estime le revenu du Toron, dont Phi- 
lippe de Montfort était alors seigneur, à 60,000 besans 
sarrazinas (4), 
•^ — 

(1) Ass, de Jérus,, t. II, p. 378. 

(2) ConU de G. de Tyr, p. 332. 

(3) Mas. Lat. Hist. de Chypre, t. 1, p. 238. 

(4) Amadi. Chron, de Chypre^ fol. 145, 



264 



OHAPITBE Xn. 



Au moment de ta cession de Chypre au roi Quy de 
Lusignan, en 1192, Sais, bourgeois syrien de Tripoli, 
et Jean de la Monoie, assistés de quelques autres, prêtè- 
rent à ce prince une somme de 60,000 besans sarra- 
zinae (1). 

On peut se faire une idée des richesses apportées 
en Syrie par le commerce de rextrême Orient, en lisant 
dans la chronique de Mâcheras ce qu'il dit du luxe 
régnant chez certains marchands syriens de Famagouste, 
entre les mains desquels était passé le commerce d'An- 
tioche, de Jripoli, d'Acre et de Tyr (2). 

Les quatre grands ateliers monétaires des principautés 
latines furent à Tyr, a Acre à Tripoh et a Antioche. 
C'est là, qu'on frappait les besans sarrazinois imitations 
des besans fatimites mais qui bientôt portèrent des 




(1) Cont. de G. de Tyr, p. 1B7. 
(3) Uàchbris. C)w<m. de Chyprt 



Ed. Uilier, p. 53. 



ÉTAT VIMANOIBB. 265 

devises chrétiennes en caractères orientaux. Ceux d'Acre, 
représentent une valeur intrinsèque de 8 fr. 50 à 8 fr. 80. 
Ceux, dits Tripolaz, frappés à Tripoli, sont d'un titre infé- 
rieur et ne valent guère que 7 fr. Celui d'Antioche était 
d'une valeur identique (1). 

Les Vénitiens furent les premiers gérants de l'atelier 
monétaire de Tyr, et les dinars qu'on y frappait étaient 
désignés sous le nom de Soury. Nous savons, par le géo- 
graphe Eazouini, que les habitants de la Syrie et de 
l'Irak s'en servaient pour faciliter leurs transactions com- 
merciales et qu'il avait cours sur tous les grands marchés 
de l'Orient. 

Parmi les monnaies d'argent, outre celles frappées à 
l'effigie des princes latins, on trouve encore le direm à 
légendes arabes, dont le poids parait avoir été de trois 
grammes cent soixante- quatre. 

Dès les premières années de l'hégire, les Musulmans 
avaient frappé des contrefaçons des monnaies bysantines 
et sassanides, et cet usage durait encore au commence- 
ment du onzième siècle (2). 

Les Italiens furent, avec les ordres du Temple et de 
l'Hôpital, les grands banquiers des colonies franques. 

Il y avait des maisons de banque établies à Acre, à 
Gésarée, à Tripoli, par les grandes maisons italiennes 
de Venise, de Gènes, de Sienne, de Pise, d'Ancône. 

A Acre, c'étaient les Lercario de Gènes. A Gésarée, la 
maison Jean et Gaspard Gocerel. A Japhe, Berton de 



(1) Blangard et Sadvairb. 

(2) B"' Mahcuaiii). Lettres «wr la numismatique. 



366 OHAFITBE XII. 

Bescoro, de Piae. Les Templiers eux-mêmes étaieot les 
pins riches banquiers de Syrie, 

An donziëme siècle, les Vénitiens mirent en usage la 
lettre de change daos les villes maritimes de Syrie. 





Se«BD d'Amsar;, psiriarehe d'Antioehe. 



CHAPITRE XJII 



L'état eooléslastiqne et l'assistance publique 



La Syrie était divisée, au point de vue religieux, en 
deux patriarcats, celui de Jérusalem et celui d'An- 
tioehe. 

Le premier avait pour suffragants quatre archevAques, 
neuf évêques, le Maître des ctievaliers de Saint-Lazare 
des Mesiaux, oeuf abbés mitres et cinq prieurs du rite 
latin -, enfin, quinze prélats indigènes, arméniens, syriena, 
jacobites ou grecs. Vingt monastères de ces divers rites se 
trouvaient compris dans les limites de ce patriarcat. 

Le second comptait quatre archevêchés, sept évécbéB, 
neuf abbayes et deux prieurés latins. Il avait encore 



268 CHAPITRE xin. 

pour suffragants les catholicos d'Arménie, ainsi que les 
patriarches syriens, maronites et jacobites, avec trente 
et un archevêques ou évêques arméniens, syriens, jaco- 
bites et grecs. 

Plus de quarante monastères de ces divers rites se 
trouvaient également dans ce patriarcat. 

En parlant des églises de Syrie, je ne saurais m'étendre, 
ici, sur le rôle et l'importance énorme du clergé dans les 
principautés latines ; je me bornerai donc à mettre en 
lumière certains points, les uns peu connus, les autres 
d'un intérêt capital pour l'étude qui nous occupe en ce 
moment. 

Je commence par m'occuper des juridictions reli- 
gieuses. 

On ne connaît que très sommairement les cours ecclé- 
siastiques dans les colonies franques, où elles étaient 
nommées cort de Vyglise (1). Elles jugeaient les per- 
sonnes appartenant au clergé, connaissaient des accusa- 
tions d'hérésie, de sorcellerie, ainsi que de tout ce qui 
touchait à la foi (2). Dans les Etats latins de Syrie, les 
procès s' élevant entre époux étaient de la compétence des 
cours ecclésiastiques, qui, dans certaines occasions, pou- 
vaient rompre le mariage, en prononçant la séparation 
définitive, espèce de divorce, dans quatre cas prévus par 
le 175"* chapitre des Assises de la cour des bourgeois (3). 
La femme se retirait alors dans un monastère, et son 
mari lui rendait sa dot, ou, à défaut de pouvoir en effec- 
tuer la restitution, il était tenu de lui payer une rente 
proportionnée à sa fortune. 



(1) Ass, de Jérus., i, II, p. 818-819. 
(8) Ibid., t. I, p. 579. 
^ (3) Ihid., t. Il, p. 118-119-181. 



l'état ecclésiastique. 269 

Tout ce qui était relatif aux testaments, aux aumônes 
faites aux églises, enfin, toute contestation s' élevant 
relativement aux biens du clergé, aux dîmes ou à la 
garde des lieux saints, devait être jugée par les cours 
ecclésiastiques. 

Le clergé latin de Syrie fut certainement le plus riche 
du monde (1), et les quelques chiffres publiés par M. de Mas 
Latrie donneront une idée des énormes revenus possédés 
par TEglise latine rien que dans Tlle de Chypre (2). 

Les donations faites par les rois, les princes, les sei- 
gneurs et les bourgeois au clergé régulier ou séculier de 
, la Terre-Sainte, étendirent à ce point ses richesses qu'il 
était le plus opulent propriétaire de la Syrie, car, outre 
ses biens-fonds des principautés d'Orient, il possédait de 
nombreux et vastes domaines et des rentes fort considé- 
rables en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne 
et même en Hongrie, sur les bords de la Save. 

Le grand nombre d'églises et de monastères fondés 
depuis la conquête latine, ou antérieurement, avait attiré 
dans les pays d'Outre-Mer une multitude d'ecclésiastiques 
venus d'Occident. 

Les prétentions de ce clergé dans une contrée dont il 
s'attribuait la conquête, non sans apparence de raison, 
devinrent, pour ces jeunes colonies, une lourde charge 
par l'établissement des dîmes (3) sur la plus large base, 
vu qu'elles portaient non-seulement sur les récoltes, mais 



(1) L'état des possessions de TAbbaye du Mont-Sion, que j*ai pu rétablir 
à l'aide d'une bulle du Pape Alexandre 111, dont j^ai retrouvé la copie dans 
les archives de Saint-Sarason d'Orléans, pourra aider le lecteur à se rendre 
compte de cette immense richesse. (V. p. 281 ei suiv.) 

(2) Mas. Lat. Hist, de Chypre^ t. II, p. 72. 

(3) CarU SU'SépuL, p. 142 et 323. 



270 CHAFrraB xin. 

encore sar les bestiaux et sur one foule d'autres objets 
taillableSy et même, sous le nom de < dixmes militaires » 
(décima militiœ\ elles se prélevaient également sur le 
butin enlevé à l'ennemi. 

Les princes et seigneurs chargés de la défense des 
nouveaux Etats chrétiens considéraient ces dîmes comme 
fort onéreuses et cherchèrent souvent à s'y soustraire. 
Aussi l'acquittement de cet impôt fut-il, pendant toute la 
durée des croisades, une source de plaintes et de débats 
incessants entre le clergé et les barons d'Outre-Mer. 

L'assemblée synodale ou concile de Naplouse, en 1120, 
n'eut, à vrai dire, d'autre but que de contraindre, mora- 
lement^ le roi et les seigneurs à la restitution des 
dîmes. 

Toutefois, on doit rjeconnattre que les richesses du 
clergé reçurent, habituellement, un emploi très charitable, 
comme je le montre dans les pages que je consacre à 
l'assistance publique dans les principautés franques, mais 
il faut également convenir avec M. le comte Beugnot que 
l'accroissement disproportionné des bien- fonds ecclésias- 
tiques, qui n'étaient point grevés de charges militaires, 
avec l'étendue des possessions latines de Syrie, ainsi 
que les exigences pécuniaires des gens d'Eglise, furent 
au nombre des principales causes d'affaiblissement des 
colonies franques. 

Les critiques les plus vives qui aient été dirigées 
contre ce clergé se rencontrent dans les œuvres de Jac- 
ques de Vitry, évêque d'Acre, qui l'accuse, hautement, de 
rapacité, d'avarice, de simonie, etc., etc. (1). Il dit encore 



(1) Jacques de Vitrt. Ap, Bongars^ p. 1087-88. 



l'état ecclésiastique. 271 

que le triste exemple qu'il donnait en célébrant 'des 
mariages à des degrés prohibés, sans tenir conipte des 
canons de l'Eglise, ou en se livrant à la captation. près 
des mourants, enfin, en ne conservant aucun respect pour 
les décisions patriarcales, avait ôté aux laïques tout res- 
pect des choses divines. 

Tout en considérant que quelques-uns des blâmes 
adressés par l'évêque d'Acre au clergé latin^ et surtout 
celui de rapacité, ne sauraient être taxés d'exagération, 
il faut cependant convenir que la grande majorité de ses 
membres sut, par sa moralité et la régularité de sa vie, se 
concilier le respect et l'estime. 

Les événements au milieu desquels se forma ce clergé, 
semblent avoir, au début, exercé quelque influence sur sa 
composition. Mais nous ne saurions trop répéter, en 
même temps, que s'il compta dans son sein des prêtres 
et même des prélats indignes, comme Arnoul de Rœux et 
Héraclius, ou certain évêque de Giblet, que le pape 
Innocent IV dut, en 1243, déposséder de son siège, à 
cause de son ignorance et de sa grossièreté (1), on y 
voit, par contre, une foule d'hommes vénérables, comme 
Guarmond de 'Picquigny (2), ou les patriarches d'An- 
tioche, Bernard et Amalric, et comme le plus éminent de 
tous, le grand historien des Croisades, Guillaume de Tyr, 
qui, né en Syrie vers 1127, vint en France, où il suivit, 
pendant près de dix ans, les leçons de l'Université de 
Paris. 



(1) Kainaldi, ad. ann. 1243. 

(2) Après une vie saintement remplie et durant laquelle il fut lo modèle 
de toutes les vertus, ce prélat mourut en H28, à Sagette, pendant le siège 
du château de Belhacem. 

En 1857, pendant mon séjour à Saïda, je copiai dans le jardin des Pères 
do Terre-Sainte, l'inscription suivante, gravée en belles lettres du douzième 

IS 



272 GHAPiTBE xm. 

A son retour en Palestine, son rare mérite fat apprécié 
du roi Amanry, et, poarvu de Tarchidiaconie de Tyr, en 
1167, il fut délégué, l'année suivante, pour négocier 
avec Manuel Comnène, empereur de Gonstantinople, le 
traité d'alliance contre l'Egypte, entre ce prince et le 
royaume de Jérusalem. 

Il fut ensuite chargé, par le roi^ de l'éducation de son 
jeune fils (Baudoin IV), puis élevé à la dignité de chan- 
celier du royaume. 

En 1173, Frédéric de la Boche étant mort, il le rem- 
plaça sur le siège archiépiscopal de Tyr. 

C'est vers ce temps qu'il écrivit, à la demande du roi 
Amaury, son Histoire du royaume de Jérusalem. 

En revenant de Rome, où il avait assisté, en 1177, au 
concile de Latran, il visita, pour la seconde fois, la cour 
de Bysance, et y résida près de sept mois, chargé, selon 
toute apparence, de négociations importantes. Il ne rentra 
à Tyr qu'en 1180. 

Au mois d'octobre de cette même année, le siège 
patriarcal de Jérusalem s'étant trouvé vacant, par suite 
de la mort d*Amalric, les vœux du clergé et de la 



siècle sur un fragment de tombeau en marbre blanc, orné crarcatures, et 
qui dut former un des petits côtés du monument : 

î UiC. LACET. INIPVLCHRO. PIETATIS. NOHMA. SEPVLCHRO .' 
QVI. STVDVIT. SEMP. DOMINO. SERMRE. LIBËNTER : 
ET. QUOD. SVPPLERET. QUE. LEX. DIVINA. IVBERET : 

OMNIA. QVIPPE. DABAT. XPO. QVB. DANDA PVTABAT . 

Lii double croix archiépiscopale qui précède cette inscription célébrant la 
charité du défunt, aussi bien que la forme des lettres, semblant indiquer la 
première moitié du douzième siècle, m'ont amené à penser qu*il n'y aurait 
peut-être pas trop de témérité à considérer ce fragment et rinscription qu'il 
porte, comme ayant pu faire partie du tombeau de Guarmond de ricquigny ? 



l'ÔTAT ECCLêsiASTIQUK. 273 

noblesse y appelaient hautement l'éminent archevêque de 
Tyr. Mais, comme cela se vit, malheureusement, trop sou- 
vent, à cette époque, une intrigue de cour, dirigée par la 
reine Marie Comnène, veuve d'Amaury et mère du jeune 
roi, lui fit préférer Héraclius, archevêque de Gésarée^ 
prélat de mœurs dissolues, qui devait bientôt déshonorer 
le patriarcat de Jérusalem, par sa vie scandaleuse. 

Guillaume en appela de ce choix au Saint-Siège et se 
rendit à Rome pour soutenir son appel, mais il mourut 
empoisonné par un médecin dévoué à son compétiteur 
et à la reine Mère. La mort de ce grand homme de bien 
fut une perte irréparable pour l'Etat aussi bien que pour 
l'Eglise. 

Je ne reviendrai point, ici, sur ce que j'ai dit du clergé 
syrien, dans le chapitre consacré aux indigènes. J'ajou- 
terai seulement qu'à partir du douzième siècle, la plupart 
des prélats des divers rites étaient considérés comme 
suffragants des patriarches de Jérusalem et d'Antioche, 
ou des évéques latins relevant de ces deux patriar- 
cats (1). 

Je dirai encore que si le mariage était obligatoire pour 
les prêtres arméniens, les prêtres et les diacres grecs et 
syriens ne pouvaient plus le contracter une fois entrés 
dans les ordres ; toutefois, ils conservaient leurs femmes 
s'ils étaient mariés antérieurement. 

Un fait très remarquable, qui se produisit alors et 
dont j'ai déjà parlé, mais sur lequel je crois devoir 
revenir ici, c'est le désir d'union et de conciliation des 
Eglises, dont étaient alors animés les hommes les plus 
éminents des clergés orientaux. 



(1) Cod, DipL, t. I, p. 184. 



274 CHAFITSB xin. 

Dès Tannée 1145, les catholicos d'Arménie avaient fait 
acte de soumission à Rome (1). 

Les catholicos Grégoire Bahlavouni et Nersès Schnor- 
hali prirent part à ce mouvement, et ce dernier pour- 
suivit très activement la conciliation des Eglises grecques 
et arméniennes. 

Michel le Syrien, patriarche jacobite d'Antioche, né en 
1126, près de cette ville, au village de Beit-Kadischa, 
provoqua des conférences avec les Grecs. Le lieu de réu- 
nion fut à Rom-Kalah, où les docteurs bysantins Theorien 
et Christophoros, envoyés par l'empereur Manuel, vinrent 
conférer avec Théodore Bar-Veheboun, savant jacobite 
choisi par le patriarche Michel pour soutenir la contro- 
verse. Mais la mort du catholicos Nersès, survenue en 
1173, mit la chose en suspens. 

Le passage suivant, que j'extrais des œuvres de Michel 
le Syrien, montre de quel esprit de conciliation était animé 
ce grand prélat, malgré la duplicité philosophique des 
docteurs bysantins : 

t Quant à vous, membres du Christ, réconciliez-vous 
devant Dieu et ne combattez plus que les infidèles. » 

Grégoire IV, Degha, successeur de Nersès Schnorhalî, 
reprit ces conférences et convoqua à Rom-Kalah le con- 
cile de 1179, qui, à la voix de saint Nersès de Lampron, 
archevêque de Tarse, vota la réunion des Eglises, quand, 
malheureusement, la mort de l'empereur Manuel, sur- 
venue à ce moment, empêcha la ratification de cette paix 
religieuse. 

J'ai dit (p. 85-87) que saint Nersès de Lampron, neveu 
4u catholicos Nersès Schnorhali et archevêque de Tarse, 



(1) Bib. Nat. Fond, Lat. Manus,, n" 8,984, folio 313. 



l'état ecclésiastique. 275 

est sans contredit la plus grande et la plus sympathique 
figure indigène de Thistoire religieuse des principautés 
latines d'Orient. Ce fut lui qui se fit, au sein de la nation 
arménienne, le champion des idées et des institutions 
apportées en Syrie par les Francs, et il favorisa, par 
tous les moyens, l'union de l'Eglise arménienne avec 
Rome. 

Les partisans des anciennes coutumes nationales l'ayant 
accusé, près du roi Léon II, d'être un hérétique et un 
novateur dangereux portant le trouble dans l'Eglise armé- 
nienne, l'archevêque de Tarse répondit victorieusement à 
ses détracteurs, en adressant au roi la lettre dont j'ai 
parlé plus haut, écrite avec la liberté et la fierté d'un 
homme qui se sent inspiré de Dieu pour confondre ses 
ennemis. Je crois devoir reproduire ici quelques fragments 
de ces pages éloquentes : 

« La seconde irrégularité qu'on me reproche est que je 
suis en communion avec tous les chrétiens. Il est évident, 
pour quiconque réfléchit, que les nations chrétiennes 
diffèrent l'une de l'autre par quelques points. Mais la 
grâce de Dieu m'a inspiré la force de me mettre, par la 
science, au-dessus de leurs vaines traditions et d'attacher 
seulement du prix à une charité réciproque. 

« A mes yeux, l'Arménien est comme le Latin, le Latin 
comme le Grec, le Grec comme l'Egyptien, l'Egyptien (1) 
comme le Syrien. 

< Si, maintenant, je me déclarais partisan d'une seule 
nation, pourrais-je être en communion avec les autres? 

€ Non, certainement; je me mêle donc dans les rangs 
de ceux qui sont ennemis et je les gagne tous suivant le 



(1) L*Ëgypticn doit ètro pris ici pour TAbyssin et le Capte jacobite. 



276 CHAPITBE XIU. 

précepte de Tapôtre. J'ai de quoi répondre à celui qui 
m'interroge en lui disant je suis dans le droit chemin. Par 
la grâce du Christ, je détruis toutes les barrières de sépa- 
ration, et ainsi, ma bonne renommée s'étend dans les 
églises des Latins, des Grecs^ des Syriens et dans l'Ar- 
ménie, tandis que je reste au milieu d'eux sans jamais 
incliner vers leurs traditions particulières. 

c Si ta piété les a trouvées dignes d'une réponse (mes 
détracteurs), nous nous refuserons absolument à en faire 
autant 

c Malgré leur présomption, ils sont bien au-des- 
sous de tous les Pères qui ont pris parti pour notre ortho- 
doxie, soit dans notre propre pays, soit dans la Montagne 
Sainte avec les vénérables pasteurs qui l'habitent 

c Je mentionnerai encore les Eglises des Latins et des 
Grecs à Antioche, lesquelles saluent notre humble per- 
sonne du nom de Paul , attestant ainsi que nous sommes 
le digne héritier du siège de cet apôtre, Eglises dont les 
portes nous sont ouvertes et dont les ministres ont suivi 
nos leçons ; et le patriarche des Syriens (Michel), dont 
j'ai entre les mains les lettres et le témoignage éclatant 
qu'il rend à notre chétive personne 

t Le précédent catholicos, notre seigneur Grégoire 
(Grégoire V Manoug), qui est retourné vers le Christ, me 
dit au moment de sa mort : c Je t'ai persécuté dans ton 
c orthodoxie, pour complaire aux hommes; pardonne* 
c moi. * 

• Le catholicos actuel (Grégoire VI Abirad), qui, par 
sa propre inclination, et inspiré par sa sagesse, suit la 
même voie que moi, accepte avec joie les outrages que 
son approbation lui attire. Outre ces témoignages, j'ai 
celui de ma conscience, qui me rend certain de la pureté 
de mes intentions 



l'état bcclébiastique. 277 

il serait encore plus pénible pour noue de repousser avec 
mépris les iDBtitulioas parfaites que nous ayons emprun- 
tées aux Francs pour la gloire de la sainte Eglise, et cela 
pour complaire à ces renards de Tzoro'ked (1). En effet, 
ayant trouvé les églises arméniennes sans omemeats 
sacerdotaui, nous avons adopté ceux des Latins, et, avec 
leur secours, nous avons remis en vigueur l'antique 
usage 

( Mous avons va qu'ils ont des établissements 

charitables pour le soulagement des pauvres et qu'ils ne 
se contentent pas de les secourir suivant l'occurrence; 
jaloux d'imiter ce louable empressement et grâce à votre 
charité envers notre Eglise de Tarse, nous avons institué 
que le vendredi et le mercredi deux ou trois cents pau- 
vres recevraient du pain et des fèves, et, si Dieu noue le 
permet, si votre bienveillance nous y autorise, nous aug- 
menterons ces aumônes Et maintenant, ces excellentes 

pratiques les rejetterons-naus avec dédain pour être agréa- 
bles à Doudeorti ? • 

Ce fut donc surtout aux efforts de saint Nersès que l'on 
dut l'union dans laquelle vécut le clergé arménien avec 




Sceau 4e Hobert, i^veqnc de Tripoli. 



<rr>ii riuiiml parlirH ks iiiM;u,talions dirigée* «oairi' lui. 



278 CHAPITBE XUI. 

l'Eglise latine pendant presque toute la durée du royaume 
de la Petite- Arménie. 

Au treizième siècle, le même esprit de conciliation anime 
encore les hommes les plus remarquables et les plus haut 
placés des Eglises syriennes, tels que Georges Bar-He* 
brens et les trois catholicos nestoriens Sebarjesus, Makika 
et Jaballah. 

Mais il est temps de parler de l'emploi fait par le 
clergé de Syrie d'une très notable partie de ses énormes 
richesses. 



l'Assistance publique 

Dans le royaume de Jérusalem, ainsi que dans les 
autres principautés franques, Tassistancc publique était 
fort largement établie, tant chez les Latins que chez les 
indigènes. 

Les chanoines du Saint- Sépulcre donnaient Thospita- 
lité aux pèlerins pauvres de tous les pays, et la plus 
grande partie du revenu des biens de cet important cha- 
pitre était employée à secourir les nécessiteux et les 
malades. 

En Tannée 1165, Jean de Vurtzbourg estime à deux 
mille le nombre de pauvres qui, chaque jour, étaient 
secourus par la maison de THôpital, uniquement à Jéru- 
salem. Non-seulement elle distribuait des vivres, mais elle 
recevait encore tous les pauvres malades, qui étaient en- 
tourés des soins les plus attentifs dans la partie de cette 
maison nommée Quartier, ou logis des infirmes, et placée 
sous la direction du Custos infirmorum. 

Le voyageur arabe Ibn Djobaïr, que j'ai déjà eu si sou- 
vent Toccasion de citer, signale à Tyr et à Acre l'exis- 



l'assistance publique. 279 

tence d'hôpitaux pour les malades, et il parle avec une 
sorte d'admiration des soins que les Francs prenaient de 
ces sortes d'établissements. Je n'ai pu savoir auxquels de 
ces derniers fait ici allusion le pèlerin musulman, car, 
outre les maisons des hospitaliers de Saint-Jean, il y 
avait encore dans les villes d'autres hôpitaux comme 
celui de Saint-Pierre (1), à Antioche, desservi par les 
moines de Saint- Gildas, celui de Turbessel (2), dans la 
principauté d'Edesse, celui de Saint-Julien (3), fondé à 
Tibériade par Guillaume de Bures, prince de Galilée, ou 
celui de Saint-Thomas, martyr à Acre. 

On sait que les couvents des rites orientaux don- 
naient l'hospitalité aux Syriens et aux pèlerins étrangers 
de leur rite et qu'ils possédaient en propre des hospices 
particuliers. Ainsi, ce fut celui des Arméniens à Acre que 
le roi Guy de Lusignan attribua à l'ordre teutonique, en 
1190, au moment de la reprise de cette ville sur les 
Musulmans. 

Nous trouvons énumérés, en 1216, dans une bulle du 
pape Honorius III, parmi les dépendances du couvent de 
Saint-Théodose le Cenobiarque de la Berrie ou du Désert; 
à Jérusalem, Téglise Saint-Théodose, cum hospitali et 
apothecis ; un hôpital à Ascalon ; Téglise Saint-Jean, hors 
des murs de Japhe, et intus apothecas et hospitale. Le 
même document mentionne encore d'autres hôpitaux situés 
à Chypre, notamment à Nicosie, et relevant du monastère 
de Saint-Théodose du Désert 

Le grand couvent arménien de Saint- Jacques, à Jéru- 



(1) Cod, DipL, t. L p. 283. 

(2; Ibid., p. 16. 

(3) F. Delabohoe. Ch, de Terre-Sainte, p. 37. 






280 CHAPITRE XiU. 

salem, avait également un hôpital destiné aux Arméniens 
pauvres ou malades. 

Au moyen âge, la condition des lépreux était déplo- 
rable. Le Mesel ou Mesiau était éloigné du monde et con- 
finé dans une léproserie. En France, la loi avait pris des 
précautions rigoureuses pour séquestrer les lépreux, et 
les Assises de Jérusalem (1) nous apprennent que la 
législation des principautés franques de Terre-Sainte 
était aussi rigoureuse à cet égard que les coutumes d'Oc- 
cident. 

Ce fut donc pour se consacrer aux infortunés atteints 
de ce mal terrible, si répandu alors en Syrie, que, vers le 
commencement du douzième siècle, se forma en Terre- 
Sainte l'ordre de Saint-Lazare. 

Ces religieux, destinés à soigner les lépreux, avaient 
plus d'un point de ressemblance avec les hospitaliers de 
Saint-Jean ; ils portaient la croix verte. 

Placés sous la règle de Saint-Âugustin, ainsi que les 
religieuses du même ordre chargées de soigner les 
femmes atteintes de la lèpre, ils étaient gouvernés par un 
maître, compté, au livre des Assises du royaume, parmi 
les suffragants du patriarche latin de Jérusalem (2). Le 
premier de ces maîtres, nommé Roger, paraît avoir été 
élu vers 1112, sous le règne de Baudoin I®^ 

A Jérusalem, l'église Saint-Lazare, et les cases des 
lépreux étaient situées à l'ouest de la porte Saint- 
Etienne (3). Ces constructions s'élevaient, je crois, dans l'es- 
pace s'étendant entre le rempart et les ouvrages avancés. 



(1) Ass. de Jérus,, t. I, p. 656. 

(2) Ass, de Jérusalem, t. 1, p. 416. 

(3) Cont. de G, de Tyr, p. 83-97-300, 



ÉTAT DES POSSESSIONS. 281 

Dans le royaume de la Petite-Arménie (1), c'est le roi 
Léon II qui paraît avoir fondé, vers la fin du douzième 
siècle, la première léproserie, en même temps que le cou- 
vent d'Âgner. 



Etat des possessions de l'Abbaye de Hont-Sion en Terre-Sainte et en 

Occident en Tannée 1178. 

(Ext, d'une huile du Pape Alexandre III) 



Dans le territoire de Jérusalem, tout le Mont-Sion avec 
ses dépendances, tel que le prince Godefroy le donna à 
l'Âbbaye. L'angle de la ville, qui est à droite et à gauche 
en entrant dans Jérusalem du côté du MontSion, donné 
par le roi Baudoin (P'). Des tables de change des jardins, 
des bains et toutes les maisons possédées par l'abbaye en 
dedans ou en dehors des murs de la cité. Le droit d'ou- 
vrir une porte dans les murs de la ville (Porte du Mont- 
Sion ?). 

Près de Âscheldama, une terre de bourgeoisie avec les 
vignes qui en dépendent. Vers le midi, dans le casai de 
Sorbael, la terre nommée Asquatin; la vigne qui fut 
donnée à Tabbaye par Anselme de Parenti ; la terre de la 
Fontaine, que donna Guy de Milly ; le casai Martin avec 
ses dépendances ; le canal de Dersoeth, jadis possédé par 
Hugues de Gorron, et la terre dépendant du même casai, 
qui avaient été donnée par Anselme (de Parenti ?), déjà 
nommé. 

Les casaux et les gastines Gebea, achetés d'Amaury de 



(1) HisU arm, des Crois,, t. 1, p. 511. 



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ÉTAT DES POSSESSIONS. 283 

A Giblet, une rente de vingt-cinq besans. 

Dans Ântioche, une maison et une autre maison dans la 
villa de Amis. 

Le casai de Miserach, une vigne nommée Cafaria, les 
casaux de Bussadan, Félix et Cuccava, avec leurs dépen- 
dances et la moitié de leurs dîmes, l'église voisine du châ- 
teau de Doninium, dans le casai de Bexa. 

Dans le territoire de Tarse, un navire naviguant en fran- 
chise sur le fleuve, le casai d'Eroï, avec ses dépendances 
et la moitié de ses dîmes. 

En Sicile, dans le diocèse d'Agrigente, l'église du Saint- 
Esprit, près de Catalanizetta, avec son casai, donnés à 
l'abbaye par la comtesse Adelasie et le comte Roger. 

Dans le diocèse de Catane, l'église de Sainte-Marie de 
Baratathe, avec la moitié de son casai, l'église de Sainte* 
Marie de Mesina, avec ses terres et ses autres dépen- 
dances, TEglise de Sainte-Anne de Fesina, avec sa terre 
et tous ses droits paroissiaux. 

Dans le territoire de Girathelli, l'église de Saint-Bazile, 
avec les terres attenantes. 

Dans le territoire de Castro Joanni, les terres données 
par Jean le Prieur. 

En Calabre, dans le district de Synopoli, l'église Saint- 
Théodore de Barellis, avec ses terres, ses forêts et autres 
dépendances, telles qu'elles furent données à cette église 
par Robert Guiscard. 

En Lombardie, dans le diocèse d'Albano, la Nouvelle, 
avec ses dépendances. 

Dans le diocèse de Pavie, une maison et une église, 
avec ses droits et appartenances. 

En France, dans la ville d'Orléans, l'église de Saint- 
Samson et ses dépendances. 



284 CHAFiTKE xni. 

Dans le diocèse de Bourges, Prunesac, avec ses dépen- 
dances (Prieuré de Saint-Btaise et SaintJacqoes dans la 
paroisse de Villegenon), Sainte-Marie de Framer, avec ses 
dépendances et tous ses droits. 

Dans l'éTêché de Poitiers, l'église de Sunt-Saviol 
(Paroisse de l'archlprétré de Gençay), avec ses dépen- 
dances et ses droits. 

En Espagne, dans le diocèse de Valence, l'église de 
Sainte-Marie de Ferrim, avec ses droits paroissiaux et 
l'intégralité de ses dîmes et trois parts de l'église de 
Saint-Christophe, qui est à Pouzol de Âmmiranos; à Gas- 
tTomoQte, des maisons. A Castrel, des maisons et dans ces 
denx localités l'intégralité de ses droits. 

Dans l'évêché de Léon, au château d'Anepeza, l'église 
Sainte-Colombe, avec ses droits paroissiaux, ses dîmes et 
la villa Veneccia, avec tontes ses dépendances, ses droits 
et autres franchises qai ont été concédées à l'abbaye du 
Hont-Sion, en même temps que les églises et lieux pré- 
cités, par Alphonse, roi de Castille. 




Sceau de rAbtkiyp du Hont.SioD. 



CHAPITRE XIV 



Les grands pèlerinages 



La tradition religieuse qui s'attachait à certaines loca- 
lités de la Terre-Sainte, ainsi que la présence, en d'autres 
endroits, de reliques vénérées, et parfois l'une et l'autre 
en firent des lieux de pèlerinages secondaires au temps 
de la domination latine. Ces points nous sont connus par 
des nomenclatures désignées sous les noms de cheminSj 
pèlerinages ou pardon de la Terre-Sainte. Je rangerai 
dans cette catégorie Saint-Georges de Labaene, Sainte- 
Anne de Sephorie, Saint-Jean du Saphran, Sainte-Mar- 
guerite du Mont-Carmel, le pèlerinage de Sainte -Euphé- 
nie au Château-Pèlerin, oti les Templiers conservaient les 
reliques de cette sainte; saint Pierre, au château de 
Japhe, saint Abacuc, etc. Mais, outre les lieux saints pro- 
prement dits, et ces sanctuaires de second ordre, il y 
avait alors plusieurs pèlerinages en égale vénération chez 
les chrétiens et les Musulmans, et dont la réputation fut 



286 CHAPITBE XIV. 

assez grande, même en Occident, pour que je croie 
devoir leur consacrer ici quelques pages. C'étaient les 
trois églises de Notre-Dame de Tortose, de Sainte-Cathe- 
rine du Mont-Sinaï et de Notre-Dame de Sardenay, aujour- 
d'hui Sydnaïa. 



\otre-Dame de Tortose 



Au milieu des jardins qui, maintenant, remplissent l'en- 
ceinte de l'ancienne ville de Tortose, s'élève encore pres- 
que intacte la cathédrale, jadis placée sous le vocable de 
Notre-Dame, et aujourd'hui transformée en mosquée. 
C'est une belle église à trois nefs, terminées en absides, 
élevée dans la première moitié du douzième siècle. 

Jacques de Vitry attribue à l'apôtre saint Pierre la 
fondation de ce sanctuaire, qui serait ainsi la plus 
ancienne des églises de la Vierge. C'était, au temps des 
Croisades, un lieu de pèlerinage en grande vénération 
parmi les Musulmans aussi bien que parmi les chrétiens. 
L'église fut cependant dévastée par Salah-ed-din en 1188, 
pendant qu'il assiégeait le donjon de Tortose. 

Les nombreux miracles qui s'y accomplissaient atti- 
raient beaucoup de pèlerins à Tortose. 
• Malheureusement, bien que ce sanctuaire se trouve 
souvent mentionné par les historiens, tant arabes que 
latins, aucun ne s'est étendu sur ce sujet, et nous savons 
seulement qu'une image de la Vierge, peinte sur bois et 
attribuée à saint Luc, était conservée dans cette basi- 
lique. Puis, quand les Francs durent abandonner Tortose, 
elle fut emportée, par eux, à Chypre, où elle donna son 



LES QBÂHDS PÈLEBINAGES. 287 

nom à nne abbaye de femmes, et elle disparut enfin dans 
le pillage de Nicosie par les Turcs en 1570. 

Conrad, évêque d'Halberstadt, fut miraculeusement 
guéri à Notre-Dame de Tortose, en 1204, après y être 
venu en pèlerinage (1). 

Joinville nous a conservé la relation d'un des miracles 
qui eut lieu, de son temps, en cette église : 

c Je demandé au roy qu'il me laissast aller en pèleri- 
nage à Nostre-Dame de Tortouze, là oti il avoit moult 
grant pèlerinage pour ce que c'est le premier autel qui 
onques fust fait en l'onneur de la Mère-Dieu sur terre, et 
y fesoit Nostre-Dame moult grant miracles. Entre autre 
un homme possédé du dyable. Là oh ses amis qui 
l'avoient céans amené prioient la Mère-Dieu qu'elle lui 
donnast santé, l'ennemi qui estoit dedans leur répondi : 
c Notre-Dame n'est pas ci^ est en Egypte pour aider au 
f roy de France et aus crestiens qui aujourd'hui arrive- 
c ront en la terre à pié contre la payenté à cheval. Le 
c jour fut pris en écrit et apporté au légat qui mesme le 
t dist. Et soies certein qu'elle nous aida. > 



Hont-Sinaï 



La péninsule sinaïtique dépendait de la seigneurie de 
Earac, et son monastère était, depuis plusieurs siècles, 
un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés par les 
chrétiens, comme aussi par les Musulmans (2). 



(1) Script. Rer. Germ, ap, Pertz, l. XXIIÏ, p. 119. 

(2) Script. Rer. Cerm., ap, Pertz., t. XXlil, p. 908. 

19 



288 GHAPITBE XIV. 

Les Francs de Syrie avaient une grande vénération 
pour Sainte-Catherine du Mont-Sinaï, qu'ils mtrodui- 
sirent dans la liturgie occidentale, à la fin du douzième 
siècle (1). 

L'évêque grec de ce monastère était suffragant de Tar- 
chevêque latin du Krak, et ses religieux basiliens demeu- 
rèrent, ainsi que je l'ai dit ailleurs, fort longtemps en 
communication avec l'Eglise romaine (2). 

Albéric de Trois-Fontaines mentionne comme miracu- 
leux le respect des Sarrasins pour trois des basiliques de 
Terre-Sainte : Notre-Dame de Sardenay, Bethléem et 
Sainte-Catherine du Mont-Sinaï (3) . 

Des nombreux pèlerins qui, au temps des Croisades, se 
rendirent au Mont-Sinaï, c'est Thetmar qui nous donne le 
plus de renseignements sur ce sanctuaire, qu'il visita en 
1217. D'après la description de ce voyageur et ce qu'on 
voit encore de nos jours, il est facile de reconstituer 
l'état des sanctuaires et des lieux de pèlerinages qu'on 
visitait au couvent de Sainte-Catherine et dans les environs 
durant le moyen âge. 

Le monastère bâti par l'empereur Justinien a subi peu 
de remaniements. L'église forme une longue nef terminée 
en abside et pourvue de deux bas -côtés; le plafond, 
rehaussé de peintures bleues et or, est supporté par 
des colonnes de granit. L'abside est décorée de mosaï- 
ques bysantines à fond d'or, dont le sujet principal est la 
Transfiguration. C'est là qu'adossée au dernier pilier 



(1) Mas. Lat. HisU de Chypre^ t. I, p. 96, 

(2) Rech, sur la dom, des Latins en Orient, p. 11-16. 
(6) Script, Rer. Cerm. Loco citato, p. 935. 



EL 



LBS GBANDS PÈLESINAGES. 289 

vers l'est, se trouvait la chase en marbre blanc, où repo- 
sent encore les ossements de sainte Catherine. Du même 
côté et attenante à Téglise, se voyait la chapelle de Saint- 
Jean-Baptiste, dont la visite valait aux pèlerins une indul- 
gence de sept ans et sept quarantaines. 

Au chevet de la basilique et en contre-bas se trouve le 
plus vénéré des sanctuaires du Sinaï, la chapelle du 
buisson ardent, d'oii lui vient son nom de chapelle de 
Ruho (1). Thetmar décrit un buisson fait de feuilles d'or, 
surmonté de Timage du Seigneur, indiquant la place de 
ce buisson ardent. A droite, dit-il, se voit une statue 
dorée de Moïse se déchaussant, et, à gauche, une autre 
image également dorée représentant le même prophète, 
écoutant, les pieds nus, la voix du Seigneur, lui ordonnant 
de se rendre en Egypte, pour y opérer la délivrance du 
peuple d'Israël. 

Cette chapelle était et est encore également vénérée 
des chrétiens et des Musulmans ; ceux-ci n'oseraient 
encore y pénétrer avec des chaussures. Quand le sultan 
de Babylone visita le Mont-Sinaï, ce ne fut que pieds nus 
qu'il entra, humblement, dans ce sanctuaire (2). 

Une indulgence plénière était attachée à la visite de 
cette chapelle, qui semble avoir subi d'assez importantes 
modifications et dont les murs sont aujourd'hui revêtus 
de faïences persanes. 

Thetmar décrit ensuite la cérémonie suivante, qui se 
pratique, encore aujourd'hui, pour l'ouverture de la chasse 
renfermant le corps de sainte Catherine (3) : 



(1) Ed. Lbpinois. Peler, de Thetmar et Burchard, p. 4P5. 

(2) Ibid., p. 4â. 

(3) Ibid.« p. 46. 



290 OHAPITBE XIV. 

c L'évêque connaissant le but de mon pèlerinage et 
mon pieux désir, ayant fait allumer des flambeaux et 
s'étant préparé par des oraisons et le chant des hymnes, se 
rendit processionnellement à la chasse de la bienheureuse 
vierge Katherine et l'ouvrit ; il me dit de m'approcher et 
de regarder. Je vis alors à nu le corps et la tête de la 
bienheureuse Katherine, que je baisai respectueusement 
en la présence de Dieu. Les ossements sont encore retenus 
par les nerfs et nagent dans l'huile qui s'échappe de ce 
corps saint. > 

On visitait alors, comme de nos jours, aux environs du 
monastère de Sainte-Catherine, divers lieux auxquels se 
rattachent des traditions religieuses. 

Bernard le Trésorier mentionne une seconde maison de 
religieux grecs (1) : 

« Mais lassus (en su le mont) a XIII moines qui forte 
vie mainent. Lassus lor porte ou pain sans plus, et teus 
i a qui ne manguent que III fois la semaine pain et 
iaue. » 

Je crois que le site de ce monastère doit se retrouver 
dans le petit couvent ruiné nommé, maintenant, el 
Arbaïn. 

Thetmar visita aussi le sommet de la montagne oh le 
corps de la sainte fut déposé par les anges, la chapelle 
de l'apparition de la vierge et celle de Saint-Elie sur le 
Mont-Oreb. 

Parmi les nombreux miracles relatés par le même 
pèlerin se trouve celui-ci. Un des seigneurs francs du 
Krak et de Mont-Réal avait résolu de transporter les reli- 



(1) Mas. Lat. Chron. d'Emoul et de Bernard le Trésorier, p. 68. 



LES GBANDS PÈLESINAGES. 291 

ques de sainte Catherine du Mont-Sinaï au Erak, mais il 
fut miraculeusement arrêté, dans son entreprise, par des 
phénomènes effrayants, notamment un terrible tremble- 
ment de terre, au moment où il arrivait aux portes du 

monastère. 

Dans les inventaires de reliques faisant partie des tré- 
sors de cathédrales d'Occident, des ampoules contenant 
de rhuile de Sainte-Catherine du Mont-Sinaï, se trouvent 
fréquemment mentionnées. 

Nous savons que des fragments du tombeau de la 
sainte et une ampoule d'huile furent donnés à Tabbaye de 
Loreh, par l'empereur Frédéric P'. Cette huile était en 
grande vénération au moyen âge. Il y en avait à la sainte 
Chapelle de Paris, au Trésor d'Aix-la-Chapelle, à Rouen, 
à Edimbourg, à Cantorbéry, etc. 



Notre-Dame de Sardenay ou Notre-Dame de la Roche 

Au nord-ouest et à quatre heures de Damas, sur les 
premiers contreforts de l'Anti-Liban, s'élève fièrement, au 
sommet d'une colline escarpée, le couvent grec de Notre- 
Dame de Sydnaïa, moitié couvent et moitié forteresse, 
aux hautes et solides murailles de grandes pierres dorées 
par le soleil. 

Quant à l'intérieur du monastère, c'est un enchevêtre- 
ment bizarre de cours, galeries, corps de bâtiments et 
d'escaliers, disposés suivant les irrégularités que présente 
le. terrain au sommet de la colline. 

Malheureusement, l'église du moyen âge a récemment 
disparu en grande partie, et il n'en subsiste plus qu'une pe- 



292 OHAPITBE XIV. 

tite abside, décorée de mosaïques et qui demeure enclavée 
dans la nouvelle construction. Là se trouve encore la 
célèbre image de la Vierge, connue, au moyen âge, sous le 
nom de Notre-Dame de Sardenay. Ce sanctuaire, objet 
d'une égale vénération pour les chrétiens et les Musul- 
mans, était, au temps de la domination latine en Syriey 
le but de nombreux pèlerinages de la part des Francs. 

Voici, relativement à l'origine de ce sanctuaire, la 
légende qui nous a été conservée par le pèlerin Thet- 
mar (1) : 

c Au temps où les Bysantins étaient maîtres de la Syrie, 
une sainte veuve, voulant fuir le tumulte du monde, se 
retira à six milles de Damas, métropole de la Syrie, en 
un lieu nommé Sardanaï, et s'y étant bâti une maison, 
ainsi qu'un oratoire dédié à la Mère de Dieu, elle exer- 
çait là l'hospitalité envers les pauvres pèlerins. 

Or, il arriva qu'un moine de Constantinople y fut reçu, 
et la veuve ayant appris qu'il se rendait à Jérusalem, elle 
le supplia très humblement de lui rapporter de la ville 
sainte quelque image ou tableau représentant la Mère de 
Dieu et qu'elle mettrait dans son oratoire. 

Il promit, en effet, de revenir avec une image pour la 
cénobite. Quand le moine eut terminé son pèlerinage et 
visité tous les lieux saints de Jérusalem, oublieux de 
sa promesse, il voulut partir et se mit en route. Mais, à 
peine sorti de la ville, il entendit une voix du ciel lui 
disant : c Gomment reviens-tu les mains vides ? Oti est 
l'image que tu as promis de rapporter à la sainte céno- 



(l) Ed. LspiNois. Peler, de Thetmar et Burchard, p. 26. 



LBS GKANDS PÈLEBINAGES. 293 

bite? > Le moine se rappela alors la parole donnée , 
et étant rentré dans Jérusalem, il demanda où Ton 
vendait des images. Parmi celles qu'on lui offrit, une 
lui plut davantage, et l'ayant achetée, il l'emporta avec 
lui et sortit de la ville. En chemin, il arriva à un en- 
droit nommé, aujourd'hui, Gith, où se trouvait un lion 
qui dévorait tous ceux qu'il pouvait atteindre; mais le 
fauve vint en rampant lui lécher les pieds; il échappa 
ainsi, à tout danger, par la protection du ciel. S'étant 
ensuite arrêté près d^une caverne où étaient plusieurs 
brigands, ces derniers ayant voulu porter la main sur le 
voyageur, furent soudainement frappés de terreur par 
la voix menaçante d'un ange. Avec l'aide de Dieu, le 
moine continuait donc sa route, mais pensant qu'il possé- 
dait une image douée de vertus miraculeuses, il résolut 
de ne pas s'en séparer en faveur de la sainte veuve et de 
la rapporter avec lui dans sa patrie. 

Parvenu à Acre, il s'embarqua sur un navire qui mit à 
la voile se dirigeant vers Constantinople, quand, après 
quelques jours de navigation, il s'éleva subitement une 
horrible tempête, et le navire se trouvant en péril, les 
matelots, pour l'alléger, commencèrent à jeter à la mer 
tout ce qui se trouvait à bord. Et comme le moine se 
préparait à lancer le sac contenant son bagage et dans 
lequel se trouvait l'image, un ange lui fit entendre ces 
paroles : c Garde-toi bien de jeter l'image à la mer, mais 
élève-là vers Dieu dans tes mains. • Il obéit, et aussitôt 
la tempête s'étant apaisée, la mer redevint calme. Toute- 
fois, le navire ne sachant plus quelle route tenir, rentra à 
Acre. 

Le moine, voyant alors ce qui se passait, y reconnut la 
volonté de Dieu, et, résolu à tenir sa promesse, il se rendit 
chez la cénobite, portant avec lui l'image sacrée. Par 



294 CHAPITRE XIV. 

suite du grand nombre d'hôtes qui remplissaient alors sa 
maison, la veuve ne reconnut pas son visiteur, et par 
conséquent ne lui réclama pas l'image. Ce que voyant, le 
moine pensa de nouveau à la garder et à la remporter 
avec lui, et, ayant pris congé, il entra dans l'oratoire pour 
prier avant de se remettre en route. Mais quand il voulut 
sortir, la porte de l'oratoire avait disparu. Déposant donc 
l'image qu'il portait, il aperçut la porte, et ayant repris 
son précieux fardeau, il ne put la retrouver. Ce phéno- 
mène se renouvela toute la journée, la porte disparais- 
sant chaque fois qu'il reprenait l'image. S'inclinant alors 
devant ce miracle, il déposa l'image et alla raconter à la 
cénobite tout ce qui venait de lui arriver, en ajoutant que 
la volonté divine était certainement que cette image 
demeurât et fut vénérée en ce lieu. 

La cénobite la prit donc et commença à bénir Dieu et 
la glorieuse Vierge de tout ce qu'elle entendait ; puis le 
moine s'engagea à servir Dieu, en ce lieu, pendant le 
reste de sa vie, à cause de la grâce insigne que Dieu lui 
avait faite dans cette image de sa sainte Mère. L'image 
devint alors en grande vénération, et bientôt elle sécréta 
un liquide que la cénobite essuyait avec une étoffe, et 
cette liqueur guérissait tous les malades qui en étaient 
touchés. 

Aussi, la renommée de ces miracles s'étant bientôt 
répandue, les malades affluaient de toutes parts et s'en 
retournaient en bonne santé. Mais la cénobite, trouvant 
le sanctuaire peu digne de semblables prodiges, en fit 
préparer un nouveau plus orné et pria un prêtre de 
grande vertu d'opérer le transfert de la sainte image. 11 
y consentit, et s'étant revêtu de ses habits sacerdotaux, 
il s'en approcha, quand, au moment où il y portait la 



LES GBANDS FÈLEBINAGES. 295 

main, il fut frappé d'une paralysie de tout le corps et 
mourut trois jours après. 

Personne n'osa donc plus tenter de déplacer Timage, et 
la cénobite disposa un vase où était recueillie la liqueur 
qui en découlait. L'image sembla se revêtir de chair, et 
d'après le témoignage des frères (Templiers) et de plu- 
sieurs autres, qui l'ont vue, et particulièrement celui du 
frère Thomas, qui la toucha du doigt , elle lui parut pos- 
séder de véritables mamelles, d'où s'échappait la liqueur 
révérée. Ces mêmes Templiers, venus pour accomplir 
leurs dévotions, en temps de trêve avec les Sarrazins, 
rapportaient de cette huile à leurs maisons. 

On raconte qu'un soudan de Damas, qui était borgne, 
perdit l'autre œil, et, devenu aveugle, il entendit parler 
des miracles opérés par cette image. Quoique Sarrazin, il 
vint dans le sanctuaire, avec la foi qu'il y pourrait recou- 
vrer la vue, et confiant dans la bonté du Seigneur, il se 
prosterna à terre et pria. Se relevant ensuite, il vit la 
lampe brûler devant l'image sainte, et glorifia Dieu, ainsi 
que tous ceux qui étaient présents, et, regardant encore 
la lumière de la lampe, il promit une rente annuelle de 
cinquante mesures d'huile pour Tentretien du luminaire 
de cette église. Elles furent régulièrement remises aux 
desservants de la basilique^ jusqu'au temps de Nour-ed- 
din. 

D'autres miracles opérés à cette époque à Sydnaïa, 
en faveur des Musulmans, sont également relatés dans les 
traditions locales. 

Ce monastère, où résidait un abbé évêque, est occupé 
par des religieuses. Il y a également des moines grecs 
exerçant le saint ministère, mais ici la supériorité est 
attribuée aux religieuses, en mémoire de la fondatrice du 
couvent. 



296 OHAÏITBE XIV. 

Od ne connaît qu'un seul des évêques de ce couvent, 
Pierre, qui était en charge vers 1264 (1). 

Dans les inventwres des trésors d'églises d'Occident 
parvenus jusqu'à nou9, on trouve fréquemment mentionnée 
au nombre des reliques une ampoule < de oleo Sancta 
Maria de Sta-diney quod fluit de pectore et de mamillis 
ejusdera ymaginis heatœ Mari<s Virgims. » 




(1) AssBiuici. Catal. Uanits. Syriae. Vatic, 



GEOGRAPHIE HISTORIQUE 



DE LA 



SYRIE AU TEMPS DES CROISADES 



FOBMATIOH DES HOMS DE LIEÏÏX 



Une étude, aussi détaillée que possible, de la géogra- 
phie historique des colonies latines de Syrie, me paraît le 
complément naturel et indispensable de ce livre. 

Voici le plan que j'ai cru devoir adopter pour Tesquisse 
de chaque principauté ou grande baronnie. 

Ses limites, ses fiefs principaux, ses forteresses, ses 
villes épiscopales, ses monastères latins ou indigènes. 

L'étude, enfin, par ordre alphabétique, des villes, bour- 
gades et casaux qui la constituaient, et autant que pos- 
sible leur identification avec les localités modernes, tout 
en consacrant une note plus détaillée à la topographie 
mediœvale des villes qui ont en un rôle important au 
temps des Croisades. 

Les noms des casaux, ainsi que les renseignements 
relatifs à leur position géographique, m'ont été fournis, 



298 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

tant par les historiens occidentaux et orientaux des Croi- 
sades, que par les chartes formant les cartulaires de 
Terre-Sainte, et les relations des pèlerins qui visitèrent 
la Syrie pendant le cours des douzième et treizième siè- 
cles. Le plus souvent, dans les actes où sont énu- 
mérés ces casaux, on trouve également la mention de la 
seigneurie dont ils relevaient. C'est donc en me basant 
sur ces données, qu'à défaut de limites naturelles, j'ai pu 
indiquer, approximativement,^ les délimitations respectives 
de plusieurs des baronnies du royaume. 

La formation, ou, pour mieux dire, la transformation en 
langue franque, par les Latins, des noms arabes n'a pas, 
à proprement parler, de règles fixes, et l'identification 
des noms de lieux se rencontrant dans les chartes des 
douzième et treizième siècles avec les noms de lieux arabes 
conservés jusqu'à nous est une opération qui doit se faire 
avec l'oreille plutôt qu'avec les yeux. 

On y retrouve la plupart des accidents généraux 
signalés par M. Quicherat dans son traité pratique de la 
formation française des anciens noms de lieux. Seulement; 
ici, ce sont des formes sémitiques, et presque toujours 
arabes, qui ont été la base de cette transformation, quand 
elle s'est produite. 

Je me bornerai donc à citer ici quelques exemples de 
chacun des accidents que j'ai rencontré dans le cours de 
mon travail (1). 

Parfois, il y a eu simplement traduction en français. 



(1) Cette partie de mon travail, écrite depuis plusieurs années^ a été com- 
muniquée par moi au D* Hans Prutz, qui Ta déjà reproduite dans son 
Etude sur les possessions de VHôpital Saint-Jean en Terre-Sainte, 



sybib au temps des oboisadib. 299 

Exemples : 

Arabe Français 

£1 AïouD les Fontaines (casai du comté de 

Tripoli). 

Ealaat Yamour le Ghastel Bouge (casai du comté de 

Tripoli). 

Bordj-el-Meleh la Tour des Salines (seigneurie de 

Césarée). 

Par syncope d^une voyelle : 

El Ouaranieb La Orbanie 

Earac le Erak 

Miamas Mimas 

Par épenthhse ou addition intérieure â^une voyelle : 

B'Ghosta Boocosta 

B'Eessin Bequicin 

El Gabsieh la Gabasie 

Par prosthèse ou addition d'une lettre ou d!une syllabe au 

commencement d^un nom : 

Eourdaneb Becordane (près Acre). 

Par épenthèse ou addition intérieure d*une consonne 
Akroueb Ancre 

Par métathèse de la consonne 
Bleideb Belide 

Pour aphérèse ou suppression d'une syllahe au commen^ 

cernent d'un nom. 

Abou-Senan Busenen. 

Gq nom offre simultanément à l'aphérèse un exemple 
de synérèse ou réduction en un seul mot d'un nom com- 
posé de deux. 



M 



300 OfiOOSAPHIE mSTOBIQUS DE LA 

Tair homophonie, et ce sont les plus fréquents : 

£1 Efour la Fornie 

El Djedeideh la Judede 

El Kasmieh la Gassomie 

El Bassa la Basse 

El Fergieh le Fierge 

El Gabsieh la Gabasie 

Embelieh Âmbelie 

BaheiDeh Lebeyne 

Mebleh Meblie 

Louizieh La Loaise 

Khanzirieh la Eanzirie 

Delhemieh la Delhemie 

Les Arabes désignaient les fermes isolées sous le nom 
de Mezrâahj ce qui explique la fréquence de ce nom 
parmi les casaux dont l'étude nous occupe. 

Le mot Khariet, que le lecteur rencontrera fréquemment 
sous la forme abrégée de E^, signifie lieu ruiné ou ruines. 

Le vieux terme français touron ou toron, signifiant 
éminence ou colline isolée et correspondant au mot arabe 
Tell, était fréquemment usité en Syrie au temps des Croi- 
sades. Outre le château du Toron, nous en connaissons 
de nombreux emplois, notamment aux environs d'Acre, et 
dans la principauté d'Antiocbe. On voit encore, au nord 
de cette ville, sur les bords du lac, un tertre couronné 
d'un village nommé le Toron, aujourd'hui Toroun. 

Certaines places de guerre, les plus importantes des 
principautés latines, étaient généralement désignées sous 
le nom de KraJc ; le Krak de la Pierre du Désert, le Krak 
de Mont-Réal, le Krak des Chevaliers, etc.; ce nom a 
pour origine un mot sémitique, Earak ou Earaka (forte- 
resse), désignant ici une place considérée comme impre- 
nable, et qui passa dans le langage des Francs, comme 
dans celui des Arabes. 

Ces derniers employaient également pour indiquer un 
lieu fortifié (plutôt par la nature) le mot Kefery que nous 
rencontrerons bien fréquemment dans la formation des 
noms de lieux. 



SYBIE AU TEMPS DES GB0I6ADBS 301 



COMTÉ D'EDESSE 



Cette principauté compta moins d'un demi-siècle d'exis- 
tence, et, au milieu d'un état de guerre permanent, n'eut 
jamais de frontières bien définies. Elle s'étendait sur les 
régions qui forment aujourd'hui les pachaliks de Malatia, 
de Séverek, d'Orfa, de Marasch et d'Aïntab. 

Sur la rive gauche de TËuphrate, cette principauté 
comprenait toute la région avoisinant Mardïn, le terri- 
toire d'Edesse, le district de Tell-Gouran, celui de Tela, 
la province nommée par Aboulfaradj (1) et les historiens 
arabes Schaabaktan, qui s'étendait au sud d'Edesse, ainsi 
que tout le district de Saroudj, dont la fertilité était 
célèbre depuis les temps les plus reculés. 

Les comtes d'.Edesse poussaient alors leurs incursions 
dans le Diarbékr jusqu'à Amida et Nisibïn. Les habi- 
tants de Rakka, de Harran et de Rabbah communi- 
quaient à grand'peine, et les Musulmans terrifiés n'avaient 
plus que la route du désert pour gagner Damas. 

Excepté Alep, Hamah, Emesse et Damas, villes tribu- 
taires des Francs, les Arabes ne possédaient presque 
plus rien en Syrie. Les Francs partageaient les récoltes 
de la campagne d'Alep. 

Voici en quels termes Aboulfaradj parle dans sa 
chronique des possessions des Francs à la date de 
Tannée 1129 : 

c Hoc tempore, Francis, a Mardena et Schabachtana 
îjtëque ad Arischam^ iu confinio Egypti sitam^ omnia sub- 
jecta erant » 

Les princes de la maison de Gourtenay établirent leur 
résidence à Turbessel, sur la rive droite de TEuphrate, et 



(1) Abûdlfaradj. Chron. syriac», p. 313. 



302 GÂOGBAPHIE HIST0BIQT7B DE LA 

firent administrer les villes et les districts par des châte- 
lains et des vicomtes, se bornant à occuper les forte- 
resses et à lever les impôts sur les populations syriennes^ 
arméniennes et musulmanes adonnées à l'agriculture. 

L'imigration latine paraît avoir été peu nombreuse 
dans cette principauté, qui semble avoir gardé presque 
intacte son administration byzantine, et oîi domina, tou- 
jours rélément syrien jacobite, que dirigeait le patriarche 
syrien d^Antioche, résidant au couvent de Saint-Barsauma, 
situé près de Gargar. 

Aboulfaradj dit dans sa Chronique syrienne (page 334) 
qu'en 1138^ au moment du siège d'Edesse, la plupart des 
défenseurs de cette ville étaient des Arméniens et des 
Syriens jacobites, les Francs n'y étant qu'en très petit 
nombre. 

Hatab et Tulupe, Coris ou Coricie, Ravendal, Samo- 
sate, Bir et Sororgie en étaient les principaux fiefs. 

De nombreux châteaux couvraient le pays en assurant, 
tout à la fois, la possession et la défense. Je ne citerai ici 
que les plus importantes de ces forteresses : Gargar, 
Babban ou Gaban^ Ghoros, Gakta, Bir, Tell-Gouran, Boum- 
Ealah, Hosn-Mansour, Tell-Khaled, etc., etc. 

Cette principauté comptait quatre sièges archiépisco- 
paux du rite latin, Ëdesse, Tulupe, Coricie et Geruble. 

Le patriarche syrien jacobite d'Antioche résidait, 
comme je l'ai dit tout à l'heure, dans la principauté 
d'Edesse, au monastère de Barsauma. 

Edesse, Mares, Mélitène, Gargar, Samosate et Sororgie 
étaient les sièges d'évêchés de ce rite, qui comptait, dans 
le comté d'Edesse, ses deux monastères les plus impor- 
tants, Mar-Barsauma et Bared. 

L'archevêque arménien d'Edesse avait pour suffra- 
gants les évêques arméniens de Mélitène, de Gaban et 
de Gargar. 

A la suite de la chute de cette principauté, Bom-Ealah 
devint la résidence des Catholicos ou patriarche de 
TEglise d'Arménie. 

Il faut encore rattacher au territoire de la principauté 
d'Edesse plusieurs cantons des environs d'Alep qui furent 




STBIE AU TEMPS DES GBOISADEB. 303 

un moment, possédés par les Francs et servirent, par- 
fois, de théâtre aux luttes des princes de la maison de 
Courtenay, contre les Turcomans et les Atabeks de Mos- 
soul et de Damas. 

Le Boustan-en-Noukra s'étendait au nord et au nord- 
ouest d'Alep, entre cette ville et Hazart. 

Le Ouady Boutnan est le nom sous lequel on trouve 
désignée, par les historiens arabes du moyen âge, la vallée 
fertile et peu profonde arrosée par le Nahar-ed-Dahab 
(Rivière d'Or), qui, après avoir pris sa source un peu au 
sud de Membedj, vient se perdre dans le grand lac salé 
de Djabboul. 

Cette vallée comptait un grand nombre de bourgades 
et formait un des cantons les plus riches du territoire 
d'Alep. 

C'est là que se voient les ruines des villes de Bozâa, 
d'El-Bab, de Deir-el-Hafer, qui jouèrent un rôle assez 
important dans les combats dont cette contrée fut le 
théâtre pendant la première moitié du douzième siècle. 

Au sud-est du Ouady Boutnan, vers Baalis, s'étendait 
encore un district du territoire d'Alep nommé El-Fadja. 

Le Djebel-es-Soummak, petit mouvement de terrain 
voisin des ruines de Kenesserîn (Chalcis), et qui, au nord- 
ouest, se prolonge jusqu'à Zerdana, donnait son nom à 
un canton passant, au moyen âge, pour un des plus fertiles 
et des mieux cultivés de la Syrie. 

Le district nommé Djebel-Ahass, l'un des cantons les 
plus considérables de la partie sud-est du territoire d'Alep, 
était en partie montueux, et son site se retrouve facile- 
ment dans la chaîne de collines nommées Djebel-el-Haas, 
formant au sud et à l'ouest le bassin du grand lac salé de 
Djabboul. La bourgade principale de ce canton était 
Ehanâssera; cette localité était fortifiée. 

Le roi Baudouin II s'en étant rendu maître, au mois de 
septembre 1121, fit enlever les portes du château, qui 
furent transportées à Antioche. C'étaient, selon toutes 
apparences, de ces portes en fer forgé, ornées d'inscrip- 
tions couffiques, comme on en voit encore au château 
d'Alep et à celui de Bir-ed-jik. 

90 



304 oioaBAPHIE mSTOBIQUE DE UL 

J'ai dit, en commeaçant, que, sur la rive gauche de 
TEuphrate, le comté d'Edesse comprenait encore la plus 
grande partie de la province du Schaabaktan, s'étendant 
au sud du territoire de Mardïn et qui, d'après Ibn-el- 
Athier (1), tirait son nom d'un groupe de collines s'éle- 
vant entre Harran et Ras-el-Aïn. Les Francs possédaient 
dans cette province les villes et forteresses de Bir, 
Saroudj, Djomoleïn, El-Moezzer ou Mausarah, El-Eoradi, 
Sin-ibn-0'tair, et en 1131, Joscelin II, comte d'Edesse, 
prit et détruisit une forteresse de cette région qui portait 
elle-même le nom de Schaabaktan (2). 

C'est dans cette principauté que résidait^ dans la forte- 
resse de Roum-Kalah, le Catholicos des Arméniens. Des 
sièges épiscopaux de ce rite existaient alors à Mélitène, à 
Gaban, à Gargar et à Samosate. 

Le rite syrien jacobite comptait dans ce comté les 
évêchés d'Edesse, de Mélitène, d'Urima, de Samosate, de 
Turbessel, de Gargar et de Sororgie. 

C'était au monastère de Mar Barsauma, près de Gar- 
gar, que le patriarche jacobite d'Antioche avait sa rési- 
dence habituelle. 

ABIILdS ou ABHEI (Mar), monastère jacobite creusé 
dans l'escarpement des rochers, au bord de l'Euphrate, 
près de Gargar (3), oîi il se voit encore, et qui fut pillé 
par l'émir Ifa en 1138. La Chronique ecclésiastique^ 
d'Aboulfaradj nous a conservé les noms de deux archi- 
mandrites de ce monastère. 

ANATABA (4), château mentionné^ avec Hazart, dans la 
chronique d'Aboulfaradj, et où se retirèrent, en 1150, les 
chevaliers francs qui occupaient la forteresse de Gôgsoun 
(Coxon) quand cette ville tomba au pouvoir des Musul- 
mans. 

Cette forteresse me semble devoir être la même chose 
qu'Alntab. 



(i) HisU arabes des Croisades, t. II, p. 33-119. 
(8) ÂBOULPÂRADJ. Chron, syr., p. 317. 
(3; Ibid., p. 32S. 
(4) Ibid., p. 345. 



8YBIE AU TEMPS DES OBOISASte. 805 

ASTABED ou ESTABED (1), château de Mésopotamie» 
enlevé aux Francs par Nour-ed-din en 1144. 

AURASCH, bourgade arménienne située sur le Singus, 
au sud-ouest de Samosate, et qui fut, en 1123, le théâtre 
d'une bataille perdue par le roi Baudouin II (2). 

BAB, ville du Ouady Boutnan, souvent mentionnée 
avec Bozâa, aujourd'hui El-Bab. 

BABULA, forteresse enlevée aux Francs par Zengu!, 
en 1149 (3). 

BAR SAUMA (couvent de Saint) ou Mar-Barsauma (4)» 
résidence du patriarche syrien jacobite, titulaire d'An- 
tioche, situé au bord de TEuphrate, non loin de Gargar, 
et à une journée de Gakta. Aboulfaradj (5) donne une 
description assez détaillée de ce monastère, qui joua un 
rôle important au temps de la domination franque à 
Edesse. Il était bâti sur un rocher dans lequel une partie 
de ses dépendances avaient été creusées. 

BARÉ ou HOSN-EL-BAREH, château de la principauté 
d'Edesse (6), non loin de Tulupe, pris par Nour-ed-din 
en 1151. 

BARZMAN ou PH'ARZEMAN, ville voisine d'Hatab 
et de Mares, enlevée au comte Joscelin II, par Nour- 
ed-din (7). 

BEBOU (8), château voisin de Gargar. Ses ruines por- 
tent encore le même nom. 

BEHESNE ou BEHESDIN, place forte de l'Euphratese, 
entre Gaban et Heusn-Mansour, plus tard, elle fit partie 
du royaume de la Petite-Arménie, et demeura entre les 
mains des chrétiens jusqu'en 1267 (9). Cette ville porte 



(1) ViLKKN. Mém,^ p. 81. 

(2) Bist, armén. des Crois,, t. I, pt 133. 

(3) Aboulfaradj. Chron. syr,y p. 343. 

(4) Hist. arabes des Crois., t. I, p. 163, 309, 345. 

(5) Aboulfaradj. Chron. Eccl. Ed. Abloos, p. 470. 

(6) Hist. arabes des Crois., i. I, p. 481. 

(7) Hisi. armén. des Crois., t. I, p. 165. 

(8) Ibid., t. 1, p. 140. 

(9) Ibid., p. 108-179-375-657. 



306 aiOGBAPHIE mSTOBIQUE DE LA 

encore de nos jours le même nom, et est habitée par 
deux cent soixante-dix familles. Le château, aujourd'hui 
ruiné, s'élève au sommet d'un rocher escarpé en forme de 
piton, dominant la plaine. 

BILE ou BIR, aujourd'hui Bir-ed-jik sur l'Euphrate, 
fut donné en fief, vers 1117, par Joscelin P', comte d'E- 
desse, à Yaleran, son cousin (1). Cette place fut rendue 
au prince de Mardïn, en 1145, à la suite de la prise d'E- 
desse par les Musulmans. On y voit encore les restes 
d'une importante forteresse. 

La ville possède une enceinte flanquée de tours, à 
l'extrémité nord de laquelle, au sommet d'une colline de 
180 pieds de haut environ, s'élève la forteresse. La base 
des murs est garnie de gigantesques talus en maçonnerie^ 
percés de trois étages de . meurtrières. Ce magnifique 
ouvrage, désigné, par les Arabes, sous le nom de Ealaat 
Beïda, a résisté aux tremblements de terre. On y remar- 
que une jolie église transformée en mosquée, et une 
citerne de proportions colossales. Ce château possède 
quatre étages de magasins superposés. 

BORDJ-ER-RASSAS (2), château possédé par Joscelin 
d'Edesse, et qui paraît avoir été situé à l'ouest de Tur- 
bessel, entre cette forteresse et Hatab ; il fut pris par 
Nour-ed-din en 1 149. 

BOZAA, ville du Ouady Boutnan, voisine de El-Bab (3). 
Cette place, après avoir été prise par les Grecs et les 
Francs, paraît avoir été remise à Joscelin d'Edesse, qui 
la conserva peu de temps. Nicetas la nomme Pizâa. C'est 
aujourd'hui un des villages les plus importants de la 
vallée du Nahar-ed-Dahab. 

CAFERSOUD ou KAFRZOUD (), village du territoire 
d'Alep possédé par Joscelin d'Edesse, et qui fut pris par 
Nour-ed-din en 1151. 



(1) G. DE Tyr. L. XII., ch. 17. Hist. arm,, t. I, p. 117. 

(2) Hist, arabes des Crois,, t. 1, p. 29-481. 

(3) De Guignes. HisU des Huns, t. III, 2"* partie, p. 159. 

(4) Hist, arabes des Crois,, t. I, p. 481. 



8YBIE AU TEMPS DES 0B0ISADB8. 307 

CASA (1)^ château mentionné par Aboulfaracy comme 
enlevé aux Francs par Mesoud. 

CAUCABA (2), château très voisin dTEdesse, où se 
réfugièrent, en novembre 1146, les fantassins qui avaient 
accompagné le comte Joscelin II, après la reprise de cette 
ville par Nour-ed-din. 

CISEMBURG (3), casai voisin de Turbessel, donné, 
à l'Hôpital, en 1140, par le prince Raymond d'Antioche, 
aujourd'hui Zembour. 

CORICE (4), ville archiépiscopale s'élevant sur les 
ruines de l'antique métropole de la Cyrresthique. Ce lieu 
est aujourd'hui nommé Koros, ou Eurup-Peschember, et 
se retrouve sur la rive droite du Nahar-el-Afrïn. 

Cette ville formait, avec Tulupe, un des fiefs les plus 
considérables de la principauté d'Edesse. Son château est 
bâti sur une colline escarpée, à l'angle sud-ouest de la 
ville antique, dans les ruines de laquelle on signale les 
restes d'un stade, d'un théâtre, d'une basilique, etc. 

COXON (5), place forte de la Petite-Arménie, qui 
paraît avoir appartenu, un moment, à la principauté 
dTEdesse, aujourd'hui Gôgsoun. 

Cette ville était, au douzième siècle, le siège d'un 
évêché syrien jacobite (6). 

pCHOULMAN (7), château de la principauté d'Edesse, 
qui s'identifie avec le village moderne de Dcholman. 

DIARHAFER (8), bourgade située dans le Ouady 
Boutnan, dévastée par Joscelin d'Edesse, en 1123. Cette 
localité se retrouve dans le village de Deir-Hafer^ au 
nord-est de Djabboul. 



(1) Aboulparâdj. Chron, syr.^ p. 829. 

(2) Ibid., p. 332. 

(3) Cod. Dipl., t. I, n' 25, p. 27. 

(4) EoRisi, t. II, p. 139. 

(5) Hist, arabes des Crois. ^ l. I, p. 31. 

(6) Aboulparâdj. Chron, 5yr., p. 344. 

(7) Hist. arm. des Croisades, t. I, p. 96. 
Kemal-ed-din. Ap, Rhorichty p. 276. 



308 aioasAPHiE histobique de IiA 

DJâBBOUL (1), village du même canton, qui donne 
son nom à un grand lac salé dans lequel vient se jeter le 
Nahar-ed-Dahab ; ce bourg porte encore le même nom. Il 
fut également occupé en 1123 par le comte d'Ëdesse. 

DJOMOLIN ou DJEMLIN-AL-MANSOUR (2), château 
de la région nommée le Cbaabakhtan; c'est le même que 
Tell-Mouzen. 

DJOUZ (3), château et bourgade placés entre Hatab et 
rSuphrate et qui furent pris par Nour-ed-din en 1151. 

DOLOUC, voyez Tulupe. 



EDESSE ou ROHAS 



ORFÂ, nom moderne de la Bohas de l'antiquité et 
de rSdesse des Croisades, est située sur les bords du 
Eara-Tcha:ï, le Scyrtus des anciens, aux pieds d'un massif 
de collines appelées le Top-Dag, désignées au moyen âge 
sous le nom de Montagne Sainte d'Edesse, à cause des 
nombreux monastères qui y avaient été bâtis, et que l'on 
voyait au loin dominant la contrée environnante. Les 
noms de quelques-uns de ces établissements nous sont 
parvenus; ce sont ceux de Mar-Salibo ou Beth-Yehidoye, 
de la Sainte-Mère de Dieu, nommé aussi Beth-Âksenoye, 
servant d'hospice aux étrangers. Enfin, ceux de Mar- 
Barbara, de Mar-Yakoub, de Mar-Serkis et de Mar- 
Ëphrem (4). On sait que les moines de plusieurs de ces 
monastères prirent part à la défense d'Edesse contre 
Zenghi en 1144. 

Le château dominant Edesse, est bâti sur un contre- 
fort de ces montagnes. La ville s'élève au milieu de 



(1) Kbmal-ed-din. Hist, d*Alep. Ap. Rhoricht, 276. 

(2) Hist.larabesldeslCroisades^ t. I, p. 26, 442-445. 

(3) Ibid., p. 481. 

(4) ZoTEMBERG. Catul. matius, syriac. Bib. nat., p. 14-19. 



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I 


- 









SYBIE AU TEMPS DES CB0I8ADES. 809 

vastes jardins^ sur un terrain légèrement incliné vers 
Fest. 

Les restes de plusieurs églises datant de Fépoque 
bysantine et de roccupation franque, qui ont été transfor- 
mées en mosquées, s'y voient encore. 

D'après le colonel Chesney, Orfa compte environ 
28,000 âmes. 

Les bazars, en partie couverts, sont vastes et bien 
approvisionnés. 

Cette ville a un assez grand commerce de transit. Elle 
possède plusieurs khans, une vingtaine de bains, cinq 
grandes mosquées et deux Medresseh. Elle est aussi le 
siège de deux évêchés, Tun jacobite et Tautre arménien. 
Ses rues sont étroites et sinueuses, comme celles de la 
plupart des villes d'Orient. 

La pc^ulation d'Edesse ne comprenait, au douzième 
siècle, qu'un petit nombre de Latins, et consistait surtout 
en Arméniens et en Syriens jacobites ou nestoriens. C'est 
dans cette principauté que le rite syrien jacobite avait 
son principal centre, au monastère de Mar-Barsauma. 

Edesse avait un archevêque latin et était, à cette 
époque, le siège de prélats syriens, arméniens et jaco- 
bites. 

Nous savons par les historiens latins et orientaux du 
moyen âge que les principales églises d'Edesse étaient 
celles des Saints-Âpôtres, de Saint-Jean, de Sainte-Sophie, 
de Saint-Thoros, aux Arméniens, et des Saints-Confes- 
seurs, aux Jacobites. 

A la suite de la prise de cette ville par les Musulmans, 
ces derniers renversèrent la plupart des édifices dont elle 
était ornée. On trouvait alors dans les jardins, aux abords 
immédiats de la ville, les églises de Saint-Cosme, ou Mar- 
Eouzma, de Mar-Damian ou Saint-Damien, Mar-Serkis et 
le Martyrium des Saints-Confesseurs (1). 

L'église des Quarante-Martyrs fut changée en mosquée 
et prit le nom d'Oglou Djami. Son clocher sert aujour- 



(1) Josué le Stylite. Chron., p. ^. 



310 a£0GBÂPHIE HISTOBIQUE DB LA. 

d'hui de minaret, et l'une des faces de la mosquée est 
formée par le côté sud de l'ancienne église. 

Celle de Saint-Thoros , bâtie non loin de l'église de 
la Vierge, et près du rempart occidental de cette ville, fut 
également transformée en mosquée. 

Celle de Sainte-Sophie, qui se voyait dans le quartier 
des Syriens, fut entièrement détruite. 

De tous les édifices sacrés existant à Edesse, au temps 
des princes de la maison de Courtenay, il n'en reste que 
deux en la possession des chrétiens. 
* Le premier est Téglise de la Vierge, aux Arméniens ; 
c'était un des monuments les plus anciens de la ville. 
D'après la Chronique syrienne^ de Josué le Stylite, l'eu- 
nuque Urbicus l'aurait fait élever à ses frais dans le cours 
du cinquième siècle. Mais elle a été rebâtie presque entiè- 
rement en 1817. Au temps de la domination franque, elle 
contenait un tombeau qui passait pour celui de l'apôtre 
saint Thomas. 

L'autre est l'église des saints Apôtres Pierre et Paul et 
sert aujourd'hui de cathédrale aux Syriens. 

Les murailles d'Edesse, contemporaines de celles d'An- 
tioche, et offrant une grande analogie avec ces dernières, 
présentent encore, aujourd'hui, un coup d'œil imposant. 
Elles sont flanquées de tours carrées et barrelongues 
assez rapprochées. Ces remparts, bâtis en pierres de 
moyen appareil, mesurent deux mètres et demi d'épais- 
seur, sur dix à douze d'élévation, dans les parties oîi ils 
ont conservé leur couronnement. 

Les ouvrages avancés, précédant jadis l'enceinte, et 
qui sont mentionnés par Procope dans sa relation du 
siège d'Edesse, ont complètement disparu. Ils furent, 
selon toute apparence, détruits au moyen âge. 

Quatre portes ouvertes dans les murailles donnent, 
aujourd'hui, accès dans la ville ; ce sont, au nord, la porte 
de Samosate, à l'est, la porte nommée Yeni Capou ou porte 
du Sérail, et la porte de Harran, enfin, au sud-ouest, la 
porte du Bey, près de l'Aïn-Rohas. 

D'après Cahen de Cirbied, les murs d'Edesse auraient 
jadis été percés de six portes, trois vers le nord, savoir 



8YBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 311 

la porte de Samosate, celle du Palais, et celle dite des 
Lions ; au sud-est, celle de Harran ; au sud-ouest, celle du 
Prince, aujourd'hui Bey Capou, et enfin, à Touest, la 
porte du lac, située près de T Aïn Rohas, et murée, dit 
Fauteur que je cite, depuis la reprise d'Edesse par les 
Arabes. 

Ce dernier détail ne saurait nous laisser aucun doute 
sur son identité avec celle que les historiens arméniens 
des Croisades désignent sous le nom de porte des Eaux, 
et par laquelle Joscelin II pénétra dans la ville en 1146, 
au moment de sa tentative pour reprendre Edesse. Une 
coupure récente dans la muraille, non loin de TAïn Rohas, 
marque l'emplacement de cette porte, dont elle a pris le 
nom. 

Le château est le premier édifice qui attire le regard 
du voyageur arrivant à Orfa. Construit sur une colline 
d'un relief de quatre-vingt-dix mètres environ, il en 
occupe tout le sommet. 

Sa forme est rectangulaire. Il mesure à peu près 
400 mètres de longueur, sur 100 de largeur; il est défendu 
par quinze saillants barrelongs et deux maîtresses tours 
semi-octogonales du genre de celles que les Bysantins 
désignent sous le nom de (ppovpd. 

Pour élever cette forteresse, Justinien avait fait raser 
le sommet de la colline. Des fossés avaient été creusés 
en avant des murs sur les trois faces du château regar- 
dant les dehors de la place. Ces fossés ne sont pas ce 
qu'il y a de moins remarquable dans cette immense 
ouvrage, dont les murailles ont un développement de 
992 mètres. Ils sont taillés dans le roc vif et ont jusqu'à 
31 mètres de large ; leur développement est de plus de 
600 mètres de long. Quant à la profondeur, on peut l'es- 
timer, en moyenne, à 12 mètres environ. 

Une tour fort élevée formait le donjon de cette forte- 
resse, elle fut détruite, en 1235, par le sultan Ala-ed-din- 
Eaïkobar, quand il se rendit maître d'Edesse après un 
siège de quatre mois (1). 

(1) Bayer. Hist, d^ Edesse, p. 354. 



312 GÉOOBAPHIE HIBTOBIQUE DE LA 

Deux portes donnent accès dans le château : une vers 
le nord, au pied de la maîtresse tour, à laquelle aboutit la 
rampe qui met la vi!le en communication ayec la forte- 
resse, et l'autre, percée à l'extrémité occidentale du châ- 
teau, ouvrait sur la campagne. Elle parait avoir été pré- 
cédée d'un pont jeté sur le fossé. 

Du terre-plein de cette forteresse, le regard embrasse 
un horizon étendu, la ville en forme le premier plan, cou- 
ronnée des coupoles et des minarets de ses mosquées, 
ainsi que de la masse imposante des khans de Goumrouk 
et de Eoulah Oglou. 

Avec sa ceinture de jardins, Orfa, vue de ce point, 
n'est pas sans analogie avec Damas, vue des hauteurs de 
Salahieh. 

Ici, tous les édifices sont construits en pierres dispo- 
sées par assises alternatives de calcaire et de basalte, ce 
qui ajoute beaucoup à l'effet pittoresque. Le plan des 
habitations est semblable à celui des maisons d'Âlep et 
de Damas. C'est une cour centrale pavée de marbre, 
autour de laquelle s'ouvrent des salles et des divans 
décorés de toutes les richesses de l'art arabe. Ces mai- 
sons ont des puits fort profonds, mais elles reçoivent éga- 
lement les eaux de deux grands aqueducs souterrains, 
paraissant remonter à l'époque du Bas-Empire. 

Vers l'ouest, les murailles s'élèvent sur un terrain de 
remblais, qui pourrait bien n'être autre chose que le ter- 
rassement dont parle Procope, et que Justinien fit exé- 
cuter pour abriter la ville, en même temps qu'il faisait 
détourner le cours du Scyrtus, dont les eaux cessèrent 
alors d'être à redouter pour les habitants d'Edesse, le 
nouveau lit du fleuve ayant été creusé dans la plaine, 
assez en contre-bas de la ville. 

Cette partie des murs d'Edesse présente certaines 
traces de restaurations ; on y voit plusieurs ouvertures en 
arcs brisés, et le parapet qui la couronne est muni 
d'échauguettes en pierre. Il ne subsiste plus que peu de 
vestiges du palais des princes de Courtenay, cet édifice 
occupait l'emplacement du sérail actuel bâti, à la fin du 
dix-septième siècle, par Ahmed-Oglou pacha. 




SYBIE AU TEMPS DES CBOISADBS. 313 

Ces princes, d'ailleurs, résidèrent rarement à Edesse. 
Cette ville semble être demeurée essentiellement bysan- 
tine, et les Francs n'y furent jamais qu'en très petit 
nombre, comparativement à sa population indigène. 

Les nombreuses saignées faites au Eara-Tchaï, pour 
arroser les vastes jardins et les vergers au milieu des- 
quels il coule, paraissent avoir déplacé plusieurs fois le 
lit de ce cours d'eau depuis le cinquième siècle. Les eaux 
du Eara-Tchaï ne sont pas seules à arroser la ville et ses 
jardins. L'antique source de Rohas, la fontaine Callirohé, 
en fait toujours l'ornement. Elle sort de terre près de 
l'Ibrahim Djami, mosquée principale d'Orfa, située pres- 
que au pied de la colline du château. Ses eaux remplis- 
sent un vaste bassin nommé Birket-Ibrahim. Entouré 
d'une margelle de pierre, il peut avoir soixante-quinze 
mètres de long sur une vingtaine de large. 

Les nombreux poissons qu'on y trouve passent pour 
sacrés aux yeux des habitants de la ville, tant chrétiens 
que musulmans. 

Un second bassin appelé Aïn-Zelkah par les Turcs, et 
Ghenatz-Agh par les Arméniens, est alimenté par une 
source moins abondante. Il se voit entre le château et la 
fontaine dont je viens de parler. 

Ces deux sources sont si rapprochées, que plusieurs 
écrivains les ont confondues en une seule; elles sont 
entourées d'arbres magnifiques. On y remarquait surtout, 
il y a quelques années, des platanes gigantesques. Sur la 
pente de la colline que couronne le château, se trouve un 
cimetière musulman nommé Ibrahim-el-Khalil. Les deux 
fontaines réunissent bientôt leurs eaux, et après avoir 
traversé un quartier de la ville, où elles font tourner plu- 
sieurs moulins, le ruisseau qu'elles forment va, dans les 
jardins, rejoindre le Kara-Tchaï, avec lequel il se con- 
fond. 

L'Ibrahim-Djami (Mosquée d'Abraham) s'élève au bord 
du Birket-el-Khalil. C'est la plus importante d'Orfa; elle 
est précédée d'une vaste cour entourée de portiques, et 
est ombragée de magnifiques cyprès. Buckingham, qui 
réussit à y pénétrer lors de son passage dans cette ville, 



314 GÊOGBAPHIE UISTOBIQUE P£ LA 

pense que c'est une ancienne église bysantine restaurée 
au temps de la domination franque. 

Des couvents qui, alors, entouraient Edesse, il n'en 
subsiste plus qu'un seul, celui de Saint-Serge (Mar-Ser- 
kis), appartenant aux Arméniens. 

GABAN (1), ville épiscopale et forteresse importante 
bâtie dans le Taurus, sur un affluent du fleuve Djyhoun, 
aujourd'hui Geiben. 

GADIR (2), casai voisin de Turbessel, donné à l'Hô- 
pital, en 1149, par le prince Raymond d'Antioche. 

GAKTHA (3), ville et château, au bord de l'Euphrate, 
possédés par Joscelin II, aujourd'hui Kiakteh 

GARGAR (4), place forte de l'Euphratese, donnée à 
Joscelin II en 1138 par le prince arménien Michel. C'était 
non loin de cette forteresse que s'élevait le célèbre cou- 
vent de Saint-Barsauma, résidence du patriarche des 
Syriens jacobites. Cette ville possédait deux évéchés, l'un 
syrien jacobite et l'autre arménien. 

Le site de Gargar et son château se retrouvent dans la 
bourgade moderne, nommée Kerker, bâtie au sommet 
d'une montagne semblant inaccessible ; d'après Karl 
Ritter, son altitude, au-dessus de la mer, est de 
742 mètres. 

L'assiette de cette forteresse est séparée des crêtes 
environnantes par un fossé taillé dans le roc vif comme à 
Sahioun; la pile du pont a été également ici ménagée 
dans la masse. Un pont en bois qu'elle soutient conduit 
aujourd'hui à la porte ogivale, surmontée d'une inscrip- 
tion arabe, par laquelle on pénètre dans le château, qui 
est presque complètement ruiné; trois arcs doubleaux sou- 
tiennent la voûte du vestibule. 



(1) Hist, arm. des Croisades, t. I, p. 154-483-656, etc., etc. 

(2) Cod. dipLy t. I. p. 27 

(3) Hist. arm. des Croisades, t. I, p. 342. 

(4) Ibid., p. 36-133-342-515. 



STBIE AU TEMPS DES CEOISADES. 315 

Une trentaine de maisons, habitées par des curdes^ s'élè- 
vent au milieu des décombres. Ce château paraît avoir 
été édifié sur les fondements d'une forteresse antique, et 
le D' Ainsworth, qui visita Gargar en 1838, signale une 
inscription grecque du moyen âge, gravée sur le rocher, 
aux pieds des murs. 

Aboulfaradj désigne, dans sa chronique, les montagnes 
voisines de Gargar sous le nom de Esta. 

GÉRAPLE (1), ville archiépiscopale de cette princi- 
pauté, a été, jusqu'à présent, confondue avec Hiéra- 
polis (Membej). Je suis très porté à croire que c'est 
plutôt dans les ruines de la ville nommée dans l'antiquité 
Jerabolos, où se voient encore les restes d'une église et 
d'un château du moyen âge et qui se rencontrent sur la 
rive droite de l'Euphrate, entre l'embouchure du Sadjour 
et Kalaat-en-Nedjem, qu'il faut rechercher le site de 
Géraple ou Gérable. 

GUBA (2), ville épiscopale placée au bord de l'Eu- 
phrate, vers Gargar, et dont le territoire est cité par 
Aboulfaradj dans ses chroniques; d'après les textes, cette 
ville semble avoir été sur la rive gauche du fleuve, en face 
de Gargar. 

GOURIS, ou KOURES, ou CHOROS, forteresse située 
sur une montagne, au nord-est de Samosate, et portant 
encore le même nom (3). Ce château fut pris par Nou- 
ed-din, en 1151. (V.Kars'z, p. 317.) 

HATAB (4), nommé aujourd'hui Aïntab. Cette ville for- 
mait alors, avec Tulupe, un des grands fiefs de cette prin- 
cipauté. Une forteresse assez considérable s'élève à l'extré- 
mité de la ville sur une colline qui semble artificielle, ou, 
tout au moins^ retaillée de main d'homme. 



(1) G. de Tyr. Ed. Didot, t. I, p. 789. 

(2) ÀBOULPAiiADJ. Chron. syr,, p. 307. 

(3) Ibid., p. 345. 

(4) G. de Tyr. L. XVII, ch. 17. Hist. arabes des Croisades , t. I, 
p. 138-143-136-164-185. 



316 aÊO&BAPHIE HISTOBIQUE DE LA 

HEUSN-MANSOUR (1), forteresse à l'ouest de l'Eu- 
phrate, entre Samosate et Behesni, nommée aujourd'hui 
Adiaman. La ville est bâtie autour de la colline artifi- 
cielle au sommet de laquelle était construit le château 
dont on ne trouve plus aujourd'hui que les substructions. 
La cité était entourée de murailles pourvues de fossés 
et percées de trois portes, le château avait une double 
enceinte. 

HIZAN (Tell), château de Mésopotamie, enlevé aux 
Francs en 1144, par Nour-ed-din (2). 

KANDÊTHIL (3), bourgade de la principauté d'Edesse 
qui s'identifie avec le village ruiné du même nom, qui se 
trouve à six heures de Test-sud-est de Bir. 

KARS'Z (4), château possédé par Joscelin II d'Edesse, 
et mentionné, par Hammer, au nombre de ceux que prit 
Nour-ed-din, en 1151. Ce château me paraît pouvoir être 
identifié avec la forteresse de Choros, au nord-est de 
Samosate. (V. p. 315, Gouris.) 

KORADI ou TELL-KARAD (5), château de Mésopo- 
tamie, enlevé aux Francs, en 1145, par Zenghi. 

MACORA (6), ville du territoire de Mélitène, et qui est 
appelée aujourd'hui Masr. 

MARES, aujourd'hui Marasch, chef-lieu du pachalik de 
ce nom; fut un des grands fiefs de la principauté d'E- 
desse. Ses seigneurs ont fourni un chapitre aux familles 
d'Outre-Mer. 

La ville est bâtie en amphithéâtre sur les pentes sud 
de l'Akhour-Dag, et voit s'étendre à ses pieds l'immense 
plaine nommée Cheker-OvSssi, arrosée par l'Erkenès-Sou. 
Deux ruisseaux descendus de la montagne traversent la 



(i) Wtlken. Mém., p. 84-108-342-614. 

(2) Ibid., p. 80. 

(3) Hist. arm, des Crois.f t. 1, p. 96 . 

(4) Hammer. Hist. des BathénienSif. 156. — Saint-Martin, 1. 1, p. 194. 
— Aboulparadj. Chron. Syr. p. 274-294. 

(5) Hist, arabes des Crois., t. II, p. il 9. 

(6) Hist. armén. des Croisades, t. I, p. 449-616. 



SYBIE AU TEMPS DES OBOISADES. 317 

ville et se réunissent au pied du château pour aller se 
jeter bientôt dans un des affluents de la rivière nommée 
Erkenès-Sou. 

Le château de Marasch est assez bien conservé; il cou- 
ronne une colline située au milieu de la ville, il est de 
construction bysantine; affecte la forme d'un trapèze et 
est flanqué de tours carrées. 

Un passage de la Chronique de Michel le Syrien donne 
à penser que Mares n'était point entouré de murailles et 
qu'elle n'était défendue que par le château. 

MEGNIG (1), localité voisine d'Edesse, où se livra, en 
1084, une bataille célèbre. 

MÉLITÈNE (2) était la ville la plus septentrionale de 
la principauté. Le prince arménien Gabriel en avait fait 
hommage à Baudoin du Bourg en 1100. Aujourd'hui, 
c'est un amas de ruines nommées Eski-Malatia, à deux 
heures, au nord, de la nouvelle Malatia, chef-lieu d'un des 
pachaliks les plus considérables de l'Asie mineure. La 
montagne de Moursour, dominant cette ville au sud, 
était nommée, au douzième siècle, la Montagne Sainte de 
Mélitène, à cause de plusieurs monastères jacobites qui y 
étaient en grande vénération et que mentionne Aboulfa- 
radj (3), notamment ceux de Mar-Barsauma, Mar-Aharon* 
Beth-Kenea et Beth-Zabarense, ils furent dévastés, par 
les Turcs, au mois d'octobre 1141. 

MOEZZER (4), ville de Mésopotamie, enlevée aux 
Francs, par Zenghi, en 1144. 

NEHERELLUS ou NEHER-EL-DJOUZ (5), forteresse 
voisine de Turbessel. Ce lieu paraît être le même que 
Djoz, mentionné plus haut. 



(1) Bihl, armén, des Crois., t. I, p. 185. 

(2) G. de Tyr, liv. XI, chap. 21. 

(3) Aboulparadj. Chron, Syn, p. 330 et 463. 

(4) Hist. arabes des Crois. y t. II, p. 119. 

(5) Hist. arabes des Croisades, t. II, p. 481, et de Hammer, -HÏ*^. des 
Batheniens, p. 183. 



318 OiOGBAPHIE HISTOBiQrS DE LA 

ODREM, OROUM oa OREMÈN (1), ville da nord de 
TEuphrate qui dépendait de la principaaté d'Edesse. Elle 
occupe le site de la ville antique d'Urima; on y voit 
encore quelques vestiges d'une forteresse médisevale, 
nommée Oroum Kalessi. 

RABAN ou GABAN, forteresse du nord de TEuphra- 
tese qui, après la chute de la principauté d'Edesse, fit 
partie du royaume d'Arménie. Voir Gaban. 

RANCULAT (2), nom sous lequel les historiens latins 
des Croisades désignaient le bourg et le château de Roum- 
Kalah. 

RAVENDAL (3), château et fief de la principauté 
d'Edesse, s'identifiant avec le site du village moderne de 
Ravendan. Ce château, dont il subsiste encore des restes 
importants, occupe le sommet d'une montagne escarpée ; 
du haut de ses murs, le regard embrasse la plus grande 
partie de la chaîne de l'Amanus. La famille qui tenait ce 
fief reçut, dans la suite, la seigneurie de Maraclée. 

ROUIAN (4), localité entre Damas et Alep, sur un tor- 
rent nommé Sébaïn, près de Tell- es- Sultan. 

ROUM-EALAH fut, tout à la fois, la place la plus forte 
de l'Euphratese, et servit, pendant deux siècles, de rési- 
dence aux Catholicos arméniens. A ce double titre, cette 
ville joua un rôle considérable, non-seulement pendant 
l'existence de la principauté franque d'Edesse, mais encore 
pendant presque toute la durée du royaume de la Petite- 
Arménie, dont elle devint un des boulevards principaux 
i l'est. 

L'assiette de cette forteresse a été choisie sur un pro- 
montoire escarpé dominant, par trois de ses côtés, la vallée 
du Marsifax et le cours de l'Ëuphrate. 



(1) Hist, armén, des Crois., t. I, p. 102. 

(2) G. de Tyr, 1. XVU, chap. 17. 

(3) HisU armén, des Crois., t. I, p. 3&-87-126. 

(4) Hist. arabes des Croisades, t. II, p. 29. 



É 



STBIE AU TEMPS DES OBOISASOB. 319 

Un fossé de soixante pieds de largeur, creusé dans 
le roc vify le sépare du plateau, auquel il se rattache 
topographiquement. 

Les escarpements dû rocher ont été taillés de façon i 
former la base des tours et des murailles, de telle sorte 
qu'il est difficile de dire oîi le roc finit et oîi commence la 
maçonnerie. 

Les tours sont généralement barrelongues, le parapet 
était crénelé avec meurtrières refendues dans les. mer- 
Ions. 

La principale entrée de cette forteresse est à l'ouest, 
dans la vallée du Marsifax ; elle est défendue par trois 
portes successives, dont deux furent jadis munies de 
herses. 

A Boum-Ealah, les habitations et les édifices sont en 
partie taillés dans le rocher, assez tendre, formant le 
promontoire qu'occupe le château. 

On voit encore dans la partie sud-est de l'enceinte les 
ruines du couvent où résidaient les Catholicos d'Arménie, 
aujourd'hui remplacé par une mosquée au-dessous de 
laquelle on remarque des souterrains taillés dans le roc et 
munis d'un escalier descendant jusqu'au niveau du fleuve. 
Dans la partie haute du château se voient les vestiges 
de deux églises. La première, qui date de l'époque bysan- 
tine, est à trois nefs ; la seconde, nommée Dar Nascite, 
était une superbe construction arménienne du treizième 
siècle. Il en reste encore deux magnifiques piliers ornés 
de riches chapiteaux. 

Ce fut Béatrix de Saône, veuve de Joscelin II, qui, au 
moment de la chute du comté d'Edesse, fit, en 1 1 54, don 
de cette forteresse au Catholicos Grégoire Batlavonni, 
pour lui et ses successeurs, et elle devint, depuis lors, 
jusqu'en 1292, leur résidence habituelle. 

L'index géographique, joint à l'histoire de Salah-ed- 
din, écrite par Boha-ed-din-, nomme Marciban, le petit 
cours d'eau qui, après avoir arrosé les jardins dépendant 
de Roum-Ealah, se perd dans l'Euphrate, au bas de 
cette forteresse. Ce fut le sultan Malek el Aschraf, fils de 
Eelaoun, qui enleva cette place aux Arméniens. 

21 



320 g£ogbaphib historique de la 

RoumrEalah fut bombardé en 1839 par les troupes 
d'Ibrahim pacha, et les projectiles égyptiens endomma- 
gèrent grandement ces ruines intéressantes. 

On compte environ quarante maisons, aujourd'hui aban- 
données, dans la partie basse du château. 

SAMOSATE ou SAMOSAC, en arabe Schemeisath (1), 
ville et forteresse importante, . située sur la rive droite de 
rSuphrate, et qui fut possédée, assez longtemps, par les 
princes d'Ëdesse. La famille de Samosac, dont plusieurs 
membres nous sont connus par des actes contemporains, 
paraît en avoir tiré son nom. Cette place fut remise aux 
Grecs en 1152, en même temps que les débris de la prin- 
cipauté d'Ëdesseï qu'ils ne surent conserver. 

SORORGIE (2), aujourd'hui Saroudj, était un des fiefs 
les plus considérables de la principauté d'Edesse ; cette 
ville fut le siège d'un évêché syrien jacobite, et les sei- 
gneurs francs de Sororgie ont fourni un chapitre aux 
familles d'Outre- Mer. 

SOUPROUS (3), ville et forteresse de l'Euphratèse, 
aujourd'hui Kouprous, village entre Samosate et Orfa. 

TAGANCHARA (4), château voisin du monastère de 
Mar-Barsauma, pris en 1149 par l'Atabek Zenghi. Peut- 
être le même que Teghenkar? 

TANZA ou THANESA (5), château de Mésopotamie, 
enlevé aux Francs en 1144 par Nour-eddin. Cette place 
est comptée au nombre des forteresses du Schaabaktan. 

TEGHENK'AR (la Roche Jaune) (6), château de l'Eu- 
phratèse, sur les confins de la Cilicie et qui dépendait de 
la principauté d'Edesse. Ce lieu paraît avoir été retrouvé 
dans le château nommé Altoun-Tasch-Ealeh (château de 



(1) Hist. armén, des Crois., t. I, p. — G. de Tyr, 1. XVII, ch. 17. 

(2) Hist, occid. des Crois., t. I, p. 64, 101-11M79. 

(3) Ibid., p. 140. 

(4) Aboulparadj. Chron. Syr,, p. 344. 
(K) WiLKBN. Mém.f p. 81. 

(6) Hist, arabes des Crois.^ t. I, p. 731. — Hist, arm., t. I, p. 342. 



StelÉ Atr TEMPS DES ÛBOISABÎEBS. d^l 

la Roche dorée), situé à Touest de Eoum-Ealah, et dont il 
subsiste encore des ruines importantes. 

TELL ASCHICHAN (1), forteresse enlevée aux Francs, 
en 1125, par Zenghi, qui se retrouve, je crois, dans le 
village moderne de Tell Atchan. 

TELL GOURAN (2), forteresse et bourgade de la Méso- 
potamie, dépendant de la principauté d'Edesse, prises 
aux Francs par Maudoud en 1112. S'identifie, sans hési- 
tation, avec la localité moderne de Tell Gouran. La gar- 
nison était de quarante hommes d'armes, d'après le chro- 
niqueur arménien. 

TELL KABBASIN (3;, château pris par les Francs en 
1122, et qui paraît avoir été situé au nord-est d'Alep, 
entre Turbessel et Membedj. 

TELL KHALID (4), château bâti au sud-est de Tur- 
bessel, possédé par les princes d'Edesse, il leur fut en- 
levé, en 1152, par Nour-ed-din; ce lieu se retrouve dans 
le village moderne de Tell Khaled, sur la route d*Alep à 
Bir-ed-Jik, que domine un énorme tertre factice qui ser- 
vit d'assiette à cette forteresse. 

TELL KOURAD ou EL KARADA (5), château situé 
dans le district du Schaabaktan, pris par Maudoud, prince 
de Mossoul, en 1112; cette forteresse est peut-être la 
même que celle que nous trouvons désignée, dans les his- 
toriens orientaux des Croisades, sous le nom de El Koradi. 

TELL MOUZEN, Thella, Tela, Til ou Tilium (6j, ville 
et forteresse de Mésopotamie, nommée dans l'antiquité 
Tela Gonstantia. Elle était à dix milles de Ras-el-Aïn, et 
fut enlevée aux Francs par Zenghi en 1144. Ses environs 



(1) Aboulfaradj. Chron. Syr,^ p. 335. 

(2) Hist, arabes des Crois., t. I. p, 96. — Mathieu d'Edesse ap» 
Dulaurier, p. 275. 

(3) Keual-ed-din. Ap, Rhoricht, p. 271. 

(4) Hist. arabes des Croisades, t. II, p. 183. 

(5) Kbual-ed-din. Hist, d'Alep, ap. Rorich.^ p. 239. — Hist. arabes 
des Crois., t. II, p. 354. 

(6) Hist, arabes des Croisades, t. II, p. 442. 



322 GÂOGBAPHIE HISTOBIQUE DE LA 

paraissent avoir formé l'extrémité occidentale de la contrée 
nommée le Schaabaktan par les historiens orientaux des 
Croisades. Il subsiste encore des ruines considérables en 
ce lieu. Elles consistent en une enceinte carrée d'un demi- 
mille de côté. Ces murailles sont flanquées de tours arron- 
dies et percées de quatre portes. On y trouve les ruines 
de plusieurs églises. 

Au sud-est s'élève un tertre dominant au loin les ruines 
et la campagne environnante et que couronnent les restes 
de l'ancienne citadelle. 

Ce lieu, nommé aujourd'hui Veran-Scheïr, a été récem- 
ment visité par Taylor et d'autres voyageurs. 

TULUPE (1), grand fief de la principauté d'Edesse, 
que Guillaume de Tyr dit avoir été à cinq ou six milles 
de Turbessel, aujourd'hui Dalouk, près Âïntab. 

TURBESSEL, ville et forteresse situées entre Hatab et 
Bir, résidence habituelle des princes de la maison de 
Courtenay. Cette localité est de nos jours nommée Tell 
Bascher. Mais il ne subsiste malheureusement presque 
plus rien du château bâti par les princes d'Edesse ; cette 
ville était, au moyen âge, le siège d'un évêché syrien 
jacobite. 

UBREM (2), casai voisin de Turbessel, donné en 1149 
à l'Hôpital, par Raymond, prince d'Antioche. 

VARTAHERI (3), village près de Behesne. 
Positions à retrouver. 



(1) G. de Tyr, 1. XVII, ch. 17. 

(2) Cod, DipL, t. I, n* 25, p. 71. 

(3) Ibid., p. 108. 



SYBIE AU TEMPS PES GBOISADEl^. 323 



PRINCIPAUTÉ D'ANTIOCHE 



Les auteurs qui, jusqu'à ce jour, ont écrit sur les ori- 
gines de la domination latine en Syrie n'ont point fait à 
la principauté d'Antioche une assez large place dans le 
récit des événements qui remplissent, en Orient, les pre- 
mières années du douzième siècle. 

Toujours préoccupés de Jérusalem, ils ont laissé An- 
tioche dans l'ombre, et, cependant, cette principauté attei- 
gnit, en bien peu d'années, son maximum de développe- 
ment, alors que le domaine royal ne se constituait que 
peu à peu autour de Jérusalem. Dès l'année 1106, Tan- 
crède était maître d'Apamée^ d'Ël Bara, du Sermin, de 
Kafartab, d'Atareb, etc. 

Profitant des luttes constantes des émirs turcomans et 
des Atabeks, ainsi que de l'anarchie qui régnait à Alep, 
Bohémond et Tancrède n'avaient cessé de reculer les 
limites de la principauté. 

En 1117, Yarouktasch, l'un des anciens serviteurs de 
Badouan, s'étant rendu maître d'Alep, conclut une 
alliance avec le prince Roger d'Antioche et lui accorda 
le droit de conduire les caravanes allant d'Alep à la Mec- 
que, ainsi que celui de lever une taxe sur les pèlerins. 

A partir de 1119, toute la partie occidentale et septen- 
trionale du territoire d'Alep, notamment les districts d'El 
Aouacem, de Leïloun, du Djebel-Halaka, du Djebel-Ahass 
et d'une partie du Djebel-es-Soummak, ainsi que ceux 
d'En-Noukra et de Ouady Boutnan, vers l'Euphrate, 
étaient au pouvoir des Francs, qui, maîtres des tours de 
El Hader et de Kefer-Haleb, tenaient la cité étroitement 
bloquée, obligeant ses habitants à partager avec eux les 
produits des jardins de la ville et de leur payer un tribut 
annuel de 1,000 dînars. 

Aboulféda nous apprend que cet état de choses durait 
encore en 1130. 



824 OfiOGBAPHIE HISTOBIQUE DE LA 

Cette principauté avait, dès lors, acquis un déve- 
loppement considérable; au nord-ouest, elle comprenait 
une partie de la Cilicie jusqu'à la rivière Djihoun, mais 
depuis la constitution définitive du royaume d'Arménie, la 
frontière nord-ouest de la principauté d'Antioche fut à la 
Portelle. Au nord-est, elle était limitée par la frontière 
de la principauté d'Edesse, qui passait au sud de Coricie, 
entre Hazart et Turbessel. Vers le désert, elle compre- 
nait, au dplà de TOronte, les territoires des villes d'El 
Bara, de Femie ou Apamée, de Capharda et de Marra, 
nommée alors la Marre ; de ce côté, les villes fortes d'Ar- 
tesie, d'Atareb, de Sardonie, du Sermin, et enfin la Marre, 
formaient la ligne des places frontières. 

Elle était bornée à Touest par la mer, au sud par le 
ruisseau et la crête des montagnes formant la frontière 
du comté de Tripoli. Au sud-est, enfin, par les cantons 
montagneux de Eobeïs et de Massiad, possédés par les 
Bathéniens. Mais, la chute de la principauté d'Ëdesse, 
survenue en 1145, modifia, profondément, cet état de 
choses dès la seconde moitié du douzième siècle. 

Elle comptait alors un grand nombre de fiefs, dont les 
principaux étaient ceux du Cerep, de Harrenc, du Soudin, 
de Saône, de Hazart, du Sarmit, de Zerdana, de Ber- 
zieh, du Sermin, de Capharda, de la Marre, de Cassem- 
belle, etc. 

Margat, Trapessac, Cursat, la Roche de Russol, Nepa, 
Jezra'in, Belatnous, Laycas (Aleïka), Cadmous et Lacoba 
en étaient les principales forteresses. 

Elle comptait deux villes archiépiscopales du rite latin, 
Albara et Fémie, ainsi que les évêchés d'Artésie, la Liche, 
Zibel et Valenie. 

Les abbayes principales étaient celles de Saint-Paul, 
d'Antioche ; de Saint-Georges, aux Bénédictins, dans la 
montagne Noire ; de Jubino, aux Cisteciens ; du Mont- 
Parlier, de Sainte-Marie, de Rochefort, de la Grana- 
cherie, de Saint-Siinéon (moines grecs et géorgiens). 

Antioche possédait un siège archiépiscopal du rite 
arménien; Femie et Laodicée étaient la résidence de deux 
évéques du même rite. 



ft 



8YBIE AU TEMPS DES OBOISADBS. 325 

Le patriarche syrien jacobite, titulaire d'Antioche, rési- 
dait habituellement au couvent de Mar-Barsauma, dans la 
principauté d'Ëdesse. Mais un prélat de ce rite demeurait 
en permanence à Ântioche. 

Dans la montagne Noire, nommée alors par les histo- 
riens orientaux la montagne Sainte ou la montagne Admi- 
rable, se trouvaient encore plusieurs monastères de reli- 
gieux arméniens, grecs et syriens, ainsi que de nombreux 
anachorètes. Ce fut là, dans des cellules taillées dans le 
roc, non loin du couvent de Saint- Georges, que s'établi- 
rent, en 1210, les premiers disciples de saint François, 
venus en Terre-Sainte ; pendant plusieurs années, ils y 
menèrent la vie érémitique avant d'être réunis en com- 
munauté. 

ALBARA (1), ville archiépiscopale dont le site se 
retrouve dans les vastes ruines nommées aujourd'hui El 
Bara, sur la rive droite de l'Oronte. Cette ville fut 
enlevée aux Musulmans par le comte de Saint-Gilles, le 
28 novembre 1098. Le château, bâti par les Francs, est 
encore bien conservé; au temps des Croisades, Albara 
était entourée de cultures de cannes à sucre, f^ 

ALID-HOUN, EL A'ÏD ou EL AIDOUN (2), château 
relevant de Sahioun et qui semble en avoir été assez 
voisin. Il tomba au pouvoir de Salah-ed-din en 1188. — 
Position à retrouver. 

ANADI (3), casai de la principauté d' Antioche dont le 
nom est incomplet. Donné en 1114 à l'abbaye de Notre- 
Dame de Josaphat par Robert de Laitot. 

ANTIOCHE. Je ne reviendrai point ici sur ce que j'ai 
déjà dit des murailles d' Antioche, dans mon Etude sur 
V architecture militaire des Croisés en Syrie. 

Je me bornerai, à l'aide des auteurs anciens et des 
relations dues aux voyageurs des deux derniers siècles, & 



{{) G. de Tyr, 1. VII, ch. 8. 

(2) Hist, arabes des Crois., t. III« p. il 2, etc. 

(3) Dblabordb, p. 27. 



cAm&USIZ 2IiT02^CZ Z« XA 



Ion de I* A9«iaS2<» hd&e. 

Am Bds<it OT ka Croisés î'«t e^î*rêr*i:, a î'?&5, 
elle (£urî posséié^ »Kr les Mx^^s'tiat:^, :ii. ^'j é&uiî qve 

Iqpi de temps ftc^^i &!>cn. s«>ir:^r d'^^e su&îère bkB 
B0tâble Y^jAtt de ceice d:/é eiseiLtielIesaï bi^Azirse. 

L/jnqnt le* Franes en farea: riAhrcs, i'etceŒ:* de U 
▼nie renfenroh. comaie ta;/>^rdl:cL de coiiïbr&GX et 
mates ju^io». irriguée p&r le» eaux de plodeors iqne- 
dses, outre edles dérirées de i'Oronte. 

Voiei ce que dit WiDebnmd d'Oldenbonrg reUtiTe- 
aent aux habitants d'Antioche. et comment il démt leurs 
demeures, qui paraissent avoir éxé semblables anx grands 
palais arabes qoe nous Toyons encore i Damas, a Homs. et 
dans d'antres villes de la Sjrie : 

« Dans Antjocbe, de nombreuses fontaines arrosent les 
▼ergers et les jardios, et des aqoedacs souterrains amè- 
nent jusque dans les maisons une eau pure et abondante. 
Et, chose digne de remarque, les maisons et les palais 
d'Antioche qui, au dehors, semblent de boue, sont an 
dedans d'un luxe éblouissant Les habitants, conune j'ai 

În m'en convaincre, ont l'habitude de passer leur temps 
se rafraîchir et i se baigner dans des eaux jaillissantes 
an milieu de jardins abondants en fruits les plus variés. 
Cette ville a de riches et nombreux habitants francs, 
s^ens, grecs, juifs, arméniens et sarrasins, qui tous sui- 
Tent les lois. » 

Le même auteur nous apprend encore que, vers le 
milieu de la ville, s'élevait la basilique des apôtres saint 
Pierre et saint Panl^ bâtie par Justinien, et qui, devenue 
église patriarcale des latins, était le lieu de sépulture des 

{grinces d'Antioche et renfermait encore le tombeau de 
'empereur Frédéric Barberousse (1). Cette basilique fut 
très endommagée par le tremblement de terre du mois de 
juin 1170, qui renversa également la caUiédrale grecque 



U) Cad, JDipi., u l, p. so. 




SYBIE AU TEMPS DES CKOISADES. 327 

SOUS les ruines de laquelle périt, au dire de Michel le 
Syrien, Athanase, patriarche grec de cette ville. 

L. de Sainte-Cécile, qui visita Antioche en 1745, durant 
son second voyage en Orient, vit, alors, les restes de cette 
église, que démolissaient pierre à pierre les habitants de 
la ville moderne. 

Pockoke et Mundrell trouvèrent les ruines, d'une grande 
église bâtie en briques, dont il subsistait encore une 
abside et six grands arceaux. Ils nomment cette ruine 
PrincCy et par la position que 'lui assigne Pockoke, qui 
croit devoir faire remonter cette construction au sixième 
siècle, ces restes auraient appartenu à l'église bysantine 
de la Vierge, que Ton sait avoir été circulaire, ainsi 
que cela est indiqué dans le plan d'Otfried Muller. On 
voyait là une image miraculeuse de Notre-Dame, en grande 
vénération parmi les Grecs. 

Selon toute apparence, ce sont les restes de la même 
église que Léandre de Sainte-Cécile vit à l'angle sud de 
la ville et qu'il décrit comme ceux d'un splendide édifice 
hexagone formant, dit-il, une véritable colline de ruines, au 
milieu desquelles se voyaient encore de superbes colonnes 
de marbre. 

Vers l'extrémité orientale d' Antioche, le monastère de 
Saint-Paul se trouvait sur les premières pentes de la 
montagne, et on y remarquait surtout une petite crypte 
ornée de mosaïques à fonds d'or où, d'après la tradition, 
saint Paul écrivit ses épîtres. Cette chapelle était très 
révérée et avait devant ses portes les tombeaux de Bur- 
chard de Magdebourg, d'Oger, comte d'Oldenbourg, et 
de Wilbrand, comte d'Harlemont. Pockoke dit avoir vu 
les restes de ces mosaïques. 

Au pied de cette même colline, mais plus à l'ouest et 
placée sous le vocable de l'évangéliste saint Luc, s'élevait 
l'église dont les ruines se voient encore dans le cimetière 
latin qui se trouve en ce lieu. 

Pockoke remarqua aussi les ruines d'une ancienne 
église, située sur la pente de la colline dominée par le 
château, et qui, de son temps, servait à la population 
arménienne d' Antioche, composée alors de trois cents 



328 aÊOGBAFHIE HISTOBIQUE DE LA 

membres environ. Puis^ vers le centre de la ville, il 
signale celles d'une chapelle bâtie en briques, dernier 
reste de l'église Saint-Jean-Chrysostome (1), élevée vers la 
fin du sixième siècle, et qui, nous le savons, existait en 
1149. L'église Saint-Georges paraît avoir été voisine de la 
porte du même nom. 

Nous n'avons aucun renseignement sur le site de 
l'église Saint-Hilaire, mentionnée par le Continuateur de 
Guiïlanme de Tyr, non plus que sur celles de Saint-Jac- 
ques, de Saint-André, de Saint-Léon, de Sainte-Marguerite 
et de Sainte-Barbe (2). 

Antioche était le siège titulaire du patriarcat syrien 
jacobite, et Assemani (3) nous apprend que l'église métro- 
politaine de ce rite, ainsi que la maison patriarcale, 
avaient été bâties en 1237, dans la partie haute de la 
ville, par le patriarche Mar Ignace IL Les ruines d'une 
église de Saint- Jean, signalées, par Pockoke, sur la colline 
au nord du ravin des Portes de Fer, semblent être celles 
de cette cathédrale des Syriens jacobites. 

Assemani mentionne encore, à la date de 1162, dans 
son catalogue des manuscrits syriens de la Vaticane, le 
monastère grec de Saint-Domitien, « juxta ecclesiam 
Arubtœ Gïomœ Parasceves » P en la ville d' Antioche. 

On y comptait encore trois églises appartenant aux 
jacobites; celles de la Vierge, de Saint-Georges, et de 
Saint-Barsauma, qui résistèrent au tremblement de terre 
de 1170(4). 

Enfin, pendant toute la durée de la domination franque, 
Antioche demeura le siège d'un archevêque du rite armé- 
nien. 

Antioche était divisée en quartier, Vici. On en trouve 
plusieurs mentionnés dans des actes contemporains. 



(1) Cod. JDipL, t. I, !!• 25, p. 27. 

(2) Hist, occid. des Croisades, t. III, p. 263, 289, 661. 

(3) Assemani. Bibl. Orient,^ t. II, p. 374. 

(4) Abodlparadj. Chron, Syr,, p. 371. 



BYBIE AU TEMPS D£S CBOISADES. 329 

Le vicus Sancti-Pauli tirait, évidemment, son nom de la 
célèbre abbaye dont il était voisin (1), 

Le vicus Malfitanorum était habité par les marchands 
d'Amalfi (2). 

La fonde de Saint-Marc, ou vicus Venetorum, étaient 
les deux noms du quartier des Vénitiens à Ântioche. 

Quand, en 1165, Benjamin de Tudèle visita Antioche, 
le grand bassin situé près de la citadelle servait encore 
à la distribution de l'eau dans une partie de la ville. 

Bien que nous possédions plusieurs iconographies d* An- 
tioche, comme elles appartiennent toutes à un type 
unique, que j'ai déjà reproduit dans mon Etude sur Var- 
cJiitedure militaire des Croisades, PI. XVIII, on ne peut 
tirer de ces documents aucune indication sur la position 
des quartiers et des édifices d' Antioche, et elles ne peu- 
vent être d'aucun secours pour l'œuvre que j'ai entreprise. 

Par suite des tremblements de terre et des incendies, à 
part les murailles et le château, il ne subsiste plus guère 
de vestiges des édifices qui ornaient Antioche aux dou- 
zième et treizième siècles, et nous en sommes réduits à 
glaner çà et là quelques vagues indications dans les histo- 
riens contemporains. 

On montre à Venise un trône en marbre blanc, couvert 
d'inscriptions couffiques, qu'a décrit Gérard Tychsen. 
La tradition prétend qu'à la fin du treizième siècle, il fut 
apporté d'Antioche, où il servait de trône patriarcal, dans 
la cathédrale de Saint-Pierre, qu'on nommait également, 
alors, église des Saints-Apôtres. 

ALUS (3), casai donné en 1186 à l'Hôpital, en même 
temps que Margat, par Bohémond, prince d'Antioche. 

ANDESIN (4), casai dépendant de Margat, cédé à l'Hô- 
pital en 1186, par le prince d'Antioche. 



(1) Cod. DipL, t. I, p. 38. 

(2) Tafbl et Thomas. Ap, Font, Rer, Aust., t. XII, p. 384. 

(3) Cod. DipL, t. I, n» 77, p. 80. 
(4)Il)id, 



330 OÉOGBAFHIE HISTOBIQUE DE LA 

ANAB (1). Voyez Nepa. 

ARCICANT ou ARCICANUM (2). Château de la prin- 
cipauté d'Antioche dont la position n'a point encore été 
déterminée. Il était possédé, en 1123, par Pons, comte 
de Tripoli, à qui sa femme, Cécile, veuve de Tancrède, 
l'avait apporté, en dot, avec Rugia. 

ARTÉSIE ou ARTAH (3), ville épiscopale relevant du 
patriarcat d'Antioche et qui s'identifie avec la bourgade 
nommée Ertesi ou Deir-Etazze, dans le Djebel Semaan. 

ASFOUNA (4), château situé non loin du Sermin, et 
qui doit, je crois, s'identifier avec la localité ruinée du 
nom d'Asfoun, voisine d'Edlip. 

ASSENEM (5), casai dépendant de Margat, donné à 
l'Hôpital parBohemond d'Antioche, en 1186. 

ASSIS (6), casai, très voisin d'Antioche, dont la posses- 
sion est confirmée en 1149 par le prince Raimond. 

ASTANOURI (7), casai vendu en 1181 à l'Hôpital par 
Rainald Mansoer, au prix de 2,000 besants. 

ATAREB (8), forteresse importante qui joue un grand 
rôle dans l'histoire de la principauté d'Antioche, et dont 
le site se retrouve dans le village nommé maintenant 
Tereb, au nord de Zerdana. D'après certains auteurs, 
c'est avec ce lieu que doit être identifié le Cerep des 
chroniques et des chartes latines. 

AVOTA (9), casai relevant de Laodicée, donné en 1167 
à l'Hôpital par Pierre, abbé du monastère de Saint*Paul 
d'Antioche. 



(1) Hist, armén, des Crois. ^ t. I, p. 161. 

(2) G. de Tyr, 1. XIV, ch. 5. 

(3) Ibid., 1. IV, ch. 8. 

(4) ROHRICHT, p. 229. 

(5) Cod, DipL, t. 1, n' 77, p. 80. 

(6) Ibid., t. I, n- 25, p. 27. 

(7) D)id., t. I, p. 281. 

(8) Hist. arabes des Crois., l. I, p. 10-228-388, 

(9) Cad. Dipl.^ t. I, p. 42. 




SYEIE AU TEMPS DBS CROISADES. 331 

AYA (1), petite ville située sur les bords du golfe 
d'Alexandrette, dans le site de la ville antique de Baya, 
et qui donnait au temps des Croisades son nom à Tun , 
des fiefs de la principauté d'Antioche; ce n'est plus 
aujourd'hui qu'un village nommé Baya, s'élevant au 
milieu des ruines et que domine un château turc moderne. 

BALANÉE (le gué de) (2), lieu situé à une journée de 
marche d'Antioche, sur les confins du territoire d'Alep. 

En 1,158, l'armée franque, partie d'Antioche, atteignit 
Balanée, que Guillaume de Tyr mentionne par ces mots : 
Vadum Balance. 

C'est évidemment une vallée nommée Ouad el Balani 
et qui probablement doit être située dans le Djebel Has- 
sergïeh. 

A moins qu'il ne s'agisse, peut-être, ici, d'un gué de 
rOronte ? 

La source nommée' Aïn Balani est, je crois, trop voi- 
sine d'Alep pour pouvoir être identifiée avec le lieu dont 
il est question dans le récit de l'historien des Croisades. 

BACAS (3), château situé dans la vallée de l'Oronte, 
non loin de celui de Schoghr, dont il formait une dépen- 
dance. Ces deux forteresses étaient assez voisines l'une 
de l'autre pour que certains auteurs les aient désignées 
sous le nom de Bekas-Schoghr (V. Choghr). 

BACHFELA (4), concédé en 1167 à l'Hôpital par Bohe- 
mond. 

BAGHRAS (5), château très voisin d'Antioche, près du 
col de Beylan, et rebâti par les Arméniens. Il occupe le 
site de l'antique Pagrse. 

BALATNOUS (6), château de la principauté d'Antioche 



(1) Familles d'Outre-Mer, p. 551. 

(2) Hist, armén, des Crois,^ t. I, p. 189. — Dulaurier. BihU arm., 
l. I, p. 356. — G. de Tyr, t. I, p. 8t>4. 

(3) HisU arabes des Crois», t. I, p. 69-723. 

(4) Cod. Dipl, t. I, n» 43, p. 43. 

(5) Hïst, arm, des Crois., t. I, p. 731. 

(6) Cod. JHpL, t. I, p. 27. 



332 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

et qui occupait le site de Mansio Platanus des itinéraires 
de répoque romaine. Ce lieu, mentionné par Boha-ed-din, 
était au nord-ouest de Schoghr. Nous savons qu'il relevait 
de Saône, et qu'au moyen âge, Balathnous était renommé 
pour la beauté de ses jardins. Ce château parait avoir été 
situé dans la vallée du Nahar-Zyaro. 

BALILAS (1), casai dépendant de Harrenc. 

BEHEÏSELIN, BERKSELIN ou BEHERSELIN (2), 
château de la principauté d'Antioche, assiégé par Nour- 
ed-din en 1160. 

BELAT (3), localité située au nord-est d'Antioche, 
entre la rivière Afrin et Atareb. 

BELDA (4), petit château occupant le site de Faites, 
nommé aujourd'hui Baldeh; nous le trouvons désigné 
dans les chartes contemporaines sous le nom de Toron 
de Belda, il relevait alors de Margat. (V. Beauda ou 
Boldo.) 

BEQUOQUA (5), casai dépendant du fief de Guillaume 
de Croisy. 

BERSSAPHUT ou BASARFOUT (6), château situé 
non loin d'Alep, donné à THôpital en 1167 par Bohemond 
d'Antioche; il avait été pris par les Francs en 1104. U 
était situé dans le canton de Béni Alim, et était possédé 
en fief par un seigneur franc nommé Geoffroy Blanc. 

BURZAIEH, BURSIA ou BERZIEH (7), château rele- 
vant de la principauté d'Antioche, et qui était sur la rive 
gauche de l'Oronte, non loin et en face de Fémie. Ses 
ruines n'ont pas encore été étudiées. 

BEAUDA ou BOLDO (le Touron de), petit château 



(1) Hist. arabes des Crois., t. I, p. 59, 723, 800. 

(2) G. de Tyr, 1. XVIII, ch. 26. 

(3) Hist. armén» des Crois», p. 123. 

(4) Cod. Dipl,, t. l, n* 43, p. 43. 

(5) Strehblkb. Tab, Ord, TeuU, n' 9, p. 10. 

(6) Cod. DipL, t. I, n" 43, p. 43. 

(7) Hist, arabes des Crois., t. I, p. 59, 726. — Wileen, t. II, p. 240. 



STBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 333 

situé à l'embouchure du Nahar es Sïn, sur remplacement 
de la ville de Paltos. 

Schems-ed-din, dans son Traité de Cosmographie (1), 
décrit fort exactement ce lieu et les ruines qui s'y trou- 
vent. Il nomme le Nahar es Sïn fleuve d'Abter, et dit qu'il 
prend sa source au pied de la montagne de Sinn ed Darb, 
dépendant de la chaîne de Markab. Ce lieu est aujour- 
d'hui appelé Ras Baldy el Melek. 

On retrouve dans les ruines de Beauda le site de la 
localité nommée Beona et Lena dans les périples de la 
côte de Syrie. 

Dans un acte de l'année 1233, publié par Paoli, nous 
trouvons le Nahar es Sïn désigné sous le nom de flumen 
JBelne (2). 

BESMESYN (3), casai donné à l'Hôpital en 1186, en 
même temps que Margat. 

BESSELMON, casai donné à THôpital en même temps 
que Margat. 

BEXA (4), casai possédé en 1178 par l'abbaye de Notre- 
Dame du Mont-Sion, et qui était assez voisin d'An- 
tioche. 

BOKEBEIS (le fief de) (5), château nommé aujourd'hui 
Kalaat Kobeis, dont les ruines s'élèvent sur le versant 
oriental de la montagne des Ansariés dominant l'Oronte. 
Au temps des Croisades, il dépendait de Margat. 

BODOLEI (6), casai donné à l'Hôpital avec le château 
de Margat, en 1186, par Bohémond, prince d'Antioche. 
Position à retrouver. 

BOLDO (le Toron de). Voir Beauda. 



(1) Ap. Meheren, p. 144. 

(2) Cod. dipl.y l. I, p. 123. 

(3) Cod. Dipl.^ t. I, p. 77. 

(4) Charte médite. 

(5) Cod. Dipl., !!• 77, p. 43.«). 

(6) Ibid., t. I, n' 77, p. 80. 



334 aâOQRAPHIE HISTOBIQXTB DE LA 

BORBONNEL. Voir Port Bonnel. 

BORDJ SEBNA, château du district d'El Ahass, pris 
par le roi Baudoin II en 1121 (1). 

BURIO (2), casai de la principauté d'Antioche, donné 
par Robert de Vieux-Pont à Tabbaye de Notre-Dame de 
Josaphat en 1114. 

BUSSADAN ou BUFFADAM (3), casai possédé en 1178 
par Tabbaye de Notre-Dame du Mont-Sion. Sites à trouver, 

CADEMOIS (4), château situé dans la montagne des 
Ansariés^ possédé primitivement par les Bathoniens, 
nommé aujourd'hui Eadmous ; il leur fut enlevé en 1130, 
par Bohémond P', prince d'Antioche. Cette place passa 
en même temps que Margat aux Hospitaliers, en 1186. 
Ce château fut détruit par Ibrahim pacha en 1838, et je 
n'en ai plus retrouvé que des restes informes. 

CAFERLATHA ou KEFER-LATA (5), ville forte, com- 
mandant la route de Sermin à Schoghr, enlevée en 1110 
aux Ismaéliens par Tancrède, s'identifie avec le village 
de Tell Lâta ou Ktellata, placé au pied du Djebel-Arbaïn 
et au sud-est de Rihâ. Cette cité fut prise aux Francs 
par Nour-ed-din en 1151. 

CAFRA (6), casai dépendant du fief de Guillaume de 
Croisy, mentionné en 1178 dans un acte de Bohémond, 
prince d'Antioche. 

CAVESTRINE (7), lieu assez voisin d'Alep, sur la 
frontière de la principauté d'Antioche, et qui fut^ en 1132, 
le théâtre d'une victoire remportée sur les Musulmans 
par le roi Foulques. 



(1) Kemal-ed-din. Hist, d*Alep, Ap. Rhoricht. 

(2) Delaborde, p. 27. 

(3) Charte inédite. 

(4) Cod. DipL, t. I, n" 77, p. 80. 

(5) Htst, arab., 1. 1, p. 387-490. — ffist. arah. des Crois.^ p. 27-461-481. 

(6) Strehelke. Tab. Ord, Teut,, n» 9, p. 10. 

(7) G. (le Tyr, 1. XIV, cli. 7. 



SYBIB AU TEMPS DES CBOISÂBIBS. 835 

CASTRUM PUELLARUM (1), château pris par Tan- 
crède, en 1098, et dont les ruines se voient entre Harem et 
Dana, non loin du château de Tell el Akberim. Ces ruines 
sont aujourd'hui désignées sous les deux noms de Eisliz 
Ealessi et de Deir el Benat, qui, en turc et en arabe, ont 
le même sens que le nom latin. 

CAPHARD A ou CAFERTAB (2), ville située sur la ijive 
orientale de TOronte, entre Marra et Ealaat Seidjar, et 
dont le site n'a pas encore été fixé d'une manière posi- 
tive. Dapper signale cependant un village nommé Chie- 
fertab près de Khan Scheikhoun, sur la route d'Alep à 
Hamah. Boah-ed-din mentionne cette ville comme située à 
mi- chemin entre Scheizar et la Marre. 

CASABELLA ou CASSEMBELLE (3), bourgade citée 
par Guillaume de Tyr, aujourd'hui Kassab, sur la route 
de Lattakieh à Antioche. D'après le Père d'Oultreman, 
elle aurait été possédée en fief par la famille l'Ermite 
ou d'Ermite, à laquelle, d'après cet auteur, aurait appar- 
tenu Pierre l'Ermite. 

CASNAPOUR (4), casai cédé à l'Hôpital en 1186, en 
même temps que Margat. Position encore à trouver. 

CEREP (le) (5), ville et château de la principauté d' An- 
tioche fréquemment mentionné dans les historiens des 
Croisades. La famille qui tenait ce lieu en fief en avait 
pris le nom et a fourni un chapitre aux Lignages d'Outre- 
Mer. Quelques auteurs considèrent ce lieu comme iden- 
tique avec Atareb. (V. ce nom p. 330.) 

GESAIRE (la Grant) (6), nom donné dans les actes des 
princes d' Antioche, à la ville de Scheizar, sur l'Oronte, 



(1) Deprembrt. Mém, d*hisU orient.^ t. I, p. 39. 

(2) De Bello Antioch. ap, Bongars^ p. 416. ^ Dapper. Voy, en 
Orient^ p. 183. 

(3) G. de Ttr, 1. XII, ch. 2. 

(4) Cod. Dipl, t. I, n* 77, p. 80. 

(5) G. de Tyr, 1. XII, ch. 9. — Fam. d*Outra-Mer, p. 273. 

(6) Cod. dipl., t. I, p. 68. 



336 GiOORAPHIE HISTORIQUE DE LA 

que les Francs paraissent avoir possédée un moment vers 
le milieu du douzième siècle. Dans les dépendances de 
cette ville, se trouvait un canton nommé terra marri^ 
ciarum, que le Temple et THôpital se disputaient en 11 79. 

CHATEAU DE LA VEILLE (le), forteresse voisine 
de Gabulum ou Zibel, donnée à l'Hôpital par Raimond 
Rupin, et qui paraît s'identifier avec le Ealaat Mehelbeh. 
Nous savons que ce château avait été conquis par Tan- 
crède, peu après la prise d'Antioche par les Croisés. 
C'est, je crois, la même forteresse que le Continuateur 
de Ouillaume de Tyr nomme château de la Garde. 

CHOGHR (1), château de la principauté d'Antioche 
situé sur une hauteur non loin au sud du bourg moderne 
de Djiser-esch-Schoghr, dans la vallée de TOronte. Ses 
ruines sont désignées de nos jours sous le nom de Ealaat 
Mirzé. Il s'élève sur un rocher presque isolé, et qu'une 
large coupure faite de main d'homme sépare de la mon- 
tagne voisine. 

CIMAS (2), casai donné en 1186 à l'Hôpital en même 
temps que Margat, par Bohémond. 

COLCAS, casai donné à l'Hôpital en même temps que 
Margat 

CORBANA (3), casai situé sur la rive droite de 
rOronte, entre Antioche et le port Saint-Siméon. 

CORCONAI (4), casai situé dans les montagnes du Mont- 
Parlier (Cassius), et qui fut donné en 1186 à l'Hôpital. 
Positions encore à chercher. 

CUCCAVA(5), casai possédé en 1178 par l'abbaye de 
Notre-Dame du Mont-Sion, comme les casaux de Bussadan 
et de Félix; il dut être peu important. 



(1) Hi$U arabes des Crois., t. I, p. 59-723. 

(2) Cod, DipL, t. I, n' 77, p. 80. 

(3) Gauthier le Ghanceliur. Ap. Bongars, p. 458. 

(4) Cod. dipL^ t. I, p. 80. 

(5) Charte imédite. 



âYBIE At7 TEMPS BBS CB0I6ADBÔ. 337 

CUBSAT (1), château voisin d'Antioche et possédé par 
le patriarche latin de cette ville; ses ruines, nommées 
Eossaïr, donnent encore leur nom au massif de monta- 
gnes qu'elles dominent. 

DEYR KOUSCH (2), château à vingt-trois kilomètres 
d'Antioche et dominant un des passages de TOronte. 
Jusqu'en 1267, les Latins conservèrent cette place, qui 
se retrouve dans le village et le château ruiné de Deir 
Kousch. 

Ibn Schiddah dit que Deyr Kousch était, au temps des 
Croisades, un lieu très célèbre que les Francs fortifièrent 
en même temps qu'Harrenc, qui avait un gouverneur par- 
ticulier et était environné de vergers. 

c Ce bourg est situé sur une montagne dominant 
rOronte. Dieu sait quel était son ancien nom ; c'était 
alors la capitale d'un grand canton de ces monta- 
gnes (3). » 

DANIS ou DANIT (4), lieu célèbre par la bataille qu'y 
remporta, le 14 août 1120, le roi Baudoin II, sur les 
troupes d'IIgazi. Le site de ce champ de combat, porte 
aujourd'hui le nom de Danit, ou plutôt Tell Danit (Voir 
Rugia). 

DEIR (5), château voisin et en contre-bas de Sar- 
meda. 

DJEMAHRETEIN (6), château élevé au bord de la 
mer, entre Djebleh et Lattakieh. C'est en vain qu'à deux 
reprises j'ai fait la route de Lattakieh à Djebleh, recher- 
chant quelque ruine portant ce nom. J'ai trouvé les restes 
de trois édifices militaires. 

Le premier, près de l'embouchure du Nahar-es-Senobar, 
nommé Ealaat-em-Medik. 



(1) J. de ViTRY. Ap. Bongars, ch. 95. 

(2) Renaud. Extr. des historiens arabes des Crois,^ p. 680. 

(3) Aboulfeda. Tab,f p. 120. 

(4) G. de Tyr, 1. II, ch. 25. 

(5) Kemalted-din. Ap. Rohricht, Rist, d*Alep^ p. 289. 

(6) Hist, arabes des Crois.^ éd. de Tlnst., t. I, p. 59-723, 



SS8 0|K>GBAPHIB HISTOBIQUE DB IiA 

Le second, à] une lieaeplus Ioîb, un peu au delà de 
rOuad-er-Rous, est appelé Ealaat Mâline. 

Le troisième, enfin, qui se voit fort près de Djebieh, 
porte le nom de Kharbet-ed-Dahab. Malheureusement, 
aucun de ces noms ne semble se prêter à une identifi- 
cation avec celui qui nous occupe. 

DJOUMA (1), village dépendant de Ravendan; il fut en 
1160 le théâtre d'un combat désastreux pour les Francs, 
Bohémond II, prince d*Antioche, y fut fait prisonnier. Ce 
lieu parait s'identifier avec le viUage de Djoumous. 

DOMNINUM (le château de) (2), qu'en 1178, nous trou- 
vons indiqué comme situé dans la principauté d'Ântioche 
et mentionné dans une bulle du pape Alexandre III, rela- 
tive i Tabbaye du Mont-Sion. Ce pourrait bien être la 
même forteresse que celle de Hunnine, dont parle Albert 
d'Aix, et qui avait pour seigneur, en 1112, Hugues de 
Cantelar (3). 

ELBIN (4), localité du territoire d'Antioche et au 
sud-ouest d'Atareb. Ce village porte encore le même 
nom. 

EMINE ou EMINAS (5), petite ville située à l'ouest 
d'Atareb, et qui s'identifie facilement avec le village 
moderne d'Armenas ou Ermenas. 

ENNEB (6), place forte de la principauté d'Antioche et 
située dans le territoire de Hazart. Le même que Nepa et 
Anab. 

ERICIUM (7), lieu voisin de Valenie, mentionné en 
1160, dans un acte de Renauld de Chatillon, prince d'An- 
tioche. 



(1) Kemal-ed-din* Hist. d'Alep^ ap. Rohricht^ p. 321 , 320. 

(2) Charte inédite. 

(3) Albert d*Aix. Ap, Bongars, p. 367. 

(4) Kemal-bd-din. Hist. d'Alep, ap. Rohricht, p. 270. 

(5) De Bello Antioch. ap, Bongars, p. 458. 

(6) Hist, arajfes des Crois,^ p. 476. 

(7) Cod. DipU, t. I, n* 163, p. fK)6. 



SYBIE AU TEMPS DBS OBOIBABfelS. 339 

Un petit château ruiné, nommé Bey-es-slin^ qBl se 
trouve non loin du bord de la mer, un peu au nord d6 
Valenie, pourrait peut-être s'identifier avec Ericium, 
d'autant plus qu'il semble rester une trace de ce noni 
dans celui du ruisseau qui contourne ces ruines et qui 
s'appelle le Nahar Houreïsan. 

FER (pont de), pont fortifié jeté sur TOronte, entre 
Antioche et Harrenc (Harem). 

L'origine de ce nom paraît venir de celui porté par TO- 
ronte au moyen âge (1) : Fer Orontis fluvii nomeny plutôt 
que l'étymologie qui lui est assignée par la tradition locale 
et qui viendrait des lames de fer garnissant les vantaux 
des portes qui le fermaient. Ce pont joua un très grand 
rôle au temps de la première Croisade, et fut reconstruit 
par le roi Baudoin IV en 1161. Il était défendu par des 
tours placées à ses deux extrémités et qui ont été ren- 
versées par le tremblement de terre de 1837. La longueur 
de ce pont est aujourd'hui de soixante-dix mètres. Au 
temps de la domination latine, on y percevait un droit de 
péage. Il est aujourd'hui désigné sous le nom de Djiser el 
Haddid (le pont de Fer). 

FIHA (2), château dépendant de la seigneurie de 
Saône, et qui fut pris par Salah-ed-din en 1 188. Position 
à chercher. 

FARANGl (3), casai donné en 1186 à l'Hôpital, par 
Bohémond, prince d' Antioche. 

FARMIT (4), casai situé entre Gabulum (Zibel) et 
Fémie, donné en 1167 à l'Hôpital. 

FASSIA (5), casai de la principauté d' Antioche, donné 
à l'Hôpital en même temps que Margat. Positions à re- 
trouver. 



(1) G. de Ttr, p. iG4. 

(2) Hist. arabes des Crois,^ t. III, p. 112. 

(3) Cod. Dipl., t. I, n' 77, p. 80. 

(4) Ibid., n** 43, p. 43. 

(5) Ibid., n' 77, p. 80. 



340 GioORÂPHIB HISTOBIQUB DE IiA. 

FELIX (l)y casai possédé, en 1178, par Tabbaye de 
Notre-Dame du Mont-Sion ; il était très près d'Ântioche. 

FEMIE (2), yille archiépiscopale de la principaaté 
d'Antioche bâtie sur les ruines d'Apamée ; ce n'est plus, 
aujourd'hui, qu'une bourgade sans importance nommée 
Kalaat-em-Medik. 

Au temps de la domination latine, Fémie possédait une 
commanderie de l'Hôpital et était le siège d'un éTêché 
arménien. 

A l'ouest de cette ville, un barrage tendu en travers 
d'un affluent de l'Oronte et muni d'écluses formait, en 
arrêtant ce cours d'eau, un véritable lac, très poissonneux, 
souvent mentionné dans les documents contemporains. Ce 
n'est plus aujourd'hui qu'un marais 

FIGÉNIE (3), casai voisin d'Antioche et dont les dtmes 
appartenaient au patriarcat latin de cette ville. 

FOU AH (4), casai de la même principauté qui se 
retrouve dans le village du même nom, situé entre Maaret- 
Mousserim et Bennisch. 

GAIGON (5), casai mentionné au nombre des posses- 
sions de l'Hôpital dans la principauté d'Antioche, en 1167 
dans un acte de Bohémond. 

GAMBRAVID (Vallée Rouge) (6), localité au nord 
d'Antioche, théâtre du combat où périt, en 1119, Roger, 
bailli d'Antioche. 

GASTIN (château de) (7) s'élève sur un des contre-forts 
de l'Amanus, d*où l'on aperçoit Antioche. Il est aujour- 
d'hui nommé château du Fils. Cette forteresse, qui joua un 
grand rôle dans les démêlés des princes d'Antioche avec 
les rois d'Arménie, a été récemment visitée par le capi- 
taine Marmier. 



(1) Charte inédite. 

(2) Cod, DipL, t. I, p. 43. 

(3) Ibid., t. I, p. 258. 

(4) Kemal-ed-din. Hist, d'Alep, ap, Rohricht, p. 232. 

(5) Cod. DipL, t. I, n' 43, p. 43. 

(6) Hist, armén, des Crois,, t. I, p. 450. 

(7) Cont. de G. de Tyr, p. 72-1365l7-457. 




SYBIE AU TEMPS DES CBOISADBS. 341 

6ASTIN (Fontaine de), est située en contre-bas du 
château. 

GISTBUM (1), château voisin de Sche'îzar. Site à 
retrouver. 

6L0BIETA (2), casai concédé a^ux Hospitaliers en 
1167, et qui parait avoir donné son nom au cap désigné 
dans les périples sous le nom de Caput Qloriate\ c'est 
donc dans le Ras Ibn Hani, au nord de Lattakieh que ce 
lieu devra être retrouvé. 

60RR0SIE (3), casai voisin de Margat, dont la moitié 
fut donnée à THôpital en 1186 et que j'ai identifié avec le 
village moderne de Geresieh. 

GRANACHERIE (la) (4), abbaye de la principauté d'An- 
tioche, donnée à Joscelin d'Edesse, en 1178, par le prince 
d'Antioche. Site inconnu. 

GUAST (5), lieu situé non loin d'Antioche, entre cette 
ville et Turbessel. 

HADHER^TAI ou HADER-KINESRIN (6), château situé 
au sud du Djebel es Soummak, au bord du Kolk, pris par 
les Francs en 1121. C'est aujourd'hui un village nommé 
El Hader. 

HAAB ou HAP (7), selon toute apparence, le même lieu 
que celui nommé aujourd'hui Bordj el Haab. Château 
donné en fief par Tancrède, prince d'Antioche, à Roger de 
Montmarin ; quelques auteurs ont pensé que ce château 
était le même que nous trouvons désigné sous le nom de 
Nepa. 

HARRENC (8), château donnant son nom à l'un des 
fiefs de la principauté d'Antioche: Cette forteresse et le 



(1) De Bello Antiocheno, p. 445. 

(2) Cod. Dipl,, t. I, n" 43, p. 43. 

(3) Ibid. 

(4) Strehelke. Tab, Ord, TheuUf p. iO. 

(5) G. de Tyr, 1. XV, ch. 19. 

(6) Kemal-ed-din. Ap, Rohricht, p. S67. 

(7) De Bello Antiocheno, ap. Bongars, p. 401. 

(8) Familles d'Outre-Mer^ p. 337. 



842 oioaBAFHiE histobiqije ds i«a. 

village qu'elle domine existent encore et portent le nom 
de Harem. Les historiens orientaux désignent parfois 
cette place sous le nom de Hareg. 

HàZàRT (1), ville et château formant un fief impor- 
tant. Quelques écrivains regardent Hazart comme ayant 
primitivement dépendu de la principauté d'Edesse ; cepen- 
dant, on voit, durant le douzième siècle, les seigneurs 
de cette ville figurer dans les actes des princes d'An- 
tioche comme vassaux de cette principauté, dont ils occu- 
pent même plusieurs grands offices. C'est ce qui me 
détermine à placer Hazarth parmi les dépendances d'An- 
tioche. Cette ville fut prise le 31 mai 1176 par Salah- 
ed-din. C'est aujourd'hui une grande bourgade nommée 
Ezzaz. 

HOMEDIN (2), casai voisin d'Apamée, donné à l'Hô- 
pital par Roger de Saône et qui fut l'objet d'un litige 
entre l'Hôpital et Gerald, archevêque d'Apamée. 

HANASERA ou KHANASSERA (3), ville principale du 
district d'El Haas, prise par le roi Baudoin II, en 1121. 
Les ruines de cette ville portent aujourd'hui le nom de 
Ehenassereh ou Hanasera et se voient au sud du lac de 
Djabboul. 

lEZRAIN ou BIEISRAIL (4), château possédé par les 
Francs dans les montagnes, au nord de Zibel, entre 
Margat et Saône. Ce château est nommé de nos jours 
Ealaat-ben-Israël. 

IMMA ou AM (5), casai et château à Test de Harrenc, 
et qui furent incendiés par El Gazi en 1119. Les murs de 
cette forteresse furent renversés en 1171 par le tremble- 
ment de terre qui ruina Antioche et Tripoli (6). En 1134, 



(1) G. de Tyb, 1. VII, ch. 3. 

(2) Cod. dipLj t. I, p. 56. 

(3) Kemal-ed-din. Ap. Rohricht, p. 267. 

(4) Hist, arabes des Crois., U I. 

(5) G. de Ttr, 1. XU, ch. % p. 5S7. 

(6) Aboulfaraim. Chron. syr., p. 818. 



SYBIE AU TEMPS DES CROISADES. 343 

le roi Baudoin III remporta une victoire signalée près de 
cette bourgade encore nommée Imma. 

lOHA (1), localité située entre Antioche et Aïntab à 
une journée de cette dernière ville, mais qui pourrait bien 
avoir dépendu de la principauté d'Ëdesse. 

KAFARRUMA (2), château conquis sur les Musulmans 
par le roi Baudoin II en 1119. Il était situé entre Maa- 
rat en Noaman et el Bara, dans la montagne de Riha, et se 
nomme aujourd'hui Kefer-Roumeh. 

KASTOUN (3), château entre Alep et Maarra, dans le 
canton nommé Er Roudj. 

KAYNON (4), casai donné en 1186 à l'Hôpital par 
Bohémond, prince d'Antioche. 

KEFERDIN, château des environs d' Antioche, occupé 
par les Francs jusqu'en 1267 (5). 

KEFER-TELL MESCH (6), autre place voisine d' An- 
tioche, que les Francs gardèrent également jusqu'en 1267. 

EELLA (7), casai voisin d'Atareb. Porte encore le 
même nom. 

LAITOR ou LATOR (8), localité de la principauté 
d' Antioche, qui paraît avoir été entre Laodicée et Cas- 
sambelle, aujourd'hui Eassab. Ce lieu est encore à iden- 
tifier. 

LA LICHE ou LAODICÉE, aujourd'hui Lattakieh, fut 
la ville maritime la plus importante de la principauté 
d Antioche. Elle est bâtie en amphithéâtre sur un pro- 
montoire. 



(1) G. de Ttr, 1. XIX, ch. 19. 

(2) YiLKBN, t. II, p. 451. 

(3) Kbmal-ed-din. Ap. Rohricht, p. 253. 

(4) Cod, IHpL, t. I, n* 77, p. 80. 

(5) Renaud. Eœt, des hist. arabes, p. 680. 

(6) Ibid. 

(7) Defremery. Mém, d*hisU orient,, p. 47. 

(8) G. de Tyr, p. 527. 



344 GÊOGBAPHIE HISTOBIQUE DE LA 

La ville était divisée en trois parties : les châteaux, la 
cité proprement dite et le port. 

Les deux châteaux, dont on voit encore les restes, 
étaient contigus l'un à l'autre et couronnaient toute Tarête 
de la colline dominant la ville qui en était séparée par 
des jardins. 

La cité semble n'avoir été entourée que d'une simple 
muraille crénelée. 

Je ne reviendrai point ici sur le port de Laodicée, que 
j'ai décrit dans mon Etude sur V architecture militaire des 
Croisés en Syrie, 

En 1859, on voyait encore dans la ville quelques restes 
d'architecture franque, notamment une jolie porte du trei- 
zième siècle, dans la caserne d'infanterie. 

Les Historiens arabes (1) disent que Laodicée avait 
alors des rues larges et tirées au cordeau et de vastes 
habitations richement décorées de marbre. 

L'église Saint-André (2), située en dehors des murs de 
la ville était, d'après le même auteur, décorée de mosaïques 
et de colonnes de marbre. Elle fut détruite, en 1188, au 
moment de la prise de Laodicée par les Musulmans. Elle 
était bâtie sur la route qui conduit au pont du Nahar el 
Kebir, nommé alors le fleuve Blanc (3). 

Laodicée possédait une commanderie de l'Hôpital et 
nous savons, par Aboulfaradj, que l'Eglise syrienne jaco- 
bite de cette ville fut épargnée par le tremblement de 
terre de 1171. 

Les vignobles des environs étaient célèbres dès l'anti- 
quité. 

LEBEBIE (4), casai très voisin d'Antioche, sur la rive 
droite de TOronte, et appartenant au monastère d'Ar- 
saïa. 

LACOBA (château de) (5), cédé à l'Hôpital en 1186, en 



(1) HisU arabes des Crois,^ t. III, p. 102. 

(2) Cod, dipL, t. I, p. 5. 

(3) Abou Abdallah Dimîschki, Ap, Mehererij p. 144. 

(4) Oela^orde, p. 118. 

(5) Codi dipL^j. I, p. 43. 



8TBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 345 

même temps que Margat. Il semble avoir été situé non 
loin de Eadmous. 

LAICâS (1), paraît désigner Aleïka, château voisin de 
Margat, possédé longtemps par les Ismaéliens et con- 
sidéré comme une dépendance de cette forteresse; le 
fleuve qui en descend est mentionné dans plusieurs actes. 

LÂILOUN (2), canton montagneux qui se trouve entre 
Antioche et Alep, possédé par les Francs, dès le com- 
mencement du douzième siècle. Aujourd'hui Djebel Leï- 
loun. 

LATMIN (3), château voisin de Kafartab. 

LENA, station maritime que nous ne trouvons men- 
tionnée que dans les périples et qui paraît avoir été 
située à Tembouchure du Nahar-es-Sïn au Ras Baldy. 
Voir Beauda. 

LEVONIA (4), bourgade de la principauté d'Antioche, 
passée à THôpital en 1167, probablement la même que 
Beona. 

LOGIS, casai important donné en 1167 à THôpital par 
Bohémond, prince d'Antioche. 

LUZIN (5), casai dépendant de Margat et donné en 
même temps que ce château à l'Hôpital. 

MAARET, casai dépendant de Fémie (Apamée), et qui 
semble se retrouver dans le site de Maaret ez Zite, au 
nord-nord-est de Ealaat-em-Medik entre ce village et 
Maarat en Noaman. 

MALÂIGAS (6), château voisin d'Aleika et de Kadnous, 
donné à l'Hôpital en 1186, par Bohémond, prince d'An- 



Ci) Cod. Dipl, t. I, n' 163, p. 206 et n* 77, p. 80. 

(2) Kemal-ed-din. Hist, d'Alep, ap, RohHcht, p. 234. 

(3) Defrbmery. Mém. d'hist, orient,. Y* partie, p. 51, 

(4) Cod. Dipl., t. I, p. 43. 

(5) Ibid., p. 80. 

(6) Ibid. 



346 GÊOaBAPHIE HISTOBIQXJE DB LA 

tioche. Le site de cette forteresse devrait, je pense, se 
retrouver dans eelui du château de Maïnaka, possédé 
depuis par les Ismaéliens. 

MAMOULA (1), château entre Antioche et Alep, situé 
à mi-chemin de ces deux villes, enlevé aux Francs par 
Xour-ed-din en 1147. 

MARESIE ou MARESE (2), localité formant fief de la 
principauté d' Antioche et dont Baudoin était seigneur 
en 1163. 

Ce lieu semble pouvoir s'identifier avec le village de 
Marasch, situé entre Ezzaz et Harem, non loin, à Test, du 
château de Bassouet et assez près d'Ertesi (Artesie). 
Cette bourgade était à quinze milles d' Antioche, d'après 
Guillaume de Tvr. 

MARGAT; ce château et ses dépendances avaient une 
telle importance, qu'ils formaient un canton presque indé- 
pendant entre la principauté d' Antioche et le comté de 
Tripoli. 

Pour la description de la forteresse, je renvoie le lec- 
teur à mon Etude sur V Architecture militaire des Croisés 
en Syrie. 

Le nom de Markab signifie lieu de guet, et nulle posi- 
tion militaire ne saurait mieux mériter cette dénomi- 
nation. 

Une muraille descendant des ouvrages inférieurs du 
château s'étendait vers la mer et était percée d'une porte 
que défendait une tour subsistant encore aujourd'hid sous 
le nom de Bordjes-Sabi. Là passait la route qui, au moyen 
âge, allait de Valenie à Maraclée. Un péage existait alors 
en ce lieu. 

MARRE (la) ou MAARAT EN NOMAN (3), viUe im- 
portante de la principauté, l'une de ses forteresses 



(1) Jlist. arabes des Crois,, t. I, p. 27, iôi. 

(f) Cod, DipU, t. I, p. 41. 

(3) Hist, armén, des Croisades, t. 1, p. 97-179. 



STBIE AU TEMPS DES CROISADES, 347 

s'identifie sans peine avec la ville nommée, aujourd'hui, 
Maaret-en-Noaman. Les Francs s'en emparèrent le 21 dé- 
cembre 1098. 

MASTABE (1), casai donné à l'Hôpital en 1186 par 
Bohémond, prince d'Antioche. 

MEGUARET-MESERIN, casai situé au nord-ouest de 
Sarminia et qui se retrouve aujourd'hui sous le nom de 
Maaret-Mouserim (2). 

MELESSIN (3), casai voisin d'Antioche, donné à l'Hô- 
pital par le prince Bohémond. 

MERDIC (4), casai donné, en 1114, à l'abbaye de 
Notre-Dame de Josaphat (de Jérusalem), par un chevalier 
du nom de Robert. 

LA MONTAGNE NOIRE, nommée aussi LA MON- 
TAGNE SAINTE ou LA MONTAGNE ADMIRABLE, 
s'étendant du cap Khanzir jusqu'au fleuve Djihoun, por- 
tait, dans l'antiquité, le nom de Monts-Amanus, et est 
appelée, de nos jours, Djiaour-Dag, ou montagne Chré- 
tienne. Aux douzième et treizième siècles, elle était cou- 
verte de forêts et arrosée par de nombreuses sources, 
d'où lui vint son nom grec, étymologie de la dénomination, 
adoptée parmi les Francs de Syrie, de montagne Noire. 
Les historiens orientaux, grecs ou syriens l'appellent la 
montagne Sainte et la montagne Admirable, à cause des 
nombreux monastères qui s'y trouvaient. Ce fut là que 
saint Nersès de Lampron fit un long séjour durant lequel 
il suivit les leçons du célèbre docteur arménien, Etienne 
Diratzou. 

La chaîne de montagnes qui nous occupe est formée de 
deux massifs : 

Le premier, nommé aujourd'hui Djebel Hamrah, s'étend 
du Raz el Khanzir au col de Beylan. 

Le second, plus particulièrement appelé Djiaour Dag, 



(1) Cod. Dipl.y t. I, n" 77, p. 80. 

(2) Projet de Croisade, Inédit. 

(3) Cod. DipL, t. I, n* 25, p. 27. 

(4) Delaborde, p. 27. 



348 GÂOQSAPHIE HISTOBIQUfi DB LA 

et qui est le véritable Amanus des anciens, se prolonge 
de Beyian, vers le Taurus, jusque près de Marasch. 

On voyait alors dans ces montagnes les couvents de 
Saint-Georges, de Saint- Serge de Jubino, le premier aux 
Bénédictins, le second de Tordre de Giteaux, plus une 
foule d'autres mairons religieuses des rites arméniens, 
géorgiens, syriens et grecs. Enfin, de nombreuses laures, 
oil vivaient des anachorètes de tous ces rites. 

MONT-PARLIEB (1), nom donné au Mont-Gassius au 
temps des Groisades. Là se trouvait une abbaye consi- 
dérable, donnée à THôpital en 1186, par Bohémond, prince 
d'Antioche, et dont les ruines sont appelées Vaharam- 
Zedyky. 

MOSLEMIA (2), ville arabe voisine d'Alep, aujourd'hui 
Mouslemieh, village à dix kilomètres nord- est de cette 
ville. Ge lieu a été souvent cité par les historiens arabes 
des Groisades. 

MUSERAC (3), casai dépendant de Gapharda, men- 
tionné en 1149, dans un diplôme de Baimond d'An- 
tioche. 

NAOUAZ (4), localité à l'ouest d'Alep, entre Téreb et 
Harbanousch. Ge village porte encore le même nom; il 
fut pris et ravagé par Joscelin d'Edesse au mois de 
juin 1121. 

NEPA (5), château possédé par le prince d'Antioche et 
qui était situé dans la partie du territoire d'Alep rendue 
tributaire des Francs. G'est ce même château que cer- 
tains chroniqueurs nomment Anab. 

OSCHI (G), casai de la principauté d'Antioche, dans 
lequel deux charrues de terre sont données en 1114 à 
Notre-Dame de Josaphat par G. Ghevrier. 



(1) Cod, Dipl.y t. I, n* 77, p. 80. 

(2) Deprbmery. LiOC, cit,. p. 50. 

(3) Cod, DipU, t. I, n' 28, p. 27. 

(4) Kemal-bd-din. Ap, Rhorichty p. 264. 
(6) G. de Tyr, 1. XVII. ch. 9. 

(6) Dblaoordb, p. 27. 



SYBIE AU TEMPS DES CROISADES. 349 

PABIE (1), localité voisine de Boido et qui fut remise 
pour moitié aux Templiers en 1233 Site à rechercher. 

PAILES (2), casai donné en 1169 à THôpital par Bohé- 
mond, prince d'Antioche. 

PANGEREGAN (3), casai donné à THôpital par Bohé- 
mond, prince d'Ântioche, en 1186, au moment de la ces- 
sion de Margat ; il était situé, dit Tacte, In Valle Russe. 
Dans ce nom, nous devons voir soit le Naher Rouz, ruis- 
seau descendu de la montagne des Ansariés, au nord de 
Djebleh, soit le Ouady er Roudj, affluent de TOronte. (Voir 
Rugia.) 

POPOS (4), château voisin de Margat et donné aux 
Hospitaliers de Saint-Jean en même temps que cette 
forteresse. Positions à rechercher. 

PORT BONNEL (le) (5), bourgade maritime située au 
nord de Ras el Khanzir; c'est aujourd'hui un village 
nommé Borounli. 

PSICHRO (6), château de la principauté d'Antioche, 
voisin de Laodicée, doit peut-être se retrouver dans le 
village de H'skroû, à l'est de Lattakieh, où se voient des 
ruines d'un château du moyen âge. Ce village est tout 
voisin de Safkoun. 

PORTELLE (la), casai au nord d'Alexandrette, sur 
la frontière du royaume de la Petite-Arménie et de la 
principauté d'Antioche. Il tirait son nom des restes d'un 
arc de triomphe antique nommés aujourd'hui Piliers de 
Jonas. 

POTAMIA, casai voisin de Pangeregan et passé comme 
lui à l'Hôpital en 1186. 

ROCHEFORT (7), casai et abbaye de la principauté 



(1) Cod. DipL, t. I, p. 123. 

(2) Ibid., n- 43, p. 43. . 

(3) Ibid., n° 77, p. 80. 

(4) Ibid. 

(5) Cont. de G, de Tyr, p. 457. 

(6) Cod. Dipl,, t. I, p. 3. 

(7) Ibid., p. 43. 



360 aÊoaBAPHiE histobique de la 

d'Antioche, donnés à l'Hôpital en 1 186; par Bohémond; et 
qui relevait de Margat. 

ROCHE GUILLAUME (château de la) ou ROCHE DE 
RUSSOLE (1); d'abord fief possédé par la famille de La 
Roche, ce château passa aux Templiers, qui le conser- 
vèrent jusqu'en 1267. Cette forteresse était voisine de 
Port Bonnel. 

ROGIA (2), casai dont la moitié fut concédée â l'Hô- 
pital en 1167 par le prince Bohémond d'Antioche. 

RUGIA, RUBEA, RUIATH, RUGE, la ROUCHE, 
RUSSA, dans les historiens latins, et Er Roudj dans les 
auteurs arabes, est une des places de la principauté 
d'Antioche dont l'identification présente le plus d'impor- 
tance. De l'ensemble des textes où cette ville se trouve 
mentionnée, il résulte qu'elle était peu éloignée de la 
Marre (Maaret en Noman) et qu'elle était située non loin 
de l'Oronte et du château de Haab. 

Si on admet l'identification de cette dernière forteresse 
avec le village nommé Bordj el Haab, on sera tout natu- 
rellement amené à retrouver Rugia dans Riha, identifi- 
cation que viennent corroborer un certain nombre de pas- 
sages des Historiens des Croisades (3). 

Dans le Ouady-er-Roudj, qui est désigné, je crois, dans 
les textes que je viens d'indiquer sous les noms de Vallis 
de Rugia et de Russa Vallis, je crois retrouver une trace 
du nom de la contrée appelée Er Roudj, au moyen âge, 
par les Historiens orientaux des Croisades^ et qui semble 
avoir compris la plus grande partie de la région possédée 
par les Francs à l'est de l'Oronte jusqu'à la hauteur du 
Sermin. 

Nous lisons dans le tome HI des Historiens orientaux 
des Croisades (4), qu'en 1110, l'armée royale vint rejoindre 



(1) ConU de 0. de Tyr, p. 73-74, 122-125. 

(2) Cod, DipL, t. I, p. 43. 

(3) Hist occid. des Crois., t. III, p. 33, 90-98, et G. de Tni. Ed. de 
rinsUtut, p. 528. 

(4) Ibid., p. 423. 



STBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 351 

Tancrède; campé « prope Russam •, que les tentes furent 
dressées sur les bords de TOronte et que de là l'armée se 
porta sur Apamée et Scheizar. 

Scbems-ed-din-Abou- Abdallah (1), dans son traité de 
cosmographie qu'il écrivit à la fin du treizième siècle, dit 

S[ue rOronte, en sortant du territoire de Hamah, traverse 
e canton nommé Er Roudj. 

En 1120, le roi Baudouin II, nous dit Guillaume de 
Tyr, étant sorti d^Antioche, se dirigea sur Buge, puis, 
passant par Haab, il vint, le 13 août, camper au tertre 
de Danit, et le lendemain^ il remporta, en ce lieu, sur 
Ugazi, une victoire signalée, qui est connue dans l'his- 
toire des guerres saintes sous le nom de bataille de 
Danis. 

Le même auteur nous apprend que le soir même de la 
bataille, le roi vint coucher au château de Haab, qui était 
fort voisin du théâtre du combat. Or, à huit kilomètres à 
Test du Bordj el Hab, se voit un tertre nommé encore de 
nos jours Tell Danit, qui doit, je crois, fixer d'une 
manière indiscutable ce champ de bataille, d'autant plus 
que Kemal-ed-din dit que les Musulmans vaincus s'enfui- 
rent à Tell-es-Sultan, point qui se retrouve à douze kilo- 
mètres à l'est de Tell Danit. 

RUSSA (2), casai relevant de Margat et donné à l'Hô- 
pital en même temps que ce château, par Bohémond, 
en 1186. 

B.USSA VALLIS, vallée du territoire de Margat, que je 
crois retrouver dans le Ouady-er-Roudj, qui descend de 
la montagne des Ansariés, entre Banias et Djibleh. 

SAINT- GEORGES (abbaye de), en la montagne Noire ; 
nous ne connaissons les noms que de deux de ses abbés ; 
celui d'Angerius, qui vivait en 1140, etc. (3). 



(i) Ap. Merhen, p. 28« et Ritter. Erth., t. XVII, p. 4069. 

(2) Cod. JHpl., l. I, n- 43, p. 45. 

(3) Cari, du SainUSépulcre^ p. 180. 



352 GioeBAFHIB mSTOBIQUB DB LA 

SAnrr-GILLES (l), casai voisin de Zibel, situé entre 
cette viUe et le Toron de Boldo, et qui fat concédé en 
1167 i l'Hôpital par Bohémond, prince d'Antioche. Ce 
lien parait avoir été très rapproché de Boldo. Position i 
fixer. 

SâINT-JULIEN (2), locaUté très voisine d'Antioche. 

SAIKT-PâUL (3), casai d'Antioche donné en 1114 à 
Notre-Dame de Josaphat par G. le Chevrier. 

SALORIA (4), casai donné à l'Hôpital en 1155, par Ade- 
line, venve de Toustain le Petit. 

SAONE, château et fief important dont le nom était 
porté par ane des grandes &milles de la priocipaaté 
d'Antioche; il subsiste encore de nos jours des raines 
importantes de cette forteresse nommées Kalaat Sahioon. 
Voir pages 15 et suivantes. 

SARDONE (5), ville voisine de Cerep, nommée Zaredna 
on Zerdenia dans les chroniques arabes, et qui porte 
encore aujourd'hui le même nom. Ce fut, pendant la pre- 
mière moitié du douzième siècle, un des fiefs de la prin- 
cipauté d'Antioche. 

SARMIT (le) (6), l'an des grands fiefs de la même prin- 
cipauté ; ce lieu pandt s'identifier avec Sarmeda, village 
situé non loin du couvent de Saint-Siméon stylite. 

SCALA BOAMUNDI ou l'ECHELLE DE BOHÉMOND, 
petit port situé aux pieds du Mont-Cassius, entre cette 
montagne et le Ras-eUBazit. 

SEFFEBIE (7), casai donné au fils de Joscelin n 
d'Edesse le 5 février 1178. 



(1) Cod. PipL^ t. I, p. 58. 

(2) Hist. armén. des Crois., t. I, p. 634. 

(3) Delabobdb. Chartes de Terre-Mainte p. 27. 

(4) Cod. DipLf t. I, p. 34. 

(5) G. de Ttr, 1. XII, ch. 12; 1. XUI, ch. 16. 

(6) Familles d'Outre-Mer, p. 426. — G. de Ttb, 1. XI, ch. 25. 
(J) Stbbhelke. Tab. Ord. Teut.j p. 10. 



SYBIE AU TEMPS DES CBOISADBB. 353 

SELDA (1), lieu sur les bords du Koïk, où le roi Bau- 
doin II était campé au mois de septembre 1121, quand 
Soliman, fils d'Ilgazi, lui fit des propositions de paix qui 
ne furent point acceptées. 

SERMIN ou le SARMÉNIA (2), petite ville formant un 
des fiefs importants de la principauté d'Antioche et 
nommé aujourd'hui Sermïn. Plusieurs seigneurs de Sar- 
ménia occupèrent de grandes charges à la cour des 
princes d'Antioche. Cette place retomba au pouvoir des 
Musulmans le 19 août 1188; les Francs la possédaient 
depuis l'année 1 106. Le château fut aussitôt détruit par 
ordre de Salah-ed-din. 

SET (3), localité mentionnée avec Laodicée et Belat- 
noos, dans le traité de paix conclu en 1282 entre le roi 
Léon d'Arménie et le soudan d'Egypte. 

SOUDIN (le) ou PORT SAINT-SIMÉON, ville mari- 
time s'élevant sur les ruines de Selencie de Pierie, aujour- 
d'hui Souedieh. Au temps de la domination latine en 
Syrie, ce fut un des fiefs importants de la principauté 
d'Antioche, et son port en faisait l'échelle maritime de 
cette grande ville. On voit encore ce port, aujourd'hui 
presque comblé ; c'est un vaste bassin de 650 mètres de 
long, sur plus de 400 de large. 

TALA (4), casai concédé en 1167, par le prince Bohé- 
mond à l'Hôpital. 

TEBBEL (5), casai du territoire de Hazart, pillé en 1 122 
par les Turcomans d'Ilgazi. Ce lieu s'identifie parfaite- 
ment avec le village nommé aujourd'hui Tibil et qui se 
trouve au sud-sud-est de Ezzaz. 

TELL AGDI ou TELL ADA (6), château dans le district 
de Leïloun, pris par Tancrède en 1105. U s'identifie avec 
le village nommé Tell Adai ou Adieh. 



(1) Kbmal-ed-din. Ap» Rohricht^ p. 267. 

(2) Familles d'Outre-Mer, p. 652. 

(3) Makrizi. Trad, Q%uitremere, t. Il, p. 205. 

(4) Cod. DipL, t. I, n* 43, p. 43. 

(5) KemaltED-din. Ap, Rohricht, p. 271. 

(6) Ibid., p. 234. 



354 .aâoGBAPHiE histobiqttb de la 

TELL EDA (1), casai voisin du monastère jacobite 
d'Eusebona et peut-être le même que Tell Ada. 

TELL-EL-AKBARIM (2), château élevé par les Francs, 
entre Antioche et Alep; le village où se voient ses 
restes porte encore le même nom. 

TELL HIRAK (3), château situé entre Alep et Hazart, 
remis aux Francs en 1119 par le sultan Ilgazi, puis 
démoli en 1121, à la suite d'une convention intervenue 
entre le prince d' Antioche et le même sultan. 

TELL IBN MACHER (4), château élevé par Tancrède 
en 1112, au sud de Scheïzar. 

TELAMINIA, TELL MANNAS ou TELL MENES (5), 
place voisine de la Marre (Maarat en Noaman), et qui, au 
commencement du douzième siècle, formait un fief, aujour- 
d'hui Tell Minis. 

TERMANIN (6), casai du district de Leïloun; c'est 
aujourd'hui un gros village nommé Tourman'în. 

TOTOMOTA (7), casai concédé en 1167 à l'hôpital par 
Bohémond, prince d' Antioche. Il était situé dans les mon- 
tagnes entre Margat et Fémie. 

TRAPESSAC (château de) (8), forteresse de la princi- 
pauté d'Antioche commandant le col de Baylan et pos- 
sédée longtemps par les Templiers. Ce château est nommé 
aujourd'hui Dar Bessak. 

TRICARIA ou TRICHÉRIA (9), casai relevant de 
Fémie, donné à l'Hôpital par Roger de Saône, en 1170, et 
qui fut, plus tard, l'occasion d'un différend entre l'Ordre 
et Gérold, archevêque de Fémie. 



(1) AssBMANi. BibL orient., t. II. 

(2) Kehal-ed-din. Ap, Rohricht, p. 256. 

(3) Ibid., p. 254. 

(4) Ibid., p. 239. 

(J&) Ibid., ^.225 et suppl. aux Familles d'Outre-Mer, p. 9. 
(6) Kbmal-ed-din. Hist. d*Alep, ap. RohHcht, p. 261. 
Çï) Cod. BipL, t. I, n' 43, p. 43. 

(8) Cont. de O. de Tyr, p. 72. 

(9) Cod. Dipl.^ t. I, n' 49, p. 50. 



M 



SYBIB AU TEMPS DES GBOISADES. 355 

TSOURAN ou SOURRAN (1), château situé entre Alep 
et Eillis, possédé par les Francs dès Tannée 1104. Ce 
lieu est nommé aujourd'hui Tell Saouran. 

URFAN ou URSAN (2), casai voisin d'Antioche, men- 
tionné en 1149 dans un acte de Raymond, prince d'An- 
tioche, comme ayant été donné à rÉôpital par le prince 
Bohémond. 

VAQUER (3), casai donné en 1178 à Joscelin de Cour- 
tenay par Bohémond d'Antioche. 

VALENIE ou BALANÉE, ville épiscopale bâtie sur les 
ruines de l'antique Banias et dont on voyait encore des 
ruines considérables il y a moins de vingt ans. Malheu- 
reusement, elles disparaissent chaque jour, exploitées 
comme de véritables carrières. Le territoire de cette ville 
s'étendait au nord-est et comprenait des forêts considé- 
rables. 

Pendant les dernières années du douzième siècle, et 
jusqu'en 1285, les évêques de Valenie résidèrent au 
château de Margat. Schems-ed-din mentionne dans son 
Manuel de Cosmographie les beaux jardins de cette ville, 

ZIBEL (4), ville épiscopale, de la principauté d'An- 
tioche, qui a remplacé la Gabula antique; on y voyait 
encore, il y a peu d'années, les restes de l'enceinte et 
du port contemporains de la domination franque en ces 
lieux. 

Nous savons, par Aboulfaradj, que l'Eglise jacobite de 
cette ville fut respectée par le tremblement de terre 
de 1171 (5). 

Zibel fut donnée, en 1207, par Raymond Rupin, prince 
d'Antioche, aux hospitaliers de Saint-Jean, et on sait 
que cette ville releva, depuis lors, de la Gommanderie de 
Laodicée (6). 

(1) Kemal-ed-din. Hist. d'Alep, ap. Rohricht, p. 232. 

(2) Cod. DipU, l. I, n* 25, p^ 27. 

(3) Strbhelkb. Tab, Ord, TeuU^ p. iO. 

(4) Familles d'Outre-Mer^ p. 814. 

(5) Aboulfaradj. Chron* Syr.^ t. I, n* 91, p. 95-96. 

(6) Cod dipUf t. I, p. 91^96. 



356 GÉOaBAPHIE mSTOBIQXTB DB LA 

Le théâtre antique dominant la ville avait été fortifié 
par les Francs et mani de tours dont on voit encore les 
restes; il formait alors le château. Zibel retomba le 
16 juillet 1188 entre les mains des Musulmans, à qui elle 
fut livrée par Mansour-Ibn Nobil, mathesep de cette ville 
pour le prince d'Ântioche. Salah-ed-din remit alors la 
garde de Zibel à l'émir Sabek ed-din-Othman, et cette 
ville fut réunie aux possessions de Melek-Moudhaffer- 
Tbaki-ed-din, prince de Hamah. 



COMTÉ DE TRIPOLI 



Le comté de Tripoli avait pour limite, au nord, le ruis- 
seau coulant au pied du château de Margat, entre cette 
forteresse et la ville de Valenie. Ce cours d'eau porte, 
aujourd'hui, le nom de Ouady Mehica. Les pentes du 
Djebel-er-Ras formaient, vers le nord-est, la ligne fron- 
tière, jusqu'aux cantons montagneux, occupés par les 
Ismaéliens, dont les princes d'Antioche s'attribuaient la 
possession. 

Le passage suivant de Burchard de Mont-Sion, qui 
visitait la Syrie en 1265, est relatif à cette partie des 
frontières du comté de Tripoli et me parait devoir trouver 
ici sa place : 

• Terram istorum (Àssassinorum) a terra Chris- 

tianorum per quasdam lapides discernitur : Quibus lapi- 
dibus, in parte Ghristianorum, signum crucis, Assassi- 
norum cultelli, sculptum est ■ 

A l'est, la vallée de l'Oronte (1) formait sa limite nomi- 
nale. Elle confinait, de ce côté la principauté musulmane 
de Hamah, rendue tributaire des Francs, ainsi que celle 
d'Emesse, désignée alors par les Latins sous le nom de la 



(1) Noos savons qn^en 1181, TOronte formait encore, snr une assez grande 
4tendne, la frontière orientale du comté de Tripoli, . 



I 



8YAIB AU TEMPS DES CBOISADES. 357 

Chamelle, ce qai paraît avoir été l'origine du nom de 
Vallis Camelij donné à la partie snpérieure de la vallée 
de rOronte. La Bequâa, enfin, nommée alors la vallée de 
Baccar, complétait, de ce côté, les frontières naturelles 
de cette principauté. Le Nahar Ibrahim (l'Adonis des 
géographes de Tantiquité) le séparait au sud du royaume 
proprement dit. 

FIEES PBINCIPAUX 

Arches ou Archas. 

Asbais. 

Bechestin. 

Besmedin (dans la maison de Giblet). 

Buissera. 

Buturan ou Beteran (le). 

Boutron (le). 

Gafaraca. 

Colée (la), 

Crat (le). 

Giblet. 

Gibel Akkar. 

Maraclée. 

Moinestre (le). 

Néphin. 

Sura. 

Tortose. 

FOBTEBESSES 

Archas. 

Aryma. 

Chastel Blanc ou Safita. 

Chastel Ronge (Kalaat Yammour). 

Coliat. 

Colée (la). 

Jibel Akkar. 

Krak des Chevaliers (le), 

Mons Ferrandns. 

Sarc (le). 

Tortose. ^ ^ 



360 aioasAPHiE histobiqxte de la 

calife qui, en 1185, fut cédé par Raymond de Trois-Clés à 
l'Hôpital, peut-être Ailot, près Arkas. 

ALMÂ (1), casai donné, en 1127, par le comte Pons, de 
Tripoli, à Téglise de Saint- Jean du Mont-Pèlerin. Ce vil- 
lage est à sept kilomètres à l'est de Tripoli et porte 
encore le même nom. 

ANTARTOUS ou TORTOSE (2), ville épiscopale du 
comté de Tripoli possédée par TOrdre du Temple, dont 
les archives et le trésor étaient déposés dans le donjon 
de la forteresse de cette ville. Son église de la Vierge 
était un des lieux de pèlerinages les plus vénérés de la 
Syrie. 

ANTARTOUS ou TORTOSE (l'île de) ; l'antique Aradus 
est de nos jours nommée Rouad. Elle était également 
possédée par les Chevaliers du Temple, qui y élevèrent 
une forteresse dont les derniers débris se voyaient il y a 
quelques années. 

APIA ou ASIA (3), casai donné à l'Hôpital de Saint- 
Jean du Mont- Pèlerin, en 1127, par Pons, comte de Tri- 
poli, aujourd'hui Ahsia, village du canton de Zaouïeh 

ARCHAS (4), ville forte du comté de Tripoli ruinée par 
un tremblement de terre et concédée en 1170 à l'Hôpital 
par le roi Amaury. C'est aujourd'hui une grosse bourgade 
nommée Arkas, dont les murailles furent démantelées en 
1266 par les troupes du sultan Bybars. 

ARDIN (5), casai appartenant à l'église du Saint- 
Sépulcre, aujourd'hui Hardin, dans le canton du Eoura. 

AROATH (6), casai voisin de Tripoli, donné, en 1127, 
par Pons, comte de Tripoli, à la maison de l'Hôpital du 
Mont-Pèlerin. Position à retrouver. 



(1) Cod. JHpl.^ 1. 1, n* n, p. 11. 

(î) Architecture militaire des Crois., p. 69. — Familles d'Outre 
Mer, p. 809. 

(3) Cod. IHpL, t. I, n* 11, p. 11. 

(4) Ibid., t. I, n- 51, p. 51-52. 

(5) Cart. StSépulcre, n* 97, p. 191. 

(6) Cod. Dipl.^ t. I, n* 11. 



8YBIE AU TEMPS DES 0B0I8ADBS. 361 

ARTÉSIE (1), bourgade bâtie à l'embouchure du Nahar 
el Bered, sur les ruines d'Orthosia. Ce lieu est, aujour- 
d'hui, nommé Ard Artousi. 

ARYMA (2), château appartenant aux Templiers et 
dont les ruines voisines de Safita portent encore aujour- 
d'hui le nom de Kalaat Areymeh. 

ASBAIS, fief possédé par les seigneurs de Maraclée et 
qui parait avoir été situé dans cette partie du comté de 
Tripoli, nommée, alors, le Coïble, que je crois retrouver 
dans le district moderne de Eaouaby. 

BAHANI (3), casai donné à l'Hôpital de Saint-Jean du 
Mont-Pèlerin en 1127, par Pons, comte de Tripoli. Ce 
village est aujourd'hui nommé Behannine. 

BAHO, casai donné à l'Hôpital de Saint-Jean du Mont- 
Pèlerin, en 1127, par Pons, comte de Tripoli. Ce casai 
paraît, d'après le texte, ad montana de hochea, avoir dû 
être situé au nord du Djebel Akkar, vers la Boukeïah. 

BANNA, casai voisin d'Arkas, possédé par l'Hôpital, 
mentionné dans un acte de 1179. Ce lieu parait devoir 
être identifié avec le village nommé Baïna. 

BEAUMONT ou BELMONT (4), abbaye de l'Ordre de 
Citeaux, située dans le diocèse de Tripoli, et qui est 
devenue aujourd'hui le monastère grec de Belment, au 
sud de cette ville. Ce même monastère fut occupé, plus 
tard, par les Jacobites^ et nous le trouvons désigné, en 
1499, sous le nom de Notre-Dame de Balamand. 

BEBULA, BABELA ou HABELA (5), casai donné au 
Saint-Sépulcre, aujourd'hui Belleh. 

BECHESTIN (6), petit fief dont le nom était porté par 
l'une des familles du comté de Tripoli. C'est un village 



(1) G. de Tyr, 1. Xm, ch. 

(2) Architecture militaire des Crois.y p. 69. 

(3) Cod. Dipl., l. I, n- li, p. 11. 

(4) Mas. Lat. Hist, de Chypre^ t. III^ p. 665. 

(5) Cart. St-Sépulcre, p. 191, 

(6) Ibid., p. 25. 



362 GÂOaBAPHIE HISTORIQUE DE LA 

du canton da Eoura inférieur, nommé, aujoardliui, Be- 
keftin. 

BENEHARA ou BENIHARAN (1), casai donné au 
Saint-Sépulcre par Guillaume Jourdain. Le site de ce lieu 
semble devoir être recherché dans le village maronite de 
Meniara, près Arkas. 

BERTRANDIMIR (2), casai du comté de Tripoli appar- 
tenant aux Templiers, mentionné en 1179, dans un accord 
entre le Temple et l'Hôpital. 

BESMEDIN (3), fief appartenant aux seigneurs de 
Giblet. 

Ce lieu s'identifie facilement avec le village maronite 
nommé, aujourd'hui, Bordj-Beschmez'in, dans le canton 
du Eoura. 

BETHLÉEM (4), casai ou villa donné en 1127, par 
Pons, comte de Tripoli, à l'Hôpital du Mont-Pèlerin. Posi- 
tion encore indéterminée. 

BETHELYON (5), casai voisin de Tripoli, mentionné 
en 1139, dans un acte du comte Raymond. 

BETHSAMA ou BETHSAMUM (6), casai donné à l'Hô- 
pital du Mont-Pèlerin en 1127. . 

BETHSEDION, casai également donné à l'Hôpital du 
Mont-Pèlerin en 1127. 

BETIRE (7), casai situé entre le Ghastel Blanc (Safita) 
et le Erak des Chevaliers. 

BETRAN ou BUTURAN (8), petit fief dont deux sei- 
gneurs, nommés Gauthier et Gui^ paraissent dans plu- 



(i) Cart. SUSépulcre, p. 19i. 

(2) Cod. DipL, t. I, n* 46, p. 66. 

(3) Familles d^Outre-Mer, p. 332-542. — Cont. de G. de Tyr, éd. de 
rinst., p. 339. 

(4) Cod. Dipl., 1. 1, n* li» p. il. 

(5) U)id. 

(6) Cod. Dipl., U I, n- li, p. il. 

(7) U)id., 1. 1, n- 179, p. 220. 

(8) Cod, Dipl,^ U I, n* 33, p. 36, et w 194, p. 236. 



SYBIE AU TEMPS DES CBOISADBS. 363 

sieurs actes vers le milieu du douzième siècle. Ce lieu 
s'identifie avec la bourgade de Betran, dans le canton du 
Koura, au sud de Tripoli. 

BETZAAL, casai relevant de la seigneurie de Giblet. 
Positions inconnues. 

BLANC (le Chastel) (1), forteresse possédée par les 
Templiers. Ce château, encore bien conservé, porte 
aujourd'hui le nom de Safita. 

BOCCOMBE (2), casai cité en 1143, dans un privilège 
de Raymond, comte de Tripoli, et dans lequel Raymond de 
Narbone avait donné une charrue de terre au Saint- 
Sépulcre. Position incertaine. Boccombe formait, avec 
Remesque, un fief devant le service de deux chevaliers. 

BOCHÉE, plaine et petit château situés au pied du 
Erak des Chevaliers. Cette plaine est aujourd'hui nommée 
Boukeïah-el-Hosn. Elle fut, en 1163, le théâtre d'une 
grande bataille gagnée par les Francs sur Nour-ed-din. 

BOTSOFLAM (3), casai voisin de Tripoli, mentionné 
en 1139, dans un acte du comte Raymond. 

BOUTRON (le) (4), petite ville maritime située au sud 
du cap Theoprosopon. Elle était, au douzième siècle, le 
siège d'un évêché jacobite. On y voit encore quelques 
vestiges du château et un très petit port, aujourd'hui 
ensablé. Les seigneurs de cette ville ont fourni un cha- 
pitre aux Familles d' Outre^Mer, 

BUIOLA (5), casai donné par Raymond de Saint-Gilles 
au Saint-Sépulcre. 

BUISSERA (6), fief du comté de TripoU. Ce casai 
donna son nom à la famille qui le possédait; car on 
voyait, au mois de décembre 1204, Mansellus de Buis- 



(1) Architecture militaire des Crois,, p. 85. 

(2) Cart. StSépulcrey n* 97, p. 191. 

(3) Cod. DipL, t. I, n* 18, p. 19. 

(4) Familles d'Ouire^Mer, p. 257. 

(5) Cart. Saint-Sépulcre, n* 97, p. 191. 

(6) Cod. Dipl,, t. I, n- 87, p. 93. 



364 olioasAPHiE histobiqub de la 

sera paraître comme témoio dans un acte de Gtérard de 
Ham. 

Ce casai paraît bien n'être autre que le village de 
Bscharreh ou Bsciarrai, l'un des plus considérables du 
Liban. Lequien (1) dit, dans son introduction à VHistoire 
de V Eglise maronite, qu'on voyait à Bscharreh les ruines 
d'un vieux château où résidèrent longtemps les princes 
de la Montagne chrétienne. On y trouve encore les restes 
d'une église du douzième siècle. 

Brocard, parlant de la vallée de Bscharreh, qu'il visita 
pendant son pèlerinage en Syrie, dit y avoir vu plusieurs 
monastères et un grand nombre de chapelles (2). 

CAFARACA (3), fief du comté de Tripoli, dont le 
nom fut porté par ses possesseurs. Ce casai, avait été 
donné à THôpital en 1127, par Pons, comte de Tripoli; 
il s'identifie avec le village appelé Kefer-Akka, ou Keferka 
au sud-sud-est de cette ville. On y voit encore quelques 
vestiges d'un château du moyen âge. 

GAFARSEQUEL (4) ou le casai du Pont-sans-eau, 
dépendant de la seigneurie de Gibiet. Position inconnue. 

CALAMON (5), casai très voisin de Tripoli. Ce village 
porte encore de nos jours le nom de Kalamoun. 

CALIFE (la terre au) (6), nom porté, pendant le dou- 
zième siècle, par la plaine qui se trouve sur la rive droite 
du Nahar-el-Kebir, en face et près d'Arkas. Cette plaine 
est encore appelée Ard-el-Kalifeh et est divisée par le 
Nahar-el-Kalifeh, entre Sahel el Bordj et Sahel el Kerab. 
Nous la trouvons mentionnée, en 1185, dans un acte 
de Raymond de Trois-Clés, qui y possédait un vaste 
domaine. 



(1) OHens. Christ., l. III, p. 45. 

(2) Brocard. Ap, Laurent, p. 28. 

(3) Cod, dipL, t. I, p. 66-68. 

(4) Cart. St'Sépulcre, n* 97, p. 191. 

(5) Cod. dipl.y l. I, p. 270. 

(6) G. de Tyr, 1. XXI. — Cod. dipl., t. I, n' 7, p. 28ft. 



8YBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 865 

CARTAMARE (1), casai donné en 1127 à l'Hôpital ; il 
était entouré de vastes plantations d'oliviers, et paraît 
avoir été assez voisin de Raphanée. Position à retrouver. 

CENDIANA (2), casai donné en 1127 à THôpital du 
Mont-Pèlerin par Pons, comte de Tripoli. C'est aujour- 
d'hui un village grec des montagnes d'Akkar, nommé Sen- 
dianeh. 

CERAPHTENIE (3), casai donné en 1127 à l'Hôpital 
du Mont-Pèlerin par Pons, comte de Tripoli. Les ruines 
de ce village ont donné leur nom à un plateau qui est 
encore appelé Self-etTanieh, très près de Tripoli, à l'est. 

COIBLE (le territoire du) (4). C'est sous ce nom que 
parait avoir été désigné le canton de Eaouaby au temps 
de la domination latine. On sait qu'il était situé entre 
Margat et le Chastel Blanc (Safita), position concordant 
parfaitement avec celle du Kaouaby, placé au nord-est de 
Tortose, entre Safita et Markab. 

COLËE (la) (5), château gardant une des passes de la 
montagne des Ansariés et dont les ruines sont encore 
nommées El Coleïah. La famille qui tenait ce fief en avait 
pris le nom ; elle joua un certain rôle en Syrie, puis en 
Chypre, durant le douzième et le treizième siècles. Cette 
forteresse passa, dans la suite, aux Batheniens. 

COLIATH (6), petit château dans la plaine d'Arkas, 
donné à THôpital du Mont-Pèlerin, en 1127, par Pons, 
comte de Tripoli. Les ruines de ce petit fort sont encore 
désignées sous le nom de Kleïaat. Il avait été pris en 
1266 par Bybars. 

CORNONIUM (7), casai également possédé par l'HÔ- 
pital du Mont-Pèlerin. 



(1) G. de Tyr, 1. XXI. — Cod. dipL, t. I, n» 7, p. 11. 

(2) Cod. dipLj l. I, n* 11, p. 11. 

(3) Ibid. 

(4) Marin. Sanot. Secret, fid, Crucis ap. Bongars, p. 25^. 

(5) Cod. dipL, t. I, n* 179, p. 221. 

(6) Cod. dipl.y t. I, n** 11, p. 11. 

(7) Ibid. 



366 afiOGBAPHIE HI8TOBIQT7E DE LA 

CRÂT (le) (1), nom porté, au douzième siècle, par le fief 
formé à cette époque par le Erak des Chevaliers et 
qu'avait pris la famille qui le possédait alors. 

CULICAT (2), le même que Goliath. 

DERIE (3); ce casai se trouve mentionné en 1143, 
dans un privilège de Raymond, comte de Tripoli, et s'iden- 
tifie parfaitement avec le village de Deraïa, dans le canton 
de Zaouï, à douze kilomètres au sud de Tripoli. 

DURCARBË (4), casai voisin de Tripoli, donné en 1127 
à la maison de l'Hôpital du Mont-Pèlerin par Guillaume 
Jourdin. 

ELTEFFâHA, casai possédé par l'Ordre du Temple et 
donné par lui en fief à un chevalier. Ce casai s'identifie 
facilement avec le village de TefTahah, à l'est de Tor- 
tose (5). 

FAUDÀ (6), casai appartenant à l'Hôpital et mentionné 
(en 1185) dans un acte de Raymond, comte de Tripoli. 

FELICIUM (7), casai voisin d'Arkas, possédé par Gil- 
bert de Puy Laurent, qui le vendit, ainsi que le casai de 
Latum, à Raymond, comte de Tripoli, pour la somme de 
mille besans. Ces deux casaux passèrent à l'Hôpital en 
même temps que le Erak des Chevaliers. 

FELLARA (8), casai donné à l'Hôpital de Saint-Jean, 
en 1151, par la comtesse Armensende de Châteauneuf. 

FONTAINES (les), casai situé entre le Chastel Blanc 
et le Erak des Chevaliers. C'est aujourd'hui un petit vil- 



(i) Cod. dipUj t. I, p. â3. — Architecture militaire des Croisades^ 
p. 39 et suiv. 

(2) Wilb. d*OLDBNBODRO, p. 169. Ed. Laurent. 

(3) Cart, StSépulcre, n* 97, p. 191-192. 

(4) Cod. dipl, t, I, n* 11, p. 11. 

(5) Mas. Lat. Rist. de Chypre, t. m, p. 238. 

(6) Cod, dipL, 1. 1, n- 7, p. 286. 

(7) Cod. dipl., t. I, p. 24. 

(8) Cod. dipl., t. I, n* 194, p. 239. 




^ PLAN OE OJEBATl ICIBLETl 




8TBIE AU TEMPS DES CROISADES. 367 

lage nomme en arabe El-Aïoun, dont le nom français 
n'est que la traduction. 

OIBLET (1), petite ville épiscopale bâtie sur les 
raines de l'antique Byblos et possédée par la famille de 
Lembriac, qui prit de là le surnom de Giblet. Elle est 
aujourd'hui appelée Djebaïl; outre son château et ses 
murailles, elle a une belle église et un baptistère du dou- 
zième siècle. On y reconnaît encore, à l'entrée du port, 
lestraces des ouvrages de défense qui y furent élevés par 
les Croisés. 

Dans l'angle nord-est de la ville, on voit les restes 
d'une chapelle où se trouve une inscription portant la 
date de l'année 1264. 

L'église maronite de Sainte-Thecle, bâtie vers la même 
époque par des artistes indigènes, présente également des 
détails intéressants. 

Les murailles de la ville et le château ont été lon- 
guement décrits par moi dans V Architecture militaire des 
Croisés. 

HAL6Â (2), petit château voisin d'Ârkas pris par les 
troupes du sultan Bibars en 1266 et dont les ruines se 
voient au village de Halbeh. 

HELMEDEL (3), casai relevant du fief de Jibel Akkar 
et qui se retrouve dans le village moderne de El Mejdel. 

JIBEL iTKKAR ou JIBELTAR (4), forteresse domi- 
nant le pays d' Akkar et dont on voit encore les ruines 
sur un des sommets de la montagne du même nom. Après 
avoir formé avec son territoire un des grands fiefs de la 
principauté de Tripoli, elle fut donnée, en 1170, par le 
roi Amaury, à THôpital, en même temps que le château 
d'Archas. Ces deux places venaient alors d'être fortement 
endommagées par un tremblement de terre. 



(i) Familles â^Outre-Mer^ p. 3i6. — Architecture militaire des 
Crois., p. S19. 
(S) Éist. arabes des Crois., t. I, p. 151. 

(3) Cart. StSépulcre, n" 97, p. 191-192. 

(4) Cod. dipL, t. I, n' 5i, p. 51-52. 

U 



368 aioaBAPHiE historique de la 

KAFÂBI (1), casai donné à THôpital de Saint*Jean en 
1151 par la comtesse Armensende de Châteauneuf, aujour- 
d'hui Kefer Haï. 

KÂMËL ou LE GHAMËL (2), château et fief du comté 
de Tripoli, qui parait avoir été situé dans la région com- 
prise entre Tortose, Maraclée et Baphanie. Ce château 
passa, ainsi que ses dépendances, à l'Hôpital en 1127. 

KRAK DES CHEVALIERS (le) ou CRAT (le) (3), for- 
teresse nommée par les historiens arabes le château des 
Curdes, et qui, à cause de son importance stratégique, 
fut vendue aux Hospitaliers en 1145 par Guillaume, sei- 
gneur du Crat. Durant une partie de la première moitié 
du douzième siècle, ce château et ses environs foimè- 
rent le fief du Crat. A cause de sa position et de son 
importance, ce château est longuement décrit dans YAr- 
chitecture militaire des Croisés, 

MANETHERA ou LE MOINESTRE (4), petit château 
gardant un des cols du Liban, non loin d'Afeka. C'était 
un des fiefs du comté de Tripoli. En ce lieu se trouve 
aujourd'hui un village nommé El Mouniterab. Nour-ed-din 
l'enleva par surprise en 1166. Son nom arabe Monaïdhera 
signifie le petit belvédère. 

MARACLÉE (5), fief du comté. Malheureusement, il ne 
reste plus guère de traces de cette ville, dont les ruines 
sont aujourd'hui nommées Merakieh. 

MARCIBAN DES PLAINES (le petit) (6), casai du 
comté de Tripoli, voisin de Fauda. Position inconnue. 

MARDABEGH (7), casai mentionné dans l'acte de ces- 



(1) Cod. dipL, t. I, n* 194, p. 239. 

(2) Cod, dipL, t. I, p. 12-88-132. 

(3) Architecture militaire des Crois, y p. 39. 

(4) G. de Tyr, 1. XXI, ch. H. 

(5) Fam,^ d'Outre-Mer, p. 384. 

(6) Cod, dipL, t. I, n- 7, p. 286. 

(7) Ibid., t. I, n" H, p. U. 



SYBIE AU TEMPS DES CBOISADIS. 869 

sion du Erak à l'Hôpital comme donne également aux 
chevaliers. Position inconnue. 

MEDERA (1), casai donné au Saint-SépuIcVe par Guil- 
laume Ermengard, situi, dit le texte : ex alla parte mon- 
tane. Ce lieu devrait peut-être bien être identifié avec le 
hameau de Mezera, situé sur le versant oriental du Djebel 
Akkar. 

MEIPHOUK, bourgade au nord-est de Giblet, qui pos- 
sédait, au treizième siècle, un important monastère jaco- 
bite, dont l'église, terminée en 1276, présente un grand 
intérêt archéologique. 

MËLECHIN (2), château sur une colline voisine de 
rOronte et dont le site est encore à retrouver. 

MESSARKUN (3), casai donné à l'Hôpital en 1186 par 
Raymond de Giblet. Ce casai était peut-être dans la prin- 
cipauté d' Antioche ? ^ 

MESQUIE (la) (4), casai situé entre le Ghastel Blanc 
et le Krak des Chevaliers. 

MINACUSI ou MANACUISINE (5), village placé sur 
la route de Culicat (Kleïaat) à Tortose. Je crois avoir 
retrouvé le site de ce casai dans un village ruiné près du 
petit mouillage, nommé aujourd'hui El Mina Kabousi, non 
loin du village de El Hammam. 

MISDELIA(6), casai donné en 1127 à l'Hôpital du 
Mont-Pèlerin et qui semble s'identifier avec la localité 
moderne de Medjlaïa. 

MONS FERRANDUS (7), forteresse dont les ruines 
dominent encore le village nommé Baarïn, nom sous 
lequel ce château est parfois désigné chez les écrivains 



(1) Cart SUSépulcre, n* Ô7, p. 191-192. 

(2) Cod. dipL, t. I, n* 70, p. 70. 

(3) Cod. dipL, t. I, n- 74, p. 76. 

(4) Cod, dipL, t. I, n* 179, p. 220. 

(5) Wilb. d'ÛLDENBOURG. Ed, Laurent, p. 169. 

(6) Cod. dipL, w 11, p. 11. * 

(7) G. de Tyr, 1. XIV, ch. 6. 



370 .eioaBAPHiE historique de la 

arabes. Elles occupent tout le sommet de la colline. Bien 
que fort ruiné, on reconnaît, encore, que ce château était 
carré avec saillants barlongs. Au sud et à Test s'étendent 
les restes d'une baille formée d'un rempart flanqué de 
tourelles rondes. Malheureusement, il ne subsiste plus que 
des arrasements de toutes ces constructions. 

MONS LEOPARDORUM, montagne citée comme s'éle- 
vant à deux lieues au nord de Tripoli, paraît être le Djebel 
Tourboul. Cette montagne n'est d'ailleurs signalée que 
dans les périples. 

MONS NIGRONIS (1). La montagne désignée sous ce 
nom parait être la partie moyenne de la chaîne des Monts 
Ansariés. 

MONTECUCULI (2), tertre situé au sud-est de Tripoli 
et au bord de la mer. 

NEPHIN (3), fief important du comté de Tripoli. Les 
restes du château se voient encore, couronnant un petit 
cap à l'ouest du village moderne d'Anfeh, qui a remplacé 
la bourgade du moyen âge, et où se trouve une jolie 
église du douzième siècle. 

Edrisi désigne ce village sous le nom de Anf el Hadjar 
(promontorium lapidi^, étymologie certaine du nom qu'il 
porte aujourd'hui. 

NUBIA (4), casai voisin de Tortose et cédé en 1163 à 
l'Hôpital par Guillaume de Maraclée. 

PASSE SAINT-GUILLAUME (5), nom donné à un 
point où le chemin, de Nephin à Tripoli, est très resserré 
entre la montagne et la mer, près du monastère de 
Mar-Yakoub, entre les villages de Calamoun et de Abou- 
Halka. 



(1) G. de Tyr, 1. XII, ch. 41. 

(2) Cod, dipL, t. I, n' 74, p. 76. 

(3) J. de ViTUY, 1. I, ch. 44. — Familles d'Outre-Mer^ p. 413. 

(4) Cod, dipL, t. I, n" 33, p. 35. 

(5) Cont. de G. de Tyr, p. 101. 



SYfilE AU TEMPS DES CROISADES. 371 

PUY DU CONNESTABLE (le), casai tena en fief par 
G. de Farabel, connétable de Tripoli, et qui semble avoir 
tiré son nom de la charge de son possesseur. 

Ce casai, qui donnait son nom au mouillage voisiUi 
parait devoir être retrouvé dans le village d'Obreh, au 
nord du cap Theoprosopon. 

RâCHBATA (1), petite ville enlevée au soudan de 
Damas par Guillaume Jourdain et qui fut ruinée en 1157 
par un tremblement de terre. 

RAPHANÉE (2), ville épiscopale du comté de Tripoli, 
bâtie sur le site de la ville antique du même nom ; ses 
ruines, encore appelées Raphanieh, sont très voisines du 
château de Mons Ferrandus, aujourd'hui Kalaat Baarïn. 

REMË5QUE (3), casai voisin de Tripoli, possédé par 
Hugues de Barlais, mentionné en 1253 dans un accord 
avec l'Hôpital. Position inconnue. Ce casai formait, avec 
Boccombe, un petit fief devant le service de deux cheva- 
liers. 

RESCLAUSE (la) (4). Ce lieu, mentionné dans Tacte de 
cession du Krak à l'Hôpital, comme situé sur l'Oronte, 
semble devoir être retrouvé dans le site de l'Arethusa 
antique nommée aujourd'hui Er-Roustan. 

ROUGE (le Chastel) (5), forteresse située entre Tortose 
et le Chastel Blanc, aujourdliui Kalaat Yhamonr. 

SARC ou ESSERK (6), petit château cédé à l'Hôpital 
en 1163 par Guillaume de Maraclée, mais dont le site n'a 
point encore été déterminé d'une façon satisfaisante ; il 
était situé dans les environs du Chastel Blanc (Safita), 
vers le château de la Colée. 



(1) Ibn Khaldoun. Ed. Tornberg, p. 134. — Aboclpâradj. Chran, syr,, 
page 855. 

(2) Cod. dipLj t. I, !!• 23, p. 23. 

(3) Ibid., t. I, n« 12i, p. 13S. 

(4) Ibid. 

(5) U)id. 

(6) Cod. dipL, t. I, n- 3S, p. 39, et n' 179, p. 220. 



372 oioaBAPHiE historique de la 

SORBE (1), casai dans lequel Greoffroy de Pennes 
donna une charrae de terre à THôpital. 

SUMESSA (i), casai dn comté de Tripoli appartenant 
à THôpitaly qui payait de ce chef une redevance au comte 
de Tripoli. Mentionné en 1185. Positions inconnues. 

SUURA ou SUIUBA, fief dont une famille considérable 
avait pris le nom, doit être identifié avec le village du 
Sura, situé dans la montagne, au nord-est de Batroun. 

TERES (3), casai situé entre le Chastel Blanc (Safita) 
et le Erak des Chevaliers. 

THELEDEHEP (4), casai voisin du château de Mons 
Ferrandus, dont il dépendait, et qui fut donné en 1127 à 
l'hôpital du Mont- Pèlerin. Positions à rechercher. 

TRIPOLI était, au moyen âge, divisé en deux parties, 
le Mont-Pèlerin, devenu la ville actuelle, et l'ancienne cité 
qui occupait une partie de la presqu'île, à l'extrémité de 
laquelle s'élève, aujourd'hui, le faubourg de la Marine. 

L'espace qui les séparait était, alors, comme mainte- 
nant, occupé par de magnifiques jardins et des cultures 
de cannes à sucre. On y voyait, dit Strambaldi (5), de 
nombreux pressoirs à sucre, et Burchard de Mont Sion (6) 
n'estime pas à moins de 300,000 besans d'or le produit 
annuel de ces jardins. 

La petite ville de Mont-Pèlerin tirait son nom du tertre 
au sommet duquel le comte de Saint-Gilles avait élevé un 
château pendant qu'il faisait le siège de Tripoli. A la 
suite de ce siège, qui dura près de dix ans, le camp du 
prince franc s'était transformé en ville bâtie. 

La forteresse du Mont-Pèlerin, que les historiens arabes 
nomment Hosn- Sandschil (7), occupait donc l'emplace- 



(1) Cart. StSéfpulcre, n- 97, p. 191-192. 

(2) Cod. dipl.j t. I, p. 286. 

(3) Ibid., t. I, n- 179, p. 221. 

(4) Cod, dipLy t. I, n* 9, p. 11. 

(5) Strambaldi. Chron, manus., folio 71.' 

(6) Burch. de Mont-Sion. Ap. Laurent, p. 28. 

(7) Wilb. d*0LDENB0UR6. Ap, Laurent, p. 168. 



SYBIE AU TEMPS DES CBOISADE& 373 

ment du château moderne élevé sur ses fondements. Lé 
pont qui, de nos jours encore, fait communiquer Tripoli 
avec la rive droite de la Eadischa était appelé alors pont 
du Mont-Pèlerin (1). 

Dans cette petite cité se trouvait un prieuré du Saint- 
Sépulcre et une église placée sous le vocable de Saint- 
Jean-Baptiste et appartenant aux Hospitaliers (2). 

Au treizième siècle, Tripoli, florissante par son com- 
merce, son industrie et ses écoles, contenait une nom-- 
breuse population et ne comptait pas moins de quatre 
mille métiers à tisser la soie et le camelot (3). 

Les voyageurs contemporains parlent aussi de superbes 
édifices et de nombreux palais. 

Cette ville était, alors, le siège d'un évêché jacobite, 
qui avait son église cathédrale placée sous le vocable de 
Saint-Behennami. 

Le 29 juin 1171, une partie de Tripoli, ainsi que la 
grande église de Notre-Dame (4), furent renversées par un 
effroyable tremblement de terre qui fit beaucoup de vic- 
times. 

Nous connaissons l'existence à Tripoli des églises de 
Saint-Michel et de la Madelaine. 

Une ligne de décombres et d'arrasements de remparts, 
traversant la presqu'île dans toute sa largeur, marque la 
limite orientale de la ville du moyen âge, qui, des trois 
autres côtés, était entourée par la mer. Elle avait la 
forme d'un trapèze et paraît n'avoir jamais eu d'autres 
fortifications qu'une muraille précédée d'un avant-mur et 
flanquée de tours barrelongues. 

On sait qu'il y avait vers l'est une mattresse-tour 
et trois ouvrages voisins possédés par l'Ordre teuto- 
nique (5), tandis qu'une partie des murs appartenant à 



(1) Cod. IHpL, t. I, p. 11. 

(2) Ibid., p. 270. 

(3) Burch. de Mont-Sion. Loco Citato, 

(4) Pertz Script Rev. Germ., t. XIX, p. 159. 

(5) Strehblkb. Tab. Ord. Teut,, p. 35. 



374 aÉoasAPHiE histobique db la 

l'évéque de Tripoli, était placée entre celle des chevaliers 
allemands et la maison du Temple, qui parait avoir été 
située à l'angle sud-est de la ville, près de la mer. 

De ce même côté s'ouvrait la porte Saint-Michel, où 
aboutissait la route de Giblet (1). 

La Barbacane et la tour, dite de TEvéque, étaient des 
ouvrages importants, 'et les premiers qui tombèrent au 
pouvoir des Musulmans quand ils s'emparèrent de la ville 
au mois d'avril 1287 (2). Sanuto ajoute qu'ils pénétrèrent 
dans la ville par le quartier de l'Hôpital, qui était, dit-il, 
tangeant à la mer. 

Je crois qu'ici Sanuto se trompe, et c'est du quartier 
du Temple qu'il a dû être question, attendu que la maison 
de l'Hôpital Saint-Jean de Tripoli parait avoir été située 
au Mont-Pèlerin. 

Des îles de Tripoli, la plus rapprochée de terre, celle 
qui détermine, en grande partie, le port de Tripoli, était 
alors appelée ile Saint- Thomas, d'une église qui y était 
bâtie et placée sous le vocable de ce saint. C'est là que 
fut célébré, en 1222, le mariage d'Alix de Champagne 
avec le prince Bohémond d'Ântioche. 

Au moment de la prise de Tripoli, une foule d'habitants 
y cherchèrent vainement un refuge, et, bientôt atteints, 
furent massacrés par les Musulmans. 

M. Poujoulat dit avoir trouvé, en 1831, sur cet îlot, des 
vestiges encore reconnaissables de cette église. 

Les tours qui, de nos jours, défendent le rivage de la 
presqu'île de Tripoli, ne me semblent pas contemporains 
de la domination franque. Elles furent, je crois, élevées 
avec les matériaux des murailles du moyen âge, dans le 
courant du quatorzième siècle, à la suite des tentatives 
faites, à 'plusieurs reprises, par les rois de Chypre et les 
Hospitaliers pour se rendre maîtres de Tripoli. 

Cette ville a été tant de fois prise, incendiée et dé- 
truite, qu'il ne subsiste plus aucun vestige de l'œuvre des 
Croisés. 



(1) Mas. Lat. Hist. de Chypre^ t. III, p. 663. 

(2) Marin. Sandt. Secret, fld. Crucis, ap. Bongars^ p. 130. 




SYBIE AU TEMPS DES GBOISADBS. 375 

Au moment de la prise de Tripoli par les Arabes, le 
26 avril 1287 (1), l'amiral de Gènes Benoît Zacharia con» 
duisit à Chypre, sur sa flotte, la plus grande partie des 
habitants de la ville, et le sultan Melek-Mansour trans- 
porta à Mont-Pèlérin ce qui en restait. 

TUBAN (2), château voisin de TOronte, entre ce fleuve 
et Raphanée, mentionné en 1181, dans un acte de Ray- 
mond, comte de Tripoli. Position à rechercher. 



LE DOMAINE ROYAL 



Je crois devoir indiquer, brièvement, Tordre que j'ai 
adopté pour Tétude des diverses provinces formant le 
domaine royal ou royaume proprement dit. 

Il était borné, au nord, par le Nahar Ibrahim, vers Test 
^ar la vallée de Baccar (Bequâa) et le Ghor, nom déjà 
porté, à cette époque, par le bassin du Jourdain et du lac 
Asphaltite. Il possédait, à l'est et au nord-est du lac de 
Tibériade, la ville de Belinas et la forteresse qui en dé- 
pendait, ainsi que la terre de Suhete, et au sud-est de la 
mer Morte, la région formant la seigneurie de Krak et de 
Mont-Réal. Au midi, le royaume s'étendait jusqu'au golfe 
Elanitique et était séparé de l'Egypte par l'Ouad-el- 
Arisch, au delà duquel commençait le désert de SïU; 
nommé alors la grande Berrie. 

Il se divisait en quatre grandes baronnies et douze 
seigneuries secondaires. 

Les quatre premiers étaient le comté de Japhe et d'Âs- 
calon ; la seigneurie de Erak et de Mont-Réal avec la 



(4) Muratori, t. VI, col. 595. 

(2) Ibid., t. I, n" 70, p. 70 et 92. — HtsU arabes des Crois., t. I, 
page 212. 



376 gAoobafhie histobiqtje db là 

terre d'Oultre- Jourdain ; la prîncëe de Galilée avec la 
Terre de Suhete. Enfin celle de Sagette. 

Les baronnies du Daram, Saint-Abraham, d'Ârsur, de 
Gésarée, de Naples, da Bessan, du Caïmont, de Gayphas, 
du Toron et Bélinas, da Scandelion, de Saint-Georges et 
de Barut formaient les douze fiefs secondaires. 

J'ai compris dans un même chapitre les environs immé- 
diats de Jérusalem et la seigneurie de Saint-Âbraham, 
qui, d'après le texte suivant des Assises {l), semble avoir 
compté parmi ses dépendances Beithléem, Beitgibelin et 
Jéricho : 

t Le seigneur de Saint-Âbraham a court et coins et 
justice. Et a Saint- Abraham a court de borgesie et jus- 
tice. Et en Bethléem a court de borgesie et justice. Et en 
Jérico a court de borgesie et justice. Et en Beithgibelin a 
court de borgesie et justice. • 

Le fief de Darum. 

La seigneurie du Krak et de Mont*Réal en formera le 
second. 

Le troisième est consacré au comté de Japhe et d'As- 
calon. 

Puis, j'étudierai successivement les seigneuries d'Arsur, 
de Césarée, de Naples, du Bessan, de Cayphas et de Caï- 
mont. Un chapitre est consacré à la principauté de Ga- 
lilée et à la terre de Suhete. Les environs de Tyr et d'A- 
cre, la principauté de Sagette, enfin, la seigneurie de 
Baruth, compléteront l'étude du royaume proprement dit. 

AINESEINS ou VALDECUERS (2), casai attribué par 
Godefroy de Bouillon à l'église du Saint- Sépulcre et qui 
s'identifie avec le village moderne d'Aïn Sinia. 

AINQUINE (3), casai du Saint-Sépulcre dont le nom 
s'identifie avec celui du village moderne d'Âïn Eenieh. 

AMIETH (4), casai voisin de Jérusalem, placé entre 



(1) Ass, de Jérus.^ t. I, p. 490. 

(2) Cart. StSépulcre, n- 29-144, p. 262. 

(3) Ibid., n' 49-5M44, p. 90-93. 

(4) Charte inédite. 



8YBIB AU TEMPS DES CBOISADEB. 377 

cette ville et la Grande-Mahomerie, possédé en 1178 par 
Tabbaye du Mont-Sion, aujourd'hui K** Ahmit. 

âNETH (1), casai voisin de Jérusalem, placé entre 
cette ville et la Grande-Mahomerie. Ce lieu peut être 
identifié, je crois, avec Anatah. Village ruiné. 

ARAM ou HARAM (2), casai du Saint-Sépulcre occu« 
pant le site de l'antique Rama des livres saints, aujour- 
d'hui Eharbet-er-Ram. 

ARMOTIE (3), casai donné au Saint-Sépulcre par 
Godefroy de Bouillon et qui s'identifie avec le village 
moderne d'Arnoutieh. 

ATARABERET (4), casai appartenant également au 
Saint-Sépulcre et qui semble s'identifier avec les Kharbet 
el Atara^ que M. Guérin pense occuper le site de l'Ata- 
rath des livres saints. 

BARINETA ou BARMITA (5), casai donné au Saint- 
Sépulcre par Godefroy de Bouillon. 

BEITELAMUS ou BENTELAMUS (6), casai donné au 
Saint'Sépulcre par Godefroy de Bouillon. Ce casai s'iden- 
tifie avec le village de Beit-Aalam, près de Beit Djibrin. 

BEIT-ENAN, se retrouve dans le site de Beit-Anan. 

BEITFOTEIR (7), casai donné au Saint-Sépulcre par 
Godefroy de Bouillon, doit avoir bien des chances de se 
retrouver dans les ruines de Beitfogeur. 

BEITLÉHRM, ville épiscopale, dont je m'occuperai en 
même temps que Jérusalem. 

BEITSUR (les deux) (8) ; ces deux casaux se retrou- 
vent facilement sous les noms des villages modernes de 



(1) Charte inédite. 

(2) CarU SUSépulcre, n' 53-i44, p. 98-262. 

(3) Ibid., n* 29-144, p. 55-262. 

(4) Ibid. 

(5) U)id., n* 29, p. 55-98-102-263. 

(6) Ibid. 

(7) Ibid. 

(8) Cod. dipl., t. I, n* 17, p. 18. 



378 aioosAPHiE histobique db la 

Beit-Sahoar el Atika, près Jémsidemy et Beit-Sàhoar ou 
village des Pasteurs, près Bethléem. 

BEITUIMEN (l), casai donné au Saint-Sépalcre par 
Godefroy de Bouillon. 

BELHTAOUAHIN ^2), casai donné à l'Hôpital en 1136 
par Hugues de Saint-Âbridiam. Positions inconnues. 

BELLE-FONTAINE (3), casai voisin de Jérusalem, 
aujourd'hui Ikbalah ? 

BELMONT (4), nom porté au douzième siècle par la 
montagne de Modin. Ce château était possédé par les 
Hospitaliers. 

BELVEIR ou BEAUVOIR. Voyez EmmaUs. 

BENEHABETH (5), casai donné au Saint-Sépulcre par 
Godefroy de Bouillon, donation confirmée par le roi Bau- 
doin P' en 1114, et qui parait avoir été situé au sud-est 
de Jérusalem, sur les montagnes voisines de Béthanie. 

BENEHATIE (6), casai donné au Saint-Sépulcre par 
Godefroy de Bouillon, donation confirmée par le roi Bau- 
doin P' en 1114. 

BETEL (7), casai de Tabbaye de Saint-Joseph d'Ari- 
mathie, cédé au Saint-Sépulcre en 1160, ainsi que la tour 
et la chapelle qui y avaient été élevées par Hugues dlbe- 
lin, aujourd'hui Beïtin. 

BETENOBLE ou BETTENNOBLE (8), que Guillaume 
de Tyr dit occuper le site de l'antique ville de Nob ; est 
identifiée par M. de Saulcy avec le village nommé de nos 
jours Kefer-Noba. Si l'on admet cette identification, celle 
du castrum Arnaldi avec El Boureïdj en découle néces- 
sairement. 



(4) Cart. St-Sépulcre, n" 29, p. 55. 

(2) Cod, dipl., t. I, n* 17, p. 18. 

(3) Ibid., 

(4) Theodoricus. De Locis Sanctis, p. 87. 

(5) Cart. Saint-Sépulcre, n* 26, 29, 33, 53, 144, p. 49, 55, 61, 98, 263. 

(6) Ibid. 

(7) Cart. St-Sépulcre, p. 183. 

(8) G. de Tyr, 1. XIV, ch. 8. 



SYBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 379 

BETHAFAVA, (1), casai donné par le roi Baudouin P' 
à l'Hôpital en 1110; cette donation fut confirmée en 1154 
par Baudouin III. Le site de ce casai paraît se retrouver 
dans le village de Beit Safafa. 

BETHAHATAP (2), casai vendu au chapitre de l'église 
du Saint-âépulcre en 1161 par Jean Gothman et qui 
s'identifie, sans peine, avec le village de Beit-Athab, où se 
voient encore les restes d'un petit poste militaire du 
temps des Croisades. 

BETHAMAR ou BETHOMAR (3), casai voisin de Jéru- 
salem, donné, par Guy de Milly, à l'abbaye de Notre-Dame 
de Josaphat antérieurement à 1130, aujourd'hui Beit- 
Oummar, identifié par M. Delaborde. 

BETHAMIS (4), casai donné à l'Hôpital par Eustache 
Granier, vicomte de Jérusalem, en 1110, et qui semble se 
retrouver dans le village moderne de Beit-en-Nis. 

BETHBESAN ou BETBEZ (5), casai voisin de Beth- 
léem, donné en 1110 par le roi Baudoin P' à l'évéché de 
Bethléem. 

BETH ECARTAS (6), casai du domaine royal sur lequel 
Baudoin IV concéda une rente annuelle, en 1178, à Pierre 
de Creseque. A rechercher. 

BETHELIGEL ou BENTILIGEL (7), est cité en 1164, 
dans un privilège du roi Amaury. 

BETHSAN (8), casai voisin de Jérusalem dont les 
dîmes sont concédées, en 1123, par le patriarche Guar- 
mond à l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat. Positions à 
retrouver. 



(i) Cod, dipL, t. I, n» 30, p. 22. 

(2) Cart, StSépulcre, n* 99, p. 195. 

(3) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 49, 69, 88. 

(4) Ibid., n' 2, p. 2, 32. 

(5) G. de Tyr, 1. XI, ch. 42, p. 474. 

(6) Cod. dipL, t. I, n* 206, p. 248. 

(7) Cart. StSépulcre, n» 144, p. 263. 

(8) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 37, 45, 68, 101. 



380 aiOGBAPHIB HISTORIQUE DB XiA 

BETHSURIE (1), casai où les chanoines du Saint- 
Sépulcre possédaient un certain nombre de serfs. Ce lieu 
s'identifie avec le village de Beithzour, au nord d'Hé- 
bron, où se voit encore une tour contemporaine des Croi- 
sades. 

BËTLIGGE ou BETDI6GE (2), casai attribué au 
Saint-Sépulcre par Godefroy de Bouillon ^ aujourd'hui 
Beit Izza. 

BETOR (vêtus) (3), est acheté des moines grecs de 
Saint-Saba par le chapitre du Saint-Sépulcre. 

BEZE ou BAZARIM (4), casai dépendant de Bethel, 
donné au couvent de Saint- Joseph d'Arimathie par Balian 
dlbelin, aujourd'hui K«* Bezem. 

BOTME (5), casai donné en 1136 par Hugues de Saint- 
Abraham à l'Hôpital ; ce nom parait avoir eu pour étymo- 
logie le mot Bothoum (therebintbe). 

CAFRAN (6), casai qui a donné son nom à une des 
grandes familles du royaume latin ; c*est aujourd'hui un 
petit village arabe à trois lieues et demie au nord de 
Jérusalem et qui est appelé Kefer-Ana. 

GALCALIÂ (7), casai situé au nord de Jérusalem ; ce 
village porte, de nos jours, le nom de Eilkilia. 

CANET (le) DES TURCS (8), lieu placé à seize mille 
de Gibelin, vers l'Egypte, et qui parait devoir être iden- 
tifié avec les ruines d'Elusa, nommées, aujourd'hui, Ehar- 
bet el Ehalassa. 

CAPHASON (9), village du territoire de Jérusalem, 



(1) Cart. Saint-Sépulcre, n* 144, p. 263. 

(2) Ibid., n* 29, p. 55. 

(3) Ibid., n- 156, p. 279. 

(4) Ibid., n* 65, p. 133. 

(5) Cod. dipL, t. I, n- 17, p. 18. 

(6) Fam. œOutre-Mer, p. 532. 

(7) G. de Tyr, 1. XXI, ch. 21. 

(8) G. de Tyr, 1. XX, ch. 28. 

(9) Charte inédite. 



STBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 381 

possédé en 1178 par les religieux de Mont-Sion, aujour- 
d'hui Kafarson. 

C ARMEL (1), aujourd'hui Kermel, casai de la sei- 
gneurie de Saint-Abraham, très voisin de Ziph; on y voit 
encore un poste militaire et les ruines d'un caravansérail 
fortifié de l'époque des Croisades. 

CEDQ (2), casai dans le territoire de Jérusalem pos- 
sédé en 1178 par l'abbaye de Mont-Sion. 

CHARROUBETE (3), casai donné à l'Hôpital en 1136 
par Hugues de Saint-Abraham ; parait se retrouver dans 
le village moderne de Karroubeh. 

CHATEAU D ARNAULD (le) ou CASTRUM AR- 
NALDI (4), a été identifié par M. de Saulcy avec la petite 
forteresse ruinée nommée El Boureïdj, qui commande la 
route de Lydda à Jérusalem. 

COLOUNIAy casai situé sur la route de Jérusalem 
à Ramleh , aujourd'hui Kolonieh. 

COURCOZA, casai donné à l'Hôpital en 1136 par 
Hugues de Saint-Abraham ; ce lieu paraît se retrouver 
dans les ruines nommées aujourd'hui Kharbet-Kouza. 

CULI (5), casai vendu au Saint-Sépulcre en 1161 par 
Jean Gothman. 

DALPHIM ou DALTIM (6), casai de l'abbaye de Josa- 
phat ; il était dans le territoire de Jérusalem, mais n'a 
point encore été identifié. 

DËLDOL (7), casai de la seigneurie de Saint-Abraham 



(1) G. de Tyr, 1. XX, ch. 28. — Architecture militaire des Crois», 
p. 103. 

(2) Charte inédite. 

(3) Cod. dipL, t. I, n' 17, p. 18. 

(4) Saulcy. Voyage en Terre^Sainte, t. I, p. 87 et suiv. 

(5) Cart, St'Sépulcrej n* 99, p. 197. 

(6) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 21, 37, 90. 

(7) Tab. Ord, Theut,, w 6, p. 7. 



382 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

donné le 26 mars 1173 à l'hôpital des Allemands par 
Amalric P', roi de Jérusalem. Le site de ce village doit 
se retrouver, je pense, au nord d'Hébron, dans la localité 
nommée Helboul. 

DERE (l), casai appartenant à l'église du casai de 
Saint-Gilles et donné au Saint Sépulcre avec elle en 1145 
par le patriarche Guillaume. Le site de ce village parait 
se retrouver dans les ruines nommées Eharbet Dera. 

DERELCOBEBE (2), casai donné à l'Hôpital par 
Hugues de Saint- Abraham et que le D' Menke identifie 
avec El Eoubab. 

DERHASSEN (3), casai vendu par Jean Gothman au 
Saint-Sépulcre en 1161, aujourd'hui Deir-Hazem. 

DERMARSUN (4), casai vendu au Saint-Sépulcre par 
Balian d'Ibelin ; semble devoir être retrouvé dans le vil- 
lage ruiné de Deir-Maghsen. 

DERSABE (5), casai vendu au Saint-Sépulcre par 
Balian d'Ibelin. 

DERXERIP (6), casai vendu par Jean Gothman au 
Saint-Sépulcre en 1161. Sites à rechercher. 

SAINT-ELIE (château et fief dit terre de) (7), donné 
en 1185 par le roi Baudoin IV à Boniface, marquis de 
Montferrat. Les ruines de ce château se voient encore sur 
une montagne au sud de Taybeh, entre ce village et la 
montagne de la Quarantaine. 

EMAUS ou EMMAUS, bourgade fortifiée donnant son 
nom à l'un des cantons des environs de Jérusalem (la 
terre d'Emmatis), et dont on croit généralement retrouver 



(1) Cart. St'Sépulcre, n' 41, p, 77. 

(2) Cod. dipL, t. I, n' i7, p. i8. 

(3) Cart, St'Sépulcre, n» 99, p. 195, 279. 

(4) Cart. St-Sépulcre, n* eS, p. 133 el suiv. 

(5) Ibid. 

(6) Ibid. 

(7) Mas. Lat. Chron» de Bernard le Trésorier, p. 128. 




SYBIE AU TEMPS DES GB0I8ADBS. 383 

le site au village de Koabeibeh, bien qu'on n'y rencontre 
peu de traces de fortifications. Mais Quaresmius dit que 
les murs furent détruits, au seizième siècle, pour fournir 
les matériaux des murailles de Jérusalem, que faisait 
élever, à cette époque, le sultan Selim P'. 

Dans un diplôme publié par Paoli^ nous lisons le pas- 
sage suivant relatif à ce lieu : c Castellum Emmaiis et 
Aquam Bellam et Bélveer et Saltum Muratum que omnia 
confinio Jerosolimitano atque territoriOj haderent. » Je suis 
tenté d'identifier Aqua Bella, ou Belle Fontaine, avec un 
petit château ruiné, du moyen âge, nommé Ikbâla, qui 
se voit au sud de Kyriet el Ânab, dominant un vallon, 
remplis de superbes jardins, qu'arrose un ruisseau très 
abondant. 

Quant à Belveer, une tour médiaevale, dominant le vil- 
lage de Koustoul, et du sommet de laquelle l'œil embrasse 
au sud et à l'ouest un immense horizon, me semble bien 
être le dernier débris de ce poste militaire. Dans le 
Mémorial du roi Richard {l)y on trouve cité, parmi les 
châteaux des environs de Jérusalem, que Salah-ed-din fit 
démanteler, en 1192, à l'approche du roi d'Angleterre, 
Beauvoir, qui est énuméré avec Belmont, le Natron et le 
Gastrum Arnaldi. 

Theodoricus dit que les montagnes de Modin por- 
taient, de son temps (douzième siècle), le nom de Bel- 
mont (2). 

Dans la lettre de l'évêque Guillaume (3) : « De Excidio 
terrœ Iherosolimitanœ », Belmont est désigné comme un 
château voisin de Jérusalem, remis à Salah-ed-din, par 
Balian d'Ibelin, pour la rançon d'une partie des habitants 
de cette ville (4). 

M. V. Guérin dit que le village de Souba, qui, au dou- 
zième siècle^ était considéré comme le Modin des Mac- 



Ci) Mémorial du roi Richard, p. 280. 

(2) Theodoricus. De Locis Sanctis, Ed Tohler, p. 87. 

(3) HoHRiCHT. Beit. zur Geschichte dei" Kreuzzugê, p. 189. 

(4) On sait que ce château fut démantelé par les Musulmans en 1192, à 
l'approche du roi d'Angleterre. 

25 



384 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

cabéeSy avait conservé presque intactes, jusqu'en 1834| 
ses fortifications, dont il vit les restes, et qui permirent 
à ses habitants de soutenir alors un siège sérieux contre 
les troupes égyptiennes dlbrahim pacha. 

C'est, je crois, cette bourgade qu'il faut identifier avec 
le château de Belmont, que possiédaient les hospitaliers. 
Or, Souba est indiqué dans la liste de châteaux pris par 
Salah-ed-din à la suite de la bataille de Hattin (1). 

EN6ADDI, casai de la terre de Saint- Abraham, situé 
au bord de la mer Morte, et nommé de nos jours Aïn- 
Djeddy. Là se trouvait le plus célèbre vignoble de la con- 
trée, et cette bourgade était, en outre, connue dans toute 
la Syrie, pour la richesse de ses cultures. J'y ai retrouvé, 
en 1858, des restes de constructions médiœvales. 

FARAFRONTE (2), casai voisin de Jérusalem, possédé 
en 1178 par l'abbaye du Mont-Sion, n'a pu être identifié ; 
ce nom parait avoir été défiguré dans la charte. 

FEITATA ou BEITATA (3), casai donné à l'Hôpital 
par Hugues de Saint-Abraham, et dont le site se retrouve, 
je crois, dans le village de Beit-Hatta. 

FONTENOID (4), nom donné, au douzième siècle, à 
une source voisine du château d'Emmaiis et qui semble 
avoir parfois été donné au château lui-même. 

GEBA (5), casai de l'abbaye du Mont-Sion, situé entre 
Jérusalem et la Grande Mahomerie, aujourd'hui Jeba. 

GIBELIN ou BETHGIBELIN (6), petite ville bâtie au 
douzième siècle, sur les ruines d'Èleutheropolis, et ayant 
cour de bourgeoisie. Le château était occupé par les 
Hospitaliers de Saint- Jean; de nos jours, ce lieu est 



(1) ROHRICHT et GORGENS, p. 74. 

(2) Charte ÎDëdite. 

(3) Cod, dipL, t. I, n- 17, p. 18. 

(4) Theodorigus« De Locis Sanctis, p. 87. 

(5) Charte inédile. 

(6) G. de Tyr, 1. XIV, ch. 12. 



STBÏÎÎ AU TEMPS DES CROISADES. 385 

nommé Beit Gibrïn. On y voyait un monastère de Saint- 
Georges et une église sous le vocable de Sainte-Anne. 

HALE (1), casai donné à l'Hôpital par Hugues de 
Saint- Abraham en 1136. 

HELMULE ou LE MULE (3), casai appartenant au 
Saint-Sépulcre. Positions à retrouver. 

HESSILIA (2), casai vendu à l'Hôpital ; cette vente 
fut confirmée par le roi Baudoin HI en 1154, aujourd'hui 
Beit Sila. 

HIRNAGAR (4), casai donné à l'Hôpital par Hugues de 
Saint- Abraham en 1136, peut-être, aujourd'hui, Deir Nah- 
khaz ? 

HIRRASIN (5), casai donné à l'Hôpital par Hugues de 
Saint- Abraham en 1136. 

HODABET (6), casai vendu au Saint-Sépulcre par 
Balian d'Ibelin. 

HUBIM, casai appartenant au Saint-Sépulcre. Positions 
à retrouver. 

HULDDRE (7), casai situé dans la montagne et dépen- 
dant de la terre d'Emmaiis, mentionné en 1141 dans un 
accord entre le Grand- Maître de l'Hôpital, Raymond du 
Puy, et le patriarche de Jérusalem, relativement aux 
dîmes des casaux de la terre d'Emmaiis. Le D' Théodore 
Menke croit avoir retrouvé le site de Hulddre dans le 
village de Khouldah, mais, à ce compte, il faut placer 
Emmatis à Amouas. 

JAFENIA (8), casai voisin d'Aïn-es-Sïn, au nord de 



(1) Cod. dipL, t. I, n* 17» p. 18. 

(2) Cart. SUSépulcre, n- 144, p. 263. 

(3) Cod. dipl., t. I, n* 20, p. 32. 

(4) Ibid., t. I, n- 17, p. 18. 

(5) Ibid. 

(6) Cart, St'Sépulcre, n* 6o, p. 133 ol «suiv. 

(7) Cod. dipU l. I, n- 21, p. 22. 

(8) Cod, dipL, t. I, n- 107, p. 249, 



1 



386 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

Jérusalem, et formant un petit fief dont le nom était 
porté par le possesseur, attendu que nous voyons, en 
1182, Raymond de Jafenia signer comme témoin un acte 
du roi Baudoin. Ce lieu me paraît se retrouver dans le 
village de Jifna. 

JAMARVARA (1), casai du territoire d'Hébron dont 
les dîmes appartenaient à l'abbaye de Notre-Dame de 
Josaphat, très bien identifié par M. Delaborde avec K** 
Djamrourab. 

JÉRICHO ou GÉRICOCH, fut, pendant les Croisades, 
une bourgade fortifiée administrée par un vicomte, c'est- 
à-dire ayant cour de bourgeoisie; à cette époque, la 
plaine de Jéricho, fécondée par les eaux des sources de 
Y km Douk et de la fontaine d'Elysée, qu'amenaient des 
aqueducs dont on voit encore les restes, était couverte 
de nombreuses plantations de cannes à sucre et de pal- 
miers. 

En 1111, le revenu de cette bourgade était de cinq 
mille besants sarrazins; elle fut donnée, en 1144, au cou- 
vent de Saint-Ladres de Béthanie (2). Ces jardins étaient 
défendus par des tours occupées par les Templiers, dont 
Tune, nommée Quaquoun se voit encore non loin du Nahar 
el Kelt, et les ruines de deux moulins nommés Taouaïn- 
ez-Zukkar (les Moulins à sucre) se rencontrent encore 
au sud-ouest de la fontaine d'Elysée (3). 

A une petite distance de Jéricho, se trouvaient plusieurs 
couvents de moines grecs ; c'était, au sud, celui de Saint- 
Jean-Chrysostôme, au nord-est ceux de Saint-Jean-Bap- 
tiste, de Calamoun et de Saint Gérasime; ce dernier, nous 
dit Phocas, était carré et défendu par quatre tours. Entre 
Jéricho et la montagne de la Quarantaine était celui de 
Saint-Michel archange. 



(1) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 46, 60, 69. 10!. 

(2) G. de Tyr, 1. XV, ch. 27. 

(3) Theodorigus. De Locis Sanctis, p. 68. 



SYBIE AU TEMPS DES GBOISADES. 387 

JÉRUSALEM. L*étude de la topographie médiaevale de 
cette ville devant faire l'objet d'une publication spéciale 
que je prépare, en ce moment, je n'en parlerai point ici. 

KALENDIE ou la CALENDRE (1), casai donné au 
Saint-Sépulcre par Godefroy de Bouillon et qui s'iden- 
tifie avec Kalendia, village situé au nord de Jérusalem. 

KARIATERI (2), casai vendu par Amaury de Franclieu 
à Tabbaye du Mont-Sion ; ce nom me paraît une corrup- 
tion de Keriat-Iearira, nom antique du village nommé 
aujourd'hui Abougosch. 

KEFREACHAB (3), casai donné au Saint-Sépulcre par 
Godefroid de Bouillon, aujourd'hui Kefer Akab. 

KEFFRECA (4), casai donné au Saint- Sépulcre par 
Godefroy de Bouillon ; on devrait peut-être identifier ce 
casai avec Kefreïa, où se voient des ruines paraissant 
remonter au temps des Croisades. 

KEFFREDIL (5), casai donné au Saint-Sépulcre par 
Godefroy de Bouillon, aujourd'hui Kefer Thil. 

MAHOMERIE (la Grande) ou BYRRA (6), bourgeoisie 
possédée par le Saint-Sépulcre. Au milieu du village 
moderne de Bireh, qui Ta remplacé, se voient encore les 
ruines d'une belle église du douzième siècle. 

MAHOMERIE (la petite) ou MAHOMERIOLA (7), 
casai également attribué au Saint-Sépulcre ; c'est le vil- 
lage nommé à présent Michmas. 

MALEDOIN (la Tour) (8), fut bâtie par les Templiers 
sur la route de Jérusalem à Jéricho ; ses ruines sont 
nommées, aujourd'hui, Khan Chadhrour; ce lieu était 



(1) CarU St'Sépulcre. 

(2) Charte inédite. 

(3) Cart, St'Sépulcre, n* i9, p. 55. 

(4) Ibid., n- 144, p. 262. 

(5) Ibid., n- 144, p. 55, 98, 101, 163. 

(6) Ibid., n* 144, p. 262. et Marsy. Cart, Saint-Lazare, n* 16. 

(7) Ibid., n- 44, p. 262. 

(8) Raoul de Coggeshalb, 1. III, ch. 2. 



388 OÉOCtBAPHIE HISTOSIQUE DB LÀ, 

aussi désigné sous le nom de Chastel Rouge ou Citerne 
Rouge. 

ME6INA (1), casai donné au Saint-Sépulcre par le roi 
Foulques en 1155. 

MEIMES (2), casai donné à l'Hôpital par Hugues de 
Saint- Abraham. 

MEZERA ou MEZERECH (3), casai dont les moines de 
Josaphat avaient les dîmes ; il était peu éloigné de Jéru- 
salem et peut-être le même que le suivant. 

MEZERA (4), casai cédé au Saint- Sépulcre par Jean 
Patrice ; c'est, je crois^ le village arabe nommé, de nos 
jours, El Mezraa. 

MESGHIUM (5), casai donné à Tabbaye de Josaphat 
par Peselle, vicomte de Jérusalem; il était situé sur le 
chemin descendant de Jérusalem à Jéricho et parait 
s'identifier avec les K®* Mesket. 

MOITANA (6), casai donné aux Hospitaliers en 1110, 
par Baudoin I®'. 

NAALEIN (7), casai situé à l'ouest de Bethléem et 
dont le nom était porté par son possesseur; en 1167, 
nous voyons Isaac de Naalein signer comme témoin l'acte 
de vente par Baudoin de Mirabel, du casai de Sainte- 
Marie à l'Hôpital. C'est aujourd'hui le village de Nah- 
halin. 

RA6ABA (8), casai dont la possession est confirmée, 
en 1114, au Saint-Sépulcre par Baudoin P'*, et qui était 
situé au sud-est de Jérusalem, vers la mer Morte. 



(1) Cart. StSépulcre, n* 49-50, p. 90-93. 

(2) Cod, dipL, t. I„ p. 8. 

(3) Delabohde. Charte de Terre-Sainte^ p. 21, 37, 90. 

(4) Cart. St-Sëpulcre, n* 49-5i, p. 90-93. 

(5) Delaborde. Chartes de Terre-Mainte, p. 46, 66, 68, i02, 

(6) Cod. dipL, t. I, n* 2, 30, p. 2, 32. 

(7) Cod. dipl., t. I, n- J71, p. 213. 

(8) Cart. StSépulcre, n' 26i^, p. 49-55, 



8YAIE AU TEMPS DES CROISADES. 389 

RAMATHA ou RAMETHES (1), casai où les cha- 
noines du Saint-Sépulcre possédaient un certain nombre 
de serfs; ce lieu semble devoir être identifié avec Tan- 
tique Arimathea, aujourd'hui Rima. 

RAMELIE (2), petit fief des environs de Jérusalem, 
aujourd'hui Ramallah. 

RAMESSË (3), casai relevant du domaine royal sur 
lequel Baudoin IV concéda en 1178 une rente annuelle à 
Pierre de Creseque. 

ROM A (4), casai du Saint- Sépulcre et qui paraît avoir 
été situé sur les montagnes à Test de Béthanie. 

ROMANDET (5), casai de l'église de Bethléem donné 
en gage à la commune de Marseilles en 1163. 

SABAHIET (6), casai du Saint-Sépulcre, que le 
D' Théodore Menke croit pouvoir identifier avec le village 
de Souba. ? ? 

SAHALIN (7), casai donné à l'Hôpital par Hugues de 
Saint-Abraham. 

SAINT-ABRAHAM, nom sous lequel fut désigné 
Hébron pendant toute la durée du royaume de Jéru- 
salem, relevait de la seigneurie de Krak et de Mont-Réal. 
Bien que le siège d'un évêché, cette ville fut peu considé- 
rable. 

Le quartier nommé aujourd'hui Haret-esch-Scheik 
semble avoir été l'emplacement de la bourgade mediœ- 
vale, puisque la mosquée qui s'y trouve serait, d'après 
M. Pierotti, une église du douzième siècle. 

Le château d'Hébron, bâti par les Croisés, est adossé 
au Haram, qui lui servait de réduit, et dont il forme en 



(1) CarU St'Sépulcre, n- 55, p. 107-205. 

(2) Mas. Lat. Hist, de Chypre, t. II, p. 25. 

(3) Cart. SUSépulcre, n* 33, 53, 144, p. 61, 98, 263. 

(4) Rech. sur la domination latine en Syrie, p. 21. 

(5) Cod. dipL, t. I, n- 206, p. 248. 
(«) Cart. StSépulcre, n- 29, p. 54. 
(7) Cod, dipl.f t. I, n' 17, p. 18, 



390 aioasAPHiE historique de la 

quelque sorte la baille ; il est construit en blocs taillés à 
bossages. Fort mutilé au temps dlbrabim pacba, on en 
retrouve pourtant sans peine les dispositions principales. 
Dans son enceinte, les logis qui servent, maintenant, à la 
garnison sont adossés à la muraille de Touest^ et on y 
voit encore de vastes cheminées de forme occidentale 
remontant certainement au temps des Croisades. 

Au moment oîi les Francs construisirent ces défenses, 
c'est-à-dire dans les premières années du douzième siècle, 
ils surélevèrent vers Test, le sud et le nord, les murs du 
Haram pour se défiler du commandement de la montagne, 
sur la pente de laquelle est bâtie l'enceinte sacrée. 

Un parapet crénelé, avec meurtrières refendues dans 
les merlons, couronne cette addition à la muraille et ne 
saurait laisser aucun doute sur son origine. 

Deux grands escaliers se développant autour du Haram 
permettent d'accéder à la poterne, surmontée d'une 
échanguette du moyen âge, par laquelle on pénètre dans 
l'enceinte supérieure, où fut élevée, à la même époque, la 
grande église transformée aujourd'hui en mosquée. 

Saint- Abraham avait cour de bourgeoisie et était admi- 
nistré par un vicomte. 

SAINT-GILLES (1), casai à cinq lieues au nord de 
Jérusalem, sur la route de Naplouse. En 1145, la moitié 
des dîmes de ce casai, ainsi que son église^ furent attri 
buées, au Saint- Sépulcre, par Guillaume, patriarche de 
Jérusalem; ce village, qui paraît avoir formé un fief 
latin, porte le nom de Singil ; on y voit encore les restes 
d'une église et d'un petit château. 

SAINT-JEAN DES BOIS ou SAINT-ZACHARIE (2), 
village voisin de Bethléem, nommé aujourd'hui Saint- 
Jean du Désert ou Aïn Karim. 

SAINT-LADRES ou BÉTHANIE (3), ce casai et l'ab- 



(1) CarU StSépulcre, n* 41, p. 77. — Cod. dipL, t. I, n* 21, p. 22 

(2) Theodoricus. De Locis Sanctis, p. 87. 

(3) Fam. d^Outre-Mer, p. 822. 



8XBIE AU T£MPS DES CBOISADSS. 391 

baye du même nom occupaient la place du village arabe 
de El Azarieh. 

SAINT-SABA (1), monastère de moines grecs dans la 
vallée même du Gédron, même nom. 

SAINT-SAMUEL DE EA MONTJOIE (2), abbaye de 
l'ordre des Prémontrés, fondée en 1 142. Ce lieu se re- 
trouve dans le site de Naby Samouïl. 

SALOME (3), casai voisin de la Grande-Mahomerie. 

SEMOA (4), poste militaire de la seigneurie de Saint- 
Abraham, à huit kilomètres à Touest de celui de Kermel. 

SERUE (5), casai relevant de la seigneurie de Saint- 
Abraham donné par le roi Amaury !•' à Thôpital des 
Allemands de Jérusalem le 26 mars 1173. 

SIPH (6), casai appartenant à Hubert de Pazi et dans 
lequel Letard, vicomte de Jérusalem, concéda, antérieu- 
rement à 1130, quatre charrues de terre à l'abbaye de 
Notre-Dame de Josaphat, aujourd'hui Ziph, au sud d'Hé- 
bron. 

SOMA ou CASAL DE L^ÉVÊQUE (7), porte encore le 
même nom et se retrouve au nord de Jérusalem. 

SORBAEL (8), casai voisin de Jérusalem, non loin du 
monastère de Saint-Elie, près du chemin de Bethléem, où 
l'abbaye du Mont-Sion possédait des terres, aujourd'hui 
Sur-Bahil. 

SUFFIA (9), casai donné à l'Hôpital en 1110 par Gau- 



(1) CarU St'Sépulcre, n" 140, p. 256. 

(2) Cart, St'Sépulcre, p. 832, et Familles (TOutre-Mer, p. 832. 

(3) Ibid., p. 245. 

(4) Architecture militaire des Crois., p. 104. 

(5) Tah, Ord. Theut., n* 6, p. 7. 

(6) Delaborde, Chartes de Terre-Sainte, p. 46-69. 

(7) Cod. dipL, t. I, n- 197, p. 241. 

(8) Charte inédite. 

(9) Cod, dipl, t. I, n' 2, 30, p. 2, 32. 



392 aÉOGBAPHIE HISTORIQUE PE LA 

thier Baffumeth ; ce lieu parait s'identifier avec le village 
moderne de Souffa, près la route de Lydda à Jérusalem. 

THECUA (1), casai du Saint-Sépulcre où le roi Foul- 
ques fit élever une tour pour la défense des habitants et 
dont les restes se voient encore.. Ces ruines portent encore 
le même nom. 

THOBA (2), casai acheté par les moines de Saint- 
Saba. 

TURBASSAIM (3), casai appartenant à l'église du 
casai de Saint-Gilles et donné en même temps qu'elle, au 
Saint-Sépulcre en 1145. 

TURCHO (4), ce casai du Saint-Sépulcre est cité en 
1171 comme voisin de Jérusalem. Positions à rechercher. 

UBETH (5), casai qui, en 1178, était compté au 
nombre des possessions de Tabbaye du Mont-Sion. Il était 
dans le territoire de Jérusalem. 

UNIET (6), casai attribué au Saint- Sépulcre par Gode- 
froy de Bouillon et que nous trouvons mentionné en 1165 
dans un privilège du roi Amaury. Le D' Menk identifie ce 
casai avec le village moderne de Beit-Unia. 

ZEITA (7), casai donné à l'Hôpital par Hugues de 
Saint-Abraham, aujourd'hui K®^ Zata. 

ZENU ou ZENUM (8), casai donné au Saint-Sépulcre 
par Godefroy de Bouillon. 



(l) G. de Tyr, 1. XV, ch. 26. 

(J) CarU St-Sépulcre, n- 140, p. 256. 

(3) Ibid., n- 41, p. 77. 

(4) Ibid., p. 328. 

(5) Charte médite. 

(6) Cart. St-Sépulcrey n* 29, 54, p. 263. 

(7) Cod, dipl., t. I, n* 17, p. 18. 

(8) Cart. St'Sépulcre, d* 29, p. 54. 



SYRIE AU TEMPS P£S CBOISABBB. 393 



Seigneurie de Krak et de Montréal 



Pendant toute la durée du douzième siècle, les rois de 
Jérusalem s'efforcèrent d'étendre le plus loin possible 
leur domination sur l'Arabie Pétrée. Le Ouady-el-Arisch, 
au delà duquel commençait le désert de Sïn, nommé par 
les Croisés la Grande-Berrie^ formait vers l'Egypte la 
frontière du royaume latin. Ils s'attribuèrent alors la pos- 
session de la péninsule Sinaïtique, puisque nous lisons 
dans la Chronique de Bernard le Trésorier (1) que le Mont- 
Sinaï est « en la terre le seignor de Krak » et que l'évê- 
que grec de Pharan résidant au couvent de Sainte-Cathe- 
rine est mentionné alors comme suffragant de l'archevêque 
latin du Krak. 

On en doit donc conclure que la seigneurie de Krak 
était comprise entre Aïlat, sur le golfe Elanitique, au 
sud, et le cours d'eau nommé aujourd'hui le Zerka-Maïn, 
qui formait sa limite nord. Je citerai à l'appui de cette 
opinion le passage suivant de Makrizi : 

c La juridiction de Karak s'étend sur un espace de 
vingt journées de chameau d'Ela (Aïlat) jusqu'à Zizah. t 

Or, les ruines de Zizah sont situées entre la source 
du Zerka-Maïn et la route du Hadj à la hauteur de 
Medaba. 

Le même renseignement est également donné, dans les 
mêmes termes, par le géographe arabe Khalil-ben-Schaïn- 
Thaherita (2). 

Le renseignement géographique fourni par la charte 



(1) Mas. Lat. Chron. d'Ernoul et Bernard le Trésorier^ p. 68. 

(2) RoiiUfMULLER. Analecta Arabica, p. 39. 



394 G&OGRAPHIE HI8T0&IQU£ DE LA 

du 31 juillet, citée plus bas, se trouve donc complété par 
les historiens arabes. 

Une route directe passant par Er-Remaïl et Kalaat 
Om-Gouseïr, permet de se rendre d'Hébron à Petra en 
quatre jours de marche. Ce devait être alors la voie 
directe de Jérusalem à Montréal. 

La province du domaine royal appelée terre de Mont- 
réal, ou d*Oultre-Jourdain, se composait de la région 
située à Test de la mer Morte et du Ouady-Araba. Ce fut 
une des plus importantes et c'est celle sur laquelle nous 
possédons le moins de documents contemporains. 

Une charte du 31 juillet 1161 (1), relative à un échange 
entre le roi Baudoin III et Philippe de Milly, vicomte de 
Naples, nous apprend que la terre dite d'Oultre Jourdain, 
s'étendait depuis le Ouady-Zerka, au nord, jusqu'à la mer 
Rouge, au sud. 

Nous savons, par Albert d'Aix et Guillaume de Tyr que 
dès l'année 1103, le roi Baudoin I" avait également 
étendu sa domination sur la partie occidentale de l'Arabie 
Pétrée par la construction d'un château élevé très près 
du Ouady-Araba, pour dominer, dit l'historien latin, les 
routes commerciales qui traversent cette contrée (2). 

Dans la charte dont je viens de parler, on trouve la 
confirmation de ce fait, c'est-à-dire du tribut payé au 
trésor royal par les caravanes de marchands arabes et 
moyennant lequel elles obtenaient le passage sur le terri- 
toire des Francs en allant, par le désert, de ITemen ou 
de l'Egypte à Damas, ou en en revenant; selon toute 
apparence, ces caravanes suivaient la route actuelle du 
Hadj, à partir du défilé nommé, aujourd'hui, Akaba-esch- 
Schamieh, ou bien celle qui passe par Schaubak, Tafilet 
et Earak, car ce sont les deux seules grandes voies com- 
merciales de cette région. 



(i) Strehelke. Tah, Ord, TeuU, n° 3, p. 3. 
(2) AU)erl d'Aix, 1. XII, ch. 21. 



SYBIE AU TEMPS DES CROISADES. 895 

Sept grandes forteresses relevaient alors de la sei- 
gneurie du Krak : 
Schaubak ou le Krak de Montréal ; 
Le château de la vallée de Moïse ; 
Taphila ; 
Âhamant ; 

Le château de Ouaïra ; 
Earmaza. 
La ville de Ela et l'île de Graye. 

LE KRAK ou PETRA DESERTI, Tune des forteresses 
les plus importantes de la Syrie, construite en 1142 par 
Payen, bouteiller du royaume, devint la ville principale 
de cette baronnie, en même temps que la résidence de 
l'archevêque latin de Rabbah. (Voir pages 19 et suiv.) 

CANZIR, aujourd'hui Kanzirieh, est le seul casai dépen- 
dant de Karak, que nous trouvions mentionné comme 
donné à THôpital. dans un acte de l'année 1152 ; mais il 
est évident qu'outre la région s'étendant vers le nord jus- 
qu'au Zerka, le territoire de Karak comprenait encore, 
au sud, les cantons de Tafilet et de -Bozeirâah. 

HOBELET (1), casai, formant un petit fief, si voisin du 
Krak, qu'il pouvait passer presque pour un faubourg de la 
ville. 

TAPHILIA, localité qui est désignée, sous le nom de 
Gaphila et de Taphila, dans l'énumération des possessions 
des seigneurs de Krak et de Montréal, que j'ai publiée 
récemment. Cette bourgade formait un fief (2). 

Les Francs entretenaient, alors, des barques sur la mer 
Morte, et elles payaient un droit qui formait l'un des 
revenus de la seigneurie de Krak et de Montréal (3). 

SCHAUBEK ou le Krak de Montréal, château élevé par 
le roi Baudoin P', en 1115, subsiste encore, bien qu'ayant 
été fort remanié par les Arabes, au quatorzième siècle. 



(1) Cod, dipL, l. I, p. 62. 

(2) Rey. Suppl. aux Familles d*Outre'Mer, p. 15. 

(3) Cod. dipL, t. I. n- 62, p. 62. 



396 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LÀ 

Voici, du reste, la description que Guillaume de Tyr 
nous a laissée de cette forteresse (1) : 

c Erat autem municipum in colle situm édite, turribus, 
mûris et antemuralibus egregie munitum ; erat qae ei 
suburbïum extra praesidium situm in declivio collis. > 

Le pèlerin Thetmar, qui visita ce château en 1217, 
dit qu'il était muni d'une triple ceinture de remparts 
étages. 

Une famille noble de Syrie, passée ensuite en Chypre, 
et à laquelle semble avoir appartenu un jurisconsulte 
célèbre, avait pris le nom de ce fief, et on voit apparaître 
plusieurs de ses membres comme témoins d'actes impor- 
tants pendant les douzième et treizième siècles. 

BENI-SALEM (2), casai relevant de Montréal, est la 
seule dépendance de ce fief dont le nom nous soit par- 
venu. 

Au moyen âge, la culture des cannes à sucre paraît 
avoir pris un grand développement dans le territoire de 
Schaubek, puisqu'à cette époque, une espèce de poudre 
de sucre était désignée, dans le commerce, sous le nom 
de sucre de Krak et de Montréal (3). 

LE CHATEAU DE LA VALLÉE DE MOÏSE formait 
le second fief; il était nommé aussi Sela, forme hébraïque 
du nom de Petra, ce qui ne saurait laisser le moindre doute 
sur l'identification du site qui nous occupe avec celui de 
la capitale des Nabathéens. 

Ce château, dominant le Ouady Mousa, s'élève sur les 
bords du Syk, où il a été vu par Robinson et par d'autres 
voyageurs. Il est placé entre le Mont-Hor et le village 
d'El Djy (4), un peu au-dessus du théâtre de Petra, non 
loin de l'édifice nommé Easr-Pharoun. Il était appelé El 
Aswit, quand, en 11 16, il fut occupé par le roi Baudouin I^. 



(1) G. DE Tyr, t. I, p. 62. 
(i) Cod, DipL, l. I, p. 62. 

(3) A. Gauldrt. L'Ile de Chypre, p. ityl, - Mas. Lat. Kist» de 
Chypre, l. 1, p. 95. 

(4) Ci' village est iiK'DtiuniK? p^tr Ëdrixi. 



SYBIE AU TEMPS DES CBOISÂDES. 397 

Le texte suivant, qui se rapporte à la fondation du 
château de la vallëe de Moïse, décrit fort exactement le 
site de Petra : 

« Âc deinde in vallem quamdam cunctis terrœ 

frugibus satis uberimam ; in qua invenerunt et eum fon- 
tem quem Sanctus Moyses, jubeute Domino, elicuisse 
fertur de petrâ virgâ bis percussâ, perenni cursu viva- 
citer manantem, adeo ut molendinos satis volubiles habere 
posset eius rivus, nullâ unquam siccitate arescens. Inve- 
nerunt ibi et oratorium quod Sancti Âaron hodie que 
dicitur in-montis vertice situm (1). » 

Voici la description de ce lieu que nous lisons dans un 
passage extrait des Novaïrij par Quatremere, et publié 
par lui dans son Mémoire sur les Nabathéens : 

« Là est le tombeau du prophète Aaron, frère de Moïse, 
situé à gauche du chemin qui conduit dans la Syrie. Près 
de là est le château appelé Aswit ; le sultan (Bibars) s'y 
rendit en gravissant la montagne et se convainquit par 
ses yeux que c'était une citadelle extrêmement forte et 
d'une architecture admirable. Il arriva aux villes des 
enfants d'Israël ; on désigne sous ce nom des excavations 
pratiquées dans les rochers et qui présentent des formes 
magnifiques. 

On y voit des maisons soutenues par des colonnes ; les 

portes sont ornées de figures gravées au ciseau 

rien de tout cela n'est bâti, mais tout est taillé 

dans le roc en forme de grottes. > 

Thetmar, qui visita le Mont-Hor, vers 1217, en se ren- 
dant au Mont-Sinaï, y trouva un petit monastère grec 
qu'il nomme Muscera (2). C'est le même mentionné en 
1100 par Foulcher de Chartres. 

Le pèlerin allemand dit encore que la Berrie, ou désert 
de Babylone (Egypte), commence à l'ouest du Mont-Hor. 



(1) Historia Hiei*osolymitana, secunda pars ap, Bongars, p. 599. 

(2) U une semble retrouver dans ce nom de Muscera une confirmation 
d'un passage de la Bible, car nous lisons au sixième verset du dixième 
chapitre du Deutéronome, qu'Aaron mourut dans un lien nommé Mosera. 



/ 



398 OÊOaBAPHIE HISTORIQUE DE LA 

Le territoire de ce fief, appelé par les chroniqueurs 
latins Li Vaux Moyse^ comprenait un certain nombre de 
petites vallées fertiles arrosées par des sources et des 
ruisseaux, et ils décrivaient; cette contrée en ces termes : 

« Cette terre entor qui estoit tote coverte d'arbres por- 
tanz fruiz de figuiers, d'oliviers et autre arbre de la 
bonne manière si que sembloit forest c'estoit tote la 
richesse del pays ne li gaengneur ne vivoient guières 
d'autres choses que de leur fruiz qu'il vendouent mont 
chiers. » 

Ce château communiquait avec Montréal, situé sur le 
versant est du massif iduméen, par un chemin passant à 
El Beydah. Il demeura au pouvoir des Francs jus- 
qu'en 1189. 

Il a été fort rarement question, dans les actes contem- 
porains, du fief nommé x\hamant (1), que Ton peut, sans 
témérité, identifier avec la bourgade de Mâan, située sur 
la route du Hadj, à six heures au sud-est de Schaubak. 
Palgrave, qui s'y arrêta en 1862, au commencement de 
son voyage en Arabie, y signale un vieux château et dît 
que la ville était entourée d'anciens remparts. On remar- 
que encore, en ce lieu, de beaux jardins et de nombreuses 
traces d'anciennes cultures. 

Le château de Ouaïra était dans le Djebel Scherah, 
probablement entre le Ouady Mousa et Schaubak, car 
nous savons qu'en 1158, les Egyptiens, après l'avoir vai- 
nement assiégé, se portèrent sur Montréal (2). 

Le dernier fief est le château de Ouady-Gerba, qui 
paraît se retrouver au Djebel-Scherah, vers l'extrémité 
sud-est du massif iduméen, dans la localité ruinée de 
Djerba, où se voient les restes d'une forteresse située au 
bord d'une vallée qui porte encore de nos jours le nom de 
Ouady-Djarba. 

Quant à la forteresse maritime d'Ela, qui semble avoir 
été fondée à la même époque que Montréal, elle demeura 



(1) Tah, Ch^d. TeuU, n* 3. p. 3. 

(2) Hist. arabes des Crois.^ t. I, p. 472. 



STRIB AU TEMPS DES CBOISADES, 399 

au pouvoir des Francs jusqu'au mois de décembre 1170. 
Ils possédaient également, alors, dans le golfe Ëlanitique, 
nie de Graye, qui n'est séparée de la côte que par un 
bras de mer de peu de largeur. Ce rocher, encore couvert 
des ruines d'un vaste château, fut visité en 1827, par le 
comte Léon de Laborde. 

Postérieurement à 1170, cette place fut réoccupée par 
Renaud de Châtillon, seigneur de Karak, et ce fut dans 
son port qu'il arma, en 1182, la flotille qui lui servit pour 
son expédition maritime sur les côtes d'Arabie. (Voir 
plus haut pages 155 et suivantes.) 

Foulcher de Chartres nous apprend que l'on comptait 
sept journées de cheval de Jérusalem à Ela II ne reste 
plus aujourd'hui que des décombres informes des édifices 
élevés en ce lieu par les Croisés. 

Aboulfeda, qui écrivait entre les années 1273 et 1332, 
décrit en ces termes le château d'Ela : * 

« Nostra tempestate turris est in qua prefectus Egyptus 
residet, arcem olim habuit in mare (l'île de Graye) sed 
ea destructa prefectus in turrim ad littus sitam se 
recepit. » 

Il me reste, maintenant, à parler de l'abbaye du Mont- 
Sinaï et de la péninsule de ce nom, qui fit partie de la 
seigneurie du Krak. 

Les Assises de Jérusalem, dans l'énumération des forces 
du royaume, citent Michel du Sinaï comme devant être un 
chevalier, et je suis bien tenté de voir dans ce passage la 
trace d'un fief oublié, relevant de Karak, et situé sur la 
rive droite du golfe Ëlanitique, dans le voisinage de la 
montagne sainte. 

Voici ce que dit Bernard le Trésorier en parlant de la 
seigneurie du Krak et de l'abbaye du Mont-Sinaï : 

« Ançois que je vous parole plus de celle mer (la mer 
Morte) vous dirai si li Crac siet. Il siet en Arabe. Après 
si est Mons Synaï en la terre le seignor de Crac. Cel Mous 
Synaï est entre la mer Rouge et le Crac (1). » 



M) Mas. Lat. Chium, d'Ernoul et Bernard le Trésorier, p. 68 et 
suivantes. 

20 



% 



400 afioasÂPHiE historique de la 

Nous savons que le pèlerin Thetmar, visitant l'tle de 
Graye, en 1217, la trouva habitée par des prisonniers 
francs que le soudan d'Egypte y avait internés. 

Les environs de Karak, de Petra, de Maan, etc., n'ont 
été que fort peu explorés, surtout vers Test, et il est pro- 
bable que d'autres établissements des Latins devront être 
découverts de ce côté, par la suite. 

Au moyen âge, il y avait une population syrienne assez 
nombreuse entre le Ouady-Araba et Hébron. 

Les bourgades et les villages qu'elle occupait alors ont 
laissé des ruines, dont les plus importantes se voient 
encore à El Meschrifeh, Sebaïta, Kouzeïfeh, Abdeh, etc. ; 
dans toutes ces localités se rencontrent des restes d'égli- 
ses, des tours fortifiées, ainsi que des traces d'irrigations 
et de cultures importantes. 

La péninsule du Sinaï parait avoir été occupée par les 
Latins dès le règne de Baudoin II, ainsi que tend à le 
prouver le passage suivant de Guibert de Nogent : 

« Sed eo tempore (en 1112) rex apud Gavas castrum in 
Arabia situm concesserat. Hoc non valde procul a Sina 
monte ad regionem tuendam construxerat ; nam et eo 
usque regnum dilataverat. • 

L'abbé évêque du Mont-Sinaï était alors devenu suffra- 
gant de l'archevêque latin du Krak. 

J'ai parlé plus haut d'un fief latin que je crois avoir 
existé dans la péninsule Sinaïtique. A l'appui de cette 
opinion, M. Lottin de Laval me signale, non loin du 
Ouady Pharan, un canton nommé encore Dar-el-Frandgi, 
ainsi que les restes d'une forteresse d'apparence occi- 
dentale dominant le Ouady Alayat, dans la vallée de 
Pharan, à cinq heures du Mont-Oreb. Devrait-on voir 
dans ces restes ceux du château signalé par Guibert de 
Nogent ? 

Tabari cite au nombre des forteresses relevant de la 
seigneurie du Krak, qui furent rendues à Salah-ed-din, en 
1 189, celle de Karmaza, mais nous ne possédons malheu- 
reusement aucune indication sur le site de ce château, 
encore à retrouver. 

Pour la contrée située à l'est de la partie moyenne du 



STRIE AU TEMPS DES CBOISADES. 401 

cours du Jourdain, et qui doit être ici rattachée au 
domaine royal sous le nom de Terre d' Oultre-Jourdain^ 
la domination franque se borna peut-être, d'abord, aux 
tributs annuels que le roi Baudoin P' levait, dès Tannée 
1118, sur la montage du Djebel Adjloun et les environs 
de Szalt (1). 

Plusieurs des quarante chevaliers mentionnés par les 
Assises peuvent fort bien n'avoir eu que des fiefs de 
soudée, car, ici, la domination latine semblerait n'avoir 
été que nominale pendant assez longtemps, puisque Bau- 
douin II, roi de Jérusalem, s'étant emparé du château de 
Djerasch en 1122, détruisit cette forteresse, qu'il trouvait 
trop éloignée des possessions chrétiennes pour pouvoir 
être conservée (2) ? 

On ne saurait cependant douter, aujourd'hui, malgré le 
peu de renseignements que nous possédons à ce sujet, 
que la région nommée le Belka n'ait été bientôt après 
possédée par les Francs. 

On voit, antérieurement à 1130, Raymond du Puy 
donner à l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat les casaux 
de Bethsura et de La, dans le Belka (3), nom porté 
encore de nos jours par la région montueuse de la rive 
orientale du Jourdain, située entre les deux cours d'eau 
appelés, l'un l'Ouad-Zerka Maïn, qui est le Torrens spù 
narum de l'Ecriture, et le Nahar Zerka, le Jabbok de 
l'antiquité. 

Guillaume de Tyr (4) nous apprend encore qu'en 1157, 
les Francs reprirent un château très fort situé au delà 
du Jourdain, en la terre de Galaad (5). Nul doute que la 
région dont il est ici question ne se retrouve dans le 



(1) Sist. arabes des Croisades, l. I, p. 315. 

(2) G. de Tyr. Hist, occid, des Croisades^ t. I, p. 536. 

(3) Delaborde. Chartes de Tsrre^Sainte^ p. 45, 65, 102. 

(4) G. de Tyr, éd. P. Paris, t. II, p. 224. 

(5) G. de Tyr. éd. P. Paris : « Cil ne furent mie oiseus, ainçois reco- 
vrerent lors une bone fortoresce qui siet outre le flun Jordain, en la terre 
d«' Galaad : n'est une roclie trop forz que nostre gent avoient tenue autre 
foiz. » 



f 



402 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

Djebel Gilead, qui forme Textrémité nord da Beika, non 
loin de Szalt. 

En 1175, Burchard de Strasbourg, se rendant par le 
désert du Caire à Damas, dit qu'en quittant le mont Sinaï, 
il traversa une contrée souvent dévastée formant, à Test, 
les marches des colonies latines. C'est là qu'il trouva la 
ville de Busseret (Bosrah), où il admira de belles ruines 
et une forteresse très importante occupée par les Musul- 
mans (1). Cette relation confirme ce que nous savions 
déjà; c'est-à-dire que la route du Hadj formait, de ce 
côté, comme la ligne de démarcation entre les Francs et 
les Musulmans. Â plusieurs reprises, les troupes chré- 
tipnnes parcoururent cette région, et notamment en 1183, 
quand les Latins vinrent camper à El-Ealeh, près de 
Hesban, pour contraindre Salah-ed-din à lever le siège 
de Karak (2). 



Fief du Darum 



C'était la moins importante des baronnies du domaine 
royal ; sa devise n'était que de deux chevaliers. 

Le Darum consistait en une petite forteresse carrée ; à 
chaque angle s'élevaient des tours, dont l'une, plus impor- 
tante que les autres^ servait de donjon à la place (3). 

Ce château, qui n'était long que d'un jet de pierre, dit 
Guillaume de Tyr, n'avait ni fossés ni barbacanes, et 
était à un quart de mille de la mer. 

Autour du château s'était élevée une bourgade, possé- 
dant une église, et habitée par des cultivateurs. C'est là 
que s'acquittait le péage dû par les caravanes venant 
d'Egypte. 



(1) Pertz. Script, rer, Germ,, t. XXI, p. 238. 

(2) Hist. arabes des Croisades^ t. III, p. 81. 

(3) G. de Tyr, p. 975. 




STSI£ AU TEMPS DES GBOISADES. 403 

Le territoire de ce fief, qui fut un moment possédé par 
la famille dlbelin, ne parait pas avoir jamais eu de limites 
bien déterminées. 

Schultens donne pour étymologie à ce nom de Darum le 
mot hébreux Darôm (midi). 

Nous savons que le Darum était le poste le plus avancé 
des Francs vers le sud ; Guillaume de Tyr dit qu'il était 
à quatre milles de Gadres. 

M. Guérin croit avoir retrouvé le site de ce château au 
village de Deir el Balat. 



Comté de Japhe et d'Ascalon 



Le comté de Japhe et d'Ascalon était la première des 
quatre grandes baronnies du royaume et comprenait toute 
la partie sud de la plaine littorale, nommée par les histo- 
riens sacrés plaine de Saron. 

Il s'étendait donc entre la mer et les montagnes de 
Juda, étant limité au nord par la rivière nommée le Leddar, 
au sud par le fief du Darum et le désert de Sïn, nommé 
alors la Berrie. 

Le territoire particulier d'Ascalon se composait de 
soixante-douze grands casaux et de vingt autres moins 
considérables (1). 

Ibelin, la Blanche- Garde, Mirabel, le Natron, Montgi- 
sard et le Chastel-Beroard en étaient les principales for- 
teresses. Gadres, Rame, Lydda et Accaron en étaient, 
après Japhe et Ascalon, les villes les plus importantes. 

La ville épiscopale était Lydda, nommée aussi Saint- 
Georges, et de ce siège relevaient les abbayes de Saint- 
Abacuc ou Saint-Joseph d'Arimathie à Rentis, et celle des 
Trois- Ombres. 



(i) Tafel et Thomas. Ap. Font. Rer, Au$U^ t. XIII, p. 398. 



404 QÊoa&APHIB HISTOBIQUE DB LA 

Enfin, les prieurés de Saint-Jean TEvangéliste et de 
Sainte-Catherine de Montgisard. 

ACCARON (1), aujourd'hui Ekron ou Akir, demeura 
au pouvoir des Francs, de 1106 à 1187; c'était, à cette 
époque, une bourgade assez importante. 

AGELEN-LA-HAUTE (2), casai s'élevant sur le site 
de la ville d'Eglon de la Bible, aujourd'hui Kharbet- 
Adjlan. 

AGELEN-LA-BASSE (3), casai voisin du précédent, 
mais évidemment situé en plaine, comme son nom l'indi- 
que. Position encore indéterminée. 

AMOUHDE (4)^ casai voisin d'Ascalon, mais dont le 
site n'a point encore été retrouvé. 

ASCALON. Four la description des ruines de cette 
ville, voir mon Etude sur V Architecture militaire des 
Croisés, page 205. 

ASSIR ou SERRA (5), casai de Rame, dont la moitié 
des dîmes appartenaient à Notre-Dame de Josaphat. 

AZOT (6) avait remplacé la ville des Philistins si sou- 
vent mentionnée dans la Bible ; elle avait cour de bour- 
geoisie. La bourgade moderne qui la remplace se nomme 
Esdoud. Plusieurs membres de la famille d'Ibelin portè- 
rent le titre de seigneurs d'Azot. 

BAINEOLBEDERAN (7), casai voisin d'Ascalon; posi- 
tion encore à trouver. Donné au Saint- Sépulcre en 1155, 
par Amaury, comte de Japhe et d'Ascalon. 

BEITDERAS-LA-SECONDE (8), casai donné en 1256 
à l'Hôpital par Jean d'Ibelin, comte de Japhe, dont le 



(1) Raoul de Goggehsal. AmpU Coll,, t. Y, p. 563. 

(2) Cod. DipL, t. I, n** 128, p. 150. 

(3) Ibid. 

(4) Ibid. 

(5) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 37. 

(6) Cod, DipL, t. I, p. 48 et 325. 

(7) Cart. Saint-Sépulcre, n" 58, p. 115. 

(8) Cod. dipL, t. I, n* 128, p. 150. 



SYBIE AU TEMPS DES GBOISADES. 405 

site s'identifie parfaitement avec le village moderne de 
Beit-Daras. 

BEITHBEZIN (1), aujourdTiui Bethbesan, casai de 
Baudouin de Rame, dont les dîmes appartenaient à Tab- 
baye de Notre-Dame de Josaphat. 

BERMENAYN (2), casa! dépendant de Lydda, donné à 
l'Hôpital en même temps que Bethiben, par Hugues de 
Rame. 

BEROART (le château) était situé, dit Albert d'Aix, à 
deux milles d'Ascalon, mais les périples de la côte de 
Syrie le désignent comme un Caput Beroardi et le pla- 
cent à dix milles d'Ascalon, vers Jaffa, ce qui me ferait 
pencher à l'identifier avec le petit cap qui forme le port 
d'Ebneh. 

Cependant, M. Guérin (3) signale un petit château, du 
moyen âge qu'il vit, au bord de la mer, à une lieue environ 
d'Esdoud, et qu'il décrit en ces termes : 

< Quant au château fort, il est encore en partie 

debout et mesure quatre-vingts pas de long sur cinquante- 
trois de large ; il était flanqué d'une tour ronde à chacun 
de ses angles ; deux autres tours défendaient ses portes, 
qui s'ouvraient, l'une à l'orient, l'autre à l'occident, du 
côté de la mer » 

Il est aujourd'hui nommé Minat-el-Kalah. Ce château 
paraît avoir formé un fief, car on voit, en 1169, Nicolas 
de Beroard confirmer une donation faite à l'ordre de 
Saint-Lazare par Hugues, seigneur d'Ibelin (4). 

BETHIBEN (5), casai dépendant de Lydda, donné à 
l'Hôpital en 1127 par Hugues de Rame. Position à cher- 
cher ; selon toute apparence entre Rame et Ibelin. 



(1) Dblaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 64-101. 

(2) Cart. Saint-Sépulcre, n* 181, p. 322. 

(3) Guérin, t. II, p. 72. 

(4) Cod, dipL, t. I, n* 12, p. 13-33. 

(5) De Marsy. Cart, de VOrdre Saint-Lazare, n° 25. 



f* 



1 



406 aÊoaBAFHiB histobique de la 

BEZZE (1), casai donné à l'Hôpital en 1256 par Jean 
d'Ibelin, aujourd'hui K®* Bezzeh. 

BLANCHE GARDE (la) (2), forteresse bâtie par le roi i 

Foulques en 1140, aujourd'hui Tell es Saphieh. 

CAICAPHA ou CARCAPHA (3), casai donné à l'église 
de Bethléem en 1111, par le roi Baudouin P', aujourd'hui 
K«* Kerkafa. 

CALA (4), casai situé entre Rame et Mirabel, possédé 
par l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat, et que je crois 
retrouver dans le village ruiné de Deir-el-Kalat. 

CAPHYRIA ou SAPHARIA (5), casai voisin de Rame, 
possédé par les moines de Notre-Dame de Josaphat. Au 
jourd'hui Kefirah; identification due à M. Delaborde. 

CASAL DES BAINS, village dépendant de Mirabel. 
mentionné par Vinisauf, aujourd'hui K®* Om-el-Hammam, 

CAMSA (6), casai donné à l'Hôpital en 1256 par 
Balian d'Ibelin, comte de Japhe et d'Ascalon, dont le site 
paraît se retrouver dans les Kharbet Kamas. 

CANCI ou ZANZI (7), casai situé entre Rame et Japhe, 
possédé en 1216 par l'Ordre Teu tonique. 

CAPHARUTH (8), qui s'identifie avec le village nommé 
aujourd'hui Kafarout. Ce village est mentionné en 1171, 
dans un privilège de Bernard, évêque de Lydda. 

CARCAFAS (9), casai du territoire d'Ascalon possédé, 
en 1178, par l'abbaye du Mont-Sion. Le même, je crois, 
que Caicapha. 



(\) Cod, DipU, t. I, n* 128, p. 150. 

(2) Architecture militaire des Crois,, p. 123. — G. de Tyr, 1. XV 
chap. 5. 

(3) G. de Tyr, 1. XI, ch. 12. 

(4) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 79. 

(5) Ibid., p. 30, 46, 64, 101. 

(6) Cod, DipL, t. I, II" 128, p. 150. 

(7) Strehelke. Tab, Ord. Teut,, p. 272, 

(8) Cart, Saint-Sépulcre, n" 181, p. 323. 

(9) Giiarte inédite. 



8YBIE AU TEMPS DES CROISADES. 407 

CATHARA(l), casai du territoire dlbelin appartenant 
au Saint-Sépulcre, aujourd'hui Gederah. 

GEPHRIE (2), casai ruiné, voisin de Saint-Georges de 
Lydda, donné, antérieurement à Tannée 1138, à Tabbaye 
de Notre-Dame de Josaphat. Aujourd'hui K®* Scheprieh. 

CHOLE, casai dépendant de Rame et dont le site pour- 
rait peut-être s'identifier avec le village moderne de 
Kouly, près Rentis. 

CORTEIZ (3), casai vendu au Saint-Sépulcre par 
Balian d'Ibelin. Position inconnue. 

DARCHIBOAM ou DARYÉBOAM (4), casai du fief du 
comte de Japhe, mais qui semble avoir été dans le terri- 
toire de Jérusalem. 

DâRMERSOR (5), casai vendu aux chanoines du Saint- 
Sépulcre par Hugues d'Ibelin. 

DEIR MUSIM (6), casai vendu aux chanoines du Saint- 
Sépulcre par Hugues dlbelin, est ensuite mentionné en 
1155, dans un privilège du même seigneur. L'identifi- 
cation de ce lieu avec les ruines de Deir Mahzen ne sau- 
rait faire l'objet d'aucun doute. 

DERSABET ou DERSABEB (7), casai voisin d'Ibelin, 
vendu par Hugues d'Ibelin aux chanoines du Saint- 
Sépulcre. 

ELGEDEIDE (8), casai relevant d'Ascalon, nommé de 
nos jours El Djedeideh ; ce casai fut donné à l'Hôpital en 
1256, par Jean d'Ibelin, comte de Japhe. 

ELROUEIHEIB (9) ; ce casai fut donné à l'Hôpital en 
1256, par Jean d'Ibelin, comte de Japhe. 



(1) Cart, St'SépuL, n* 58, p. 116. 

(2) Delabordb. Chartes de Terre-Sainte, p. 49. 

(3) Cart. de St-SépuL, n- 59, p. 92-117. 

(4) Delabobbe. Chartes de Terre-Sainte, p. 44, 47, 64, 101-102. 

(5) Cart. Saint-Sépulcre, n- 59, p. 117. 

(6) Ibid., n- 57, 63, p. 114, 128. 

(7) Ibid., n- 50, 56, p. 92, HO-117. 

(8) Cod. Dipl,. t. I, n* 128, p. 150. 

(9) Ibid. 



408 GÊOGBAPHIE HISTORIQUE DB LA 

FALU6E (1), casai échangé à rHôpital, en 1165, contre 
celui de Soma ; ce village, appelé aujourd'hui Faloudjeh, 
est situé au bord du torrent de Semsem, en face du vil- 
lage d'Arak-Menchieh. 

FORBIE (2), casai à trois lieues de Gadres, vers 
Ascalon, aujourd'hui Herbieh. Ce lieu fut, en 1244, le 
théâtre d'un combat désastreux pour les Francs. 

GADRES ou GAZE, château élevé en 1149, par le roi 
Amaury, sur les ruines de la Gaza des Philistins, et donné 
par lui aux Templiers ; il était construit sur un petit pla- 
teau dominant de vingt mètres, à peu près^ la plaine envi- 
ronnante. 

Voici la description que nous a laissée Thistorien Guil- 
laume de Tyr (3) du site de cette forteresse et de la 
bourgade qui en dépendait : 

« Castrum ergo totum collem supra quem civitas 

fundata fuerat, ut prediximus, non potuit occupare : sed 
convenientes quidam ad loci illius habitationem, ut tutias 
ibi morarentur, reliquam partem collis, portis et muro, sed 
humili et infirmo, tentaverant munire. > 

Il ne subsiste plus que les restes d'une tour barlongue; 
et l'emplacement de cette forteresse est aujourd'hui 
nommé Bordj-el-Atika, ou le Vieux- Château, par oppo- 
sition au château neuf élevé par le sultan Selim P', et que 
Bonaparte fit sauter en 1799. 

Non loin, à l'ouest, se voit une belle église du dou- 
zième siècle, transformée maintenant en mosquée, et qui 
était dédiée à saint Jean-Baptiste. 

C'est là, je crois, tout ce que l'on peut retrouver de la 
Gadres des Croisades. 

Un autre souvenir de cette époque est cependant 
encore à noter dans l'appellation de Bàb-ed-Daroum j 
porte du Darum, donnée, de nos jours, à l'entrée sud de 
Gaza. 



(1) Cod. Dipl., t. I, n- 197, p. 241. 

(2) Mémorial du roi Richard, p. 346. 

(3) G. de Tyr, 1. XX, chap. 20, p. 970. 



8TBIB AU TEMPS DES GBOISADES. 409 

GELADIA (1), casai appartenant au Saint-Sépulcre, 
qui Tavait acheté de Jean Goman, et qui s'identifie avec 
le village moderne de Djeladieh. 

GEMAIL (2), casai dont les dîmes appartenaient à 
Notre-Dame de Josaphat. 

GENDAS (3), casai voisin de Rame, donné à THôpital 
par Hugues de Ram en 1127, village de Djindas, au nord- 
est de Lydda. 

GESCHALE (4), casai où se trouvaient quatre char- 
rues de terre données à l'Hôpital en 1207. Aujourd'hui 
K«* Gazaleh. 

GHIT ou GATH (5), casai du Saint-Sépulcre voisin de 
Lydda. 

HELEIQUAT (6), casai donné à l'Hôpital en 1256, 
par Jean d'Ibelin, comte de Japhe, aujourd'hui El Hou- 
leikat. 

HUETDEBES (7), casai vendu en 1160 au Saint- 
Sépulcre par Hugues d'Ibelin. 

IBELIN fut le fief de la famille la plus considérable du 
royaume. On y trouve encore quelques vestiges du châ- 
teau élevé sur les ruines de l'antique Jamnia par Balian 
le Français, premier seigneur d'Ibelin Nous savons, par 
Guillaume de Tyr, que ce château était carré avec tours 
aux angles. 

Au milieu de ces ruines se voient encore les restes 
d'une petite église, mais ces débris sont à peu près 
enfouis sous les maisons du village moderne d'Ebneh, 
construit entièrement avec ses débris, et qui paraît 
occuper tout l'emplacement de la petite ville environ- 



(1) Cart. Saint-Sépulcre, n* 166, p. 296. 

(2) Delabordb. Chartes de Terre-Mainte, p. 37^ 64, 101. 

(3) Cod. DipL, t. 1, n" 12, p. 13-33. 

(4) Ibid., n- 176, p. 218. 

(5; Cart. Saint-Sépulcre, n* 181, p. 323. 

(6) Cod. DipL, t. I, n* 128, p. 150. 

(7) Cart, Saint-Sépulcrey n- 57, 60, 63, p. 114, 121, 128. 



i 



410 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

nanty au moyen âge, le tertre sur lequel s'élevait le châ- 
teau. 

JÂPHE, au point de vue commercial et maritime, ne 
fut jamais qu'une ville secondaire du royaume latin et ne 
tira son importance que de son voisinage de Jérusalem. 

Son mouillage fut toujours considéré comme dange- 
reux, et les Latins ne paraissent point avoir essayé d'y 
construire un port. 

A cette époque, la ville était divisée en deux parties : 
la cité haute, qui formait le château, et la ville basse, ou 
Bourg-Neuf (1). 

Le voyageur Jean Kootwyck, qui visita les ruines de 
Japhe en lôi)6, signale deux grandes tours carrées cou- 
ronnant la colline, et les dessins du voyageur hollandais 
de Bruyn, faits en 1681, nous montrent encore des restes 
considérables de ce château. 

On ne retrouve plus aujourd'hui, au milieu des maisons 
de la ville moderne, qu'un fragment de l'enceinte de cette 
forteresse, consistant en deux tourelles, l'une carrée, 
l'autre arrondie, reliées par un gros mur. Ces restes, qui 
se retrouvent facilement dans le dessin de de Bruyn, 
servent aujourd'hui de poudrière à la ville de JafTa et 
sont désignés sous le nom de El-Kalah (le Château). 

Quand, en 1395, le seigneur d'Anglure visita la Terre- 
Sainte (2), il trouva reconnaissables, au milieu des ruines 
de ce château, celles de l'église Saint-Pierre. 

Le Bourg-Neuf, nom sous lequel Joinville désigne la 
ville basse (3), dont saint Louis releva les murailles, 
entourait le château et parait avoir occupé à peu près la 
même superficie et avoir eu la même forme que la ville 
actuelle. 

Au moment du siège de Jaflfa par les Français en 1799, 
on voyait encore deux tours barlongues et les bases de 



(1) Joinville. 

(2) PèL d'Anglure, p. 5i. 

(3) Joinville, p. 108. 




8TBIE AU TEMPS DES CBOI8ADE8. 411 

plasieurs autres, qui semblent avoir fait partie des 
défenses élevées par saint Louis. Elles étaient composées 
d'une enceinte semi-circulaire de murailles avec tours, les 
deux extrémités se terminaient à la mer par de gros 
ouvrages arrolidis. 

Celui du Nord subsistait quand Corneil de Bruyn visita 
Jaffa en 1681. 

Dans le Cartulaire du Saint * Sépulcre , on trouve 
mentionnée une église de Saint Nicolas, située extra 
muros. 

Joinville dit qu'une des principales tours de Japhe 
était nommée tour du Patriarche, et que ce fut saint 
Louis qui fonda la maison des Frères Mineurs de cette 
ville. 

Le cartulaire de Tabbaye de Josapbat nous fait con- 
naître l'existence des chapelles de Sainte-Croix et de 
Saint-Laurent, s'élevant, dans le château, près de l'église 
de Saint-Pierre (1). 

KAFREHERRE (2), casai dont les dîmes sont données 
à l'église Saint-Jean de Naples par Balian d'Ibelin, qui 
s'identifie avec le village de Kefer-Haret. 

KEPHRECYLTA (3), casai du Saint- Sépulcre dans le 
territoire de Lydda. Quelques voyageurs pensent que ce 
casai pourrait se retrouver dans le village de Kefer 
Ischa. 

LUCERI (4), casai très voisin du château de Mirabel 
et qui paraît pouvoir s'identifier avec les ruines nommées 
K** Doucerah. 

LYDDE ou SAINT-GEORGES, ville épiscopale dépen- 
dant de Rame. Elle était administrée par un vicomte. On 



(1) Dblabordb. Chartes de Terre'Sainte^ p. 85. 

(2) Cod. Dipl., t. I, n- 19i, p. 236. 

(3) Cart. Saint-Sépulcre, n- 181, p. 323. 

(4) Ibid. 



I 

• ; 



412 GÉOGRAPHIE HISTOBIQtJE DE LÀ 

y voit encore des restes importauts de la cathédrale bâtie 
au douzième siècle Aujourd'hui Lydda. 

MAC4HOZ (1), casai très voisin d'Ascalon, concédé à 
Tabbaye de Notre-Dame de Josaphat par Hugues, comte 
Japhe et d'Ascalon, aujourd'hui K®* Makkous. 

MAEN (le château de) (2), poste militaire qui s'élevait 
sur l'un des contreforts des montagnes, au sud-est de 
Rame, et dont M. Guérin a retrouvé les ruines à Deir 
Main, ou plutôt sur la colline qui le domine et porte le 
nom d'Ël Bordj. Cette forteresse fut démantelée par 
Salah-ed-din en 1192. 

MÂLAGUES (3), casai donné en 1256 à l'Hôpital par 
Jean dlbelin, comte de Japhe et d'Ascalon, et que le 
D' Prutz identifie avec les ruines d'Oum Lakis. 

MARESCALCIE (4), casai dont les dîmes furent don- 
nées^ en 1122, à l'église Saint- Jean de Naples par Balian, 
comte de Japhe et d'Ascalon. Ce casai, cité avec Mirabel, 
Rentie et Kefreherre, dont il était voisin, doit peut-être 
se retrouver dans les K®* Mesmar, signalées par M. Y. 
Guérin ? 

MÉJEZIE (5), casai possédé par l'ordre de Saint- 
Lazare, qui l'avait reçu, en 1155, d'Amaury, comte de 
Japhe et d'Ascalon ; ce village était très voisin d'Ascalon. 
Doit être El Medjdel, dont un quartier est encore nommé 
Djimmeizeh. 

MELIUS (6), casai des environs d'Ascalon, donné en 
1111 à l'Hôpital par Hugues du Puiset, comte de Japhe. 

MIRABEL (7), château et fief qui passèrent de la 
famille d'Hierges dans celles des Ibelins; les ruines de 



(1) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte^ p. 47, 65, 102. 

(2) Mémoire du roi Richard, p. 280. 

(3) Cod, Dipl., t. I, n* 128, p. loO. 

(4) Jbid., n- 191, p. 236. 

(o) De Mars Y. Cart. de l'Ordre de Saint'Laxare^ n" 15. 

(6) Cod. Dipl., t. I, n' 2, p. 2. 

(7) Cod. DipL, t. I, p. 236. 



8YBIE AU TEMPS DES CB0ISADE8. 413 

cette forteresse se voient encore dans le village de 
Medjdel-Yaba, qui s'est bâti de leurs débris. On y trouve 
également, les restes d'une belle église du douzième 
siècle (Ij. 

MONTGISARD (2), château et fief important du comté 
de Japhe, et qui, d'après un passage de Guillaume de 
Tyr, était situé dans le diocèse de Lydda, non loin de 
Rame et au sud de Mirabel. Malheureusement, ce site n'a 
point encore été retrouvé. 

NATRON (le), château sur la route de Japhe à Jéru- 
salem, possédé par les Templiers, nommé aujourd'hui El 
Latroun (3). Pris par Salah-ed-din en 1187, ce château 
fut démantelé en 1192, et est maintenant presque complè- 
tement ruiné. C'est, je crois, la même forteresse, qu'en 
1244 nous trouvons désignée sous le nom de Turo Milù 
tum prope Jérusalem (4). 

ODABEB (5), casai dépendant de la terre de Vuet- 
moamel et mentionné dans un privilège de Baudoin III, 
eu 1155. 

PHEÏORA (6), casai voisin d'Ascalon, donné à l'Hô- 
pital en 1256 par Jean dlbelin, comte de Japhe, aujour- 
d'hui K«* Berderah. 

PORPHILIA (7), casai voisin de Lydda et qui s'iden- 
tifie avec le village moderne de Berfilya. 

RAME, ville et fief du comté de Japhe, aujourd'hui 
Ramleh, dont les seigneurs ont fourni un chapitre aux 
Familles d'Outre-Mer. Elle était administrée par un 
vicomte. On y voit encore une belle église du douzième 
siècle transformée en mosquée. Aboulfeda attribue la fon- 
dation de cette ville à Soliman, fils du calife Abdel- 
Melek. 

(1) Hist. arabes des Crois,, t. III, p. 302. 

(2) G. de Tyr, 1. XXJ, ch. 23. 

(3) ^15^ arabes des Crois,, t. III, p. 33-99. 

(4) Cod. DipL, t. I, p. 321, cl Mémorial du roi Richard, p. 280. 

(5) Cart, Saint-Sépulcre, n»' 56-159, p. 110-117. 

(6) Cod, DipL, t. J, D- 128, p. 150. 

(7) Cart. Saint-Sépulcre, n- 181, p. 322. 



414 GÊOGBAPHIE HISTOBIQUE DE LA 

RENTIE (1), casai dépendant de Lydda, aujourd'hui 
Rentieh. 

RENTIS (l'abbaye de Saint- Joseph d'Arimathie de); 
quelques ruines de ce monastère se voient encore dans le 
village arabe dont le nom n'a pas changé, et qui, d'après 
certains auteurs^ remplace la bourgade d'Ârimathie. 

R0MEM6RE (2), casai possédé par l'abbaye de Mont- 
Sion. 11 était situé dans le territoire d'Ascalon. Peut-être 
K** Om-er-Ribyah, entre Esdoud et Hammameh ? 

SAARETHE (3), casai donné en 1256 à l'Hôpital par 
Jean dlbelin, comte de Japhe, et qui me paraît pouvoir 
être identifié avec le village de Keratieh. 

SAPHORIA ou SAPHIRIA (4). Voir Caphyria. 

SAURONA ou SARONA (5), casai voisin de Rame et de 
Lydda et dont le site se retrouve dans le village moderne 
de Saraphend. 

SEMSEM (6), casai donné en 1256 à l'Hôpital par 
Jean dlbelin, comte de Japhe et d'Ascalon, aujourd'hui 
Simsim. 

TARPHIM (7), casai dont les dîmes appartenaient à 
l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat. 

VUETMOAMEL ou ODEMAMEL (8), terre voisine de 
Rame vendue^ ainsi que ses dépendances, par Hugues 
d'Ibelin, aux chanoines du Saint-Sépulcre, en 1155. Le 
peu que nous savons de la position de ce fief donne à 
penser qu'il pourrait, peut-être, s'identifier avec le site 
d'Amouas?? 



(1) Cod. DipL, p. 236. 

(2) Charte inédite. 

(3) Cart. Saint-Sépulcre, n* 128, p. 150. 

(4) Ihid., p. 247. 

(5) G. de Tyr, 1. X, ch. 20. 

(6) Cod. dipL, t. I, n* 128, p. 150. 

(7) Deladorde, Chartes de Te^^e-Sainte, p. 37, 64, 101. 

(8) Cart, Saint-Sépulcre, n"' 50-58, p. 92, 111, 117. 



SYfilB AIT TEMPS DES CBOI8ADEB. 415 

TAZOUB, casai à sept kilomètres au sud-est de Jaffa, 
dont les environs furent, en 1102, le théâtre d'une bataille 
perdue par les Francs (1). Quelques voyageurs ont voulu 
voir dans ce village le château des Plaines, mentionné 
dans le Mémorial du roi Bichard (page 280) comme 
démantelé en 1192 par Salab-ed-din. Ce bourg est encore 
nommé Tazour. 

ZEITE (2), casai donné en 1256 i THôpital par Jean 
d'Ibelin, comte de Japhe et d'Ascalon, dont la position 
parait se retrouver au village moderne de Zita. 

ZE0PHIR(3), casai donné en 1111 à Féglise de Bet- 
lébem; ce lieu s'identifie parfaitement avec les ruines nom- 
mées es Saouafir, 

ZIBI ou ZIMI (4), casai vendu aux chanoines du Saint- 
Sépulcre par Hugues d'Ibelin en 1155. Ce que nous savons 
de sa position me conduit à proposer Tidentification de ce 
casai avec le village moderne de Djimzou. 



SEIGNEURIE D'ARSUR 



La seigneurie d'Arsur parait avoir été limitée au nord 
par la rivière de Rochetaillée , aujourd'hui Nahar-el* 
Hakdhar, à l'est par la seigneurie de Naples, à l'ouest par 
la mer et vers le sud par le Leddar, appelé, de nos jours, 
Nahar-el-Aoudjeh. 

L'étang marécageux qui se trouve non loin de l'embou- 
chure du Nahar-el-Hakdhar, et qu'il traverse, paraît s'être 
nommé, au temps des Croisades, le lac de Castorie (5). 



(1) G. de Tyh, 1. X, ch. 20-22. 

(2) Cod. dipL, t. I, n' 128, p. 150. 

(3) G. de Ttb, 1. XI, ch. 12. 

(4) Cart. Saint-Sépulcre, d* 59, p. 117. 

(5) Cod. JHpU, t. I, D- 140. p. 171-173. 



416 aiOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

La seigneurie et le château d'Arsur furent cédés à 
rH&pitalie 1«' mai 1261, par Balian dlbelin, pour une 
rente annuelle de quatre mille besans sarrasins. 

L'enceinte de la ville, construite en petit appareil, 
flanquée de tours arrondies, était précédée d'un fossé de 
qiénze mètres de large. En 1854, M. Guérin put encore 
reconnaître les traces de deux des portes, mais il ne reste 
plus.guère que des décombres et des arrâsements de cette 
première ligne de défense. 

Quant à l'intérieur de la cité, il a été complètement 
bouleversé par les indigènes qui, depuis bien des années, 
exploitent ces ruines comme une véritable carrière. 

 l'ouest, sur une colline dominant la mer, s'élèvent les 
restes du château. Il est de forme carrée et consiste en 
une enceinte flanquée de tours barrelongues ; en avant 
des murailles régnait un profond fossé en grande partie 
comblé. 

Vers la mer et sons le commandement du château, 
deux pointes de la falaise revêtues de talus en maçon- 
nerie déterminent un petit port, aujourd'hui ensablé, et 
qui avait environ un hectare de superficie. Aux extré- 
mités des deux pointes dont je viens de parler s'élevaient 
deux tours maintenant renversées ; deux petits môles, 
dont on aperçoit encore les vestiges, fermaient ce port. 

Les dispositions générales du château et du port sont 
reproduites sur le sceau des seigneurs d'Arsur, publié par 
Séb. Paoli (1). 

La forteresse qui nous occupe fut élevée, en 1251, par 
le roi Saint-Louis, et semble, à en juger par les débris 
qui se voient encore, avoir présenté une grande ressem- 
blance avec les murailles de Césarée. 

Les seigneurs d'Arsur ont fourni un chapitre aux 
Familles d'Outre-Mer, 

En 1265, le sultan Malek-ed-Daher-6ybars , s'étant 
rendu maître d'Arsur, réduisit en ruines la ville et le châ- 
teau. 



(l) Cod, dipl., t. I, Sigillographie, n* 56. 




STBIB AIT DEMPS DES CB0IBADB8. 417 

BOMBRAC, localité assez voisine d'ArsBr, mentionnée 
par 6. ViDisauf et que je crois retrouver dans les ruines 
nommées E^ Ibreikeh, au nord de Ealkilieh (1). 

CAUQUELIE ou CALCALIA (2), fief relevant de cette 
seigneurie; se retrouve aujourd'hui dans le village 
moderne de Kalkilieb (3). 

HARBAMES ou ARAMES (4), casai vendu, en 1232, 
aux Templiers, pour 15,000 besants, par Jean dlbelin, 
seigneur d'Arsur, et qui parait s'identifier avec le village 
ruiné nommé El-Haram-Ibn-Ali. 

LARGIEOUS (5), casai situé entre le torrent de 
Trousse-Paille et la rivière du Leddar ; peut être identifié 
avec le village moderne de Jieyous, dont la situation s'ac- 
corde bien avec Tindication topographique qui précède. 
Il est situé entre le Ouady Sir au nord et rÔuad-el* 
Azzoun au sud. 



CÉSARÉE 



Le comté de Gésarée était borné, au sud, par la 
rivière de Mondisder, à l'ouest par la mer, à l'est par la 
vicomtée de Naples et la principauté de Galilée; cette 
seigneurie paraît s'être étendue jusqu'à Athlit ou Châ- 
teau Pèlerin ; la limite nord semble avoir été le cours 
d'eau nommé aujourd'hui Ouady Mileh. Les villes princi- 
pales de cette seigneurie, après Gésarée, étaient GhacO, 
aujourd'hui Kakoun, et le Merle, qui s'identifie avec la 
bourgade moderne de Tantourah; ces villes possédaient 
cour de bourgeoisie et étaient administrées par des 
vicomtes. 



(1) Itinéraire du roi Richard^ p. 291. 

(2) Cod. dipU, p. 171. 

(3) Cart. St'Sépulcre, p. 280. 

(4) Cont. de Guil. de Tyr, p. 398. 

(5) Cod, dipL, t. I, p. 189. 



418 JOàoeiBAJmiM HiaXOBIQUK DS Uêl 

> •¥Mci» par erdre alphabétique, les easaux deCésarée 
4m% les noma nous soat parveiiua : 

ADEEÂ (1), casai dans )e territoire de Césàrée, damé 
ii l^ôpital par Jean du Bessan. 

! ALDÊSIE (2); ce casai est mentiaiiiié cb l'aniiée 1181, 
dans un acte de Grenier, seigneur de Géearée. 

- '-ÂLLAR (8), Casai dépeadant de Césarée, nétitioimé en 
]S()0''daDS le même acte que le suivant. Ce peônt parait 
tte ifétrouver dans le village moderne d'EUar. 

ALOEN (4), ce casai est mentionné eii 1200, dans tm 
àbte d-Adbémar, comte de Césarée, relevant de cette 
è^^neurie. Un lieu nommé El Alay'an se trouve près 
dtt village de El Mesadi et convient assez à la position. 

ARONIA (5), casai cité, en 1181, dans une charte de 
Baudoin, roi de Jérusalem. 

ARTABEC (6), casai vendu à THôpital, en 4135, par 
Hysembard et sa femme Roarde. Il confinait au nord le 
casai de la Latine, à Feat Katonsoue et au su(j[ Calodie. 
Peut-être Irtach? village dans lequel se retrouve, déjà, 
rirtah des listes de Tboutmès III. 

•; BSiEISM (7), château voisin de Ghaco (Eakoua). 

"BETHJ^iLA (8), casai relevant de Gésarée, possédé, 
d^ Tannée 1115, par l'abbaje de Notre-Dame de Josa- 
pfa'at. 

BEZZE^EL (9), casai de Césarée que nous trouvons 
cfiéf Qt^ 1200, dans un acte d'Adhémar, comte de Gésarée. 



j ■ 



(1) Cod. diply t. I, n' 30, p. 33. 

(2) Cod. dipLj U I, n- 13, p. 14. 

(3) Ibid., n- d, p. 28S. 

(4) Cod. dipL, t. I, D* 9, p. 2S8. 

(5) ftid., n- 70, p. 71. 

(6) Rky. Rech. sur la Dom, Lat. en Orient. 

(7) Cod, dipL, t. 1, p. 35. 

(8) DELAfiORDB. Chartes de Terre-Quinte, p. 30-46-64^101. 

(9) Cod. dipl., t. I, n* 9, p. Î88. 



BRAICAËT (1), €&9a1 Dftentionnë,. en 1166^ dans ;un 
acte de Hugu^» seigneur de Céaarée^ Ce Heu id^it i^m 
identifié avec le village de IbrayktpiB ou IbraïketeRB. 

BUFFLES (cîisal des) (2), ca^al doiit le^îte .dèr*¥i[îé 
peut-être sidèntifter avec un point voisin des- Kfcarbétr 
Miamàs, appelé DJàmousieh et dont les habitants pdrt^ôt^ 
encore aujourd'hui le surnom de pasteurs ou conductèài^ 
des buffles), A^oir Miama». ' i ' ■ *^ 

CACO ou CHACO. était la bourgade Ta piu^ îki^ài^ 
tante du- comté de Cesarée. Elle avait cour de b6brge»iëie 
et était administrée par un viconite. La forteresse était 
possédée par les Templiers. Il n'en reste' plUs,! Ai^onr- 
d'hui, qu'u&misrévable village bâti sur un petit tertre etf 
nommé Kaldoun. ' 

Les environs de cette ville paraissent Àroir été^;dèë 
cette époque^ envahis par les dunes et assez mai^écageux, 
car on trouve, dès Tannée 1131, la mentiqa des terrç^ 
voisines de cette ville et située in maresco eim spjbuh, 
lone (3), ; • ' . . 

CAFARLETH (4), casai mentionné en 1200^ dans- ua 
acte d' Adhémar, comte de Césarée ; un village, entouré 
d'une enceinte du moyen âge, et nommé Këfemm, ce vipi^ 
au nord de Tantourah, peut être, je crois^ idènùfié avec 
cette localité, que nous savons avoir été voisine 4^ là 
mer. ' . , 

CAFARSALEM (5) ; ce village est mèiitipiiné en lljèlj^ 
dans un acte de Grenier, seigneur de Gésaxi^è et deym^ 
peut-être s'identifier avec le village actuel 4ii/Keïçn^a, 
voisin de Kakoun. '^ ^ 

Or, dans l'acte oîL se trouve la mënticin àë CéiktkkUmj 
le casai est cité immédiatement après la ville de Ghacq. 



(1) Cart. St'Sépulcre, d- 143, p. 276. ' ' ' ' 

(2) Cod. dipL, t. I, n' 9, p. 288-290 et MÀftsY. Hâi^: de iîd^t^Zla 
zare, n* 5. , ■ i « . 

(3) Cod. DipL, t. I, p. 14. 

(4) Ibid., !!•• 9 et iO, p. 288-289. i . ; : •' 

(5) Ibid., n* 13, p. 14. . . . « .^ » ., 



430 diOG&APHIE HISTOfilQUE DB LA 

CALÂNSONE (1), casai du comté de Césarée, men- 
tionné en 1164, dans un acte de Baudouin III, comme 
ayant été donné à THôpital par Geoffroy de Flacy et 
^ugues de Bessan. Je crois pouvoir identifier ce village 
avec celui qui est aujourd'hui nommé Kalansaoueh, et où 
aei voient encore de belles ruines du douzième siècle, con- 
sistant en une église et une tour dominant le village. 

CALANCHUN (2), casai mentionné en 1207 dans un 
acte de Julienne, dame de Césarée. 

CâLODIE, casai cité en 1135 dans l'acte de vente 
d!Artabec ; ce lieu était voisin de Galansone. 

CAPHET (3), casai mentionné en 1200 parmi ceux de 
la dépendance de Césarée dans un acte d'Adhémar, comte 
de cette ville ; ce lieu me parait devoir être identifié avec 
le village moderne de Sebefaïa. 

CHATEAU PÈLERIN (le) ; cette forteresse et ses dé- 
pendances ont été longuement décrites (4) ; le nom arabe 
de ce château est Athlit. 

CHATEAU DES PLAINES ou CASTRUM AREiE (5), 
château voisin du casai de Daidon. 

CËSARËE ; pour la topographie de cette ville, je ren- 
voie le lecteur à mon Architecture militaire des Croi- 
éàâeSj p. 221. 

' COSSYE ou COSCIE (6); ce casai formait fief et son 
nom était porté par une famille; il est mentionné en 1182 
dans une charte de Baudoin, roi de Jérusalem. Ce vil- 
lage me parait être le même que celui qui, de nos jours, 
porte le nom de Kouzyeh. 

DAIDON (7), casai mentionné, comme dépendant du 



(1) Cod, dipl., n« 30, p. 33. 

(2) Ibid., p. 95. 

(3) n)id., t. I, n- 9, p. 288. 

(4) Architecture militaire des Crois., p. 93. 

(5) Cod. dipl., n* 71, p. 71. 

(6) Ibid., n- 71, p. 71. 

(7) Tab, Ord, Theut., n- 40, p. 32. 



&TEIE AU T£MP6 DES CROISADES. 421 

eomté de Césarée, dans une charte dn roi Baudbin V, 
en 1182. Ce lieu est le même que la bourgade de Ha- 
daydon y forme sous ' laquelle nous trouvons ce: village 
désigné en 1206, dans un acte de Julienne, dame de 
Césarée, aujourd'hui K®^ ed Dodehan. 

LE DESTROIT, nom donné, au moyen âge,. à un petit 
poste militaire, s'élevant au sud^ouest du Château Pèlerin, 
et qui a conservé ce nom presque intact K*^ Doustrey. 
C'est une petite tour carrée, entourée d'une muraille cr4* 
nelée, formant chemise extérieure et commandant le che- 
min taillé dans le roc auquel il devait son nom. 

FIAISSE, FEAISSE ou DEFFEISSE (1)^ casai du 
Salnt*Sépulcre dans le territoire de Césarée. Se retrouve 
dans le site du village ruiné nommé K*^ ed-Defaïs. 

FOBEST (de la) (2), casai relevant également de la 
même seigneurie; deux forêts existent encore sur le terri- 
toire de Césarée. 

GALILÉE (3); le territoire de ce casai était formé de 
gastines qui furent autrefois des casaux, c'est-4-dire 6a- 
lilea qui lui donne son nom, Gedida^ Megar, casai Bouge 
et la gastine de la fontaine. Le territoire de ce casai était 
limité, à l'est, par le château des Plaines, au midi par le 
casai d'Aronia , à l'ouest par la mer , au nord, par les ca* 
saux de Saiote-Anne et du Temple. Position encore in- 
déterminée. 

GELENNE (4), casai que nous trouvons cité en 1200 
dans un acte d'Adhémar, seigneur de Césarée, et qui 
semble devoir être identifié avec le village nommé Dje- 
lameh. 

HALTAFIA (5), casai donné à l'Hôpital par Gauthier, 
seigneur de Césarée, cité dans un diplôme de Julienne, 
dame de Césarée, en 1197. 



(1) Cart. St-Sépulcre, n- 70-71, p. 142-144. 

(2) Ibid. 

(3) Cod. dipL, t. I, n* 70-71. 
(4/ Ibid., n* 9, p. 288. 

(5) Ibid.., D* 83, p. 89. 



422 eioa&âPHiB histosiqub de là 

HALZON (1), casai du comté de Césarée, éloigné de 
quatre milles du casai de Galilea. 

HATIL (2), casai que nous trouvons mentionné dans 
une charte de Tannée 1 200 ; ce village porte encore, de 
nos jours, le nom de Attil. 

LUBANUM (3), casai situé < in terra Malvarum > ; 
lieu voisin de Ghaco. Dans son exploration de la Samarie, 
M. Guérin dit avoir remarqué, comme je Tavais déjà fait 
moi-même, en 1858, Vabondance prodigieuse des mauves 
sur la rive orientale du Basset-el-Falek et dans les plaines 
voisines. On peut, je crois, sans témérité, trouver dans la 
constatation de ce fait une présomption très sérieuse en 
faveur de l'identification de cette partie du pays avec la 
terra Malvarum. 

MEGëDëLL (4), casai cité en même temps que le 
précédent et qui s'identifie facilement avec la localité 
nommée encore maintenant Mejdel-Zeta. 

MERLE (le) (5), petite ville citée dans le livre des 
Assises, avec le Lyon et le Gérin, parmi les bourgeoisies 
du royaume, sans Indication de la seigneurie à laquelle 
elle appmrtenait. Gauthier Vinisauf (6) désigne sous le nom 
de Merla la bourgade maritime de Tantourah ; nous retrou- 
vons donc ainsi le nom donné dans le livre des Assises. 
Parmi les témoins d'un acte de Grenier, comte de Césarée, 
dressé en 1131 (7), je crois avoir trouvé le nom d'un 
fieigneurs de cette ville nommé Gauthier de Merula, puis, 
en 1174, celui de D'Atto de Maria, noms qui présentent 
une bien grande analogie avec Merla. Amadi (8) écrit 
que le Merle était entre Sébaste et le Château Pèlerin, 



(1) Wilb. d*0LDENB0Uft6. Ap. Laurent j p. 183. 

(2) Cod. dipl., t. 1, n* 9, p. 288. 

(3) Cod. dipL, t. 1, p. 35. 

(4) Cod. dipU, t, i, n* 9, p. ^68. 

(5) Assises de la Haute-Cour, ch. 230, p. 420. 

(6) G. ViNisADP, Itinerarium régis Anglorum Ricard, 1, IV, ch. 14 

(7) Cod. dipLy t. I, n** 13, p. 14. 

(8) Amadi. Chron., f* 197. 




STBIB AU TEMPS DES 0BOI8ADE8. 423 

position qui coïncide avec celle du village moderne de 
Tantourata. Enfin, la relation du pèlerin Pbilippus et le 
texte du manuscrit intitulé : Les Pèlerinages ewtor âfAcre 
ne sauraient laisser subsister aucun doute sur cette iden- 
tification. 

MEZGUEBIN (1), casai cité en 1200 dans un acte 
d'Adhémar de Gésarée, qui, par sa positiiqn, parait devoir 
être identifié avec le village nommé Meskêb. 

MIMAS (2), casai donné au Saint-Sépulcre par un cbe* 
valier du nom de Lembert ; ce lieu se retrouve dans les 
ruines nommées E®* Miamas^ où se voient les restes d'un 
théâtre antique, transformé en château au moyen âge. 

MONDISDER (3), ca^al voisin de Gaco, cédé en 1246/ 
par Pèlerin, abbé de la Latine, à THôpital ; c'est de ce 
casai que la rivière séparant la seigneurie d'Arsm: de 
celle de Césarée parait avoir pris son nom. 

PAIN PERDU (4), village situé au nord-est de Gé- 
sarée, noq loin du Stade ou Hippodrome antique de cette 
ville, vers le Nahar ez Zerka; l'église de ce village, placée 
sous le vocable de saint Laurent, fut donnée, en 1235, 
par Pierre, archevêque de Gésarée, à l'Ordre de Saint- 
Lazare. 

PHARAON (5), casai donné à l'Hôpital au mois de 
février 1207 par Julienne, dame de Gésarée; ce village 
porte encore le même nom : Faraoun ou Feron. 

PHARDESIE (6), casai mentionné dans le même acte et 
dont l'identification avec le village nommé Ferdisia ne 
saurait être douteuse. 

SABARIM (7), casai du comté de Césarée mentionné 



(1) Cod. dipL, t. I, n' 9, p. Î88. 

(2) Cart. St-Sépulcre, u* 156, p. WO. 

(3) Ibid., u* 218, p. 258. 

(4) De Marst. Cart, de l'Ordre SainULa^are, ■♦ 25. 

(5) Cod. dipU, t. I, n' 90, p. 95. 

(6) Ibid. 

(7) Cart. St-Sépulcrey n' 71, p. 144. 



424 0éoaBAPHiE histobiqub db la 

dans un acte de Gauthier de Césarée en 1145 ; ce Heu me 
parait identique avec le village nommé Subbarim. Ce casai 
parait avoir appartenu à Thôpital. 

SAINTE- ANNE (1), casai du comté de Césarée men- 
tionné dans un acte de Baudoin en 1182. Aujourd'hui 
K»* Hanneh. 

SAINT-PIEEIRE DE CÉSARÉE (2), casai dépendant 
dé Césarée, mentionné dans le même acte. Position aujour- 
d'hui inconnue. 

SAMARITA ou SAMARITANO (3), casai de Césarée 
mentionné en 1200 dans un acte d'inféodation du comte 
Adhémar. L'identification de ce casai avec le village 
moderne de Zemmarim ne parait faire l'objet d'aucun 
doute. 

SOETA (4), casai inféodé en 1 200 par Adhémar de 
Césarée; son site devrait être retrouvé dans le village 
moderne de Choueïkah. 

SOLIMANIA (5), casai mentionné en 1200 dans un 
acte d' Adhémar de Césarée; ce lieu est nommé aujour- 
d'hui Kharbet-es-Solimanieh. 

TOUR ROUGE (la) (6), casai voisin de Caco, cédé en 
1242 à THôpital par Pèlerin, abbé de la Latine. Aujour- 
d'hui un village nommé Bordj-el-Ataot ou Bordj-ez-Zeta, 
se voit à une lieue au sud-ouest de Kakoun, peut-être 
marque le site de ce casai. 

TOUR DES SALINES (la) (7), située sur un tertre au 
bord de la mer et donnée à rHôpital, aujourd'hui Bordj-el- 
Melehy près de l'embouchure du Nahar Zerka. Cette tour 



(1) Cod. dipl., t. 1, n' 71, p. 71. 

(2) Cart. St'Sépulcre, n" 71, p. iU. 

(3) Cod. dipLy t. I, n° 9 bis, p. 288. 

(4) Cod. dipL, t. I, n' 9, p. 288. 
5) Ibid., 

(C) Cod. dipl., t. I, n* 218, p. 258. 
(7) Ibid., n- 72, p. 72. 



SYBII AU TBMP8 DES OBOISABES. 425 

semble avoir primitivement porté le nom de Tour de 
Saint-Lazare (1). 

TRÂSSIM (2), casai du comté de Césarée, cité en 
1200, dans un acte d'inféodation du comte Adhémar. Ce 
lieu parait se retrouver dans le village moderne de Dra- 
hymeh. 

ZEBEDEL (3), casai relevant de Césarée et mentionné 
dans un acte d' Adhémar, seigneur de cette ville ; ce vil- 
lage porte encore, aujourd'hui, le nom de Zebdeh. 



LA SEIGNEURIE DE NAPLES 



Les limites de cette seigneurie ne peuvent être établies 
d'une manière tout à fait précise, et j'ai dû les indiquer 
en me basant sur les renseignements que j'ai pu recueillir, 
dans les cartulaires, relativement à certains villages. 

Je dirai donc seulement qu'elle était limitée, au nord 
par la seigneurie du Bessan et la principauté de Galilée, 
à l'ouest par les baronnies de Césarée et d'Arsur, au sud 
par le territoire de Jérusalem ; à Test, enfin, elle s'éten- 
dait jusqu'au Jourdain et comprenait peut-être même 
quelques cantons situés sur la rive gauche de ce fleuve. 

AGE (4), casai sis dans le territoire du Sabast 
(Sebaste), possédé en 1178 par Notre-Dame du Mont- 
Sion. Ce village est encore nommé Ajjeh. 

ASCHAR (5), casai dont la possession fut confirmée à 
l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat en 1115 par le roi 
Baudoin P»". 

Selon toutes apparences, c'est avec les ruines nommées 
El Achaïr qu'il faut identifier ce village. 



(1) Orient LaU Série Geog.y t. III, p. 181-190. 

(2) Cod. dipl., t. I, n- 9, p. 388. 

(3) Ibid., n- 218, p. 258. 

(4) Charte médite. 

(5) Delabordk. Chartes de Terre-Sainte^ p. 29, 37, 45, 81 1 108. 



426 OiOGBAPHIE mSTOBIQUE DB LA 

BETHER ou BYTIR (1) ; ce casai, qui s'identifie avec 
les ruines nommées K«* Et Tyreh, fut attribué, en 1180, 
par le Boi Baudoin II à l'abbaye de Josaphat. 

BETHEFLORI (2), casai du territoire de Naples donné 
au Saint-Sépulcre par le roi Baudoin II. Position à 
retrouver. 

BURIN (S); ce casai, très voisin de Naples^ était possédé, 
en 1178, par l'abbaye de Notre-Dame du Mont^Sion et se 
retrouve, sans hésitation, dans la bourgade moderne du 
même nom. 

CAPHASTRUM (4), casai possédé, à la même époque, 
par les moines du Mont-Sion et qui parait devoir être 
identifié avec les ruines nommées Eefer Istoun. 

GASRACOS (5), casai voisin d'Aschar, donné à l'ab- 
baye de Notre-Dame de Josaphat par le roi Baudoin III, 
le 13 mars 1159, et dont le site n'a point encore été 
retrouvé. 

FAME (6), casai du territoire du Sabast, possédé, en 
1178, par l'abbaye de Notre-Dame du Mont-Sion; ce vil- 
lage porte encore aujourd'hui le nom de Fameh. 

FUNDECOMIE (7), casai vendu à l'Hôpital en 1178 
par Amaury, vicomte de Naples. Ce lieu s'identifie avec 
le village moderne de Founde Eoumieh, au nord de Sebas- 
tieh. 

6EBABLE (8); ce casai, que nous trouvons également 
mentionné en 1178 parmi les dépendances de l'abbaye de 
Notre-Dame du Mont-Sion, s*îdentifie avec les ruines nom- 
mées K®* Scherabeh. 



(1) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 46-04-101. 

(2) Cart. St'Sépulcre, p. 90.93-96-224. 

(3) Charte inédite. 

(4) Ibid. 

(5) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte^ p. 80-81-83. 

(6) Charte inédite. 

{7) Cod, dipL, t. 1, p. 64. 
(8) Ghdrta inédite* 




STBIB XU TEMCS DES 0BOI8ABE8. 427 

6UL (1); la ëeùle trace qui reste de de èasàl, possédé 
par les religieux du Mont-Sion, est le nom porté encore, à 
présent, par le ruisseau au bord doquei il pariât avoii* été 
rïtué, nommé Ooady GIdôuI, et qui se trouve au nord^est 
de Naplouse, eqtre cette ville et le village de Tallouza; 
ce cours d'eau descend du Mont^ËbaL 

FORBELET (2), lortet'essé dominant le cour^ moyen 
du Jourdain, au sud de Bessan, et fréquemment citée par 
les Histarims des Croisades. 

« Dont se logea Salebadins es montàignes devant For» 
belet » 

J'ai recherché avec soin le site de ce château, et je 
crois l'avoir retrouvé dans un édifice militaire mediœval 
dont les ruines occupent le sommet d'une haute colline et 
portent, aujourd'hui, le nom de Ealaat Maleh. Si on admet 
cette identification, cette fortesse doit être Comprise dans 
les dépendances de Naples. 

KAFARHONE (3) ; ce casai fut concédé, en 1177, à là 
maison de Notre-Dame dès Allemands par le roi Amaury. 

EAFERMELEH (4), casai donné, en 1133, au Saint* 
Sépi^lcre, par Baudoin IL Ce village porte encore le nom 
de Kefer Melik. 

LATHARA(5), casai vendu, en 1178, à l'Hôpital par 
Amaury, vicomte de Naples ; c'est aujourd'hui un hameau 
nommé £1 Atara. 

LOI A (6), ce casai est mentionné, en 1178, dans un 
acte d'Amaury, vicomte de Naples, comme étant au nord 
de Sileth; je retrouve ce casai dans les ruines dé Laouah, 
au nord de Sileth*ed*Dahar. 



(1) Charte médite. 

(2) Mas. Lat. Chron. de Bernard le Trésorier, p. 99. 

(3) Strkhelke. Tab, Ord. Theut., w 8, p. 9. 

(4) Cart. StSépulcre, p. 93-98* 

(5) Cûd. dipL, U I, p. 64. 

(6) Cod. dtpL, I. I, p. ^. 



428 aiOGBAPHiE HISTOBIQITX Bl! LA 

MABÉGHALERIE (la), cbftteau situé dans la vallée du 
Jourdahi. 

Peut-être ce lieu paurrait-il se retrouver dans la ruine 
nommée Meskarab, au pied de la colline de Sartabeh. Il 
est vrai que le mot Meskarab^ signifiant palmier, semble 
indiquer ici l'emplacement d'une de ces belles plantations 
de, dattier s que nous savons avoir existé au moyen âge 
clans la vallée du Jourdain. 

MEZERA (1), casai donné en 1155 au Saint-Sépulcre, 
par Baudoin III. Ce village porte aujourd'hui le nom de 
Mezeirah. 

NAPLES (aujourd'hui Naplouse). qui donnait son nom 
à cette baronnie, occupe le fond d'une vallée séparant le 
Mont-Ëbal du Garizim. On y voit encore les restes d'une 
belle église du douzième siècle (2). Selon toutes probabi- 
lités, c'était l'Eglise dite de la Passion et de la Résur- 
rection, mentionnée dans plusieurs actes du Gartulaire du 
Saint' Sépulcre, 

Un contrefort du Mont Garizim, nommé Ras-Eikis, sup- 
porte les restes d'une petite forteresse complètement 
ruinée, qui fut te château des seigneurs de Naples. 

Cette ville possédait, au douzième siècle, une maison 
de l'ordre de l'Hôpital (3). 

Au temps de la domination franque, les monts Ebal et 
Garizim étaient nommés Mont-Abel et Mont-Cbayn (4). 

SAFFIR (5), casai relevant de Naples, donné, en 1155, 
au Saint-Sépulcre, par Baudoin ; ce lieu paraît s'identifier 
assez bien avec le village moderiie de Safrin. 

SAINT-JOB (in terra Dothaïm) (6), château possédé 
par l'Hôpital dans la seigneurie de Naples. Ce lieu parait 
être celui qui est, aujourd'hui, nommé Tell Dothan. 



(1) Cart, St-Sépulcrej p. 93. 

(2) Ibid., p. 267-289. 

(3) Cod. dipl, {, î, p. 236. 

(4) Orient, Lot, Série Geog.j t. III, p. 83. 

(5) Cart, St'Sépulcre, p. 93, et Tah, Ord, Theut., n* 8, p. 9. 

(6) Mas. Lat. Chron, de Bernard le Trésorier^ p. 193. 




SYEIB AU TEMPS DES CB0I8ÂDEB. 429 

SAINT-SAMUEL (iX'Casal du territoire de Naples, 
mentionné en 1176 dans, un acte d'Amaury, vicomte de 
Naples. ïlff 

SAPHET ou SAPHE (2), casai du territoire de Naples; 
possédé antérieurement à 1180 par Tabbaye de Notre- 
Dame dé Josaphat. 

SEBASTE ou LE SABAST (3), ville épiscopale s'élevant 
sur le site de Samarie. Elle était administrée par un 
vicomte. C'est aujourd'hui une bourgade nomniée Sebas- 
tieb, où Ton voit encore les ruines imposantes de l'église 
Saint- Jean-Baptiste^ élevée au douzième siècle par les 
Croisés, ainsi que celles de ses vastes dépendances. 

SELETH ou SILETH (4), casai donné à THôpital en 
1178, par Amaury, vicomte de Naples. C'est aujourd'hui 
un village arabe nommé Slleth ed-Dahar. 

SEYLON (5), casai dépendant de Naples qui a rem- 
placé là ville judaïque de Silo, aujourd'hui Seïloun. Ce 
village avait été donné, en 1110, par le roi Baudoin P' à 
révêché de Beithléhem. 

ZAYTHAR (6), casai donné par Philippe de Naples et 
sa famille, à l'hôpital de Saint-Lazare des Mesiaux de 
Jérusalem. Cette donation, faite pendant le siège d'Âs- 
calon, est confirmée en 1155, par Amaury, comte de 
Japhe et d'Ascalon. Aujourd'hui K®* Zeïta? 



SEIGNEURIE DU BESSAN 

On trouve dans une des chartes formant le Cartu- 
laire du Saint- Sépulcre (7), la mention de la limite sépa- 



(1) Cod, dipL, t. I, n* 64, p. 64. 

(2) Delaborde, Chartes de Terre-Sainte^ p. 47-65. 

(3) Fam. d'Outre-Mer, p. 803. 

(4) Cod, dipL, t. 1, n* 65, p. 65. 

(5) G. de Tyr, 1. XV, ch. 12. 

(6) De Marsy, Cart, Saint-Lasare^ n* 14. 

(7) CarU SUSépulcre, n" 74, p. 149. 




430 eioa&APHiB histobiqub de la 

rant la principauté de Galilée de la seignearie du Bessan^ 
et, d'après ce texte, je sais amené à considérer le Ouady 
Oscheh comme la limite mentionnée. 4p 

A l'est, le territoire du Bessan était borné par le Jour- 
dain. A Touest, cette seigneurie paratt avoir eu pour 
limite une ligne commençant à l'Aïn Djalout et venant 
rejoindre la naissance de l'Oued Melek, qui paraît avoir 
formé la limite sud de cette baronnie. 

ARDËLLE (1)^ casai de la seigneurie du Bessan donné 
à l'ordre teutonique le 26 mars 1 173 par le roi Amaury I^. 
Il paraît s'identifier avec le village moderne de Berdela. 

ASSERA (2), casai donné à l'Hôpital par Jean, seigneur 
du Bessan. Le site de ce village se retrouve, je crois, 
dans les ruines nommées Tell-eK^schera. 

BESSAN (le) ; c'est sur un petit tertre nommé Ealaat- 
el-Hesan ou Tell-el-Hosn, que s'élèvent les restes de ce 
châ4;eau. Il était peu considérable et était cependant pourvu 
d'une double enceinte; M. Guérin a encore trouvé en 
place les pieds droits de la porte du château : on y recon- 
naissait encore fort bien les rainures de la herse. 

La bourgade du Bessan, nommée aujourd'hui Beysan, 
ne fut point d'une grande importance, et les auteurs du 
moyen âge parlent seulement de ses riches jardins plantés 
de palmiers. 

GELUTH (3), casai de l'abbaye du mont Thabor, cédé 
à Hugues du Bessan en 1152 par Pierre, abbé du mont 
Thabor. Les ruines de ce village se voient encore près de 
l'Aïn Djalout, dont il tirait son nom. 

REHAP (4), casai donné en même temps qu'Ardelle 
aux chevaliers teutoniques. Ce lieu se nomme aujourd'hui 
E^' Rehab, et est placé au sud de Beysan. 



(1) Tah. Ord, Theut,, p. 7. 

(2) Cod. dip,, t. 1, n- 26, p. 29. 

(3) Cod. dipl., l. 1, n- 160, p. 204. 

(4) TaO, Ord, Theut,, p. 7. 




BTKIE AU TEXPB DES 0B0I8ADBB. 4^1 

TUBANIE (1), casai tirant son nom d'une sonrce roi- 
sine (Inpetit Gérin, dite fontaine de Tabanie, et qni fnt 
cédé à Hugues du Bessan en même temps que Gelutb. 

SEIGNEURIE DD CAIUONT 

CAIMONT (le), chftteau situé au nord-est de la chaîne 
du Cannel, vers la plaine d'Esdrelon, et qui était compté 
au nombre des baronnies du domaine royal ; nous ne possé- 
dons aucun renseignement sur l'étendue des dépendances 
territoriales de ce fief. 

Ce lieu est nommé maintenant Tell E^lmon, et a rem- 
placé la Joknea antique. 

Il j avait au Caimont, disent les Assises, cour de bour- 
geoisie et justice. 



SEIGNEURIE DE CAYPHAS 

Cette seigneurie ne posséda jamais qu'un territoire 
assez restreint. 

La ville de Caypbas était assez peu considérable. On 
voit encore, aujourd'hui, sur la colline aux pieds de 
laquelle elle est bâtie, ta base du vieux donjon carré des 
seigneurs de Cayphas, que nous trouvons figuré sur leur 
sceau. 




432 0£0GBAPHIE HISTOBIQUE DE LA 

Son mouillage, abrité par le cap Garmel, était et est 
encore Fan des meilleurs de la côte de Syrie. 

Cette seigneurie n'avait point de ville épiscopale et 
paraît, au spirituel, avoir relevé de Tévêché d'Acre. 

Sur le mont Garmel et sur ses contreforts, se trouvaient 
plusieurs monastères : 

D'abord, le prieuré de Notre-Dame des Carmes, berceau 
de l'Ordre, puis lea couvents grecs de Sainte-Marguerite 
et de Saint^Jean de Tire. 

La forêt de palmiers désignée, au moyen âge, sous le 
nom de Palmarée de Cayphas, semble avoir été située à 
Test de la ville, vers l'embouchure du Eison. 

ANNA (1), casai mentionné dans le Cc^rtulaire de 
Vabbaye de Notre-Dame de Josaphat , qui s'identifie, je 
crois, avec le village nommé aujourd'hui Hannaneh, sur 
le versant nord-est du Carmel. 

CAPHARNAUM (2), casai «itué au bord de la mer et 
dont le site a été identifié avec les ruines nommées Tell- 
el-Keniseh. 

DIGEGIA (3), casai relevant de Cayphas, donné, en 
1201, à l'Hôpital par Christine, fille de Roger, seigneur de 
Cayphas. 

FAUCONNERIE (la) (4), casai situé entre le Caïmont 
et Recordane. 

LECARA ou LO GARA (5), casai appartenant au Saint- 
Sépulcre, peut-être El-Carnac, village ruiné, sur les pentes 
nord-est du Carmel ? 

TYMINI ou GALGALA (6), casai situé sur les flancs 
du mont Carmel, donné, par Tancrède, à l'abbaye de 
Notre-Dame de Josaphat, antérieurement à 1120, aujour- 
d'hui Tinany. 



(1) Delaborde, Chartes de Terre-Sainte, p. 208. 

(2) Cod. dipL, t. I, p. 2 et 32. 

(3) Cod. drpL, t. I, p. 91. 

(4) Ibid., p. 478.' 

(5) Cart. St-Sépulcre, n- 167, p. 303. 

(6) Delaborde, Chartes de Terre-Sainte, p. 30-34-45-68-101-102. 




STBIB AU TEMPS DES 0BOISADB8. 433 



La prlncée de Galilée et la terre à l'est du 

Jourdain 

Cette seigneurie fut une des quatre grandes baronnies 
du domaine royal. Ses limites, qui ne sont pas très nette- 
ment déterminées par les auteurs contemporains, sem- 
blent avoir été, vers le nord, la vallée de TOuad Aouba ; 
vers l'ouest, une ligne passant par le sommet des crêtes 
du mont Jermak, s'infléchit au sud-ouest, vers Eison, en 
suivant les collines basses qui se voient à l'ouest des vil- 
lages de Zekkan'in, de Eefer Menda et de Bedar ; au sud, 
elle était bornée par la chaîne du Carmel jusqu'à Djennin, 
nommé alors le Grand-Gérin, et, de ce point au Jourdain, 
par une ligne venant rejoindre le fleuve un peu au nord 
de Bessan et qui paraît avoir été le Ouady Oscheh. 

La domination latine s'établit également d'une manière 
très sérieuse (1) à l'est et au nord-est du lac de Tibé- 
riade. Pendant le douzième siècle, les Francs y possédè- 
rent la contrée nommée alors la terre de Suete, Suhete 
ou Sueka, qui semble avoir formé au moins un des fiefs 
de la princée de Galilée, puisque nous trouvons dans le 
Code diplomcUique de Paoli (2) et dans le Cartulaire du 
Saint-Sépulcre (3) plusieurs actes dans lesquels, entre les 
années 1165 et 1170, parait comme témoin un personnage 
nommé Guillaume de Sueta ou Sueka (4). 

Dès l'année 1110, nous trouvons cité dans Paoli le don 
fait aux hospitaliers d'un casai situé en la terre de 
Soethe (5). 



(1) Ass. de Jérus,^ t. I, p. 422. 

(2) Cod. dipL, t. I, n' 41, p. 42. 

(3) Cart. Saint-Sépulcre, n- 123-124, p. 227-228. 

(4) Cod, dipLj t. 1., p. 2. 

(5) Le village moderne de Suhita, entre Belinas et Beit-Djenn, paraît bien 
devoir étn* identifié avec la localité du moyen âge qui nous occupe. 



434 aiK)a&APHiE histobique de la 

Ibn Djobaïr (1), voyageur musulman, qui traversa cette 
contrée en 1184, nous apprend que la route de Damas à 
Tibériade atteignait, alors, la frontière du royaume latin 
entre Beit-Djenn et Belinas, à un lieu dit le chêne de la 
Balance. Cet endroit était situé à peu près à égale dis- 
tance de ces deux villes. 

On sait que les écrivafhs arabes des douzième et 
treizième siècles désignent sous le nom de Souad ou 
Saouad de Damas toute la région s' étendant au sud de 
cette ville jusqu'au Belka (2); et Naoua, aujourd'hui Neve, 
est citée par Âboulfeda comme se trouvant dans cette 
province. 

Or, la terre de Suete est désignée par plusieurs autres 
historiens arabes sous le nom de Savada ou Soad (3), 
c'est-à-dire la Contrée noire, nom qui convient parfaite- 
ment à l'aspect et à la nature essentiellement basaltique 
de toute cette région. 

Voici donc parfaitement établie l'identification de la 
terre de Suite ou de Suhete avec le Djolan, contrée s'éten- 
dant à l'est du lac de Tibériade et du cours supérieur du 
Jourdain. 

Si, maintenant, nous recherchons ce que les historiens, 
c tant arabes qu'occidentaux >, nous apprennent sur la 
domination latine dans cette région, nous trouvons dès 
l'année 1105, le récit de l'invasion du Saouad par les 
Francs, qui élevèrent une forteresse nommée Âal (4) entre 
ces cantons et el Bathanieh (le Hauran). Ce château fut 
bientôt détruit par Thogtekin, mais deux conventions sur- 
venues entre ce prince et le roi Baudoin I^, l'une en 
1109 (5) et l'autre en 1111 (6), abandonnèrent aux Latins 
les revenus de la moitié du Saouad et du Djebel Aouf. 



(i) JSisU arabes des Croisades, t. îîî, p. 446. 

(2) Ibid., t. I„ p. 766. 

(3) YiLKBN. Comment. Bell, sacr, esc Aboulfeda, p. i28-SK)5. 

(4) Hist, arabes des Crois., t. III, p. 529. 

(5) Ibid., p. 491. 

(6) Ibid., p. 541. 




8TBIE AU TEMPS DES CROISADES. 435 

De nouvelles expéditions des Francs dans le Hauran, 
notamment en 1113 et 1119 (1), où, à la suite du combat* 
Bouser (Bouser et Hariri), ils pénétrèrent dans le Ledja 
et prirent la ville d'Adraba; d'autres, en 1125 et en 1129^ 
affermirent leur domination sur la contrée de Suete. 

En llbO, on voit figurer, parmi les donations faites à 
Tabbaye de Notre-Dame de Josaphat de Jérusalem, les 
casaux de Saint-Georges de Chaman et de Zebezeb, situés 
dans la terre de Suhete, à l'est du lac de Tibériade (2). 
Le site du premier semble devoir être retrouvé dans un 
village ruiné qui se voit près des Aïoun Schamanj sur la 
route de Safed à Kuneïtrah, entre le village de Naouaran 
et le Tell Abou-Kbanzir. 

D'après les Assises de Jérusalem, la principauté de 
Galilée devait quarante chevaliers pour les terres qu'elle 
possédait à l'est du Jourdain et du lac Tabarie. 

Plusieurs de ces chevaliers peuvent fort bien n'avoir eu 
que des fiefs de soudée. 

Guillaume de Tyr relate, en 1182, la reprise, par les 
Francs, d'un château s' élevant dans la terre de Suhete^ 
non loin de Tabarie, à seize milles au delà du Jourdain et 
dont la possession rendait les Latins maîtres de tout le 
pays environnant (3). Cette forteresse dont, malheureuse- 
ment, nous ignorons le nom, semble être la même qui 
avait été vainement assiégée par Nour-ed-din en 1158. 

Pour la contrée située à l'est de la partie moyenne du 
cours du Jourdain, la domination franque se borna peut- 
être d'abord aux tributs annuels que le roi Baudoin I^ 
levait dès Tannée 1118 sur la montagne du Djebel Adj- 
loun et les environs de Szalt 

Saphet, le château de la Fève, le Chastellet, For- 
belet aux Templiers, et Belvoir aux Hospitaliers, étaient 
les principales forteresses de cette seigneurie, dont Tibé- 
riade était la ville principale. 



(1) HisU arabes des Crois,, t. m, p. 561. 

(2) Delabordb, Chartes de Terre-Sainte, p. 28-Ô5-69. 

(3) G. de Tyr, t. I, p. 1090. 



436 GllOaBAPHIE HISTOBIQUE DE LA 

Le Lyon, nom porté au moyen âge par l'antique Mejiddo 
de la Bible, ainsi que le Grand-Gérin, aujourdliui Djen- 
n'in, Palmer, Casai-Robert, nommé en arabe Eefer-Eanna, 
en étaient les bourgades administrées par des vicomtes. 

Nazareth était le siège de rarchevêché dont relevait 
l'évêque de Tabarie, ainsi que les abbés du Mont-Thabor 
et de Palmérium. 

AIN MEHER, village et source de Galilée, célèbres 
par le combat oti Jacquelin de Maillé, Maître du Temple, 
perdit la vie, en mai 1187; aujourd'hui Ain Mahel, près 
de Nazareth. 

ARABIA (1), casai vendu à l'Ordre teutonique en 1234, 
par Isabelle du Bessan^ femme de Bertrand Porcelet ; il 
est nommé, de nos jours, Arrabeh. Ce village forma, avec 
Zekkanïn (2), un fief dont les possesseurs portèrent le 
nom. 

ARBEL ou ERBEL (3), casai de l'abbaye du Mont- 
Thabor, aujourd'hui Irbid. 

AYLOT (4), casai voisin de Nazareth, mentionné le 
9 octobre 1255 dans un acte d'Henry, archevêque de 
cette ville ; ce village est aujourd'hui nommé Eilout. 

BATUF (5), casai de l'église de Nazareth, donné en 
1259 à l'Hôpital par Henry, archevêque de Nazareth; ce 
nom se retrouve aujourd'hui dans le Merdj-el-Battouf. 

BEDAR (6), casai doàné aux chanoines du Saint- 
Sépulcre en 1111, par le roi Baudoin I*» ; ce village porte 
encore le même nom. 

BELVOIR ou COQUET (7), village et forteresse appar- 
tenant à l'Hôpital, aujourd'hui Eaukab-el-Haoua. Cette 



(1) Tah. Ord. TeuU, p. 3-62-64. 

(2) Supp. aux Fam, d'Outre-Mer, p. 15. 

(3) Cod, IHpl.j t. I, n* 156, p. 200-296. 

(A) Rech, sur la Dom. des Lat, en Syrie, p. 37. 

(5) Cod, DipL, t. 1, n' 133, p. 162. 

(6) G. de Tyr, 1. XI, ch. 12. 

(7) Cod, dip.l, t. I. n* 46, p. 47. 




6YBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 437 

localité avait, antérieurement, formé un fief relevant du 
prince de Galilée, qui fut vendu en 1168 à l'Hôpital pat 
Yvon Vélos, sbn dernier possesseur. 

Ce château est carré, mesurant 160 mètres sur 120; 
il est flanqué aux angles et sur ses faces de tours barre- 
longues. De trois côtés il est muni de fossés taillés dans 
le roc et sur le quatrième ses murs couronnent Tescarpe- 
ment de la montagne. Au milieu de l'enceinte s'élèvent 
les restes d'un édifice qui fut, selon toute apparence, un 
donjon formant réduit. 

BETELCANZIR(l), casai possédé parle Saint-Sépulcre 
et que nous trouvons mentionné dans un accord entre les 
chanoines et le Grand-Maître du Temple. 

BIRBERHAM (2), casai de la terre de Suhete, donné à 
l'Hôpital par Pierre de Lens, antérieurement à 1154. 

BUBIN (3), casai possédé par le Saint-Sépulcre, et que 
nous trouvons mentionné dans un accord entre les cha- 
noines et le Grand-Maitre du Temple. 

BURIE ou BURY (4), village et château situés au pied 
du Mont-Thabor : ce fut un des fiefs importants de la prin- 
cipauté de Galilée qui s'identifie avec le village moderne 
de Dabourieh. 

CAFARMAZERE (5), casai donné à l'Hôpital par Arnoul 
Loferenc, donation confirmée en 1154 par le roi Bau- 
doin UI, nommé aujourd'hui Eefer Musur : ce village est 
situé à l'est du Petit-Hermon, entre cette montagne et le 
Jourdain. 

CAFREQUENNE ou CASAL ROBERT (6), grosse bour- 
gade administrée par un vicomte; le territoire de ce canal 
était limité à l'est par Quepsene et la gâstine de Jubeil, à 



(4) Cart. SUSépulcre, n' 75, p. 150. 

(2) Cod. dipL, l. I, n* 30, p. 32. 

(3) Cart. Saint-Sépulcre^ d. 75, p. 150. 

(4) Cod, IHpl.y t, I, n- 156, p, 200. 

(5) Ibid., n* 30, p. 32. 

(6) Cod. DipL, t. I, n- ,23, p. 141-17I. 



438 eioGSAPHis histobique db la 

l'ouest par les casaux de Séphorie et de Bomette, enfin, 
1^ nord, par le territoire du casai de Touran; c'est aujour- 
d'hui le village de Eefer-Eana. Le revenu annuel de ce 
oasal parait avoir été de 400 besans sarrasins. 

GANA-GâLILÉE (1), casai de l'Eglise de Nazareth 
cédé à lHôpital en 1259, aujourd'hui Eana-el-Jelil. 

OAPHARMAD A (2), casai de l'Eglise de Nazareth ; ce 
village s'identifie facilement avec le village arabe de Eefer 
Menda, au nord-ouest de Séphorie. 

CAPHARDIN (3), casai du Saint-Sépulcre mentionné 
dans un accord avec l'ordre du Temple. 

CAPHARSEPTI (4), casai donné en 1101 par Tancrède 
à l'abbaye du Mont-Tbabor, puis qui, après être passé à 
l'Eglise de Nazareth, fut cédé à l'Hôpital en 1259, aujour- 
d'hui Eefer^Sabt. 

GASRIELME (5), casai voisin de Tibériade, donné en 
1119 à l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat. Position à 
retrouver. 

CHASTELLET (le) (6), forteresse élevée en 1178 par 
le roi Baudoin lY pour commander le passage du Jourdain 
au pont dit des Filles de Jacob (Djeser beuat Yakoub). 
Défendu par les Templiers, il fut pris et ruiné l'année 
suivante par Salah-ed-din. 

Le8 ruines de cette forteresse nommée aujourd'hui 
Easr-el-Athara consistent en une enceinte de forme rec- 
tangulaire avec tours carrées aux angles et présentant 
dans son plan une grande analogie avec Belvoir. 

GOBSIE ou COBSY (7), casai voisin de Tabarie, donné 
aux Teutdniques en 1241 par Philippe de Maugastel et 



(1) Cod, DipL, t. 1, p. 162. 

(2) Cod, Dipl., t. I, p. 200. 

(3) CarU Saint-Sépulcre, n* 75, p. 151. 

(4) Cod. DipL, t. 1, n- 133, p. 162-200. 

(5) Delaborde, Chartes de Terre-Sainte, p. 30-32-47-65-69-101. 

(6) G. de Tyr, 1. XXI, ch. 23. 

(7) Tah. Ord. Theut., n* 90, p. 72-124, 




8TBIB AU TEMPS DES CROISADES. 439 

dont le site parait se retrouver dans les raines de l'antique 
Gborozaïn nommées aujourd'hui Eharbet-el-Eer&ze, près 
de l'embouchure de TOued-es-Semak. 

CRESUM (1), casai de l'abbaye du Mont-Thabor qui 
l'avait reçu de Tancrède en 1101 ; le site de ce casai pour- 
rait peut-être s'identifier avec celui du village moderne 
de Besum. 

DEMIE (2), casai appartenant à lHôpital en 1255; ce 
lieu est indiqué dane la charte où il est mentionné comnfe 
se trouvant entre le Thabor et le lac de Tibériade : je suis 
très porté à proposer son identification avec le village de 
Dameh. 

DERE (3), casai appartenant à l'iabbaye du Mont-Thabor, 
peut-être aujourd'hui et-Tyreh?? 

DERISAUTH (4). Peut-être Deir et-Saudan ? ? 

DERILAHOUAH (5), casaux donnés en 1168 à l'Hôpital, 
par Gauthier de Tibériade. 

EGDIS (6), casai appartenant à l'Hôpital. Positions à 
rechercher. 

ENDOR (7), casai également du Mont-Thabor et qui 
répond à la localité biblique du même nom. 

FENE (le) ou la FÈVE (Castellum Fabe) (8), château 
de Galilée possédé par les chevaliers du Temple et dont 
les ruines se reconnaissent facilement au village d'Ël- 
Fouleh. U en subsiste encore des restes assez considé- 
rables. 

La plaine d'Esdrelon est nommée, par certains écri- 
vains du moyen âge, la plaine de la Fève. 



(1) Cod. DipL, t. I, n* 156, p. 900. 
<2) Cod, DipL, t. 1, n* 18, p. 296. 

(3) Cart. Saint-Sépulcre, n* 142„ p. 259. 

(4) Cod. IHpLy t. I, n* 46, p. 47. 

(5) U)id., 

(6) Cod. DipL, X. I, D* 18, p. 296. 

(7) Ibid., n- 156, p. 200. 

(8) Mas. Lat. Chron. d'Emoul et Bernard le Trésorier^ p. 9^ 
102-143. 




440 OÊOGBAPHIE HISTORIQUE DE LA 

FORBELET (1), château appartenant à l'Hôpital, situé 
non loin du Jourdain. 

GADIR , 

GALAFICE (2), casaux échangés en avril 1169, par 
Foulques Tibériade avec Pons de Cayphas. 

GATREGALA (3). Id. Sites à retrouver. 

GEBUL (4), casai appartenant au Saint-Sépulcre, situé 
aux pieds des montagnes de la Galilée, dans la vallée du 
Jourdain, aujourd'hui Jebul. 

GERIN (le Grand) (5), était au douzième siècle une 
petite ville ayant cour de bourgeoisie et administrée par 
un vicomte ; c'est aujourd'hui une grosse bourgade nommée 
Djenïn. La famille qui possédait ce fief et en a pris le 
nom a fourni un chapitre aux suites des Familles cT Outre- 
Mer. Cette bourgade était entourée de murailles. 

En 1555, le moine Boniface y vit encore, à l'entrée du 
village, les ruines d'une grande église médisBvale. 

GÉRIN (le petit), casai s'élevant sur les ruines de 
la Jezraël biblique, aujourd'hui Jezraïn. 

GOBIAS (les deux) (6), casaux échangés par Foulques de 
Tibériade avec Pons de Cayphas, au mois d'avril 1178. 

HATTIN (7), casai célèbre par la bataille qu'y perdit le 
4 juillet 1187 Gui de Lusignan et qui amena la chute du 
royaume de Jérusalem ; ce village porte encore aujour- 
d'hui le même nom ; c'est sur la colline nommée Krons 
Hattin (les cornes de Hattin) que le roi fut fait prison- 
nier. 



(1) G. de Tyr, 1. XXII, ch. 26. 

(2) Tab. Ord. TheuL, n* 4, p. 5, 

(3) Ibid. 

(4) Cart.lSaint-Sépulcre, t. I. n- 149-167, p. 149-303. 

(5) Mas. Lat. Chron, d'Ernoul et de Bernard le Trésorier 
p. 98-106. 

(6) Tah.^Ord. TheuU, n* 4, p. 5. 

(7) Cod, DipL, t. I, n« 56, p. 57. 



SYBIB AU TEMPS DES CB0ISADB8. 441 

HEEDIX (1), casai dont la dtme appartenait à l'abbaye 
du Mont-Thabor. Site à retrouver. 

HELEAR ou HEBGAB (2), casai donné au Saint- 
Sépulcre par Guillaume de Burie, aujourd'hui K** El 
Eara. 

HEULEM (3), casai dont la dime appartenait à l'abbaye 
du Mont-Thabor. 

HUBELET (4), casai du Saint-Sépulcre situé sur la 
croupe orientale du Petit Hermon ; son emplacement est 
encore nommé K** Ybela. 

HUXENIA (5), casai de Galilée. 

JAUNY (6), place de guerre, citée avec Saphet, qui me 
parait devoir être identifiée avec le Ealaat Schouny, situé 
au sud de cette forteresse, plutôt qu'avec Ibelin, comme 
le font MM. Boricht et Gorgens, à qui j'emprunte la mention 
de ce château. 

JEBBAZ (7), casai situé dans le Rhor du Jourdain, 
donné en 1115 à l'abbaye Notre-Dame de Josaphat par 
Guillaume de Bures. Position à retrouver. 

JHEBIO (8), casai appartenant à l'Hôpital en 1168, 
époque où nous le voyons mentionné dans un acte de 
Gautier de Tibériade. 

JUBEIL (9), casai donné à l'Hôpital et qui doit être 
identifié, je crois, avec le village arabe nommé Om-ed- 
Djebeil. 

JUBEIM (10), casai de l'abbaye du Mont-Thabor. 



(1) Cod. dipU, t. I, n- 56, p. 57. 

(2) Cart, Saint^épulcre, n* 134, p. S2S et 2S6. 

(3) Cod, DipL, t. I, n- 56, p. 57. 

(4) Cart. Saint-Sépulcre, p. n6 et Cod. JHpL^ n* 34, p. 47. 

(5) Cart, Saint-Sépulcre, n- 149, p. 14M48. 

(6) RORICHT et GORGENS, t. 1, p. 292. 

(7) Delaborde, Chartes de Terre-Mainte, p. 2S46-65-102. 

(8) Cod. DipL, t. I, n- 46, p. 47. 

(9) Cod.yHpl., t. I, p.|296. 
(!0) Cod. Dipl. 1. 1, p. 200. 




442 GÊOOBAPHIE HISTOBIQUE DE lâA 

EAFRA (1), casai de Galilée appartenant au Saint- 
Sépulcre, aujourd'hui Kefrah. 

LEGIONE ou le LYON (2); cette petite ville, qui 
répondait au site de la Megiddo antique, formait un des 
fiefs de la principauté de Galilée, était administrée par on 
vicomte et avait cour de bourgeoisie (3) : son nom moderne 
est El Leddjoun. Sanuto nous apprend que cette bourgade 
fut incendiée par les Templiers le 26 janvier 1264 (4). 

LâCOMEDIE (5), Toron, situé entre la petite Palmarée 
et le lac de Tibériade, donné par Eschive de Tabarie à 
l'Hôpital ainsi que lé droit de pêche dans le lac jusqu'à 
un jet de pierre et le droit d'utiliser pour des moulins les 
sources qui vont se jeter dans le lac. 

LUBIE (6), casai donné en 1101 à l'abbaye du Mont- 
Thabor par Tancrède, aujourd'hui Loubieh. 

LOSSERIM (7), casai vendu à l'hôpital en même temps 
que Jherio, par Simon Cheveron, se retrouve dans les 
ruines nommées K^ es Sirin. 

MALUF (8), casai appartenant à l'Eglise de Nazareth, 
le village qui le remplace porte le même nom. 

MANGANA (9), casai donné en 1101 à l'Eglise du 
Mont-Thabor par Tancrède. 

MARÊGHALERIE (la) (10), casai dans la plaine de 
Touran et près duquel s'engagea la bataille de Hattin. 
Ces ruines portent maintenant le nom de Kharbet Mes- 
karah. 



(1) Cart. Saint-Sépulcre, n* 124, p. 22S. 

(2) Tab. Ord, TheuU, p. 6. 

(3) Assises de Jérusalem, t. I, p. 427. 

(4) Marin. Sanct. Ap, Bongars, p. 222. 

(5) Cod. dipL, t. 1, p. 242. 

(6) Cod. DipL, t. I, p. 200-296. 

(7) Ibid., n* 46, p. 47. 

(8) Cod. DipL, t. I, n- 156, p. 200. 

(9) Ibid. 

(iO) R. de GOGGESSHAL. 



8YBIB AU TEMPS DES OBOISADES. 443 

MËSARA ou MESSA (1), casai donné aux moinies du 
Mont-Thabor par Tancrède, aujourd'hui £1 Mesrâa ? 

MOGrAR (2), casai possédé par FOrdre Teutonique, 
aujourd'hui el Mogar. 

NAZARETH , ville archiépicopale de la principauté 
de Galilée, possédait cour de bourgeoisie et était adininîs- 
trée par un vicomte. 

Il ne subsiste plus, aujourd'hui, dans cette ville^ aucun 
vestige des constructions élevées par les Croisés. 
Nous savons qu'elle ne fut jamais fortifiée. 

Les Latins y avaient élevé deux grandes Eglises : la pre- 
mière, dédiée à l'Annonciation et qui servait de cathédrale, 
occupait l'emplacement où se voit aujourd'hui le couvent 
des Franciscains. 

La seconde ft^t édifiée sur remplacement de la maison 
oh fut élevé Jésus ; elle était dédiée à saint Gabriel, et la 
source qui alimentait d'eau Nazareth passait sous cette 
église par un aqueduc qui se voit encore sous l'édifice 
qui, au siècle dernier^ a remplacé l'église des Croisés. 

Raoul de Coggesshal nous apprend que c'est dans le 
cimetière de Notre-Dame de Nazareth que furent enterrés, 
en mai 1187, les Templiers tués au combat d'Aïn Mahel. 

NAIM (3), casai de Galilée dans la plaine d'Esdrelon, 
aux pieds du Petit-Hermon, aujourd'hui Nain; 

NAURE ou NAURES (4), casai de Galilée situé entre 
le Petit-Hermon et les montagnes de Gelboé, mentionné 
en 1270 dans un acte intervenu entre Hugues de Revel, 
Grand-Maître de l'Hôpital et Thomas, légat du Saint- 
Siège et évêque titulaire de Bethléhem. Ce casai s'identifie 
sans peine avec le village actuel d'En-Naurah. 



(1) Cod. Dtp., t. I, n- 156, p. 200. 

(2) Strehelke, Tab. Ord, Teuth,^ n* 4, p. 5. 

(3) G. de Ttr, 1. XXII, ch. 21. 

(4) Cod. dipL, t. I, n- 161, p. 192. 



444 QiOQSAPHIE HISTORIQUE DB LA 

PALMER on PÂLMERIUM (1), bourgade possédant 
cours de bourgeoisie et justice. Position à retrouver. 

PONT DE JUDAIRE (le) (2), était sur le Jourdain à 
peu près à la hauteur du Bessan. Peut-être le Djiser el 
Maktona ? 

PONT DE SENNABRA (le), nom donné au moyen âge 
par les historiens arabes au Djiser Medjamah. Ce nom était 
celui d'un village sur la rive gauche du Jourdain. 

RAINE (3), casai de Galilée que nous trouvons men- 
tionné dans un acte en 1254; ce village est encore nommé 
El Reineh. 

RATM (4), casai possédé par Tabbaye du Mont-Thabor. 

ROM A (5), casai possédé par l'abbaye du Mont-Thabor; 
ce villajge subsiste encore à présent et porte le nom de 
Tell-Roumah. 

ROMETTA (6), casai possédé par l'abbaye du Mont- 
Thabor ; le site de ce village se retrouve dans le bourg de 
Roumanch, à deux kilomètres à Test du précédent 

SAINT-GEORGES DE CHAMAN (7), casai de la terre 
de Suhete près de la plaine de Medan, concédé en 1126 
à l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat par Guillaume de 
Bures. Je crois avoir retrouvé le site de ce village dans 
des ruines voisines des Aïoun Schaman (sources de Gha- 
man) et portant le même nom, sur la route de Safed à 
Euneitrahy entie le village de Naouaran et le Tell-Abou 
Ehanzir. 



(i) Assises de Jérusalem, et Familles cTOutre-Mer, p. 837. 

(2) Cont, de G. de Tyr, 1. XXXI, ch. 12. 

(3) Cod. DipL, l. I, n* 123, p. 141. 

(4) Cod. Dipl., t. I,n' 156, p. 200. 

(5) Ibid. 

(6) Ibid. 

(7) Delaborde, Chartes de Terre-Sainte, p. 40. 



SYBIE ATT TEMPS DES CB0ISÂDE8. 445 

SAINT-JOB (1), casai voisin du précédent, donné éga- 
lement à Tabbaye de Josaphat par le même seigneur, en 
1129. 

SâKA (2), casai qui se trouvait çntre le Eison et 
Capharmada. 

i 

SAPHET (le). Forteresse possédée par les Templiers* 
La ville moderne de Safed, bâtie sur trois collines grou- 
pées autour du château, se divise en cinq quartiers entre- 
mêlés de jardins. 

La citadelle est de forme à peu près ovale. Elle mesure 
quatre cents mètres de long, sur quatre-vingt-quinze de 
large. 

Ses murs, hauts encore de dix mètres environ, forment 
une double enceinte que sépare un fossé taillé dans le roc 
vif. Les pierres de revêtement sont de très grand appareil 
et taillées à bossages. 

En 1863, on voyait sur le terre-plein central de cette 
forteresse les restes de deux édifices considérables; le 
premier était un donjon carré et Tautre semble avoir été 
un grand logis. 

Un premier château, élevé vers 1140, par les Croisés, 
fut détruit, en 1189, par Salah ed-din. Saphet ayant été 
rendu aux Templiers en 1240, ils relevèrent la forteresse 
dont nous voyons aujourd'hui les restes. 

Les chroniques arabes parlent d'un puits très profond 
qui alimentait d'eau la garnison. 

En dehors de la ville actuelle se voient encore les restes 
de deux ouvrages avancés du château. Ils étaient égale- 
ment construits en blocs énormes taillés à bossages. Mais, 
comme celles du château, ces ruines, chaque jour dépecées 
par les habitants, qui en ont fait de véritables carrières, 
auront bientôt disparu. 



(1) Delaborde. Chartes de Terre^ainte, p. 43. 

(2) Baluze, MiscelU l. VI, n* 56, p. 57. 



446 aiOGSAPHIE HISTOBIQUB DE LA 

En 1870, MM. Mieulet et Derrien trouvèrent encore 
une tour barrelonguere connussable, formant l'un des 
flanquements de Touvrage situé vers le sud, en avant de 
la citadelle, de l'autre côté du col, couvert de jardins, où 
passe la route de Safed à Tibériade. 

Le Sultan Malek-ed-Daher-Bybars enleva Saphet aux 
Templiers en 1266 et massacra les défenseurs de la place, 
au mépris de la capitulation. 

Nous savons, par Baluze, que 260 casaux relevaient dn 
Saphet. 

SâRD (1), château situé sur la rive droite du Jourdain. 

SâRONIE (2), casai donné en 1256 par Josselin de 
Tournel à l'Hôpital, aujourd'hui Sarona. 

SCIRA ou SCIERA (3), casai donné par Tancrède, en 
Tannée 1101, à l'abbaye du Mont-Thabor; c'est, actuelle- 
ment, le village de Es Sajerah. 

SELLEM (4), casai possédé par les Tentoniques; ce 
village porte encore le môme nom. 

SEPHORIE, grosse bourgade voisine de Nazareth, 
nommé aujourd'hui Saphourieh, où se voyaient les restes 
d'une belle église à trois nefs élevée au douzième siècle 
sous le vocable de sainte Anne. 

Une tour, b&tie par les Templiers, au sommet de la 
colline dominant Saphourieh, demeure encore intacte. 

SESYE (5), casai situé près du Jourdain, donné à l'Hô- 
pital par Tancrède en 1101. 

SISARA (6), casai donné à l'Hôpital en 1255, mais qui 
me parait être même que Sciera. 

TABARIE, ville principale de la principauté de Ga- 



(1) G. de Ttr, 1. Xm, ch. 17. 

(2) Cod. dip., t. I, n* 18, p. 296. 

(3) Cod. dipl.j l. I, n* 156, p. 200. 

(4) Strehelke, Tab, Ord. Theut,, n* 4, p. 5. 

(5) Cod. DipL, t. I, n* 156, p. 200. 

(6) Cod. DipU, t. I, n- 18, p. 296. 




8YBIE AU TEMPS DES CBOlSiD^IS. 447 

lilée, s'élève sur la rive occidentale du lac auquel elle 
donne son nom. 

Avant le tremblement de terre de 1837, l'enceinte du 
moyen Age latin ét^ait encore à peu près intacte; elle était 
flanquée de toiirelles roiiSes. MalheuréiiseiH^fit, ^ beau- 
coup de points, ce n'est plus, aujourd'hui, qu'un monceau 
de ruines. 

Du vieux château des princes de Galilée, qui s'éleyjait 
un peu au-dessus de l'endroit oii se voit la forteresse arkbe 
moderne , «ur le sommet de l'escarpement bordant l'ouad 
Berefdeh, il ne reste plus que des arrasements informel. 

THANIS ou TANNOCH(l), casai possédé pai* l'abbàyé 
de Notre-Dame de Josaphat^ aujourd'hui Ta'anoùk, eiltre 
el Leddjoun et Djenïn. Bonne identification due à M. Delà- 
borde 

TOURAN (2), casai de Galilée mentionné en 1254 dans 
un acte de Julien, Sgr de Sagette. Ce village porte encore 
le même nom. 

TURBASAIM (3), casai dépendant du Mont-Thàbor. 

UBBEM, casai voisin de Gapharmada. 

ZEBEZEB (4), casai de la terre de Suethe, concédé à 
l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat en 1 1 1 ô par Théobald 
de Nigelle. Positions à retrouver. 

ZEKANIN (5), casai vendu aux chevaliers Teutoniqaes 
en 1234 par Isabelle du Bessan, femme de Bertrand 
Porcellet; ce lieu s'identifie avec le village moderne de 
Sakknin. 



(1) DBLABORBg, Chartes de Teo're*Sainte^ p. 36-54-tt8-6i-SS-116. 

(2) Ibid., D' 133, p. 141. 

(3) Cart. SaiiU^épulcre, n* \A% p. 259. 

<4) Dblaborbb, Chartes de Terre-Sainte, p. 30-3446-65-09-102. 
(5) Tab, Ord. Theut,, p. 8-62-64. 

19 



44Ô oioaSAPHIE HISTORIQUE DE LA 



TERRITOIRE D'ACRE ET DE TYR 



Tyr et Acre demeurèrent villes royales jusqu'en 1187. 
Puis, à la suite de la prise de Jérusalem par Salah-ed-din, 
la seconde devint, durant le treizième siècle, la capitale 
des colonies latines de Syrie. 

J'ai donc cru devoir comprendre dans un même chapitre 
le territoire entourant ces deux villes et qui était limité 
au nord par la baronnie de Sagette, tandis qu'à l'est et au 
sud il confinait la Princée de Galilée. 

Le premier des grands fiefs de cette contrée était 
d'abord le Toron, dont relevaient les fiefs du Maron, du 
Château-Neuf, de l'Assebebbe et de Belinas, ce qui don- 
nant à ses seigneurs une grande importance, faisait de 
leur famille l'une des plus considérables des principautés 
franques de Syrie. La charge de connétable du royaume 
fut longtemps exercée par plusieurs de ses membres. 

Puis venaient les fiefs et seigneuries de Scandelion, du 
Château du Roi et de Montfort, de Saint-Georges de 
Labaène et du Saor, de Merdgelcolon et du Gedin, 
du Manuet, de la Chambrelaine, de Cabor, de Casai 
Imbert, etc. 

Au moment de la prise de Tyr par Baudoin P', un tiers 
du territoire de cette ville fut attribué aux Vénitiens ; le 
roi s'en réserva les deux autres tiers, qu'il partagea en 
petits fiefs et en donations religieuses. 

Les nombreux changements survenus durant la seconde 
moitié du treizième siècle rendent presque impossible, 
aujourd'hui, la délimitation de ces petits fiefs qui, le plus 
souvent, n'étaient formés que de quelques charrues de 
terre. 

Les dépendances du Château du Roi et de Montfort ne 
comprenaient pas moins de trente-cinq casaux qui, tous, 
sont connus. 



ST&IB AtJ T£MP8 DES CBOISADÏBS. 449 

Merdgelcolon et le Gedin se composaient de ces deux 
localités et ce fief passa, comme Montfort et le Château 
du Roi, à rOrdre Teutonique. 

Saint- Georges de Labaène était une grosse bourgade 
située entre Acre et le Saphet, donnant son nom au fief 
dit de Saint-Georges. 

On y voyait, au temps des Croisades, une abbaye placée 
sous le vocable de Saint-Georges et dont l'église présente 
encore de belles ruines. 

Ce fief devait dix chevaliers à la défense du royaume ; 
les huit casaux suivants, que j'ai pu identifier, Arket, 
Yanot, Cabra, Mehiie, Saphet, Lemez(*ra, Kemelie et 
Bokeei, formaient ses dépendances. 

A la fin du douzième siècle, le fief de Saint-Georges 
avait pour seigneur Henri de Milly, dit le Buffle. Ce der- 
nier ne laissa pour héritiers que trois filles qui se parta- 
gèrent ses fiefs. Ce fut le premier exemple que l'on vit en 
Terre- Sainte, dit Philippe de Navarre, de femmes parta- 
geant, à parts égales, le fief de leur père. 

Le Manuet était au sud du Casai Imbert et le site de la 
bourgade qui donnait son nom à cette seigneurie se 
retrouve dans les ruines nommées el Menaouat. 

Le territoire de ce fief comprenait sur le littoral l'es- 
pace qui s'étend du Ouady Ercin au nord, jusqu'au Nahar 
el Mafchogrh au sud ; ce territoire était limité au sud et 
à l'est par les casaux du Quiebre et du Fierge, au nord 
par celui de Casai Imbert. Eu 1217, le Manuet était passé 
à l'Hôpital. 

La Ghambrelaine semble avoir tiré son nom de la charge 
de son premier possesseur. Ce fief devait le service de 
deux chevaliers et était formé des cinq casaux de Casai 
Blanc, Ambelie, Ancre, Clie et Lanahie ou La Noyé. 

Cabor fut un petit fief devant le service d'un seul che- 
valier et dont quelques seigneurs nous sont connus. 

Vers la fin du douzième siècle, la prise d'Edesse par les 
Musulmans amena le roi Baudoin IV à créer un fief consi- 
dérable pour son oncle Joscelin UI, fils du dernier comte 
d'Edesse Ce prince fut, en même temps, pourvu de la 
charge de sénéchal du royaume. 



450 .«iOGSAFHIE HISTOBIQUB DE LA. 

Ce fief, qlii prit le nom de son possesseur, nom sous 
lequel on le trouve désigné dans les Assises du royaumey an 
livre de Jean d'Ibelin, fut constitué par une série de dona- 
tions et d'acquisitions faites entre les années 1179 et 
1196, et qui comprenait : 

Le château du Toron et le Maron. 

Le château Neuf et Bélinas. 

Le fief de Saint-Georges de Labaène. 

Le château (dit) du Boi^ qui passa par la suite, ainsi 
que la plus grande partie du fief de Saint-Georges à 
rOrdre Teutonique. 

La terre de Geoffroy- le-Tor, composée du Mannêt eft 
d'un certain nombre de casaux. 
Enfin, le fief (dit) de la Chambretaine. 

Le comte Joscelin laissa deux filles de son mariage 
avec Agnès de Milly, qui lui avait apporté le Château du 
Roi et celui de Montfort avec leurs dépendances. 

L'aînée, Beatrix, fut mariée à Othon, comte d'Henne- 
berg, et Agnès, la seconde, à Guillaume de TAmandelée. 

Le 31 mai 1220, l'Ordre Teutonique achetait d'Othon, 
comte d'Henneberg, pour la somme de 7,000 marks d'ar- 
gent, un tiers du fief de Saint- Georges, ainsi que Mahalia, 
dit le Château du Roi, avec les trente-sept casaux formant 
ses dépendances. 

Le 20 avril 1228, les mêmes chevaliers échangèrent â 
Jacques de l'Amandelée le Château dit de Montfort, 
ainâi que ses dépendances, contre une rente de 6^000 
besans sarrasins donnée à l'Ordre par l'empereur Fré- 
déric IL 

Les nombreuses mutations survenues dans ces fiefs 
pendant le treizième siècle, lorsqu'ils passèrent, pour la 
plupart, aux grands Ordres militaires, m'ont déterminé à 
disposer ici, encoie, simplement par ordre alphabétique, 
lès casaux des environs de Tyr et d'Acre, en me bornant à 
indiquer, pour chaque localité, le fief auquel elle apparte- 
nait, aux dates où je la trouve mentionnée dans les docu- 
ments contemporains de la domination latine en Syrie. 



i 



SYBIE AU TEMPS DES CROISADES. 451 

âCOABARA (1), casai dépendant du fief du comte Jos- 
celin et qui parait être le même que le village de Eabarah, 
au sud de El Baïneh. 

ÂCHâRA (2), casai relevant du Château du Roi et 
qui passa avec ce fief aux chevaliers Teutoniques en 1220. 

ACRE , la ville d'Acre , devenue au treizième siècle 
capitale du royaume latin, passait, alors, pour la première 
place (le guerre de la Terre-Sainte, 

C'était, en même temps, le grand entrepôt commercial 
de cette partie du bassin de la Méditerranée. A côté des 
Vénitiens, des Pisans et des Génois, les marchands des 
autres grandes villes maritimes, comme Marseille, Mont- 
pellier, Ancône et Barcelone, y possédaient des comptoirs 
approvisionnés des produits de l'Orient par les négociants 
arabes de Mossoul, de Damas et d'Alexandrie. On ren- 
contrait dans ses rues de nombreux étrangers de toutes 
conditions et on y entendait parler les langues et les 
idiomes les plus divers. 

Burchard de Mont-Sion, qui visita Acre, en 1284, décrit 
ainsi le site et l'aspect de cette ville : < Accon autem civi- 
tas munita est mûris, antemuralibus, turribus et fossatis 
et barbacanis fortissimis, triangulam habens formam, ut 
clypeus, cujus duss partes junguntur mari magno. Tertia 
pars campum respicit (3). > 

Malheureusement, il ne reste presque plus rien de ces 
murailles célèbres, en avant desquelles se voyaient, près 
de l'église Saint-Nicolas • extra muros > , les deux cime- 
tières de la ville : celui de Saint-Michel et celui de Saint- 
Nicolas. 

Un cimetière arabe G qui se trouve à 900°^ environ à 
l'est de la ville moderne a remplacé ici, comme à Jéru- 
salem, le cimetière latin du moyen âge et indique la posi- 
tion de ce lieu de sépulture, qui s'étendait entre les 



(i) Strehelkb. Tah, Ord, TheuUj d* 16, p. IB. 

(2) Ibid., n- 53, p. 43. 

(3) Laurent. Peregrinat, Medii JEvi^ p. 23. 



452 GEOGRAPHIE HISTORIQUE DE LA 

ouvrages établis en avant de la tour Neuve du roi Henri 
et le Tell-el-Foucar, nommé, au moyen âge, le Toron, seul 
tertre existant à Test d'Acre et que nous trouvons signalé 
en ces termes, par le continuateur de Guillaume de Tyr, 
dans sa relation du siège de cette ville par le roi Guy de 
Lusignan : • Quant li rois Guis vint devant Acre si se 
herberja sus un toron qui devant Acre estoit sor le cime- 
tière de Saint-Nicolas (1). » 

Les récits des chroniqueurs et des pèlerins qui visi- 
tèrent Acre à cette époque nous apprennent que les cour- 
tils ou jardins de la ville s'étendaient, de ce côté, jusqu'au 
Belus (Nahar Kourdaneb), qui alors, comme de nos jours, 
faisait tourner plusieurs moulins (2). 

Malheureusement, comme je Tai dit plus haut, l'église 
Saint-Nicolas-du-Gimetière (3) ayant complètement dis- 
paru (4) et les murs d'Acre n'ayant laissé presque aucun 
vestige de ce côté, les seuls jalons qui nous restent pour 
reconstituer cette partie des abords de la ville sont : la 
jetée orientale du port, une dépression A qui paraît être 
l'ancien fossé creusé au pied des murs, et le Tell-el-Fou- 
car, sur lequel s'élevaient alors les fourches patibulaires 
d'où lui était venu le nom de mons suspensornm (ô), sous 
lequel nous le trouvons désigné dans des documents con- 
temporains. 

Les Templiers possédaient plusieurs pièces de terre de 
ce côté, notamment un jardin situé entre le cimetière 
Saint-Nicolas et ce tertre (6). 

Grâce aux traces des anciens fossés, j'ai pu établir 



(1) Hist, occid, des Croisades. Gont. de tv. de Ttr, p. 125. 

(2) Strehklre. Tab, Ord, Theut., w 91, p. 72. 

(3) Cod. Dipl,, t. l, n- iSl, p. 223. 

(4) Nous savons, par Marino Sanudo, que cette église fut abattue le 26 
février 1265, en même temps que la tour du Saint-Esprit, celle dite des 
Moulins et les autres tours défendant les jardins, au moment où on s^atten- 
dait à voir Acre assiégée par le sultan Bybars. La première de ses tours 
était entre le Belus et le Toron ou Tell el Foucar. , 

(5) Strbhlke. Tab. Ord. Theut, n* 86. p. 68. 

(6) U)id. 



8XBIS AU TEMPS DES CROISADES. 453 

d'une façon rigulière la mesure géométrale de la super- 
ficie de la ville au moyen âge. 

Acre mesurait environ 1,700 mètres de longueur 
maxima, c'est-à dire parallèlement à la mer, et un peu 
plus de 1,000 dans sa plus grande largeur de la mer à la 
tour angulaire (tour neuve du Roi Henri). 

Elle était divisée en deux : la cité proprement dite et 
le quartier de Montmusart, formant la partie nord de la 
ville. 

Nous ne possédons, malheureusement, que peu de ren- 
seignements contemporains sur la topographie d'Acre, et 
ce n'est guère que par les iconographies que nous avons 
une idée approximative des divers quartiers de la ville. 

Les seuls plans modernes de cette ville et de ses envi- 
rons sont : 1° Celui qui fait partie des archives de l'expé- 
dition d'Egypte ; 2^ celui du colonel Paultre, enfin celui 
des fortifications modernes, relevé en 1840 par le com- 
mandant du génie Burton. 

Dans les deux premiers de ces documents on trouve, 
exactement tracés, les vestiges du grand fossé couvrant 
au nord et au nord-est le quartier ou bourg de Montmu- 
sart. Le plan de Paultre indique un certain nombre d'arra- 
sements de murailles, pour la plupart disparus aujour- 
d'hui, mais dont j'ai pu relever moi-même quelques traces 
au mois de janvier 1860. 

On voyait alors en B, à l'extrémité ouest du fossé, là où 
il aboutit au rivage, les fondations d'une énorme tour 
ronde. De ce point, jusqu'aux glacis de la place, on recon- 
naît encore sans peine les traces du mur qui bordait la 
ville du côté de la mer. 

Au moment du siège de Saint-Jean-d'Acre par Bona- 
parte, outre la tour .ronde angulaire dont je viens de 
parler et qui est désignée dans le plan sous le nom de 
tour du Diable, on voyait encore la base d^une autre tour 
vers le point G, ainsi que l'arrasement du rempart de la 
fa(ft nord-est de Montmusart. 

Les traces de la muraille qui, au moyen âge, séparait 
ce quartier de la ville proprement dite, sont indiquées sur 
une longueur assez notable par Paultre, et la ligne qu'elles 



454 Gi:OGB:AP!SI£ HISTORIQUE DE LA. 

formaient passait près du pied du glacis des fortifications 
d'Acre. 

Les travaux du siège de 1799 et de celui entrepris par 
Ibraïm Pacha en 1832, ainsi que la construction des nou* 
veaux ouvrages d'Acre en 1837, ont fait disparaître la 
plupart de ces vestiges du moyen âge. A ce titre, le plan 
du colonel Paultre est doublement précieux. 

Nous savons par les documents officiels de la campagne 
de Syrie que les travaux de siège de l'armée républicaine 
eurent pour point de départ, le 20 mars 1799, les fossés 
est et nord-est de l'ancienne ville. 

A la suite du tremblement de terr&de 1 199, les murailes 
d'Acre forent en grande partie reconstruites (1). 

Voici comment Wilbrand d'Oldenbourg parle de ces 
ouvrages et décrit la ville d'Acre : 

< Hec est civitas bona et fortis, in littore maris sita, ita 
ul, du m ipsa in dispositione sit quadrangula, duo eius 
latera angulum constituentia a mari cingantur et munian- 
tur; reliqua duo latera fossa bona et larga et profunda 
funditus murata et duplici muro turrito pulcbro ordine 
Goronantur, eomodo, ut prier murus suis cum turribus 
ipsam matrem non excedentibus a secundo et interiore 
murOy eujus turres altaô sunt et validissimsB, prospiciatur, 
et custodiatur (2). > 

De ce passage nous devons conclure que ces murailles, 
élevées en même temps que celles de Tyr, du Château- 
Pèlerin et de Tortose^ devaient présenter la plus grande 
analogie avec celles de ces forteresses. 

De toutes les iconographies des villes de la Terre- 
Sainte qui nous ont été laissées par le moyen âge, celles 
d'Acre paraissent, de beaucoup, se rapprocher le plus de la 
vérité, tant pour la position relative des édifices, si nous 
en jugeons par ceux dont les restes fixent, pour nous, 
d'une manière indiscutable, les emplacements, que pour le 
tracé général des murailles de la ville et des tours qui les 
défendaient. m 



(1) ffist, occid, des Croisades^ t. II, p. S45. 
{% Àp, Perégr, medii œvi qtiat,, éd. Laurent. 




STKIE AU TEMPS DES OEOIBABES. 455 

Les yoies figurées dans ces iconographies n'indiquent, à 
coup sûr, que les grandes artères circonscrivant les divers 
quartiers de la ville. Quant aux nombreuses rues sillon- 
nant Acre en tout sens, nous connaissons les noms d'un 
certain nombre d'entre elks, mais sans pouvoir en préci- 
ser l'emplacement. 

Les iconographies d'Acre que nous possédons sont au 
nombre de quatre. 

La première a été publiée par Bongars et reproduite 
sous forme de plan historique par d'Anville. ^ 

Deux autres, dont je me suis servi, sont tirées, ta pre- 
mière d'un manuscrit de la bibliothèque du Vatican (l), 
la seconde du n^ 3939 du fonds latin des manuscrits de la 
Bibliothèque nationale de Paris. 

Ces trois documents sont presque identiques et ne pré- 
sentent que de légères variantes permettant plutôt de les 
compléter les uns par les autres. 

Quant à la quatrième, qui se trouve à la Bibliothèque 
du Musée Britannique, elle a été publiée par Jomard 
{Monuments de la géographie^ pi. 5). 

Ce dernier document diffère assez des précédents et 
parait loin de présenter les mêmes garanties d'exactitude. 
La forme donnée à la ville d'Acre par les trois premières 
répond parfaitement aux descriptions de Burchard de 
Mont Sion et de Wilbrand d'Oldenbourg. 

La double muraille garnie de tours qui couvrait Acre à 
l'est et au nord-est s'y trouve représentée avec l'indica- 
tion des noms de plusieurs tours et de ceux des princi- 
pales portes s'ouvrant, tant dans les remparts proprement 
dits, que dans le mur séparant la cité d'Acre du quartier 
de Montmusart. 

Nous savons que les murs d'Acre étaient flanqués de 
grosses tours, généralement barrelongues ; qu'ils for- 
maient, dit WilbrAid d'Oldenbourg, deux lignes de 
défense et qu'en avant de la première, commandée par la 
seconde^ régnait un large et profond fossé dont il subsiste 
encore des traces très reconnaissables. 



(t) Vaticattus codex, n* 1900. 



456 oioaBAPHiE eisTOKidUB de la 

Il ; avait alors des règles et des formules poar l'archt- 
tectare militaire connue il en existait pour l'arcfaitectare 
religieuse et civile. Ainsi, en prenant pour point de corn- 
paraiHOO les défenses de Tortose et du Château-Pèlerin et 
en reportant sur le terrain les dispositions indiquées par 
les iconographies, nous serons amené à conclure que si le 
tracé des murailles d'Acre présentait une analogie frap- 
pante avec celui des remparts du château de Tortose, il 
y a tout lieu de penser que, par leurs proportions, les 
tours d'Acre devaient se rapprocher plutôt de celles du 
Gh&teau-Fèlerin et par leur forme de celle de Césarée, 
mais en étant plus sùllantes sur les courtines. 

Gliillebert de Lannoy qui visita les ruines d'Acre, an 
commencement du quinzième siècle, vit encore les grands 
talus, en maçonnerie, régnant à la base de ces murs et 
de ces tours. 

La face orientale des remparts d'Acre formait an front 
oblique s'étendant de la mer à la tour ronde dite tour 
neuve du rot Henri pour l'avant inur, et pour la seconde 
ligne à la tour Maudite, placée & l'angle nord-est de ce 
second rempart Chacune de ces mu -ailles était flanquée 
de cinq tours, en comptant les deux ouvrage» que je viens 
de nommer. 

Si, comme tout donne & le penser, la légère dépression 
A indique l'ancien fossé, et que l'on trace, d'après les arra- 
sements figurés dans le plan du colonel Paultre, la 
maraille qui séparait la cité d'Acre du quartier de Mout- 
musart, on aura, par l'intersection des lignes ponctuées, 
la position des tours Maudite et du roi Henri, la première 
 520 mètres de la mer et la seconde â tiOO mètres envi- 
ron, si nous adoptons la distance de 40 mètres comme 
celle séparant les deus murailles. A Tortose, au Erak- 
dea-Chevaliers et au Château-Pèlerin, la distance qui 
séparait les deux enceintes sur les points vulnérables n'ex- 
cédant jamais ce chifi're. 

Voici les noms qui nous sont parvenus des tours flan- 
quant chacun de ces remparts. A l'angle nord du premier 
mur se voyaient la tow neuve du roi Henri, puis la tovr 
Saint- Nicolas, celle des Bouchers, celle d» Pont dite 



SYEIB AU TEMPS DES CBOISADES. 457 

aussi tour du Légat (l). Quant à la cinquième, bâtie dans 
la mer à une certaine distance du rivage et où se termi- 
nait le rempart, son nom nous est encore inconnu. 

Entre ces tours principales il devait exister des sail- 
lants secondaires et d'une moindre importance, à (*n 
juger, du moins, par le passage suivant extrait d'une des 
chartes du cartulaire de Tordre Teutonique : « Et aliam 
parvam turrem in cantone murorum civitatis a parte 
orientali (2). > 

Or le grand espace séparant les cinq tours dont je viens 
de parler, et qui aurait été en moyenne de 140 mètres 
d'axe en axe, donne beaucoup de fondement à cette con- 
jecture. 

Pour la seconde muraille, l'iconographie de la Biblio- 
thèque du Vatican, que je reproduis ici, nomme tour des 
Génois les deux saillants les plus rapprochés de la mer. 
La troisième tour n'a pas de nom,' et la quatrième, qui 
précède la tour Maudite est appelée tour des Pèlerins, 

Nous savons qu'à Acre, comme au château de Tortose, 
de vastes magasins voûtés, formant place d'armes, étaient 
adossés aux remparts de la ville (3). 

Les portes et poternes s'ouvrant dans cette partie des 
murs d'Acre étaient celles du Pont ou du Légat, ainsi que 
celles de Saint-Nicolas ou de Saint-Thomas. Cette der- 
nière, qui semble n'avoir été qu'une simple poterne, paraît 
avoir tiré son nom d'un couvent des frères de Saint- 
Thomas qui était contigu à l'hôpital Notre-Dame des 
Allemands. 

D'après Sanudo, une porte était percée dans la cour- 
tine de la seconde enceinte près de la tour Maudite et en 
avait pris le nom. 

Comme à Tortose et au Château-Pèlerin, ces portes 
paraissent s'être ouvertes dans le flanc ou sous le com- 
mandement des ouvrages dont elles portaient le nom. 
C'est du moins ce que nous devons conclure du passage 



(1) ÂMADi. Bib. Nal., mss. fonds italien, n* 387, p. i9S. 

(2) Strehlke. Tab, Ord, TheuU, n* 40, p. 32. 

(3) Ibid., n* 29, p. 25. 



458 



eiO^&APHIB HISTOBIQUE DB LA 



suivant, extrait d'une des chartes constituant le cartolair 
des ckevaliers de Tordre Teutoniqne : < Concedo... turren 
quse est super portam Acconis quœ porta appelatar port 
Sancti Nicholai... porta, quse est sub turre, per quai 
intratur et exitur, de villa (1). > 

Ces ouvrages devaient donc présenter une très grandi 
analogie avec la tour-porte du château de Tortose, don 
la saillie sur la courtine est de 17 mètres (2). 

Sur les divers points du périmètre des ancienne! 
murailles d'Acre, où se retrouve la trace des fossés, h 
dépression mesure, aujourd'hui, de 45 à 50 mètres di 
largeur; mais il faut tenir compte, ici, de la nature di 
terrain qui, loin d'être de la roche vive, comme à Tortose 
est d'une nature sablonneuse, s'éboulant facilement, d< 
telle façon que l'excavation s'est élargie en se coniblant 

Comme ce côté de la ville était le plus exposé au: 
attaques de l'assiégeant, on avait élevé dès l'origine, ei 
avant de la première muraille, des ouvrages avancéi 
tels que des barbacanes et des lices en paJis plantée 
sur des terrassements précédés de fossés et renforcés di 
tourelles et murailles crénelées, ouvrages analogues i 
ceux dont j'ai plusieurs fois trouvé des traces aux abordi 
des châteaux que j'ai relevés en Syrie (3). 

Nous savons par Marino Sanuto et par Amadi que tou! 
ces ouvrages furent réédifiés en maçonnerie et complétés 
par des tours d'une défense sérieuse quelques années 
avant le siège de 1291. Dès le commencement du trei- 
zième siècle, on remplaçait déjà, en Europe, nous di 
VioIlet-le-Duc (4), les lices et les barbacanes de bois pa 
des enceintes extérieures et des barbacanes en maçon 
nerie. Sanuto cite notamment une tour que Jeann< 
d'Alençon, la comtesse de Blois, fit ajouter en 1287 à l 
barbacane de la porte Saint-Nicolas. 

Plusieurs autres ouvrages analogues se voyaient ei 
avant de cette partie des murs d'Acre et on y accédai 



(1) Strbhelke, Tab, Ord. Theut., w 35, p. 28. 

(2) Étiuie sur Varchitecture militaire des Croisés^ p, 76. 

(3) Ihid., p. 131. 

(4) ViOLLBT-LB-Duc, Archit, miliUy p. 52. 



SY&IE AU TEMPS DES CROISADES. 459 

par des ponts, les uns en bois, les autres en maçonnerie, 
ainsi que nous l'apprend le même auteur. 

La grande barbacane de la porte de Laon à Goucy est, 
je crois, de tous les édifices militaires remontant au trei* 
zième siècle par^renus jusqu'à nous, celui qui doit présen- 
ter le plus d'analogie avec les barbacanes d'Acre^ tant par 
ses vastes proportions (90 mètres de diamètre) que par 
les tours qui la défendaient et le viaduc en maçonnerie 
qui reliait son terre-plein à iine poterne s'ouvrant dans 
les tnurs de la ville. 

J'ai dit plus haut que l'angle nord-est de la première 
enceinte d'Acre était formé par un grand ouvrage circu- 
laire nommé tour neuve du roij élevé par Henri II, roi de 
Chypre et de Jérusalem. 

En avant s'étendait une première défense appelée bar- 
bacane du roi Hugues, et qui eut à supporter les pre- 
mières attaques des Musulmans au mois de mai 1291. 

Sanuto, après avoir décrit les travaux d*approche des 
Musulmans dirigés contre la barbacane du roi Hugues et 
celle de Saint-Nicolas {\\ dit que le roi Henri de Chypre 
arriva le 4 mai au secours de la ville assiégée, avec deux 
cents chevaliers et cinq cents fantassins ; puis il ajoute : 
t Et octavo die ejusdem mensis destruxerunt (le roi de 
Chypre et ses chevaliers) sbaralium (sivebarbacanum) régis 
Hugonis, imposueruntque ignem; pontem quoque muro 
adhserentem similiter : quia aliquibus videbatur quod hœc 
defendere non valerent (2). > 

Il y a donc à conclure de ce passage que la barbacane 
dite du roi Hugues était en charpente ou tout au moins 
munie de hourds en bois et que c'était un pont de fust qui 
la reliait à la tour neuve du roi. 

C'est par ce pont que les Musulmans pénétrèrent dans 
la ville en s'emparant de la tour neuve oii commandait le 
prince de Tyr. • Sarraceni autem XV madii violenter 
ceperunt turrim rotundam novam Régis quœ erat ante 
turrem Maledictam (3) et intraverunt Sarraceni per 



(1) Marino Sanut. Sécréta fid. Crue, ap, Bongars, p. 230. 

(2) Ibid., p. 231. 

(3) IMd., p.'23l. 



460 oâOG&APHlB HISTORIQUE DS I^A 

dictam turrim novam, toto conata, usque ad barbacaoum, 
et obtinuerunt ; iode per pontem lapideum, quem fecerant 
christiani, ut per eum amagno muro ad barbacanum transi- 
rent, civitatem ingressi sunt, diverteruntque ; aliqui versus 
portam Sancti Nicolai, alii versus portam Legati. Tune 
christiani fugam capiunt versus mare; et Sarraceni, per 
scalas libère muros ascendunt, et infra civitatem jam 
omnia occupant > 

La panique fut telle, à ce moment, chez les chrétiens, 
que le grand-maitre du Temple, celui des chevaliers Teu* 
toniques et Jean de Grailly ne purent réoccuper les 
ouvrages dont les Musulmans venaient de se rendre maî- 
tres, et quMls furent refoulés dans les rues de la ville par 
la masse des fuyards. Sanudo raconte ensuite l'entrée des 
Musulmans dans Acre : t Post hsec videntes Turchi quod 
nulla esset defensio ad portam turris Maledictœ in civita- 
tem intrantes, etc. » 

II parait donc certain que le second mur fut enlevé 
sans combat et que ce fut par une porte sans défense que 
les Sarrazins pénétrèrent dans la ville. 

Mais il est temps de revenir à la description des autres 
parties des murailles d'Acre. De la tour neuve du Roi et 
de la tour Maudite les deux remparts s'infléchissaient à 
angle droit de l'est à l'ouest jusqu'à la porte Saint- 
Antoine, qui se trouvait à Tangle sud-est du quartier de 
Montmusart. 

Les iconographies sont toutes d'accord pour n'indiquer 
que deux tours à chaque rempart sur cette face. Toutes 
également sont unanimes pour désigner les deux tours de 
la première enceinte : la première, près la tour Neuve 
du Roi, sous le nom de tour des Anglais, et la seconde 
sous le nom de totM- des Vénitiens, 

L'iconographie vaticane nomme tour du Sang celle des 
tours du second mur qui est voisine de la tour Maudite. 
C'est ce mur qui, se prolongeant directement vers la mer, 
séparait le quartier de Montmusart de la cité d'Acre. 

La porte Saint- Antoine s'ouvrait dans l'angle rentrant 
formé par le point de jonction des remparts du quartier 
de Montmusart avec le mur dont je viens de parler. Elle 



S^EIE kV TEMPS BfiS GBOISADBS. 461 

tirait son nom du couvent qui en était voisin Le mur qui 
nous occupe parait avoir été précédé d'un fossé vers le 
nord (1). 

Le château d'Acre était à cheval sur cette muraille (2). 

Quatre portes percées dans ce rempart entre le château 
et la mer mettaient en communication les deux parties de 
la ville. 

La plus rapprochée de la mer était la porte Saint- 
Michel; elle tirait son nom de l'église voisine, placée sous 
le vocable de ce saint. 

La suivante s'appelait la porte Neuve. 

La troisième était dite porte de V Hôpital, à cause du 
voisinage de cette maison. 

La quatrième enfin, qui était en même temps la plus 
rapprochée du château, porte Notre-Dame, 

Passons maintenant à l'étude des remparts qui défen- 
daient vers l'est le quartier de Montmusart. 

J'ai déjà dit que le fossé qui régnait en avant de cette 
partie de la ville est encore très visible sur presque tout 
son développement. 

On reconnaît, à première vue, qu'il formait vers le 
milieu un angle obtus au lieu de la ligne droite figurée 
dans les iconographies. 

Le plan de Paultre porte l'indication d'arrasements 
d'une portion de ce mur qui, à partir de l'emplacement 
de la porte Saint Antoine, était encore reconnaissable le 
long du fossé sur une longueur de 360 à 380 mètres, au 
mois de mars 1799. 

Les iconographies sont d'accord pour figurer cinq tours 
à chacun de ces remparts, dont Joinville attribue la recons- 
truction ou tout au moins la restauration au roi saint 
Louis. 

Il est probable, comme je l'ai déjà dit, que ces docu- 
ments graphiques n'ont mentionné ici que les ouvrages 
principaux ; car le développement du fossé, en avant de 



(i) Strehlke, Tab, ord, TheuUy n. 9'2, p. 73. 
(2) ÂMADi. Chron., f. 193. 



462 aÊoaBAPHXE histobique de la 

cette partie des murs, ne mesure pas moins de mille 
soixante mètres environ, de remplacement de la porté 
Saint-Antoine à la mer, ce qui donnerait entre ces tours 
un écartement si considérable que nous devons préjuger 
Texistence, entre elles, de saillants secondaires (1). 

Le grand ouvrage arrondi, formant Tangle nord de Ten- 
ceinte d'Acre, dont j'ai encore vu les substructions, et que 
nous trouvons désigné sous le nom moderne de tour du 
Diable, parait répondre à l'ouvrage muni de deux tours 
figurant à l'angle nord de l'iconographie du Vatican. 

Il était, selon toute apparence, destiné à défendre la 
porte Saint-Lazare que nous savons avoir été située à peu 
près en ce point. 

Ayant déjà décrit l'ensemble du port d'Acre, je ne 
reviendrai pas ici sur ce sujet et je ne m'occuperai que 
de ses dépendances, c'est-à-dire de l'arsenal maritime. 

Dans les premières années du quinzième siècle, ce port 
recevait encore des navires de quatre à cinq cents ton- 
neaux qui mouillaient le long du Môle. 

Le mot arsena, qui se lit, dans l'iconographie du 
Vatican, vers l'extrémité sud du quartier Sainte-Croix ne 
saurait nous laisser aucun doute sur la destination des 
deux bassins D et E aujourd'hui comblés, mais qui, com- 
muniquant avec le port, devaient présenter, au treizième 
siècle, une grande analogie avec l'arsenal de Pise, dont 
M. Georges Rohault de Fleury a donné une si curieuse 
restitution dans son livre sur la Toscane au moyen âge. 

Je crois devoir citer, ici, la description que Ghillebert de 
Lannoy donne du bassin D qu'il vit au commencement du 

quinzième siècle « Item il y a de chelle bende la un 

autre petit portellet moult bien enclos de murailles ou la 
mer vient; lequel sert à mettre petites fustes et serait 
encore legierement remis à point pour mettre gallées » 

Combien nous devons regretter qu'il ne subsiste plus de 
vestiges des bâtiments accessoires complétant alors cet 



(1) Ce point, d'ailleurs, ne saurait être douteux après le passage d'une des 
chartes du Carlulaire des chevaliers Teutoniques déjà cité. 





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SYRIE AU TEMPS DES CROISADES. 463 

établissement maritime, à coup sûr le plus considérable 
de la Terre-Sainte et dont M. Michaud vit encore les 
restes en 1831 (1)! 

Divisé en quartiers distincts ou vici fermés de portes 
ou de chaînes. Acre devait présenter alors plus d'un point 
de ressemblance avec les villes maritimes de l'Italie (2). 

Les maisons des grands ordres militaires tenaient, tout 
à la fois, du château féodal et de ces palais fortifiés dont 
on voit encore des spécimens dans certaines villes de la 
Toscane. £n outre, pendant le treizième siècle, Acre vit 
s'élever dans ses murs nombre de ces tours seigneuriales 
si répandues dans le nord de Tltalie (3). 

Ici comme dans la plupart des villes de TOrient, chaque 
corps d'état occupait une rue qui portait son nom. De 
nombreuses voûtes, jetées sur les rues d'Acre, faisaient 
communiquer entre elles certaines maisons et, comme 
celles que Ton voit encore dans la plupart des villes du 
littoral syrien, ces voûtes contribuaient à la solidité des 
constructions auxquelles elles étaient appuyées en les 
prémunissant contre l'effet des tremblements de terrre. 

C'est par le sud, c'est-à-dire du côté du port, que je 
commencerai l'énumération des divers quartiers de la 
ville tels que nous les font connaître les textes contempo- 
rains ou les iconographies parvenues jusqu'à nous. 

En pénétrant dans Acre par la porte Saint-Nicolas, on 
trouvait une rue commençant au. pied de la tour des 
Pèlerins et séparant le quartier Saint-Roman de l'hôpital 
des Allemands, bâti sur l'emplacement de l'ancien hospice 
des Arméniens donné aux chevaliers Teutoniques ea 
1192 par le roi Ouy de Lusignan. 

Pockocke, qui visita les ruines d'Acre en 1739, indique, 
dans la description qu'il en donne, un point coïncidant 
avec la place assignée à cette maison par les iconographies^ 
oii se voyaient alors les ruines d'un ensemble considérable 



(1) Corresp. d'Orient, t, IV, p. 142. 

(2) ViLKBM, CfeschicMe der Kreuizuge, l. VII, p. 738. 

(3) Aboalfeda dans son récit de lu prise d'Acre mentioone la défense de 
plusieurs de ces tours que signale également Hermann Corner. 

30 



464 QfkOQtBJLVKlK HISTORIQUE DB LÀ 

de bâtiments au milieu desquels étaient les restes d'une 
grande église dont une des clefs de voûte représentait là 
tête de Saint-Jean. 

D'après la relation du siège, il y a tout lieu de penser 
que la rue dont je viens de parler était celle qui fut nom- 
mée jadis rue Saint-Roman (1). Le quartier d'où elle tirait 
son nom contenait plusieurs jardins, car nous le trouvons 
indiqué dans les iconographies sous la dénomination de 
Saint-Roman-des-Jardins. Dans cette même partie de la 
ville était situé le quartier et l'église Saint-Léonard, qui 
servit de poste de signaux aux Musulmans pendant le 
siège de 1191 (2). 

 son extrémité occidentale la rue Saint-Boman ? se 
bifurquait, formant deux voies qui entouraient le monas- 
tère des religieuses de Saint-Lazare. La première, se diri- 
geant au nord-ouest, aboutissait au château, pendant que 
la seconde, séparant la maison des religieuses de Saint- 
Lazare de l'hôpital des chevaliers Teutoniques, paraît 
avoir été nommée alors rue des Allemands. 

Vers le point oit les iconographes placent l'abbaye des 
religieuses de Saint-Lazare dont je viens de parler, 
Pockocke signale les restes de t a very large and magni* 
ficent nunnery >, dont une partie des bâtiments, ainsi que 
la chapelle, étaient encore très reconnaissables quand il 
les vit. 

Une longue rue commençant aux murailles est de la 
ville, ayant sur son côté droit la maison des Allemands, 
l'Abbaye Saint-Lazare et Notre- Dame-des-Chevaliers , 
séparait ces divers établissements du quartier Sainte- 
Croix. Ce dernier, aboutissant à la mer, tirait son nom de 
l'église placée sous ce vocable, qui était la cathédrale 
d'Acre et dans laquelle se voyait le tombeau de Henri de 
Champagne, roi de Jérusalem (3). 

C'est encore dans le quartier Sainte-Croix que s'élevait 
le patriarcat latin. 



(1) F. BusTROM. Bibl. Nat., mss., fonds italiun, n* S32, p. 2Û6« 

(9) Hist, occid. des Croisades^ t. II, p. 156. Cod dipl,, t. I, p. 23. 

(3) Amadi. Chron., f. 183. 



^ 



SYBIE AU TBiMPB DES CROISADES. 465 

La fonde des Vénitiens était sur le port ; elle formait 
un quartier assez considérable, comptant un grand nombre 
de maisons et de magasins, car dans la relation du baile 
de Venise en Syrie, Marsile Georges (en 1244) (1), nous 
ne comptons pas moins de cent sept immeubles énumérés 
comme possédés par la commune de Venise, plus un 
palais et une église sous le vocable de Saint-Marc, près 
de laquelle s'élevait la tour des Vénitiens ; car, comme je 
Tai dit, on retrouvait à Acre ces tours seigneuriales cou- 
ronnées de créneaux et munies de hourds, qui sont un des 
traits les plus caractéristiques et les plus originaux des 
villes italiennes du moyen âge. 

Le quartier et la tour des Génois avaient été démolis en 
1256. à la suite du double désastre naval essuyé par la 
flotte génoise en vue du port de Tyr, puis entre Caypha et 
Acre, pendant la guerre qui venait d'éclater alors entre 
les deux républiques de Venise et de Gênes (2). 

La tour fortifiée des Génois était nommée turris 
Muzoïa ou Amuzoïa; c'est sous ce second nom que nous 
la trouvons désignée dans Ticonographie de Marine 
Sanuto, qui la place vers Tangle sud-est du quartier (3). 
C'est de 6e même côté qu'étaient le monastère et l'église 
de Saint Saba, que se disputèrent, les armes à la n^ain, 
les Génois et les Vénitiens, et qui furent attribués par le 
pape Alexandre IV à ces derniers (4). 

Ce quartier des Génois est cependant figuré, dans 
notre iconographie d*Acre, comme situé entre les maisons 
du Temple et l'HI&pital. 

Immédiatement après le quartier des Vénitiens venait 
celui des Pisans; il était limité au nord et à l'ouest par 
deux rues formant équerre et aboutissant toutes deux à la 
mer. C'est dans les murs de cette partie de la ville que 



(1) Tapbl et Thomas. Ap. Fontes rer, Ausir,, t. XIII, p^ 889, eî 
ViLKBN, t. VJI, p. 383, 
(!2) Hist, occid, des Croisades, Cont. de G. de Tyr, p. 443. 

(3) ViLKBN, Qeschichte der Kreuzzuge, l. VII. 397-398. 

(4) Deux piliers en marbre de Téglise Saint-Saba, rapportés en Europe 
par les Véniiiens, se voient encore sur la piazetta de Samt*Marc, à Venise. 



466 GÉOGBAPHIE HISTOBIQUE DE IiA 

s'ouvrait sur le môle du port la poterne désignée par les 
iconographies sous le nom de porta Ferrea, et dont l'em- 
placement est marqué de nos jours par la poterne nommée 
Bab-el-Bahar (porte de la mer). 

Comme les Vénitiens et les Génois, les Pisans avaient 
b&ti une tour seigneuriale dite tour des Pisans. 

Voici en quels termes nous trouvons décrit le quartier 
des Pisans à Acre en 1187 (1) : 

.... • Terrain cum domibus et ecclesiis et fumis^ etc., etc, 
eapite Furoris usque ad portant Sancti-AndretB et extra 
portam usque ad tarsanam et ex transverso a mare poriua 
usque ad mare burgi novi. • 

Entre la rue qui limitait à l'ouest le quartier dont je 
yiens de parler et la mer s'élevaient : 

P A l'extrémité sud de la ville, l'église Saint-André, 
grand vaisseau à trois nefs, décrit par Corneille de Bruyn 
et Pockocke, qui le virent debout au dix-huitième siècle 
et dont il subsistait encore quelques restes il y a moins 
de vingt ans ; 

2^ La maison du Temple. Cet édifice parait avoir été le 
plus considérable d'Acre. Il était borné à l'ouest par la 
mer, vers Test par la rue dite des Pisans et par la rue 
Saint-Anne au nord (2). 

Il existait antérieurement à la prise d'Acre par Salah- 
ed-din, puisqu'en 1182 le pèlerin Théodoricus cite ce 
palais et la maison de THôpital comme les édifices les 
plus considérables de la ville. 

Le Père Léandre de Sainte-Cécile et Pockocke l*ap- 
pellent le château de Fer, nom sojis lequel ses ruines 
étaient désignées au dix-huitième siècle. 

Nous savons par Amadi que la porte de ce palais s'ou- 
vrait au pied d'une tour carrée cantonnée de tourelles à 
ses angles et au sommet desquelles se voyaient quatre 
lions passant en métal doré, qui avaient coûté quinze 
cents besans sarrazins (3). 



(1) MuLLER. Documenti degli, Archivi, toscani, p. 30. 

(2) F. BusTRON, f. 207. 

(3) Amadi, f. 190. 



BYBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 467 

Florio Bustron dit que les murs de la maison du Temple 
avaient trois cannes et demie d'épaisseur. 

Une autre tour s'élevait à l'angle de ce château sur la 
rue des Pisans. 

La voie bordant au nord l'édifice qui nous occupe et 
vers laquelle était placée la partie du château habitée par 
le grand maître, parait avoir porté le nom de rue Sainte- 
Anne (1). 

La tour la plus voisine de ce logis servait de clocher â 
la chapelle des chevaliers. 

Vers la mer, et dominant la poterne qui s'ouvrait de ce 
côté, se voyftit une autre tour dont Âmadi attribue la 
fondation aux Arabes pendant la période oti ils furent 
maîtres d'Acre (2). 

L'hôpital Saint-Jean s'élevait au centre de la ville et 
était divisé en deux parties : la maison des infirmes et 
l'église Saint-Jean, qu'une rue séparait de la maison de 
l'hôpital, dite le Manoir des Frères. De tous les anciens 
édifices d'Acre, c'est celui dont il subsiste le plus de 
restes. Ces ruines furent restaurées grossièrement au sei- 
zième siècle par l'émir Faker ed-din, qui s'en fit un sérail 
transformé aujourd'hui en hôpital militaire F et dont une 
partie forme le konak du pacha. 

Quand, en 1739, Pockocke visita ce palais, il y trouva 
encore plusieurs salles du moyen âge fort bien conser- 
vées. 

Moi-même, en 1859, j'ai pu y constater la présence de 
nombreux restes d'architecture du treizième siècle, que le 
mauvais vouloir du pacha gouverneur d'Acre m'empêcha 
de relever. 

Dans la relation de son second voyage en Orient, en 
1745, le père Léandre de Siûnte-Gécile raconte que les 
chrétiens d'Acre se rendaient processionnellement, chaque 
année, le jour de la Saint-Jean, dans les ruines de l'égUse 
de THôpital et y officiaient solennellement en présence du 
consul de France. 



(i) F. fiusTRON, f. S07-208. 
(3) Amadi, f. 190. 



468 oéoOKAPHIE HiSTOBIQUB DE LA 

M. de Mas Latrie dit avoir vu encore quelques vestiges 
de cette église qaand il visita Acre en 184ô. 

Les chevaliers de THôpital possédaient, en outre, dans 
le quartier de Montmusart, un autre palais dit l'Auberge 
ou le logis de THôpital, que nous trouvons indiqué, dans 
les iconographies d'Acre, sous ce premier nom. 

On y remarquait, lisons-nous dans Amadi, une superbe 
grand'salle et une vaste cour oîi avaient été célébrées, en 
1286, les fêtes du couronnement du roi Henri de Lusi- 
gnan (1). Non loin, à Test de la maison de l'Hôpital, sur le 
mur séparant Acre de Montmusart, s'élevait le château; 
il était grand et beau, dit encore Amadi, \nais n'avait 
de fossés que du côté de Montmusart. 

A l'ouest de l'Hôpital s'étendait le quartier nommé 
Bouverel ou Boverel. 

Entre ce quartier et la maison du Temple se trouvait 
le couvent des Frères Prescheurs, bordé au nord et au sud 
par deux rues aboutissant à la mer, au bord de laquelle 
était située l'église de Saint-Michel, près de la porte 
s'ottvrant sur Montmusart, à laquelle elle donnait sou 
nom. 

En pénétrant dans Montmusart par cette porte, qn 
trouvait, à droite, une rue longeant le fossé de la ville et 
qui semble avoir été nommée rue de Montmusart. 

Dans toutes les iconographies, nous voyons une longue 
voie parallèle à la mer allant de la porte Saint-Michel à 
celle de Saint- Lazare, qui était à l'angle nord de Mont- 
musart, au pied de la tour du Diable. 

En bordure sur cette rue, du côté de la mer, s'élevaient 
A partir de la porte Saint-Michel : 

D'abord la maison de la Trinité, située en face du quar- 
tier nommé Bourg du Temple. 

Puis le couvent des religieux du Mont-Carmel. 

Le monastère de Sainte-Brigitte et ses dépendances. 

La maison des Frères de Saint-Thomas, martyr (2). 



(1) F. BusTRON, f. 20S. 

(i) Iconogrnphie du Musée Britannique. 



ik 






SYBIE AU TEBfPS DES GBOIBABES. 469 

Enfin la résidence des chevaliers hospitaliers de Saint- 
Lazare, en regard de laquelle se voyait, de l'autre côté de 
la rue, le grand hôpital limité au sud par la rue de 
Saphorie et au nord-est par la voie qui régnait le long des 
muraille de la ville. 

Ensuite, faisant face à Sainte-Brigitte, se trouvait le 
vaste ensemble de constructions dont j'ai déjà parlé, sous 
le nom de Logis de l'Hôpital ; il était dominé par une tour 
dite le Colombier de THôpital. 

Nous savons que les Francs (1) avaient emprunté aux 
Arabes Tusage des pigeons messagers ; il y a donc lieu de 
penser que cette tour était la station postale des hospita- 
liers de Saint-Jean. 

 propos de cet édifice et des rues qui l'entourent, 
voici ce que nous lisons dans une charte publiée par 
Paoli : 

• In Monte Musardo, ante turrim quse dicitur Colum- 
berius dictse domus Hospitalis, ex parte borreœ inter 
rugam quœ dicitur de Galdoreriis et rugam quse dicitur 
de Biscotto et viam quae vadit a dicta ruga de Biscotte ab 
oriente usque ad occidentem usque rugam dictam de Cal- 
derone seu de tribus Annellis (2). > 

Ensuite venait le quartier de Bethléem, borné par la 
rue du même nom, aboutissant à celui de Saint-Gilles. 

C'est vers le même point que se trouvait le monastère 
de la Magdeleine, dont l'abbesse figurait au nombre des 
suflfragants de Tévêque d'Acre. 

Le passage suivant d'une charte également publiée par 
Sébastien Paoli ne saurait laisser aucun doute à ce sujet : 
t . . . Domus cum platea in suburbio civitatis Acconensis, 
in loco qui vulgariter dicitur Mons Musardus et affrontant 
(sic) ab oriente in via publica quse descendit a Sancto 
Egidio et vadit ad Magdalenam.... ab occidente in alia via 
publica, ab aquilone contiguse sunt nostro predicto monas- 
terio Sanctse Marise Magdalense (3). > 



(1) Hist, occid des Crois., t. II, p. 261. 

(2) Cod. dipLy t. I, n- 19, p. 298. 

(3) Cod. Dipl., t. l, n* 213, p. 254. 



<Ma*?9 



470 aioQRAPHIfi HISTOBlQUfi DB IiA 

L'hospice de Sainte-Catherine était situé entre la rue 
de Bethléem et celle qui régnait au nord du quartier dit 
le Bourg du Temple. 

D'après un autre document, le fief de l'église d'Hébron 
se trouvait placé dans le même quartier et à peu près en 
face de la maison de la Trinité (1). 

Le Bourg du Temple est figuré dans toutes les icono- 
graphies, mais nous savons peu de chose de cette partie 
de Montmusart. 

La partie de Montmusart nommée Baveria Templi était 
au noi d-est, le long du rempart où s'ouvrait une porte dite 
de la Bouverie du Temple (2). 

Dans la rue que je regarde comme ayant été nommée 
me de Montmusart et qui venait aboutir à la porte Saint- 
Antoine, on trouvait sur sa gauche le quartier Saint- 
Denis, qui était ainsi placé au sud-est de celui de Saint- 
Oilles. 

Le couvent des Frères Mineurs et l'hospice Saint- 
Antoine, qui donnait son nom à la porte dont je viens de 
parler, étaient situés entre le quartier Saint-Denis et le 
rempart. 

C'est à cela que se borne, à peu près, ce que nous 
savons de la topographie de la ville d'Acre au treizième 
siècle. 

Outre les diverses églises et maisons religieuses que je 
viens de citer, on comptait encore à Acre, en 1254, celles 
de Saint-Etienne, Saint-Martin le-Breton, Saint-Pierre- 
des-Pisans (3), de Saint-Barthélémy, Saint-Laurent, Saint- 
Georges et Sainte- Marie-Provinciale, Notre-Dame des 
Chevaliers, Saint-Michel, ainsi que les monastères de 
Sainte-Anne, de Notre-Dame-de-Tyr, du Saint-Sépulcre, 
de Josaphat, de la Latine, des Repenties (4), de Saint- 
Samuel, Saint-Elide, Sainte -Catherine, l'hospice de 



(1) Strehelu, Tab, ord, Theut., n* 104, p. 83. 
(i) Cod, DipL, t. I, n* 48, p. 287. 

(3) Cod, JHpl., t. I, n* UÈ, p. 263. 

(4) Cart Saint-Sépulcre, n* 10, p. 30. 






8YBIE AU TEMPS DES GBOISilDES. 471 

Saint-Denis, ceux des mesiaux de Bethléem et de 
Saint-Barthélémy de Bereithe, enfin Thospice du Saint- 
Esprit, sans compter les églises et les monastères des 
rites orientaux dont les noms ne nous sont point par- 
venus, car nous savons qu'à cette époque Acre était le 
siège d'un évêque jacobite et d*un prélat du rite grec. La 
cathédrale des jacobites était placée sous le vocable de 
Saint- Pierre. 

ACREF ou ACREFI(l) casai dépendant de Scandalion 
engagé à l'Ordre Teutonique en 1280 par Agnès de Scan- 
dalion, veuve de Guillaume de TAmandelée ; le site de ce 
casai parait se retrouver dans le village de Erchref, près 
Chalaboun. 

AFFALQUIE (2), casai possédé par les Vénitiens dans 
le territoire de Tyr. 

AGUILLE ou LAGUILLE (3), casai vendu à l'Hôpital 
de Notre-Dame-des-Allemands, en 1198, par Amaury II, 
roi de Jérusalem et de Chypre (4). Ce casai semble avoir 
fait retour à la couronne, puisque nous le voyons donner 
en 1253 par U roi Henri à Jean d'Ibelin, seigneur de 
Barut. Le Docteur Prutz identifie cette localité avec le 
village de Djouless. Mais cette identification me paraît 
peu justifiée et ce casai me semble avoir peut-être plus de 
chances de se retrouver dans les ruines nommées K** El 
Adjliyat ? 

AIFFIT (5), casai relevant de Tyr, appartenant au roi. 

AITHIRE (6), casai mentionné dans un acte de Bau- 
doin III, comme dépendance du Château du Roi. Ce lieu 
paraît devoir être identifié avec les ruines nommées Et- 
Thireh. 



-j — — 



(1) Rey, Rech. géog, et hist. sur la domination des Latins en Orient 
p. 54, 

(2) Tapel et Thomas. Font. Rer. Aust., t. Xlii, p. 3S8. 

(3) Strehelkb. Tab. ord. Theut,, n' 34, p. %1. 

(4) Ibid., n* 105, p. 84. 

(5) Tafel et Thomas, Font. Rer. Aust., t. XIII, p. 374. 

(6) Tab. ord, Theut., n' 2, p. 2. 



472 aÉOGBAPHIE HISTORIQUE DB IiA 

AMBELIE (1), casai situé dans le territoire d'Acre 
acheté, en 11 79, par le comte Joscelin, de Rohard de Cabor, 
et qui se retrouve dans les ruines nommées Kharbet- 
Embelieh, situées dans le Ouady Ehalil, près de Kalaat- 
Djeddin. 

AMGA (2), casai acheté d'Othon, comte de Henneberg, 
par l'Ordre Teutonique en 1220; ce village est encore 
appelé Amka. 

AMOSIE (3), casai voisin de Tyr, appartenant aux 
Vénitiens et tenu en fief par Roland Contarîni. 

ANCRE (4), casai voisin d'Acre vendu le 2 avril 1179 
au comte Joscelin par Rohard de Cabor. Ce casai semble 
avoir été érigé en fief au commencement du treizième 
siècle, puisque nous voyons, en 1208, Pierre d'Ancre 
signer comme témoin un acte d'Othon comte d'Henneberg. 
Le site de ce casai semble se retrouver dans les K** 
Akroueh près de Clie (5). 

ANDREQUISSE ou ANDRECIFE (6), casai du domaine 
royal relevant du fief du Maroun. 
^ J*ai déjà identifié ce lieu, il y a quelques années, avec le 
village de Derkifi*a. 

AREET (7), casai dépendant du fief de Saint-Georges 
passé en 1220 à l'Ordre Teutonique. Ce lieu parait être le 
même que le village moderne de Yerka. 

BABOUC (le) (8), casai dépendant du domaine de la 
reine ilarguerite; ce lieu porte encore le même nom. 

BALATON (9), casai mentionné le 28 janvier 1160 
dans un acte de Baudoin III comme dépendance du Châ- 



(1) Tah, ord. Theut, w 10, p. 10. 
(«) Ibîd., n- 53, p. 43. 

(3) Tafkl et Thomas. Font. Rer, Aust,, t. XUi, p. 378. 

(4) Strehelke. Tab. ord, Theut,^ n* 10, p. 10. 

(5) Cod. dipl., l. I, b; W, p. 96. 

(6) Cod, DipL, t. I, p. M6. 

(7) Strehelke. Tab. ord. Theut.j n* 53, p. 43. 

(8) Tafel et Thomas. Tont. Rer. Aust., t. XIV, p. 399. 

(9) Tab. ord. Theut., n* 4, p. 2. 



8YBIE Â(T TEMPS DES CROISADES. 473 

teau du Roi; le site de ce village parait se retrouver dans 
les K®* Belat. C'est, je crois, du reste, la même localité 
qui, dans d'autres actes, est nommée Beletim. 

BAlNIAS ou BELINAS, ville épiscopale située sur la 
rive gauche du Jourdain, entre ce fleuve et leDjebel-esch- 
Scheik, dans le site de l'antique Cesarea Philippi. Au som- 
met d'une colline au nord est de la ville, on voit encore 
des restes considérables de la forteresse désignée par les 
historiens des Croisades sous le nom de Subeibe. 

L'entrée de la ville était défendue, par une maîtresse- 
tour dont M. Guérin a retrouvé plusieurs assises en place. 

Cette enceinte forme un carré irrégulier et était flan- 
quée de tours barre longues. Sur deux de ses faces la 
dépression des fossés est encore très reconnaissable. 

J'ai déjà dit que le château de Subeibe était possédé 
par les seigneurs du Toron. 

La forteresse de Subeibe est flanquée de tours, les unes 
arrondies, les autres barre longues. Cette citadelle possé- 
dait de vastes citernes, analogues à celles que noKS avons 
observées à Sahioun. 

Cette forteresse est formée de deux parties. Une baille 
inférieure et un réduit situé à l'est sur le point culminant 
de la montagne. Un profond fossé taillé dans le roc sépa- 
rait ce réduit ds la baille. On y reconnaît encore les ruines 
d'une grande salle de 30 mètres de long. 

BATIOLE(i), casai relevant de Tyr, appartenant aux 
Vénitiens. 11 était situé, dit le texte, extra districtum Tyri. 
Ce bourg s'identifie facilement avec le village actuel de 
Beitouleh. Ce casai se composait de 20 charrues. 

BECHERA (2); casai dépendant du Château du Roi et 
passé à l'Ordre Teutonique en 1220. 

BÉDIAS (8), ce village, qui- porte encore, aujourd'hui, 
le même nom, appartenait à l'archevêché de Tyr. 



(1) Tapel et Thomas. Font, Rer, Aust,, t. XIII, p. 370 et Orient 
Lat. Série Geog., t. III, p. 255. 

(2) Strehelkb. Tab, ord, Theut,, n* 53, p. 43. 

(3) Tafel et Thomas. Font, Rer. Aust,, t. XIII, p. 37S. 



474 aâoGBAPHiE histobiqub de la 

BEFFELE ou BETHFELLA (1), casai appartenant à 
Tabbaye de Josapbat. 

BEITEGEN (2), casai voisin d'Acre, vendu, le 30 avril 
1249, par Jean AUeman, seigneur de Gésarée, à l'Ordre 
Teutonique. Ce village porte encore le même nom et se 
trouve placé sur la route de Mâalia à Safed. 

BELETIM (S), casai dépendant du Château du Bol et 
vendu en même temps que ce fief à l'Ordre Teutonique 
par Othon, comte d'Henneberg, en 1220. Ce lieu parait 
être le même que Belati, village ruiné sur une crête de 
montagne entre Marianûn et Ramah. 

BELIDE (4), casai du fief nommé le Maroun et que Ton 
retrouve facilement dans la bourgade de Ble'ideh. 

BELVOIR ou FASSOVE (5), V. Fasoce. 

BENE (6), casai cédé par Henri, roi de Chypre, à Jean 
dlbelin en 1253. Probablement le même que 

ÇENNÂ (7), casai mentionné le 28 janvier 1160 dans 
un act^de Baudoin III comme faisant partie des dépen- 
dances ou Château du Roi et qui, en 1226, relevait du fief de 
Casai Imbert. Ce village, aujourd'hui ruiné, porte encore 
le même nom et est placé au nord de l'Oued Eerkera. 

BERHENNE ; ce casai est identifié par le D' H. Prutz 
avec Deir Hanna. 

BERIS (8), casai des Vénitiens dans le territoire de 
Tyr, aujourd'hui K^* Beris, à deux kilomètres au sud- est 
de Seddakïn. 

BEROETH (9), casai du territoire d'Acre, appartenant 



(1) Tapbl et Thomas. Font. Rer, AusU, t. XIII, p. 37S. 

(2) Tah. ord. Theut., n* 100, p. 78. 

(3) Ibid., n- 83, p. 43. 

(4) Ibid., n* 21, p. 19. 

(5) Strehelke. Tab, ord, Theut,, n* 16, p, 15. 
<6) Ibid., n- 105, p. 84. 

(7) Strehelke. Tab. ord, Theut,, n* 2, p. 2. 

(8) Tafel et Thomas, Font, Rer, Aust,^ t. XIII, p. 388. 

(9) Cod, Dipl., t. I, n- 109, p. 116. 



SYBIB AU TEMPS DES GBOISADBB. 475 

à l'Hôpital et que nous trouvons mentionné dans un acte 
de l'année 1228; c'est aujourd'hui le village nommé El 
Beroueh, situé au pied du Tell Beroueh. 

BEBZEI (1), casai vendu par Othon, comte d'Henne- 
berg, à l'Ordre Teutonique et dont je crois avoir retrouvé 
le site dans la localité nommée Berzieh. 

BETHEBON (2) ; ce casai se composait de vingt char- 
rues de terre, dont quinze appartenaient à l'archevêque de 
Tyr et les cinq autres aux Vénitiens. 

BOFOLET (3), casai possédé par les Vénitiens dans le 
territoire de Tyr, aujourd'hui Boflel. 

BBOCHEY (4), casai possédé par les Vénitiens dans le 
territoire de Tyr. 

BUCAEL, BOKEHEL ou LE BODQUIAU (5), casai 
dans les montagnes entre Terchia et Bamah et qui s'iden- 
tifie avec le village nommé El Bekea. Un tiers de ce casai 
relevait du fief de Saint-Georges. 

BUSENEN (6), casai voisin d'Acre, mentionné dans un 
accord intervenu en 1257 entre Anno de Sangerhausen, 
Grand Maître de l'Ordre Teutonique et l'évêque d'Acre. 
Ce lieu s'identifie avec le village nommé maintenant Abou 
Senan. 

CABOR ou CABOUR (7), petit fief qui devait un che- 
valier et qui semble n'avoir jamais été composé que du 
casai de ce nom. H fut attribué, le 20 octobre 1186, an 
comte Joscelin, sénéchal du royaume, par le roi Bau- 
doin IV. 

La famille qui tenait ce fief en portait le nom et le con- 
serva par la suite. 

Rohard de Cabor (8) est mentionné en avril 1179 dans 

(1) Stbbhelkb. Tab. ord, Theut.^ n* 53, p. i3. 

(2) Tafbl et Thomas, Font, Rer, Aust.^ t. XIII, p. 384. 

(3) Ibid. 

(4) Ibid. 

(5) G. de Ty«, 1. XXI, ch. 27 et Tab. ord, Theut.^ p. 43. 

(6) Tab, ord. Theut,, n- 112, p. 91-94. 

(7) Strehblke. Tab, ord, Theut, p. 20-3'*. 
(S) Ibid., n- 2i, p. 19. 



476 



OiOGBAPHTE HISTOBIQUB DB LA 



la donation du fief de la Chambrelaine faite au sénéchal 
Joscelin^ par le roi Baudoin IV. 

Girard de Gabor souscrit, en septembre 1208, la dona- 
tion de trois charrues de terre faite aux Teutonîques dans 
le casai de Sapbet, par le comte Othon de Henneberg. 

Gabor s'identifie, sans peine, avec le village de Caboul 
au sud est d'Acre. 

CABRA ou OâBRA (1), casai dépendant du fief de 
Saint Georges et vendu aux Teutoniques en 1220. CSe lieu 
doit être identifié avec les Earbet Eabrah. 

GÂDES (2), casai du fief de Maroun s'élevant au milieu 
des ruines de la Kadès des livres saints, dont ce village 
porte encore le nom. 

CâFÂRDANI (3), casai des Vénitiens dans le territoire 
de Tyr, que je crois pouvoir identifier avec le village 
actuel de Kefer Dounïn. 

GAFFAR ED BAAL ou GAFAR DABAEL (4), casai 
possédé par Barthélémy de Caym. Ge lieu se retrouve 
sans la moindre incertitude dans le village nommé aujour- 
d'hui Tell el Debbaal. 

Nous trouvons ce casai encore désigné sous le nom de 
Queforcabel (5). 

GAFEBSIÈ ou GAFFRI ASY (6) , casai dans le terri- 
toire d'Acre, possédé par l'Ordre Teutonique depuis Tan 
née 1196, et qui s'identifie avec le village actuel de Eafer 
Yasif. 

GAMSARA (7), casai relevant du Château du Roi. 

GANNA (8), casai des Vénitiens dans le territoire de 
Tyr ; ce village est encore aujourd'hui appelé Kana. 



(i) Strbhblkb. Tab, ord, Theut., w S^, p. 43. 

(2) Ibid. n- il, p. 49. 

<3) Font. Rer, AiKt., p. 377. 

(4) Ibid., p. 373-378. 

(5) Ibid., p. 388. 

(6) Strbhblkb. Tab. ord. Theut.^ Ibid., n* 112, p. 2e^27-3i.9i. 

(7) Tab. ord. Theut., w Itt, p. 15. 

(8) Font. Rer. Amt., t. XIII, p. 3SS. 



SYBI-B AU TEMPS DES CROISADES. 477 

GAPHâBBA (1), casai relevant du Château du Roi et 
qui peut facilement être identifié avec le village nommé 
maintenant Eafra. 

CAPHARSONIE ou CAPHARSOME (2), casai du Châ- 
teau du Roi cédé en même temps que ce fief à TOrdre 
Teutonique. Ce village existe encore sous le nom de Kefer- 
Soméa. 

CARCARA (3), casai mentionné le 28 janvier 1160 
dans un acte de Baudoin III comme dépendant du Château 
du Roi. En 1256, il relevait de Casai Imbert. Ce village 
est encore nommé El Kerkera. 

CARSILIE (4), casai du Château du Roi cédé en même 
temps que ce fief à l'Ordre Teutonique. 

CASAL IMBERT (5), paraît avoir formé un fief consi- 
dérable, puisque l'on trouve mentionnés, comme for- 
mant ses dépendances en 1256, les casi^aux suivants : le 
Fierge, le Quièbre, la Scebeique, Jason, Kafarneby, Dou- 
beiretby Benna, Sama, Laguille et Carcara. Il était alors 
possédé par Jean d'Ibelin, sire de Barut. Ce lieu fut, dans 
la nuit du 3 mai 1232, 16 théâtre de la défaite de l'armée 
d'Henri de Lusignan par Richard Filangiéri, maréchal de 
l'empereur Frédéric II. Le site de Casai Imbert paraît se 
retrouver à environ 1,800 mètres au sud du Ras Mefscher- 
keh, à gauche de la route de Tyr à Acre. C'est un tertre 
couvert de ruines situé au bord du Ouady-Eom et nommé 
Ei Hamsi. Dans les divers périples de la côte de Syrie 
contemporains des Croisades, nous trouvons cette localité 
mentionnée sous le nom de Casai liampti ou Imbçrt et la 
forme moderne semble n'être qu'une altération du premier 
de ces deux noms. Nous le savons d'ailleurs par Burchard de 
Mont-Sion, qui écrivait en 1283 que Casai Imbert était à 



(1) Tah. ord. Theut.^ n* 53, p. 43. 
(«) Ibid., p. 43-47. 

(3) Ibid., n* 2, p. 2. 

(4) Ibid. 

(5) Rrv. RuIK de la Société des Antiq, de France, 1867, p. 108. 



478 



OiOGBAPHIB HISTOlUQnB DB UL 



quatre lieues d'Acre, distance coïncidant avec celle qui 
sépare cette ville des ruines d'EI Hamsi. 

GASEMIE (la) (1), casai dépendant du douaire de la 
reine Marguerite, aujourd'hui K^ el Kasmieh, au pied 
d'une colline placée sur la rive droite de la rivière et que 
couronne le Bordj-el Haoua. V. la Easemye (la). 

CASSERA (2), casai du territoire d'Acre nommé main- 
tenant Eesra. Les dîmes de ce casai appartenaient à l'ab- 
baye de Notre-Dame de Josaphat 

CASSIE (3), casai relevant du Château du Boi^ aujour- 
d'hui Deir el Easy. 

CAURHAMOS (4), casai qui confinait au sud celui de 
Maharona. 

CHATEAU-NEUF (le) (5), était une forteresse qui 
conmiandait la vallée du Nahar Hasbany (haut Jourdain), 
bâtie par Omfroy III, de Toron, connétable du royaume 
de Jérusalem en 1179; elle n'eut jamais, bien que for- 
mant fief, de seigneurs particuliers. Ce fief fit partie des 
possessions des seigneurs de Toron, et fut remis, en 1182, 
par Omfroy IV au roi Baudoin IV, qui donna ce château, 
ainsi que le Maron, au comte Joscelin. 

Ce château, dont les ruines se retrouvent dans le site de 
Hounin, avait des dépendances considérables dans la 
vallée du Haut-Jourdaia» au nord du lac de Houleh. Le 
nom d'Hounin est celui sous lequel nous le trouvons dési- 
gné dans les historiens arabes des Croisades. 

CHATEAU DU ROI (le) (6), forteresse donnant son 
nom à un fief considérable. L'emplacement de ce château 
est aujourd'hui occupé par le village de Mâalia. Ce fief 



(!) Tafbl el Thomas. Font. Rer. AtisU, t. XIV, p. 399. 
(î) Dblabordk, Chartes de Terre-Mainte^ p. 374^i01. 

(3) Tafbl et Thomas. Font, Rer,, Aust., U XIV, ibid. 

(4) Ibid., t. Xm, p. 376. 

(5) Etiule sur l'architecture militaire des Crois, 

(6) Tab. ord. Theut, p. 4344-47-o4'76-93-ta0. 



8YBIS AU TEMPS DES GBOISABXS. - 479 

fut cédé en 1220 par Othon, comte d'Henneberg, à THô- 
pital (le Notre Dame des ÂllemaQâ en même temps que la 
plupart des autres possessions constituant le fief du comte 
Joscelin. 

CHORAT ou UCSORÂT (l), casai dans les montagnes 
près du château de Toron donné eu 1115 à Tabbaye de 
Notre-Dame de Josaphat, par flude de Cberesy ; ce village 
s'identifie avec les ruines nommées E®^ el Ebourah. 

CLIL (2), casai relevant du Château du Roi. C'est 
aujourd'hui une ruine située sur le chemin d'Acre à 
Ealaat Jeddin et qui porte le nom de Eharbet el Eelil. 

COEET ou CASAL BLANC (3), possession de l'Ordre 
Teutonique dans le territoire d'Acre , aujourd'hui Eoue« 
kat. 

CONCISE (4), casai possédé par les Vénitiens et dont 
je crois retrouver le site dans le village de El Eouneiseh 
à deux kilomètres au sud-est de Deir Eanoun. 

DAIRRAM (5), casai dépendant des possessions de 
Venise aux environs de Tyr et qui était situé dans la 
montagne; parait se retrouver dans le village nommé 
Ed Deirah, au nord de Yanouh. 

DANEHYLE (6), casai dépendant du Château du Roi, 
acquis par l'Ordre Teutonique en 1220. Peut-être E«* 
Dânian. 

DELEHA (7); ce village dépendait également du même 
fief. 

DERBASTA (8), casai acheté par Geoffroy-le-Tort par 



(i) Delabordr, Chartes de Terre^ainte, p. 903446-69-102. 

(2) Strehelkb. Tab, ord, Theut., d* 53, p. 43. 

(3) Ibid., p. 27-4)4. 

(4) Tapel et Thomas. Font. Rer. Aust.^ t. XIII, p. 3S7. 

(5) Ibid., p. 375. 

(6) Tab. ord. Theut.^ u- 53, p. 43. 

(7) Ibid. 

(S) Ibid., n- 16, p. 15. 

31 



482 



CKÉOOAAPHIE HISTOBIQUB I>B X.A 



FAUGONERIË (la) (1), casai dépendant d'Acre et voi- 
sin du Gaimont. 

FEMOM (2), casai dont un tiers appartenait aux Véni- 
tiens. 

FENNES (3), casai vendu par le comte de Henneberg 
aux chevaliers Teutoniques. Les ruines sont eneore nom- 
mées K®* Fannes. 

FETONIE (4), casai du territoire de Tyr, appartenant 
aux Vénitiens. 

FIERGE (le) (5), casai du domaine royal, dans le ter- 
ritoire d'Acre. Ce lieu est aujourd'hui nommé el Fergieb. 

FOCAI (6), casai du territoire de Tyr appartenant au 
roî. 

FOQUEL et FORAQUYE (7), le même que Farachiem? 
casaux dont le tiers était possédé par Venise. 

FRANS CHASTIAUS (8), voir Montfort. 

GABASIE ou GABATYE (la) (9), casai du territoire 
d'Acre, acheté le 19 mars 1 183 de Geoffroy- le-Tor, par 
Joscelin de Courtenay, puis donné par le roi Henri, en 
1253, à Jean dlbelin, seigneur de Barut. Ce village se 
reconnaît dans le nom de El Gabsieh. 

GAIFIHA (10), casai des Vénitiens tenu en fief par Vital 
Pantaléon, et qui se trouvait dans la montagne. 

GASTALDIONES (11), casai des Vénitiens, près de 
Tyr. 



(1) G. DE Tyr, t. II, p. 330-434. 

(2) Tapbl et Thomas. Font, Rer. Atist., t. XIII, p. 378. 

(3) Tab. ord. Theut., n- 53, p. 43. 

(4) FonU Rer, Atcst., t. XIII, p. 387. 

(5) Ibid., n- 34, p. 27. 

(6) Ibid., p. 373. 

(7) Ibid., p. 388. 

(8) G. de Tyr, p. 371. 

(9) Tab, ord, Theut., n* 16, p. 15 et n* 105, p. 84. 

(10) Font, Rer,j Aust,, t. XIII. p. 375. 

(11) Ibid., p. 371. 



âTBIB AU TEMPS DES GSOI8ADB8. 488 

GEDIN (le) ou lUDtH (1), èhâteâu situé à quatre 
lieues au nord d'Acre, nommé aujourd'hui Kalaat Djeddin. 
Ce château et le Village de Merdjel Karoun formaient ai 
douzième siècle le fief de Merdjelcon et du Gedin, qui 
passa par la suite aux Chevaliers TeutoniquBs. On j trouve 
encore des restes de fortifications latines. 

ÔEËLÎN (2), ce ciiBal faisait aussi partie des dépen- 
dances du Château du Roi. Ce village existe encoi^ et e^t 
appelé de nos jours Jelil. 

GELON (3), casai relevant d'Acre et vendu en 1289 
par Jean TAlleman à TOrdre Teutonique, s'identifie avec le 
lieu nommé aujourd'hui E** Djaloun. 

GËZ (4), casai dépendant du Château du Roi, et passé 
en même temps que ce dernier à l'Ordre Teutonique, en 
1120. 

GUAFARDUUM (5). Semble par la forme même de soi 
nom indiquer un lieu de péage. 

HABELYE ou ABELIN (6), casai du territoire d'Acre, 
acheté par l'Ordre Teutoniqûe eu 1220. Ce village, nommé 
Abilim, est sur la route d'Acre à Séphorie. : 

HADAYDON (7), casai voisin d'Acre, mentionné en 
1206, dans un acte de Julienne^ dame de Césarée. D'après 
les termes de ée document/ ce village me parait être lè 
même que celui qui, de nos jours, est appelé El Dje- 
deydeh. 

HâDIA(8), casai très rapproché d'Acre, possédé pat 
Roland Anselme, et qui joua un assez grand rdle dans 
les divers sièges d'Acre ; il doit être identifié avec le vilf 
lage El A'ïadieh. 



(1) Ass. de Jérus,, t. Il, p. 454. 

(2) Tab. ord. Theut., n* 63, p. 53. 

(3) Ibid., n- 100, p. 78. 

(4) Ibid., n- 53, p. 43. 

(5) Ibid., p. 388. 

(6) Ibid., n- 53, p. 43. 

(7) Strehelke. Tab,^ ord. Theut,^ n* 40, p. 32. 

(8) Cod. dipl., t. 1, n* 17, p. 275. 



484 



eiOGRAPHIS HISTORIQUE DB JmA. 



HAMâDIE (la) ou DJAMâDIE (1), cas&l mentionne 
par Et-Qoatremere comme possédé par la reioe Margue- 
rite. Ce Yîllage se retrouve dans le hameau moderne de 
Djamadieb. 

HAMBONABDELECH ou HAINABOU - HABDE- 
LECH (2), casai faisant partie du douaire de la reine 
Marguerite et qui se retrouve dans le site de PAln abon 
Abdallah. 

HANOE (3), casai voisin de Tyr dont deux tiers appar- 
tenaient au Temple et le reste aux Vénitiens. Ce village 
porte maintenant le nom d'Hanaoueh. 

HANOSIE (4), casai de Tyr appartenant au domaine 
des Vénitiens et qui se retrouve dans la localité moderne 
de Halouzieh. 

HARBEEL (5), casai du même territoire également 
possédé par les Vénitiens, aujourd'hui Aïn Baal. 

HASEINIE (la) (6), casai du territoire d'Acre, vendu 
le 30 avril 1249 à l'Ordre Teutonique par Jean Aleman, 
seigneur de Césarée. Cette localité parait s'identifier avec 
un village ruiné situé dans le Ouady Rajab, nommé K*^ el 
Habsanieh. 

HA8YE (7), casai relevant du domaine royal, et dont 
Fidentification avec le village nommé maintenant Aasich 
ne saurait laisser de doutes. 

HERDEY (8), casai du territoire de Tyr, possédé nm 
tiers par les Vénitiens. 

HERRIN ^9), casai du territoire de Tyr, possédé un 
tiers par les vénitiens. 



(1) Tafel et Thomas. Font. Rer, Atist,, t. XIV, p. 399. 
(i) Ibid., p. 388 et Orient Lat, Série Geog^ t. 111, p. 255. 

(3) Ibid., t. XllI, p. 372. 

(4) Ibid., p. 378. 

(5) Ibid, t. Xni, p. 388. 

(6) Tab. ord. The%U,, n- 100, p. 78. 

(7) Font. Rer. Aust., t. XIII, p. 375. 

(8) Ibid., p. 388. 

(9) ibid. 



8Y&IE AU TEMPS DES CB0ISADB8. 485 

HOMEHITE (1), casai dont la moitié appartenait aux 
Vénitiens. 

HOMEIRE (2), casai de Tyr appartenant aux Vénitiens 
et que possédait en fief Roland Contarini. . 

HOMESIE (3), casai de Tyr dont un tiers appartenait 
à Venise. Probablement K^ el Hamsieh, à l'ouest de 
Eanah. 

HORFEIS ou HOURFEX (4), casai vendu en 1183 par 
GeoflFroy-le-Tort à Joscelin de Courtenay. C'est aujour- 
d'hui le village de Harfisch. 

HYANOZ (5), casai dépendant de Tyr et possédé par 
les Vénitiens. Ce village est encore nommé Tânous. 

JALIN (6), casai mentionné comme relevant du Château 
du Roi, dans un acte de Baudoin III, le 28 janvier 1160. 
Ce lieu parait s'identifier assez bien avec les ruines nom- 
mées Djaloun. 

JEBETZA (7), casai du territoire d'Acre donné à 
l'Hôpital en 1127, par Ayralde Barbe, aujourd'hui 
Bir-Dschedra. 

JESCE (8), casai donné en MBS à Joscelin de Courte- 
nay par Baudoin IV, roi de Jérusalem. 

JETH (9), casai du territoire d'Acre, sujet d'une con- 
testation en 1200 entre Aymarus Monacus, patriarche de 
Jérusalem, et Guillaume de l'Amandelée. Ce village est^ 
je crois, le même qui est encore nommé Gith. 

JHARON ou JASON (10), ciftM des environs d'Acre 



T-"T 



(i) Font. tter. AÙst., l. XIÎI p. 378. 

(2) Ibid., t. Xm, p. 374. 

(3) Ibid., p. 38a. 

(4) Tab, ord, TheiU.^ nT 16, p. 15. 

(5) Font. Rer,Aust,^ L XIII, p. 388. 

(6) Tah. ord, Theut,, n* 2, p. 2. 

(7) Cod. dipL, l. I, n- 12, p. 13. 

(8) Strehelke. Tab. ord. Theut., n* 17, p. 16. 

(9) Ibid., n' 87, p. 30. 
(iO) Ibid., n" 105, p. 84. 



486 OiOGBAPHIB mSTOKigUB PB LA 

donne à Jean d'Ibelin en 1253, par Henri, roi de Chypre 
et de Jérusalem ; c'est aujourd'hui le village de latlumn, 
dans Vooad el Mafchour. 

JHANIE (1), casai du territoire de Tyr, possédé par le 
roi et dont les ruines se retrouvent de nos joars dans le 
K«* el Yanouieh. 

JOIE (2), casai des Vénitiens que j*ai identifié avec le 
village moderne de Djouaya. 

KABRIMKA, voir QUABRIQVE (3), casai releyant du 
fief du Maron et dont le site se retrouve dans le village 
de Kabrika. 

EâFÂRNEBY, village relevant de Casai Imbert, aujour- 
d'hui K** Kefer Naby. 

KASEMYE (la) ou LÂGASSOMIE (4), casai du domaine 
royal, réclamé par les Vénitiens, qui prétendaient qu'il 
leur appartenait C'est aujourd'hui le K^ el Kasmiéh; 

KEMELIE (5), casai relevant du fief de Saint-Géoi^es 
de Labaène, cédé aux Teutoniques par Othon , comte 
d'Henneberg, et dont je crois retrouver le site dans le lieii 
dit Djemlet el Baneh ain sud-est du village de -Saint- 
Georges. 

LABASSE (6), casai du territoire d'Acre, donné à 
rOrdre Teutonique au mois d'octobre 1200 par le roi 
Amaury II ; ce village existe encore et porte le nom de 
El Bassa. 

LABOSORIE (7), ca«M des Vénitiens dans le territoire 
de Tyr ; ce village est aujourd'hui appelé Bazourieh. 

LAGUILLE. V. AGUILLE, p. 471. 

LAHAYA (8), casai du territoire de Tyr, cité par Mar- 



(1) Tafbl et Thomas. Font, Rer. AusL, t. XIII, p. 375< 

(2) Ibid. 

(3) Strbhelke. Tab, ord. TheuU, n* 19, p. 19. 

(4) Ibid., p. 3S9. 

(5) Ibid, n- 57, p. Al. 

(6) Ibid., p. 94. 

(7) Font, Rer. Aust., t. XIII, p. 38. 
<8) Ibid., po 388. 



BTSnB AU TSMP8 DES CBOieADBfiU 487 

sile-Georges Baylede Venise, en 1242, an nombre de 100, 
dont les Vénitiens possédaient le tiers. Maintenant el 
Â^ia près de Sedakieh. 

LÂHARË ( 1), casai dépendant du fief de Maroon, que 
le D' Prutz identifie avec le village de Haris. 

LâHëMEDIE (2), casai du territoire de Tyr possédé 
par les Vénitiens. 

LÂIARODIE (3)| casai de Tyr, revendiqué par les Véni- 
tiens, aujourd'hui E^Uaroudieh. Le même que Djaroudieh. 

LANAHEMINE (4), casai du territoire de Tyr, possédé 
par les Vénitiens. 

LANâHIE ou LANOYE (5), casai voisin d'Acre, cédé 
aux Teutoniques par l'Hôpital de Saint-Jean. 

LAREMEDIE (6), possédé pour on tiers par les Véni* 
tiens. 

LASACHTE (7), casai du territoire de Tyr. 

LASAHEPHIE (8), casai du territoire de Tyr, dont un 
tiers appartenait aux Vénitiens. 

LEBEYNE (9) ; ce casai, cédé à l'Ordre Teutonique par 
Othon, comte d'Hennebefg, parait se retrouver dans le 
village nommé el Beheineh. 

LEMEZERA (10), casai dépendit du fief de Saint- 
Georges et vendu aux Vénitiens en 1220. Ce village 
n'existe plus et devait être retrouvé sous le nom de Mez* 
raah. 



(1) Tab, ord. Theut,, n' 19, p. Sll. 
(i) Font, Rer. Aitst., p. t. XIII, 3S8. 

(3) Ibid. 

(4) llâd. 

(5) Tab. ord, Theut.j p. 10. 

(6) Ibid., p. 388. 

(7) Font, Rer, Awt,, t. XIII, p. 378. 

(8) Ibid., p. 388. 

(9) Tab, ord, Theut,, n' 57, p. 47. 
(10) Ibid., A" £»3, p. 43. 



488 



eioesAPHiB histobiqus vm JmA. 



LIAVUM (l), casai relevant da Toron et qui, d'après le 

texte où il est mentionné, devrait pent-étre s'identifier 
avec les raines nommées K*^ el Yâdhoftm. 

MÂHALEBFET (2), casai des Vénitiens près de Tyr. 

MAHâLLIA ou MAHâLLIK (3), casai des Vénitiens 
situé dans les montagnes, aujourd'hui K*^ El MalUya. 

HAHAROUN (le) (4), fief assez consi iérable qui devait 
trois chevaliers à la défense dû royaume. Ce village 
porte encore de nos jours le même nom. On y voit encore 
les ruines d'un petit château du moyeu âge, le même que 
le Maron (Kalaat Maroun). (V. p. 489.) 

MAHAROUNA (5), casai des Vénitiens pour an tiers, 
et relevant, pour le reste, du domaine royal. Ce village 
porte encore de nos jours le même nom. 

MANUET (le) ou MANUETH, était situé au sod-ouest 
de Casai Imbert Le site de la bourgade et da château 
qui donnèrent leur nom à ce fief s'identifie avec les ruines 
appelées El Menaouat que M. Guérin a trouvé â Touest de 
Boubarieh. 

MARAQUE (6), casai des environs de Tyr, qui appar- 
tenait aux Vénitiens, et dont le site se retrouve dans le vil- 
lage moderne de Mâarakeh. 

MARFOUF ou MA!kOUC (le) (7), casai appartenant au 
douaire de la princesse Marguerite, dame de Tyr ; c'est 
le même que le Babouc. 

HARON (le) ; deux fiefs ont porté ce nom. Us étaient 
très voisins l'un de l'autre. 

Le premier, qui releva toujours des seigneurs de Toron, 
comprenait les huit casaux suivants, que j'ai presque tous 
identifiés. 



(i) Font. Rer, AusU, t. XIII, p. 376. 
(i) Ibid., p. 389. 

(3) Ibid..'p.:373. 

(4) Ass. de Jérusalem, t. 1, p. 4Î3. 

(5) Tafbl el Thomas. Foni^ Rer. Aust,, i. XIlï, p. 376. 

(6) Ibid., p. 3S9. 

(7) IlMd.^ p. 399 el OrietU LaU Série geog., U 111, p. 155. 




8YBI1S AU TEMPS DES CBOIBADBS. 489 

Le MarOD, qui donnait son nom au fief, Quabriquem, 
Belide, Cades, Lahare, Mees et les deux Mcgeras. 

Ce fut en 1180 que Omphroy IV de Toron céda par 
échange, au roi Baudoin IV, le Maron et les autres fiefs 
qu'il possédait, comme le Château-Neuf et Belinas. 

Nous savons que le 24 février 1182 ce prince donna au 
comte Joscelin, son oncle, le Marqn et le Château-Neuf, 
en échange de la terre de Saint-Elie et de plusieurs 
casaux. Puis, il lui confirma de nouveau cette donation le 
21 octobre 1186. 

Par suite du mariage d'Agnès, fille du comte Joscelin, 
les divers fiefs de ce dernier passèrent dans la famille de 
TAmandelée, et nous voyons, le 7 juillet 1244, Jacques 
de l'Âmandelée céder la moitié du Maron à l'Ordre Teu- 
tonique. 

MARON (le); le second fief nommé le Maron parait se 
retrouver dans an petit château du moyen âge, iiommé 
aujourd'hui Ealaat Maroun et dans le casai du même nom; 
ce fief relevait de Tyr et ses dépendances confinaient aux 
casaux d'Ândrequisse ou Ândrecife , aujourd'hui Deir 
Kiffa, de Niha, qui porte encore le même nom, et enfin de 
Torciase. 

Ce casai fut donné, en juillet 1269, à l'Hôpital Saint- 
Jean, par Philippe de Montfort, seigneur de Tyr, 

Selon toutes probabilités, c'est de ce fief qu'^étaît sei- 
gneur Renier de Maron, chevalier mentionné par Guil- 
laume de Tyr en 1179(1). ' 

MARON (2), casai possédé par Gui de Scandelion et 
qui se retrouve dans le village du même nom. 

MEBLIE (3), casai relevant du fief de Saint-Georges et 
dont le site parait se retrouver dans les ruines nommées 
Kharbet Mebleh. 

Sur une colline dominant ces ruines se voient les restes 



(i) G. de Tyr, p. 1053. 

{% Hist, arabes des Croisades j t. XIII, p. 374, 

(3) Tab, ord, Theut.^ t. LUI, p, 43. 



490 



GÉOGRAPHIE HISTOHIQUE DE LA. 



d'un poste militaire du moyen àge^ nommé aujourd'hui 
Easr Meblieh. 

MECYA(l), bourgade voisine du Château-Neuf (Httnïn) 
et dépendant de ce château. Ibn Djobaïr qui visita cette 
localité en 1184^ constate la bonne intelligence qui tëghait 
alors dans cette région entre les Francs et les Musul- 
mans. Ce village s'identifie, sans peine^ avec les Kharbet 
Meïzeh, village ruiné sur la rive droite du Nahar El Has- 
bany près du Djïser er Rhadjar. 

MÉES (2), casai dépendant du fief du Maron et qui 
ëi^lste encore sous le nom de Meïs. 

MEGEDEL; v. MIGEDEL (3). 

MEGEBAS (les deux) (4), casaux appartenant égale- 
ment au fief du Maron. La position de ces deux localités 
n'est pas encore déterminée. 

MEHLEP (5), casai faisant partie du douaire de la 
reine Marguerite, aujourd'hui Mahlab. 

MELEKIEH ou MELEQUIE (6), casai voisin de Tyr et 
faisant partie du domaine royal. Ce village existe encore 
et porte maintenant le nom de Mâalik. 

MERGECOLON (7), casai des environs d'Acre, qui, 
après avoir formé un fief avec le Gedin, fut possédé par 
l'Ordre Teutonique, et qui s'identifie avec le village de 
Me^dél Ëaroun. 

MESEREFE (la) (8), casai du territoire d'Acra, dpnn^ 
en fief à Jean d'Ibelin, seigneur de .Barut, au ,jnoi£ d'oc- 
tobre 1253, par Henri, roi de Chypre çt de Jérusalem. 



(1) HisL arab. des Croisades^ t. lU, p. 4^. 

(2) Tab. ord,^ Theut, n* 21, p. 19. 

(3) Ibid., p. 378. 

(4) Ibid., n" 21, p. 19. 

(5) Font, Rer. AmU^ t. XIV, p. 399. 

(6) Ibid., p. 372. 

(7) Tab. ord. Theut., p. 78.. • 

(8) Ibid., n- 105, p. 84. 



Sl^l^IS AU TEMPS DES C&OISADES. 491 

C'est aujourd'hui uû village ruiné du nom de, K®^ Mes 
cherfi. 

MËSSOBIA (1), casai possédé en 1178 par l'al^baye de 
Dïotre-Daoae du Mont-Siôn. 

MICHEL SERQUEY, casai de Tyr, jadfe possédé par 
lias VéniUcinSyiçt qu'ils perdirent par la négligence du Baile 
Dominique Acotwjbp. S'agit-il ici d^un. nom d'homme ou 
d'un nom de lieu??? 

MIGEDEL ou MIGAIDEL (2), casai voisin de Tyr, 
domië à THôpital en 1260 par Philippe de Montfort, prince 
de Tyr (3). Ce village se voit, encore et porte le nom de 
Mejdel. 

MIMAS oa AMIMAS (4), casai à troi^ milles d'Acre. 
Ce village est aujourd'hui nommé Tell Mimas et se trouve 
au sud de Kouekat. 

MI8S0P (ô) ; ce casai, qui était situé dans le territoire 
d'Acre^ fut donné, en 1200, par le roi Amaury II, aux 
Teutoniques. Ce lieu est à présent nommé £1 Massoub. 

MONTFORT (6), château possédé par l'Ordre Teuto- 
nique dont il formait le principal établissement. Cette 
forteresse est aujourd'hui nommée Kalaat Krein. C'est ce 
même cb&teau que nous trouvons désigné sous le nom de 
Koraïn dans les Historiens arabes. Il parait encore être 
identique à la forteresse que le continuateur de Guillaume 
désigne sous le nom de Frans Chastiaus (7). 

MYARI (8), casai du territoire d'Acre, possédé en 1878 
par l'abbaye de Notre-Dame du Mont-Sion de Jérusalem. 
Ce village est encore nommé Miar. 



(1) Charte inédite. 

(2) Cod. dipL, t. I, !!• 139, p. Iftô. 

(3) Font., Rer. Aust, t. XIII, p. '4SS. 

(4) Cart. St-Sépulcre, n* 72, p. 45. 

(5) Tab, ord. Theut,, p. 94. 

(^) Etude sur Varchit, militaire des Crois, 

(7) Gont, de G, de Tyr, p. 371. 

(8) Charte inédite. 



492 GÉOGRAPHIE HiSTOBIQUB DE LA 

NABÂTIOE (1), casai Tenda à l'Ordre Teatonique eo 
1249 par Jean Alemau, seigneur de Césarée. 

NEF (2), casai vendu à l'Ondre Teutonique en 1249 
par Jean Aleman, seigneur de Césarée. C'est aujourd'hui 
le village de Nâhef. 

NIHA ou NEA (3), casai indivis entre le domaine royal 
et les Vénitiens. Ce village porte encore aujourd'hui le 
même nom. 

NOIE (4), casai dont la. moitié faisait partie du fief 
nommé Château du Roi, et qui fut vendu à l'Ordre Teuto- 
nique par Othon, comte de Henneberg; c'est peut-être le 
même que Yanouha près Malio. 

NOIRE GARDE (5), lieu voisin du Château- Neuf 
(Hounin), et d'où Ton apercevait Belinas. C'est là que vint 
camper^ en 1157, le roi Baudoin III quand il vint secourir 
cette ville assiégée par Nour-ed-din. Ce lieu paraît être la 
source nommée Ain Belatha dans la vallée du Bahr-el- 
Houleh (lac Samakhonite). 

NOSÉOQUIE (6), casai relevant du Château du Roi et 
passé comme tel à l'Ordre Teutonique. 

QUABRIMKA (7), casai appartenant au fief de Maroun, 
et qui porte encore le nom de Kabrikah. (V. p. 486.) 

QUAFARBOLE (8), casai dépendant d'Acre. 

QUAFRENEBIT (9), casai voisin d'Acre, donné à Jean 
d'Ibelin par Henri, roi de Chypre, le même que Kàfar- 
neby. (V. p. 486.) 

QUEFORCABEL, v. CAFFAR ED BAAL. 



(1) Tab, ord, TheuU^ n- 100, p. .84. 

(2) Ibid., n- 100, p. 78. 

(3) Font. Rer, Aust,, t. XIII, p. 389. 

(4) Tab. ord. Theut., n. 53, p. 43. 

(5) G. de Tyr, 1. XVIII, ch. 15. 

(6) Tab. ord. Theut., n- 53, p. 43. 

(7) Ibid., n- 21, p. 19. 

(8) Cont. de G. de Tyr, p. 204. 

(9) Tab. ord. Theut., n* 105, p. 84. 



É 



StÀIÈ AV TEMP6 DES CBOÏSÂbÈs. 4d3 

QUIEBRE (le) (1), casai dépendant du même territoire 
et donné à Jean d'Ibelin, seigneur de Baratb, au mois 
d'octobre 1253 par Henri, roi de Chypre et de Jérusalem. 
Ce lieu s'identifie avec El Kabreb. 

RâHEB (2)^ casai relevant du Château du Roi, passé 
avec lui en la possession de l'Ordre Teutonique. Ce village 
porte encore le même nom. 

RAINEMONDE, casai voisin de Doc, mais dont le site 
ne nous est pas exactement connu. 

RÂMÂDIE (3), casai des Vénitiens donné en fief à 
Roland-Contarini. 

.RASABDE (4); ce village dépendait du Château du 
Roi. Je crois en avoir trouvé le site dans les ruines nom- 
mées aujourd'hui K«^ Abdeh ou E®^ Ras Abbad. 

RASHELAM ou RASALAME (5), nom sous lequel nous 
trouvons désignées les fontaines voisines de Tyr, nommées 
aujourd'hui Ras el Ain. Ce casai fut donné aux Pisans en 

1187(6). 

RECORDANE (7), village situé sur un tertre près des 
sources du Bélus. Ce lieu est encore nommé de nos jours 
Tell Kourdaneh. Les moulins de ce village, plusieurs fois 
cités dans les chartes, sont encore reconnaissables. 

RESCONANY (8), casai de Tyr revendiqué par les 
Vénitiens en 1242, aujourd'hui Reschkenaneh ou Resch- 
conanin, petit hameau habité par des Motoualis. 

ROCIS (9), casai relevant du Château du Roi, me 
paraît être le village de Roueiss, â l'ouest de Kabou. 



(1) Tab. ord. Theut, n» 105, p. 84. 

(2) Ibid., n- 53, p. 43. 

(3) Font, Rer. Amt,, t. XIII, p. 387. 

(4) Tab, ord, Theut,, d* 53, p. 43. 

(o) Tafkl et Thomas, Font, her. Aust, t. XIV, p. 399. 

(6) Dipl, Pisani, p. 399. 

(7) Marin. Sanot. Sec. Fidelium Crucis, 1. III, p. i% ch. XII, p. 212. 

(8) Tapbl et Thomas. Font, Her, Aust,, t. XIII, p. 388. 

(9) Tab, ord, Theut,, n. 53, p. 43. 



494 oioOBAPHTB HTSTOBTQTTE DB LA 

SAFRAN (le) (1), casai à trois lieues 4' Acre, but la 
route de Sëphorie, où existait une églises de Saiut^JeaA 
dont on voit encore les ruines et qui ^ait considérée 
comme un lieu de pèlerinage en grande vénération an 
douzième siècle. C'est aujourd'hui le gro3 village de 
Schepha amar. 

SâGNOMIE (2), casai possédé en fief par Gauthier 
Morel et qui confinait à Test celui de Maharouna. 

SAHAPHIE (3), casai voisin de Tyr et appartenant au 
roi. 

SAHASIE (4), casai de Tyr, possédé par les Vénitiens. 

SAHONYE (5), casai de Tyr, possédé par les Vénitiens. 

SAINT^ERINE (6), casai du territoire de Tyr et uppar- 
tenant au Saint-Sépulcre. Position inconnue. 

SAINTGEORGES DE LABAÈNE(lefief de)(7). Saint- 
Georges de Labaèae était une grosse bourgade située 
entre Acre et Saphet et qui donnait son nom au fief dit de 
Saint- Georges que Ton trouve souvent mentionné dans 
les Assises de Jérusalem, On y voyait au temps des Croi- 
sades une abbaye de moines noirs dont le site est désigné 
sous le nom de Deïr el Assad. Cette localité se retrouve 
dans le village moderne de El Baneh. 

M. Guérin y a trouvé les restes d'une belle église du 
trieizième siècle. 

Un oualy, qui s'élève sur une colline dominant le village 
est aujourd'hui nommé Naby el Khoudr ou Saint-Georges. 
D'après une tradition locale, El Baneh serait le lieu de 
naissance du saint. Au temps de la domination franque en 
Syrie, le fief de Saint-Georges devait dix chevaliers à la 



(1) ToouÉ. Eglis? de Terre-Sainte^ p. 440. 

(2) Tapel el Thomas. Font. Rer, AusU, t. XIII, p. 377. 

(3) Ibid., p. 37«. 

(4) Ibid., p. 387. 
<5) Ibid., p. 388. 

(6) Cart, Saint-Sépulcre, n» S», p. 37. 

(7) Font. Rer. Aust., t. XIII, p. 389. 



SYBIE AU TEMPS DES OBOISADES. 495 

défense du royaume et comprenait les huit casaux de 
Ârket, Tanot, Mebiie, Saphet, Lemezera, j'ai pu établir 
ridentification de chacun de ces casaux avec des localités 
modernes; Arket se retrouve dans Yerka; Yanot dans 
Yanoua; Cabra dans les Kharbet Eabrah; Meblie dans 
Kharbet Mebieh; Boukel dans Bekea. Kémelie enfin me 
parait Tle voir être recherchée dans Djemelet el Baneh. La 
bourgade de Saint-Georges fut abandonnée et démolie par 
les Francs le 22 juin 1271 (1). 

SAMAH (2), casai voisin d'Acre, donné à Jean d'Ibelin 
en 1253 par Henri, roi de Chypre et de Jérusalem, dont 
le site se retrouve, au bord de l'ouad Eerkera, dans les 
K«* Semah. 

SAMOHETE (3); ce casai faisait partie des dépen- 
dances du Château du Roi et fut acquis en même temps 
que ce fief par les chevaliers Teutoniques. Ce village 
porte aujourd'hui le nom de Es Semouhy. D'après Prutz, 
ce serait Soukmata. 

SAPHET (le) DES ALLEMANDS, casai voisin du 
Saphran, aujourd'hui K®* Safta el Hadi. 

SAPHET (4), dépendance du fief de Casai Imbert; 
dans certains actes, ce casai est désigné sous lé nom de 
Sapher. 

SAPHET LE CATHAMON (5) ; ce village dépendait de 
la seigneurie du Toron ; il passa à l'Hôpital. Ce village 
devrait peut-être s'identifier avec les K** el Eatamoun, où 
se voient des ruines d'un fort. 

SARDENAS (6), casai possédé dès l'année 1130 par 
l'abbaye de Josaphat, qui passe ensuite à celle de Mont- 



Ci) Marin. Sanut. Sécréta Fid, crucis ap,. Bongars, p« 224. 

(2) Tab. ord. TheuU^ n- 105, p. 34. 

(3) Ibid., n- 53, p. 43. 

(4) Rech. sur la dont, des LaU en Orient, p. 88. 

(5) Tab, ord. Theut,, p. 60^. 

(6) Delaborde. Chartes de Terre-Mainte, p. 45-101. 



49G GfoGBAPHiS nmOBSOCB SB £JL 

SioB qui le possédait ca 1178, mais éoÊÊ. Fabhcje de Jo- 
s^Aat consmait eacore ies dtees ea 12^5, ju^foiinlliu 
Zêrdena ri). 

SAUEOEL FOC A (2V casai dépeadiat dm fief dm comte 

Joscelin et qui parait âldentifier aTec le nllage em lûws 
nommé, de nos jours, SeToab-el-Foka. 

SCAXDELIOX Qé) (3). chiteaii Toisiii de Tjr. âerë par 
le roi Baodoin I** sur le site de Tantiqve Alesmadios- 
cbène. fût donné en fief i une Camille ; cette dernère ea 
prit le nom et a fourni un chapitre an Ligmmges ffhÊArt» 
Mer. n était compté au nombre des douze fiefe seciMidaires 
du roTaume. 

Ibn Djobûr s'j auréta en 11 S4 et nous a^veod que 
la bour^de qui en dépendait était entourée de mu- 
raiUes r4 :. 

SEBEQUE (la) ou SEEBEIQUE (5X casai donné par 
Henri, roi de Chypre et de Jérusalem i Jeaa dTbelin, 
i&ire tie Bamth et affermé par ce dernier aux cheraliers 
Tentoniqaes en 1256. Ce lieu se retroure dnas les K** 
Esbekeh ou esch-Schoubeikeh. 

SEDEQUIE » 6\ casai de Tjr possédé par les Véailîens 
et dont on reconnu le nom dus le TiÔage Bodeme de 

Sedaklii. 

SEDIU ou 5IDD1 (7), casai du domaine Wfj^ rainé 
dans les ennrons de Tyr. et sur lequel les VàdtîeBs éle- 
vèrent des prétentions en 1242: aujourd'hui K** Siddiu, au 
nord de Ttt et au bord de la mer. 

SEIDINUM (8). casai Toisin de IVr. mentimné ea 1 195 
dans un acte de donation i l'Hôpital de Notre-Dame des 



I 



.î Hii., n- 16. p. 15. 

'4- Hisi. 'zr'Zb^ d^ Croisades, t. DL p. fil. 

rô- n»i.. n- 146. p. SL 

*$• FiMi. Rer. Aust., t. Xm, p. 338. 

fT» ILî-i.. p. 3âi9. 

'9» Tab, ord. Tkeui^ tr 31. p. 9S. 







StBltB AtT TÉM^S DES 6B0I8AD1B8. 407 

Allemands. Le D' Prntz a identifié ce village avec le 
hameau moderne de Ghàadineh, au nord-ést de Tyr. 

SEISOR (1), casai du territoire d'Acre, vendu le 30 
avril 1249 par Jean Âleman, seigneur de Césarée, à 
l'Ordre Teutonique. Ce village parait s'identifier avec 
celui de Seidjour près de Ramah, sur la route d'Acre à 
Safed. 

SEROUH (2); ce casai faisait partie des dépendances 
du Ghftteau du Roi. C'est le village moderne de Sourouh. 

SESQUARA ou ZESQUARA (3), casai du domaine 
royal, sur lequel Hugues, roi de Chypre et de Jérusalem 
assigna, en 1217, des redevances en blé, en vin, et en 
orge, à l'Ordre Teutonique. 

SOAFFI (4), casai de la partie du territoire de Tyr 
possédé par les Vénitiens, et tenu en fief par Roland Con- 
tarini. 

SOHAFIN (5). casai de Tyr appartenant à la Républi- 
que de Venise. Probablement le même que le précédent. 

SOPHIE (6), casai dépendant du Château-Neuf, vendu 
au comte Joscelin par Petronille, vicomtesse d'Acre. Le 
même que Supheye. 

SOQUOLLYE (7), 

SOROVE, voir SEROUH (8). 

SUBBEIBE ou l'ASSEBEIBE, aiyourd'hui Subeibeh. 
V. Belinas. 

SUPHEYE (9), casai du Château du Roi, et passé 
comme tel à l'Ordre Teutonique. Je crois avoir retrouvé 



(1) Tah. ord, TheuU n* 100, p. 78. 

(2) Ibid., n- 53, p. 43. 

(3) Ret. Rech, sur la dom, des Lat. en Orient^ p. 25. 

(4) Font. Rer, Aust,, p. 374. 

(5) Ibid., p. 377. 

(6) Tab, ord, Theut,, n* 11, p. 6. 

(7) Font. Rer. Aust., t. I, p. 388. 

(8) Tab, ord, Theut., w 16, p. 15. 

(9) Ibid., n- 53, p. 43. 



498 &ÈO&BA2HIR HI8TO&IQUB DB ImA 

le site ce village : c'est on tertre eourert de rainBS nomoié 
Saphaha on Schafaîeh, et qui est an nord de Kmboo* 

SZORGOBUM(l), casai dépendant de Tyr et possédé 
par les Vénitiens, je l'ai identifié, il y a quelques années, 
avec Zonrkaya 

TABÂRIÂ (2), casai dépendant ds Châteam da Roi, et 
qne nons trouvons mentionné dans un acte de Bau- 
doin m, da 2d janvier 1160. Le site de ce.TUlage se 
retrouve dans les ruines du même nom qui se voient sur 
la rive droite du Ouady Krein. 

TABPHUiE (3), casai relevant du Château dn Boi. 

TâYEREBIEA (4X casai relevant dn Château du Roi, 
passa en même temps que ce fief aux Teutoniqaes» C'est 
aujourd'hui le village de Tarbiga. 

TAYEBETRAME ou THEIRETENNE (5), casai voisin 
de Tyr, possédé en tiers par les Vénitiens et les deux 
autres par le roi ; dans la suite, il fut réuni au Châteaa du 
Boi. Se retrouve, je crois, dans les 'ruines nommées 
Tetramy (6). 

TERFALSA ou TAffiREFELSE (7), casai du domaine 
royal dans le territoire de Tyr. Ce nom paraît se retrou- 
ver dans celui du village de Terharfa. 

TERREBRESHA (8), casai dépendant du comte Jos- 
celin de Courtenay, parait devoir être identifié avec les 
ruines nommées Daribressou. 

TERRETRAME (9), casai du fief du comte Joscelin, 
qui paraît bien être le même que Tayeretrane. 

TERSYHA ou TORSIA (10), casai relevant da Château 



(1) Font, Rer. Aust., t. XIII, p. 388. 

(2) Strehelke. Tab. ord, Theut,, n* 2, p. 2. 

(3) Ibid., D* 53, p. 43. 

(4) Ibid. 

(5) Ibid. 

(6) Font. Rer. Atist., t. XIII, p. 374. 

(7) Ibid., n- 16, p. 15. 

(8) Font. Rer. Atist,, t. XIII, p. 373-376. 

(9) Tab. ord, Theut., n* 16, p. 15. 
(10) Ibid., n- 53, p. 43. 







8TBIB AU TEMPS DES GBOI8ADE8. 499 

dû Roi et acquis en 1220 d'Othon, comte de Henneberg, 
par rOrdre Teutonique. Ce village porte encore le nom 
de Terchiha. 

TEYRFEBNE-THAERISIBENA ou DARZEBENE (l)j 
casai dans le territoire de Tyr, possédé en 1146, par le roi 
Baudoin III, revendiqué en 1 242 par les Vénitiens, et qui 
doit être identifié avec le village nommé Their Zibna (2)'. 

THALABIE (3), casai de la banlieue de Tyr, auprès de 
l'Aqueduc. Il était possédé par le seigneur de Sayette et 
paraît s'identifier sans peine avec le site de Tell Habcïsch, 
nommé aussi, depuis quelques années, Resehidiéb. Ce casai 
fut donné en 1187 aux Pisans (4). 

TERRE DE PHILIPPE LE ROUX (la), le fief que 
nous trouvons mentionné sous ce nom, dans les Assises, 
comme devant au roi le service de deux chevaliers; ce fief 
parait se retrouver dans les casaux de Arabia et de Zek- 
kanin. 

La possession de ces deux casaux fut confirmée le 
3 juillet 1174 à Philippe le Roux par le roi Baudoin IV. 

Nous savons que sa fille Isabelle les apporta par 
mariage dans la famille Barlais, dont un des membres, 
marié à Agnès de Margat antérieurement à 1217, portait 
le titre de seigneur d'Arrabe. 

TELL EL MASCHOUKA (5), tertre très voisin de Tyr, 
où vint camper le roi Baudoin P' en 1108, aujourd'hui 
Tell Maschkouk. 

TOLLIFIF (6), casai confinant celui de Mejedel et dont 
un tiers était possédé par les Vénitiens. 

TORCIASE (7), casai dépendant du Marbun. 

TORON (le), forteresse élevée par Hugues de Saint- 



Ci) Delaborde. Chartes de Terre^Sainte, p. 60. 

(2) Font. Rer. Aust., t. Xm, p. 388. 

(3) Ibid., p. 369. 

(4) Hist» arabes de» Croiseides^ 1. 1, p. 259. 

(5) Dip, Pisan, p. 101. 

(6) Ibid., p. 378. 

(7) Cod. dipl., t. I, p. 266. 



500 oisOGBAFHIE HISTORIQUE DB IiA 

Orner; elle formait, après les qaatre grandes baronnies, la 
seigneurie la plus considérable du royaume. 

Outre le fief du Toron proprement dit, elle comprenait 
encore, comme dépendances, ceux du Maron, da Château- 
Neuf, de Subbeïbe ou TAssebebe. 

Les seigneurs qui le possédaient occupèrent constam- 
ment les grandes charges du royaume. 

J'ai décrit les restes de ce château dans mon étude 
sur V Architecture militaire des Croisades. 

L'église du Toron était placée sous le vocable de Notre- 
Dame et servait de lieu de sépulture aux seigneurs. 

La communauté juive fixée dans la bourgade du Toron 
était alors une des plus nombreuses de la Palestine. 

J'ai dit quelques mots des énormes revenus de cette 
seigneurie dans le chapitre consacré à l'étude des finances 
des principautés latines. 

TOR (la) DE L'OSPITàL (1), casai des Hospitaliers 
de Saint-Jean, situé près de Tyr. Ce village est nommé 
aujourd'hui El Bordj ; c'est le même que nous trouvons 
désigné par les historiens arabes du quinzième siècle, 
sous le nom de Bordj el Asbetar. 

TREFILE, voir TARPHILE, casai contigu au château 
de Montfort. 

TURON (2), casai voisin d'Acre, mentionné en 1175, 
dans un acte de Baudoin, roi de Jérusalem. Peut-être Tell 
el Kisan ? 

TYR (3) ; les descriptions laissées par les historiens des 
Croisades prouvent quelle était l'importance de Tyr au 
douzième et au treizième siècles. Le rôle considérable de 
cette ville au temps de la domination franque en Terre- 
Sainte est trop connu pour que j'aie à en parler ici. La 
destruction qui suivit sa prise par les Sarrasins en fit un 
monceau de ruines dont les villes voisines tirent, depuis 
des siècles, les matériaux nécessaires à leurs construc- 
tions. 



(1) Orient. Lot. Série Qeog., t. m, p. 255. 

(2) Cod. dipL, t. I, n- 139, p. 169. 

(3) U>id., p. 245. 




SYBIE AU TEMPS DES CBOISADES. 501 

Il faut maintenant traverser an ou deux mètres de 
décombres et de sable pour retrouver la ville de Guil- 
laume de Tyr. 

Son histoire et sa topographie, durant Tantiquité, ont été, 
en France, Tobjet de travaux importants, notamment de 
la part de MM. Renan, de Bertou et Poulain de Bossay. 

 la suite de la prise de Jérusalem, par Salah-ed-din, 
c'est-à-dire pendant plus d'un siècle, Tyr fut la seconde 
ville du royaume latin. Acre en étant devenue la capitale. 

La presqu'île occupée par la ville dont je vais tenter 
l'étude mesure moins de onze cents mètres dans sa plus 
grande longueur, sur une largeur maxima n'excédant pas 
six cents, entre la mer et la triple ligne de murailles 
élevée sur l'isthme sablonneux qui relie Tyr au continent. 

Le port du moyen âge est situé au nord de la ville. Il a 
remplacé le port dit Sidonien, et consiste en une baie fer- 
mée à l'ouest et au nord-est par deux jetées élevées sur 
des fondements antiques. Il était défendu par trois tours 
dont une subsiste encore (1). 

Voici la description que donne de ce port et de la rade 
dont il est précédé le pèlerin Théodoricus en Tannée 1 182 : 

« Duplici portu, sicut et Accaron. (Acre) insignitur 
interius civili, exterius disposito, peregrino navium comi- 
tatu, inter ipsos autem portus binsB in altum prominent 
turres ingenti saxorum mole compactse catenam maximam 
de ferra fabricatam pro janua continentes intrandi et 
exeundi facultatem sicut clausa adimit, ita reserata con- 
cedit. » (2) 

Ce texte confirme l'opinion que j'émettais dans mon 
Etude sur V Architecture Militaire des Croisés;^ en Syrie, 
quand je disais qu'au temps de la domination latine, les 
grands navires armés devaient demeurer dans les avant- 
ports (3). 

Ici, cet avant-port formant rade est déterminé par une 
chaîne de récifs partant de l'extrémité nord de la pres- 
qu'île. 



(1) Cont, de G. de Tyr, chap. m, p. i08. 

(2) Théodoricus. De Locis. Sanctis Ed Tobler, p. lil. 

(3) Btude sur VArchitec* milit, des Crois,^ p. 165, 



502 aio&RAPHIB HISTOaiQUB DE IiA 

Ibn Djobaïr, qui vint à Tyr eu 1184, décrit, en ces 
termes, les établissements maritimes qui nous occupent : 
c Les murs de la ville l'enceignent de trois côtés et des 
voûtes de maçonnerie enferment le quatrième l'instal- 
lation est à la fois plus complète, meilleare et mieux 
arrangée que celle du port d'Acre (1). > 

On trouve, au tome XIII des Fontes Sérum Aus- 
triacarum, la mention d'un arsenal maritime paraissant 
avoir été situé au fond de ce port, et que le bailli des 
Vénitiens, Marsiles Oeorges, désigne sous le nom de 
Arsena Régis. Cet arsenal, dont il ne subsiste plus de ves- 
tiges, devait, selon toute probabilité, occuper le quatrième 
côté de ce port (2). 

Une ligne de murailles flanquées de tours carrées par 
tant de la naissance de la jetée occidentale et suivant 
l'escarpement du rocher à l'ouest et au sud, formait sur 
ces deux faces la défense de la ville. Ces ouvrages ont 
laissé des traces assez facilement reconnaissables. 

En 1200, un tremblement de terre ayant renversé les 
murs de Tyr, ces défenses furent reconstruites avec l'ar- 
gent envoyé d'Occident. Elles devaient présenter une 
grande analogie avec les ouvrages, de même nature, que 
nous voyons, encore, au château de Tortose et à celui 
d'Athlit, élevés à la même époque. 

Les bases des tours correspondant aux N**» 7, 8 et 11 du 
plan de M. de Bertou sont encore très visibles et des restes 
de blocage permettent de retrouver exactement le tracé 
des courtines qui reliaient entre elles les bases des tours. 

Des restes de magasins et des citernes construits en 
béton, ainsi qu'un petit escalier, et, un peu en retrait, vers 
le sud, un arceau dépouillé de son parement de grand 
appareil, se voient encore. 

La base de la tour qui formait l'angle sud-ouest des 
défenses de la ville subsistait encore en 1858. A l'extrême 
pointe du récif sur lequel elle est assise existent quelques 



(i) Hist, Arabes des Croisades, t. III, p. 454. 

(2) Tafel et Thomas. Ap.^ Fontes. Rer. Austr.y U X1|I| p, 3G7. 



8TBIB AU TBMPS DES 0ROISADB8. 503 

enrochements de béton ; pais, le long dn rocher, on remarque 
une entaille destinée à servir de lit à la première assise du 
rempart 

Les traces du blocage dont ce mur était fait à l'inté- 
rieur se retrouvent jusque vers la tour, et quelques gros 
blocs restés en place permettent de reconnaître qu'ici le 
revêtement était en grand appareil taillé à bossage, 
comme dans les murs de Tortose et dans ceux d'Athlit. 

Quand, au mois d'octobre 1857, je visitai pour la pre- 
mière fois les ruines de Tyr, je vis encore, de ce côté, 
trois bases de tours barrelongues. 

On sait, par une charte, qu'une poterne située derrière 
la maison de l'Hôpital, à Tyr^ et s'ouvrant dans cette 
partie dels murs fut cédée à Philippe de Montfort en 1269. 

Une triple ligne de murailles, de hauteurs différentes, 
barrait la presqu'île; le dernier rempart était, dit Bur- 
chard de Mont-Sion, épais de 22 pieds et muni de 12 
tours (1). 

Le passage suivant de l'un des actes contenus dans le 
Cartulaire du Saint- Sépulcre donne à penser qu'un espace 
assez grand séparait ces diverses murailles , puisqu'il 
existait des jardins entre ces lignes de défense. 

c (Jnum ortum, qui est inter murum et ante murali 
Tyri ex parte maris (2). » 

Il est donc probable que les jardins, qui se voient dans 
un enfoncement, au milieu des sables, au pied de la tour 
dite des Maugrebins, reste indiscutable de la seconde 
enceinte, sont les derniers vestiges de ceux dont il vient 
d'être question, et qu'ils marquent l'intervalle qui sépa- 
rait les deux lignes de défense. 

Le massif de maçonnerie reconnu successivement par 
MM. de Berton et Renan nous donne un précieux jalon 
pour déterminer le point oti s'élevait la troisième muraille 
qui formait la première ligne vers les dehors de la place. 



(1) BuRCH. DE MoNT-SiON. Ap, lAXuretUf p. 24-S5. 

(2) Cart, Saint-Sépulcre, uT 144, p. 262. 



I 



504 aiOG&APHIE HISTOfilQUE PE LA 

Gftillanme de Tyr, Wilbrand d'Oldenbourg et Burchard 
de Mont-Sion parlent des trois murailles défendant Tyr 
vers Test, dans des termes identiques ; seulement, le der- 
nier de ces écrivains ajoute : « Quibus etiam tarribus con- 
tinuatur arx civitatis munitissima habens quinque turres 
fortissimas. > 

Un de ces remparts était précédé d^un fossé large et 
profond traversant l'isthme dans toute sa largeur et dans 
lequel on pouvait introduire l'eau de la mer. 

Nous lisons dans la relation du pèlerin Théodoricus (1) 
que deux portes seulement donnaient accès dans la ville 
par des détours très compliqués au milieu de ces dé- 
fensps. L'une était nommée porte de Sagette (2). 

Jean Poloner (3) dit qu'en 1422, quand il visita les raines 
de Tyr, trois hautes murailles, flanquées de tours , bar- 
raient l'isthme. Pococke vit encore, en 1739, les traces 
très distinctes de ces trois murailles et de leurs fossés 
qui s'étendaient à travers l'isthme. A cette époque, la 
courtine, reliant la tour dite des Maugrebins à celle dont 
les restes forment une fontaine, subsistait encore. 

Le même voyageur, ainsi que d'Arvieux et Mundrell, 
signalent également les restes du château dont il a été 
parlé plus haut et qui se voyaient au bord de la mer. 

Un vieux plan hydrographique du mouillage de Tyr 
levé dans le courant du dix-septième siècle, et qui est 
conservé aux archives du dépôt des cartes de la marine, 
représente les ruines de ce château vues à yol d'oiseau. 
C'est un ouvrage carré, flanqué de tours aux angles et au 
centre duquel s'élève un gros donjon quadrangulaire. 

Le sceau de Jean de Montfort, seigneur de Tyr, que je 
reproduis ici d'après la planche du Code Diplomatique (4) 
de Paoli parait représenter les deux avant-murs, la porte 
de la ville et le donjon qui la domine ; au premier plan, i 



(1) Théodoricus; De Locis, Sanctis Ed, Tabler, p. 111, 

(2) Delaborde. Chartes de Terre-Sainte, p. 96. 

(3) J. Poloner. Ed. Tabler, p. 265. 

(4) Cod. Dip., t. I, p. 286. 



BTSIB AD TESIF8 PES CBOIBADSB. 505 

gaacfae et à droile, une double ligne ondulée indique, je 
CTOÎE, la mer qui baigne ha extrémités de l'enceinte, et la 
légende Ecee ï^fus rient corroborer l'opiniaD que j'émets. 




C'est, je crois, le donjon du château figuré dans le 
ijceau de Jean de Montfort que le continuateur de Guil- 
laume de Tyr désigne comme une maitresse-tour dominant 
toutes défenses élevées en travers de l'isthme. 

{Gont. de G. de Tyr, p. 108). 

Ce château paraît avoir été renversé par le tremblement 
de terre de 1759. 

La majestueuse cathédrale dont les murs forment 
aujourd'hui l'angle sud-est de la ville moderne vient 
d'être déblayée par des archéologues allemands (1). Elle 
a la forme d'une crois latine, étant à trois nefs avec tran- 
septs ; elle mesure extra muras 73 mètres 1/2 dans sa plus 
grande longueur, sur 11 de large aux transepts; ces der- 
niers avaient une saillie de cinq mètres. Chaque nef, sui- 
vant l'usage adopté dans les églises méditevales de Terre- 
Sainte, se termine par une abside en cul-de-four. Cette 
partie de l'église est la mieux conservée, et, en 1857, nn 
escalier, ménagé dans l'épaiseeur du mur du transepts sud 
permettait encore d'atteindre la naissance des voûtes. Le 



(1> yU. H. Pruu et Sepp. 



506 GioaBAPniE histobiqttb db li. 

tremblement de terre de 188*/ fit tomber lé mur occi- 
dental, ainsi que la face nord dans laquelle s'ouvrait le 
porche de la Basilique ; les arcs donbleaui et les voûtes 
des absides s'écroulèrent alors. Depuis, ces raines n'ont 
cessé d'être exploitées, comme carrières, par les cher- 
cheurs de pierres qui arrachèrent les derniers débris du 
pavage en marbre qui garnissait les nefs. D'après une 
tradition locale, on aurait trouvé alors dans le chœur de 
l'Eglise l'ancien trône des archevêques ; il était, dit-on, 
en marbre blanc, ainsi que les débris du baldaquin en 
marbre, sous lequel iTétait placé. Ce baldaquin était orné 
des figures du Christ et des apôtres. Cette basilique parait 
avoir été placée sous le vocable de Sainte-Croix. 

Il y a vingt-cinq ans environ, au moment de la con- 
struction des grandes casernes de Beyrouth, une partie 
considérable des murs demeurée intacte fut encore dé- 
molie. 

Les Vénitiens avaient en propre, à Tyr, comme dans 
les autres villes du littoral syrien^ un quartier et des 
églises. 

Le Baile des Vénitiens en Syrie mentionne, en 1244, 
plus de 30 immeubles, bains, maisons, magasins, etc., leur 
appartenant dans la ville de Tyr, ainsi qu'un emplacement 
situé au fond du port, près de l'arsenal du roi, et qu'ils 
nomment Baragese, où, dit-il, on avait coutume de haler 
les navires pour les réparer. 

La tour seigneuriale des Vénitiens parait avoir été située 
non loin du port. 

On sait, par les chroniques et les chartes que les 
Vénitiens possédaient, dans Tyr, les églises Saint*Marc, 
Saint-Jacques et Saint-Nicolas. Dans la même rue se 
voyait une chapelle dédiée à saint Pierre. Les Orecs occu- 
paient l'église Sainte-Marie, et, en 1195, les Génois 
avaient élevé l'église Saint-Laurent. 

Le plus célèbre couvent de cette ville parait avoir été 
l'abbaye de femmes dite de Notre-Dame de Tyr; elle fut, 
dans la suite, transférée à Nicosie, en Chypre. 

Pococke signale les restes de deux églises comme se 
voyant de son temps : l'une au nord de la cathédrale, et 



SICBIS AU' TBMPS DES OBOI8ADB8. 5Q7 

qu'il nomme l'église SainWean; l'autre dans les raine» de 
laquelle officiaient, alors les chrétiens de Tyr, et qui était 
sous le vocable de saint Pierre. 

Ibn Djobaïr (1) dit encore, en parlant de Tyr, que ses 
rues et ses ruelles étaient plus propres que celles d'Acre 
et que les maisons y étaient plus vastes et plus commodes 
que dans cette ville. Nous savons encore, par ce voyageur, 
qu'on voyait alors à Tyr une mosquée et un caravan* 
sérail pour les marchands musulmans. 

Les Pisans y possédaient une factorerie (2). 

A l'ouest de la cathédrale se trouvent les ruines d'un 
palais élevé au seizième siècle par Fémir Fahar-ed-din ; 
elles sont appelées aujourd'hui le sérail. 

Burchard de Mont-Sion (3) dit que de son temps on 
voyait, à deux portées de trait en avant de la première mu- 
raille, une colonne surmontée d^une croix, s'élevant au 
milieu des dunes couvrant l'isthme, et nommées alora le 
Sablon de Tyr; elle indiquait le lieu de la prédication de 
Jésus-Christ, qui, d'après une tradition locale, aurait visité 
cette ville. 

Wilbrand d'Oldenbourg et les historiens des Croisades 
parlent souvent des beaux et fertiles jardins couvrant la 
plaine de Tyr. Nous savons, par les documents contempo- 
rains, qu'ils s'étendaient de la naissance de l'isthme jus- 
qu'aux sources nommées sAora Puteus cttquarum viventium, 
les puits de Salomon^ Baselhehne, etc., etc., et qui sont 
désignés, de nos jours, sous le nom de Ras el Aïn. 

Un aqueduc, dont on voit encore des restes considéra-* 
blés, amenait ces eaux à Tyr, après avoir fait tourner plu- 
sieurs moulins. 

Six de ces derniers se voyaient, nous dit Burchard dé 
Mont-Sion, entre Ras el Ain et la mer; ils étaient mis en 
mouvement par une dérivation des eaux. Ce sont ces der- 
niers qui étaient, je crois, désignés sous le nom de Mou- 
lins de Tyr. 



(1) Hist, arabes des Croisades, U UI, p. 4S5. 

(2) Tapel et Thomas. Font. Rer Aust.j t. XII, p. 385. 

(3) LiAiniBNT. Peregri, medii œvi,qtuU,, p. 24-25. 



5ÔÔ OÊOOBA^ItlB filSTÔSiatJS DS t«A 

Au milieu des jardins, entre Taqueduc et la mer, le casai 
de Thalabie était placé sur une petite ëminence nommée 
depuis Tell Habe'isch, et sur laquelle s'élève aujourd'hui une 
vaste ferme appartenant à la famillle de Reschid pacha. 

On rencontre encore quelques autres renseignements 
sur les jardins de Tyr dans le volume de MM. Tafel et 
Thomas formant le tome XIII des Fontes Rerum Aus* 
triacarum. Nous y trouvons mentionnés les jardins pos- 
sédés par les Vénitiens et les Génois, le long de l'Âqueduc, 
et, ^u sud de Ras el Ain, les possessions de l'archevêché 
de Tyr. Dans une charte publiée par Sébastien Paoli, 
dans son Code Diplomatique de l'Ordre de Saint-Jean de 
Jérusalem, on trouve l'indication de la fontaine (I) dite 
de Saint-Paul, dont les eaux arrosaient de nombreux 
champs de cannes à sucre ; il y est aussi fait mention du 
lac et des terres qui en dépendaient (2). 

Une fontaine dans laquelle je crois retrouver celle dont 
il vient d'être question se voit au nord de Tyr, près du 
jardin nommé Bostan-es-Saoudi. Cette source est entourée 
d'un vaste bassin en maçonnerie, d'où partaient deux 
aqueducs se dirigeant, l'un vers la mer et l'autre vers 
Naby Maschouk ; les traces de ce dernier étaient encore 
bien reconnaissables il y a une vingtaine d'années. 

Quant au lac de Tyr, il doit se retrouver, je crois, dans 
les terrains marécageux situés au nord du Birket-er- 
Rouehïr et qui sont les derniers restes d'une lagune au- 
jourd'hui desséchée. 

YANOT (3), casai du fief de Saint-Georges, acquis en 
1220 par l'Ordre Teutonique. Ce village porte aujourd'hui 
le nom de Yanouha. 

ZAGHARIE (4), casai possédé par Jean Dasce. 

ZEBIQUIN (5), casai du territoire de Tyr, appartenant 



(1) Cod, JHpL, t. I, p. 170. 

(2) Celte fontaine parait avoir été également au sud de Bas el Aïn près du 
casai de Aàsieh. 

(3) Tab. ord. TheuU, n* S3, p. 43. 

(4) Tapbl et Thomas. FonU Rer. Aust., t. XIII, p. 378. 

(5) Ibid., p. 375. 




SYBIE AtT imiPB DEd GB0I8ADES. 509 

an roi, et dont rdentification avec le village moderne d« 
Zoubkin paraît pen discutable. 

ZIB ou EZ ZIB (1), casai situe an bord de la mer, à 
huit kilomètres au nord d'Acre. Ibn Djobaïr, qui visita ce 
lieu en 1184, nous apprend qu'une tour ou château domi- 
nait lé village qui a remplacé l'Ëccidippa des Livres 
saints. 

Edrisi désigne cette bourgade sous le nom de Hisn-ez- 
Zeit. 

ZIRIZIA (2), casai dansL les environs de Tyr, reven- 
diqué par les Vénitiens. Ce lieu pourrait peut-être s'iden- 
tifier avec le village moderne de Ez Zefiieh, bien que je 
ne propose cette identification qu'avec la plus grande 
réserve. 

ZOBIE (3), casai du territoire de Tyr, mentionné dans 
la nomenclature des possessions vénitiennes en Syrie. 

ZOENITË (4), casai du Château du Roi, passé en 1220 
à rOrdre Teutonique, en même temps que les autres 
dépendances de ce fief. Ce village porte encore, aujour- 
d'hui, le nom de Zouenita et est situé sur le chemin d'El 
Kabreh à Mâalia. 



SEIGNEURIE DE SAGETTE 



La seigneurie de Sagette, la seconde des grandes 
baronnies du royaume, était limitée au nord par la vallée 
du Damour (le Tamyras des anciens) et le Djebel el 
Eeniseh ; à l'ouest par la mer. Vers l'orient et au sud, le 



(i) Jacques de Vitry. Hist, arabes des Croisades, t. III, p. 451. 

(2) Tapel el Thomas. Font. Rer. Aust., t. XII, p. 389. 

(3) Ibid., t. XIII, p. 373. 

(4) Tab. ord. Theut,, n- 53, p. 43. 



510 aioesAPHiB histobique db ua 

eours du Leitany, nommé alors la Easemye, lai formait 
une frontière naturelle. 

Cependant, le Merdj Aïoun, nommé, alors, par les Francs, 
le Val Germain (1), ainsi que les environs de Hasbeya pa- 
raissent avoir, également, relevé de cette seignearie pen- 
dant une partie du douzième siècle. 

Les forteresses de cette principauté étaient, outre 
Sagette, ville épiscopale qui lui donnait son nom, le cbft- 
teau de Beaufort et la forteresse nommée Cave de Tyron, 
qui fut cédée à TOrdre Teutonique en 1257 par Julien 
de Sagette (2). 

Adelon. 

Sarepta. 

Le Schouf 
et Gezïn en étaient les principaux fiefs, mais ces deux 
derniers paraissent avoir été réunis dans la même famille 
jusqu'au moment où ils furent cédés à l'Ordre Teutonique 
par Julien de Sagette dans la seconde moitié du trei- 
zième siècle. 

ÂDELON (3), nom porté, au moyen âge^ par un village 
qui s'élevait sur le site de la mutatio ad nonum des itiné- 
raires antiques. Ce fut un des fiefs importants de la sei* 
gneurie de Sagette, il donna son nom à une famille 
qui figure au livre des Lignages. Ce lieu est aujourd'hui 
appelé Adloun. 

BÂÂDRAN (4), casai dépendant du fief de Gezïn, 
cédé le 10 janvier 1257 par Julien, seigneur de Sagette, à 
l'Ordre Teutonique. Ce village, qui s'élève sur un plateau 
à l'est de la vallée du Nahar Barouk^ porte encore aujour- 
d'hui le même nom. 

BâHAELIN (5), casai du fief du Schouf, également 
cédé en 1257 aux Teutoniques par Julien de Sagette et 



(1) Hist. occid. des Crois., t. II, p. 324. 
(î) Tab. Ord. Theut., n* iiO, p. 89. 

(3) Fam, d'Qutre^Mer, p. 169. 

(4) Tab, Ord. Theut., w iil, p. 90. 

(5) Ibid., n' 108, p. 88.1 




S^BIE AU TElfPS DES 0B0Ï8ADES. 511 

que nous retrouvons dans la bourgade moderne de Bâa< 
klin. 

BâHNAYL(I); ce casai dépendait également du Scbouf ; 
ce village doit, je crois, être identifié avec El Banayeh. 

BAKHA (la) (2X village relevant du Schouf. 

BÂROUC (le) (3) ; ce casai, qui relevait également du 
Schouf, porte encore le même nom. 

BÂTUN ou BATHON (4), casai vendu en 12&1 aux 
chevaliers Teutoniques, par André, seigneur du Schouf. 

BEAUFORT (5), château très considérable et forte- 
resse la plus importante de la seigneurie de Sagette. J'ai 
longuement décrit, dans V Architecture militaire des Croi- 
sadesj ce château, qui est, aujourd'hui, nommé Schekîf- 
Amoun. 

BEDDEI (6), casai vendu en 1261 aux chevaliers Teu- 
toniques, par André, seigneur du Schouf. 

BELHACEM (7),. village et château voisins de Sagette, 
et oii mourut, en 1128, Guarmond de Picquigny, pa- 
triarche de Jérusalem. Ce lieu se retrouve, d'après le 
6»^ Caillé, dans le village de Bordj Aboul-Hacem, à deux 
heures au nord-est de Saïda, dans la vallée de Nahar el 
Aoualeh (8). 

BEMMORHEI (9), casai du Schouf nommé de nos jours 
Bemahreih et qui fut compris dans la cession faite à 
l'Ordre Teutonique le 4 janvier 1257. 

BENNOUTHE (10), casai acheté en 1261 d'André, sei- 
gneur du Schouf, par l'Ordre Teutonique. 



(1) Tah. ord. TheuU, n* 108, p. 88. 

(2) Ibid. 

(3) Ibid. 

(4) Ibid., n** iii-iiS, p. 90-104. 

(5) Monuments militaires des Crois., 

(6) Tab. Ord, Theut., n" 111-118, p. 90-104. 

(7) G. de Tyr, 1. LXIIi, ch. 25. 

(8) Cod, dipl.j t. I, p. 466. 

(9) Ibid., n- 108, p. 88. 

(10) Strbhelkb. Tab. Ord. Theut., n* 118, p. 105. 

3d 






512 GÉOGRAPHIE HISTOBIQUB DB UL 

BÉNEMSSIN (1), casai du Schouf. 

BENNUEFE (2), casai relevant de Gezïn, 

BESSEMHARRIR (3), casai du Schouf. Positions à re- 
trouver. 

BESSER (4), casai du Schouf. (Voir Bether). 

BESSETFIN (5), casai du Schouf qui s'identifie avec 
la position du village moderne nommé Bsehetfin. 

BETHLON (6), casai de la terre du Schouf que je crois 
avoir retrouvé dans le village moderne de Betheiloun ou 
Betloun. 

BETHER (7), casai du fief du Schouf qui s'identifie avec 
le village moderne nommé Bathir ou Beter. 
Le même que Besser ? 

BÉTHUN (8), casai relevant du fief de Gezïn, et cédé 
également à l'Ordre Teutonique en 1257. (Voyez Bethlon). 

BIKICIN ou BEQUICIN (le) (9) ; ce village relevait du 
même fief que le précédent, et parait devoir être identifié 
avec le village druse de Bekessin. 

BOOCOSTA (10), casai voisin de Sagette, donné aux 
Teutoniques en même temps que les fiefs du Schouf et de 
Gezïn. C'est aujourd'hui le village de B'Ghosta, à trois 
quarts d'heure au nord de Saïda. 

BOSSONNAIH-LE-HAUT (11), dépendance du fief du 
Schouf. 

Deir Buschneih, d'après Prutz ou ? ? Azebieh el Foka. 



(1) Strehklkb. Tab. ord. Theut, n* 108, p. 88. 

(2) Ibid., n* 111, p. 96. 

(3) Ibid.., n- 108, p. 88. 

(4) Ibid., n- 117, p. 103. 

(5) Ibid., n- 108, p. 88. 

(6) Ibid. 

(7) Ibid., n» 111, p. 190. 

(8) Ibid., n- 111, p. 90. 

(9) Ibid., n' 17, p. 103. 
(10) Ibid. 

(il) Ibid., n' i08, p. 88. 







STBIE AU TEMPS DES CROISADES. 513 

BOSSONNAIH-LE-BAS (1), dépendance du fief du 
Schouf. Ce dernier pourrait bien n'être autre chose que le 
village nomtfié aujourd'hui Azebieh-et-tahata. 

BOUSSAIH (2), casai du même fief. 

60UTHME (3), casai relevant de la même seigneurie 
et qui parait devoir être identifié avec le village de 
Botneh. 

BULLEL ou BULBEL (4), casai du Schouf. 

BUTINE (5), casai dépendant de Gezïn. (Voyez 
Bouthme.) 

CAFFAR (6), casai du fief du Schouf. 

CAFAR FACOUH (7), ce casai • qui est en la terre du 
Schouff >, dit l'acte contemporain , fut donné à Notre- 
Dame des Allemands le 20 mars 1258, par Jean de la 
Tour, connétable de Sagette. Il se nomme maintenant 
Kefer-Fakoud. 

CAFERNEBRACH (8), était l'un des casaux compris 
dans le fief du Schouf et dont le site se retrouve dans les 
ruines nommées, aujourd'hui, Eefer Nebrak. 

CAVE DE TYRON (la) (9), forteresse appartenant au 
seigneur de Sagette, et donnée par lui aux Teutoniques 
en 1257, et qui parait devoir être identifiée avec le Kalaat- 
en-Nihâ, que les habitants des environs désignent encore, 
de nos jours, sous le nom de Tyroun-en-Nihâ. 

CORRATYE (la) ou CONRATHIE (10), était l'un des 
casaux du Schouf. 



(i) Strbhelo. Tab. ord. Theut., u* 108, 88 

(2) Ibid. 

(3) Ibid., n- 117, p. 103. 

(4) Ibid., u" 108, p. 88. 

(5) Ibid., n* 111, p. 90 

(6) Ibid., n° 108, p. 88. 

(7) Ibid., D. 114, p. 96. 

(8) Ibid., n* 110, p. 90. 

(9) Ibid., n* 110, p. 89. 
(10) Ibid., n- 108, p. 88. 



514 aéoaBAPHiE histosique db la 

GUNEYESCE (la) (1), était l'un des casaux compris 
dans le fief du Schouf, aujourd'hui el Eunaiseh. 

DÂmCOSSA (2), casai dépendant du fief An Schoof et 
donné en 1256 par Julien, seigneur de Sagette, à l'Ordre 
Teutonique. Aujourd'hui Deir Kousheh. 

DARDORITH (3), casai dépendant du fief du Schoaf 
donné en 1256 par Julien, seigneur de Sagette, à TOrdre 
Teutonique. Aujourd'hui Deir Dourith. 

DEL60N (4), casai dépendant du Schoaf, donné en 
1256 par Julien, seigneur de Sagette, à l'Ordre Teu- 
tonique. M. le D' Prutz identifie ce casai avec le village 
de Delhoun, près de l'embouchure du Damour. 

DEIR BEBE (5), casai dépendant du fief du Schouf et 
que nous trouvons dans la localité nommée maintenant 
Deir Baba. 

DEIR ELGAMAR (6); ce casai fut également donné 
aux Teutoniques en 1261; c'est la petite ville moderne de 
Deir-el-Qamar. 

DEIR ZEKARIM ou DEIR ZECARON (7), casai du 
fief de Gezïn, qui semble devoir être identifié avec le vil- 
lage de Deir Zs^arani. 

DOEYIR (8), casai du Schouf, passé aux chevaliers Teu- 
toniques en même temps que le reste de ce fief. C'est 
aujourd'hui le village nommé Ed Doueïr. 

EBBRIEH (9), casai du Schouf dont l'identification avec 
le village moderne de Brieh ne saurait être douteuse. 



(1) Strehelke. Tab, ord, TheuU, n* 108, p. 88. 

(2) Ibid. 

(3) Ibid. 

(4) Ibid. 

(5) Ibid., n* ill, p. 90. 

(6) Ibid. n- 117, p. 103. 

(7) Ibid., n- 111-117, p. 90. 

(8) Ibid., n° 108, p. 88. 

(9) Ibid. 



STBIE AU TEMPS DES CROISADES. 515 

EDMITH (1)^ casai relevant du menu fief et qui semble 
s'identifier facilement avec le village d'El Mit. 

ELBEGELIE (2), casai du Schouf. 

ELCHOREIBE (3) , casai dépendant du Schouf. Ce vil- 
lage s'identifie sans hésitation avec le hameau moderne 
d'El Kraïbeh. 

ELHOUSSEM ^4), ce village, vendu aux Teutoniques 
en 1261, s'identifie avec le village nommé el Hossein 

EL EÂRDIE (5), casai dépendant de Gezïn. 

ELMECHEIRF ou LA MEISEREYFE (6), casai rele- 
vant du fief de Gezïn. 

ELMIZRÂÂ (7), casai dépendant de Gezïn, se retrouve 
aujourd'hui dans le village de Mezraa-esch- Schouf. 

ELMOTHARA ou LA MOHUTARA (8), casai donné 
aux chevaliers allemands par Julien de Sagette en 1261. 
C'est la bourgade druse nommée, à présent, El Mouktara. 

ELMUCHETNE (9), casai dépendant du fief de Gezïn. 

ELMXJNZURA (10), casai dépendant du fief de Gezïn. 
(Voyez La Mensorah). 

ESCHEMACHA (11), casai dépendant du fief de Gezïn. 
H. Prutz a retrouvé ce casai dans le village de Es Scha- 
mikah. 

ESFIF ou ESSIF (12), casai donné à l'Cfrdre Teuto- 
nique en 1261 par Julien de Sagette. 



(1) Strehelke. Tab, ord, Theuly, p. 89. 

(2) Ibid., n* 111, p. 90. 

(3) Ihid. 

(4) Ibid., n» 117, p. 104. 

(5) Ibid., n* 111, p. 90. 

(6) Ibid. 

(7) Ibid. 

(8) Ibid., n* 117, p. 103. 

(9) Ibid. 
(10) Ibid. 

(U) Ibid, n* 111, p. 90. 
(12) Ibid., n* 117, p. 90-104. 



516 QÈOQBAFinE HIBTOBIQDB Dn Tii. 

ETHCHIT (1), casBl dépendant également de Oeztn. 

FESSAITECA. (la) (2), casai du fief do Schoof cédé 
aax Teutoniques en 1257. 

FOBAIDIS (le) (3), caaal du fief de Schoaf, cédé aux 
Teutoniques en 1257, s'identifie avec le village moderne 
d'El Fouraidis. 

FORNIË (la) (4), casai relevant du même fief, que je 
crois retrouver sous la dénomination moderne d'El Kfour ? 

GÂSIA (5), casai voisin de Sagette, mentionné dans 
une charte Baudoin de Sidon le 11 février 1228. Ce viU 
lage est maintenant appelé El Gâzieh. 

GEBBACH (6), casai dépendant du fief de Oezin. 
Donné aux Teutoniques en 1257 et qui doit être identifié, 
je croi^, avec Djebàa, gros bourg druse du canton de 
Djezzin. 

GEDEYDE (la) (7); (voir à la Judede). 

GEDERDE (la) (8), casai de Sagette. Position iocooDue. 

GEZIN (le) (9), village qui donnait son nom à l'un des 
fiefs les plus considérables de la seigneurie de Sagette et 
Beaufort. 11 est encore appelé Djezin, est un des centres 
les plus importants du Scbouf, et donne son nom à l'un 
des cantons de ce district. 

HADIS (le) ou HADOUS (10), faisait partie dn fief do 
Schouf et passa comme tel à l'Ordre Teutonique. Parait 
devoir être recherché dans les ruines nommées aujour- 
d'hui Bir el Haddous. 



(I) SmEHELiiE. Tab. ord. Theut., 
<2| Ibid., a' 108, p. 88. 

(3) Ibid. 

(4) ibid. 

(B) IMd., a- 61. p. Kl. 

(6) Ibid., n- IH, p. ». 

(7) Ibld., Q* lis, p. 104. 

(5) Ibid. 

(9) Ibid., D- 111, p. 90. 
(10) Ibid., Q' 117, p. 103. 



SYBIE AU TEMPS DES OSOISADES. 517 

HAYNHAMER (1), faisait partie du fief du Schouf et 
passa comme tel à l'Ordre Teutonique. 

HàYNOUZEIH (2), faisait partie du fief du Schouf et 
passa comme tel à l'Ordre Teutonique. Positions à re- 
trouver. 

HAYNZEHALTA (3), casai dépendant du Schouf. C'est 
maintenant le village de Aln-Zehalteh. 

HAZIBE (4), casai relevant également du Schouf et 
vendu en 1261 à l'Ordre Teutonique par André, seigneur 
du Schouf. Ce lieu paraît se retrouver dans le village de 
Azebieh. 

HOMAIRA (la) (5), casai relevant également du Schouf 
et vendu en 1261 à l'Ordre Teutonique par André, sei- 
gneur du Schouf. Le D' Prutz a identifié ce casai avec 
El Hamra? 

HOMMELEDMITH (6), casai relevant également du 
Schouf et vendu en 1261 à l'Ordre Teutonique par André, 
seigneur du Schouf. 

HOMMELMEGUITHE ou HUMMELMEGUNTHE (7), 
casai relevant également du Schouf et vendu en 1261 à 
l'Ordre Teutonique par André, seigneur du Schouf. Po- 
sitions à retrouver. 

JEBHA (8), casai important donné en 1261 aux Teuto- 
niques par Julien de Sagette et que nous retrouvons 
aujourd'hui sous le nom de Jebaha esch Schouf. 

JUDEDE (la) (9), casai relevant du fief du Schouf et dont 
l'identification avec le village de El Djedeideh ne saurait 



(1) Stbehelke. Tab. ord, Theut,, n* 118, p. 106. 

(2) Ibid., n* 108, p. 88. 

(3) Ibid. 

(4) Ibid. 

(5) Ibid., n- 118, p. 106. 

(6) Ibid., n* 108, p. 88. 

(7) Ibid. 

(8) Ibid., n- 117, p. 103. 

(9) Ibid., n* 111, p. 90. 



513 



OÊOOBAPHIE mSTOtilQTJB DB IiA 



] 



être douteuse. Ce casai fut vendu en 1261 à l'Ordre Notre- 
Dame des Allemands par André du Schouf. 

KAFFARHAMMIE ou CAFAR-HAMMEL (1), casai 
dépendant du Schouf et qui doit être identifié sans hési- 
tation avec Kefer-Hameh. 

KANZIRIË (la) (2), casai du Schouf donné aux Teuto- 
niques par Julien de Sagette, en 1257. 

KAYTULE ou QUEITOULE (3); ce village relevait de 
Gezïn et parait être identique avec le hameau arabe de 
Eatouleh. 

LOUIZE (la) (4); ce casai formait une des dépendances 
du Schouf et son nom se retrouve dans celui du village 
appelé de nos jours El Loueïzeh. 

MAHASCER BENI ELHON (5), casai dépendant du 
Schouf et qui, je crois, ne saurait être autre chose que le 
village nommé aujourd'hui Ain Maaser. 

MAHASSER-LE-GRANT (6) village relevant de Gezïn. 
Aujourd'hui El Maaser. 

MENSORA (la) (7). Position à chercher. 

MESSARA (8), casai de la principauté de Sagette, situé 
entre cette ville et la vallée de Baccar. Position encore 
indéterminée. 

MESSEYTIE (la) (9), dépendant du Schouf. 

MOUGAIRIE (10), casai dépendant du Schouf, passé en 
1227 à rOrdre Teutonique et qui me parait devoir être 
identifié avec le village de Magharieh situé au nord de 
Saïda. 



(1) Strbhelke. Tah, ord, Theut.j n* 108, p. 88. 

(2) Ibid. 

(3) Ibid., n- 111, p, 90. 

(4) Ibid., n- 117, p. 103. 

(5) Ibid., n- 108, p. 88. 

(6) Ibid., n- 111, p. 90. 

(7) Ibid., n- 108, p. 88. 

(8) Ibid., n- 117, p. 103. 

(9) G. de Tyr, 1. LXXI, ch. 2. 

(10) Strbheuu;. Tab. Ord, Theut., n' 108, p. 88. 



STBIE AU TEMPS DES CB0I8ADBS. 519 

MOURËSTPIE (1), casai donné en 1261 à l'hôpital des 
Allemands par Julien, seigneur de Sagette, identifié par 
Prutz avec le village de Miristeh. 

NIHA (2), casai donné par Julien de Sagette à l'hôpital 
des Allemands au mois de mars 1261. Ce village porte 
encore le même nom. 

OBHANIE (la) (3) ; ce village faisait partie du Schouf 
et est de nos jours encore nommé El Ouaranieh. 

PASSUS-DAUGIiE (4), passage difficile près d'un pro- 
montoire entre Sagette et Barut où les chevaux du roi 
Henri de Chypre furent enlevés par les Musulmans en 128^. 

Ce lieu me parait devoir se retrouver au nord du Ras 
Djedrah, entre ce cap et le village d'El Djiyeh, où le ter- 
rain se prête fort à une embuscade. Le nom de ce passage 
me parait bien être la transcription latine du nom de la 
bourgade arabe. 

QUEFFRA (5), casai relevant également du Schouf et 
dont le nom s'est conservé dans le village de Eefer- 
Kafra. 

SAGETTE. U ne subsiste plus que fort peu de chose 
des édifices élevés dans cette ville au temps de la domi- 
nation franque. Cependant, d'après les débris de rempart 
encore reconnaissables au milieu des constructions mo- 
dernes et les relations des voyageurs qui visitèrent Sa- 
gette au quinzième siècle, il est hors de doute que la 
ville a conservé la forme triangulaire qu'elle avait au trei- 
zième siècle. La grosse tour couronnant la colline, et de 
laquelle partent les deux murailles aboutissant à la mer , 
peut, en grande partie, surtout pour sa base, être consi- 
dérée comme un des ouvrages bâtis par saint Louis. 



(1) Tab. ord, TheuU^ n* ii7, p. i03. 

(2) Ibid., id., id. 

(3) Ibid., n* 108, p. 88. 

(4) Ibid., D* 108, p. 88. 

(5) U>id. 



520 aâOGBAPHIB HISTOBIQUB DB LA 

Nous savons par Ghillebert de Lannoye que la muraille 
défendant la ville vers l'est était précédée d'un avant -mur 
et d'un fossé vers l'est et venait se terminer à une grosse 
tour ronde élevée au bord de la mer ^ un peu au nord du 
pont qui met en communication le château maritime avec 
la terre ferme (1). Cet ouvrage existait encore il y a moins 
de soixante ans. 

Le même auteur nous apprend, également, qu'à cette 
époque, le port situé devabt la ville et qui est formé par 
une jetée fort ancienne était déjà ensablé et ne pouvait 
déjà plus recevoir alors que de petites galiottes et des 
barques. Les navires d'un grand tirant d'eau devaient 
mouiller entre l'île et le rivage, 

SâPHARABRA (2), casai dont les dîmes appartenaient 
à Tabbaye de Notre-Dame de Josaphat. 

SABEPTA (3); cette bourgade célèbre formait un des 
fiefs de la seigneurie de Sagette ; aujourd'hui, elle se nomme 
Sarfend. 

Phocas, qui visita cette ville en 1177, nous apprend que 
son château s'élevait au bord de la mer et que l'église 
Saint-Elie était au milieu de la bourgade qui paraît 
avoir possédé, au treizième siècle, un prieuré de l'Ordre 
du Garmel. J'ai déjà dit, ailleurs, que le cap de Sarfend 
était alors nommé cap Saint-Raphaël. 

On y voit encore l'abside d'une église du moyen âge. 

SARSORITH (4), casai dépendant du fief du Schouf que 
H. Prutz identifie avec Sehourit. 

TESFATHA (5), casai dépendant du fief du Schouf. 

ZEMBAGQUIE (6), casai du Schouf dont le site semble 
devoir être recherché dans le vUlage druse de Semka- 
nieh? 



(1) Archit, milit. des Crois.^ p. 153. 

(2) Sandto. Secret, Fidel, Crucis ap, Bongars,^ p. 229. 

(3) Delabordb. Chartes de Terre^Sainte, p. 101. 

(4) Strehblki. Tab, ord, Theut,, n* 108, p. 88. 
<5) Ibid. 

(6) Ibid. 



SYBIE AU TEMPS DES OIU)ISAD£S. 521 



SEIGNEURIE DE BARUT 



Le fleave Ibrahim, nommé dans l'antiquité FAdonis, 
séparant le Comté de Tripoli du domaine royal, formait 
la frontière nord de la seigneurie de Barut, qui vers Test 
était limitée par la crête de la chaîne du Liban et s'ar- 
rêtait vers le sud au Damour dont le nom avait été lati- 
nisé au moyen âge en le traduisant par flumen amoris. 

Fort peu de documents contemporains relatifs à cette 
seigneurie sont parvenus jusqu'à nous, ce qui fait que 
l'on ne possède que des renseignements très peu positifs 
sur ses subdivisions. 

AHMIT (le Toi\)n de) (1), aujourd'hui el Ahmid, situé 
dans la montagne de Barut et donné en 1261, par Jean 
dlbelin, à l'Ordre Teutonique avec tous les casaux de sa 
dépendance situés entre le fleuve Damour et un ruisseau 
qui parait être le Nahar Bousebli. Ce ruisseau, dit le 
texte, sort de ladite montagne de Barut f et chiet ou flum 
del Damor meismes >. 

BARUT, qui donna son nom à cette baronnie du 
royaume, en était, en même temps, une des villes mari- 
times les plus commerçantes. Elle avait été fortifiée par 
les Francs et quelques restes de ses murailles se voieat 
encore, surtout dans la partie occidentale. Elles étaient 
flanquées de tours, les unes barrelongues, les autres 
arrondies et en avant de ces murs régnait un fossé profond 
taillé dans le roc. 

L'espace circonscrit par cette enceinte mesurait envi- 
ron 850 mètres de long, sur une largeur, à peu près, de 
six cents. 

On voit, à Beyrouth, une grande église à trois nefs 
terminées en absides, construction latine de la première 
moitié du douzième siècle. C'était la cathédrale^ et 



(l) Tah. Ord, TheuU, n* 108, p. 88. 



522 



OiK)OaAPHIE HISTOBIQUE DE IiA 



elle était placée sous le vocable de saint Jean; c'c 
aujourd'hui la grande mosquée. On y trouvait encore u 
autre église bâtie par les Vénitiens et dédiée à saint Mai 

 la fin du douzième siècle, Barut ayant été donnée 
la maison dlbelin, par Amaury, roi de Jérusalem^ coi 
mença à voir fleurir son commerce et à devenir un d 
grands entrepôts des Vénitiens et des Génois. 

Phocas (1), qui visita cette ville en 1177, décrit 8< 
port en ces termes : 

« Portum etenim non natura dedit^ sed is, arl 

industria fabrefactus, in sinum urbis ad lunse modum ing 
ritur ; et in extremis quœ quasi cornua egeruntur , dv 
magna) turres ex structœ sunt, quarum ex una in altéra 
protensa catena naves in portu stantes obserat. > 

De ces travaux, il ne subsiste plus que le petit port qi 
j'ai décrit dans mon ouvrage sur V ArchitecttÂre militai 
des CroisadeSyf. 173. Ce bassin ne put jamais recevo 
que des bâtiments d'un très faible tonnage. 

On sait qu'au temps des Croisades, le mouillage hat 
tuel des navires qui fréquentaient la rade de Barut éta 
près des deux petites îles qui se voient à l'extrémité de 
pointe du Lazaret, non loin de l'embouchure du Naha 
Beyrouth. 

Le château s'élevait au bord de la mer, à l'angle non 
est de la ville, et semble, d'après le texte suivant de Wi 
brand d'Oldenbourg, avoir possédé une double encein 
du côté de la ville. 

< Ex ima enim parte munitur mari et alte mp 

precipio, ex alia autem ambitur quadam fossa murât 
Hanc fossam prospiciunt duo mûri fortes, etc., etc. 

Ghillebert de Lannoy vit encore en 1400 les deux foss 
qui régnaient aux pieds des murs de cette forteresse, < 
côté de la terre. 

Ce château devait occuper tout l'emplacement s 
lequel s'élèvent, aujourd'hui, les bâtiments du Sérail. 

Un passage du continuateur de Guillaume de Tyr, rel 



(1) Hist, grecs des Croisades, t. I, p. 531. 




SYBIB AU TEMPS DES OBOISADES. 523 

tif à la reprise de Barut par les Francs en 1197, nous 
apprend que la maîtresse-tour du château défendait la 
porte de terre, et qu'une poterne s'ouvrant sur le port 
existait à la base d'une tour élevée sur le bord même de 
la mer et dont les premières assises se voient encore 
sous un fortin construit par les Turcs et qui fut ruiné 
par le bombardement de 1840. C'est, du reste, par la 
poterne dont je viens de parler que Jean dlbelin réussit 
à faire entrer des renforts dans la place pendant le siège 
de 1232. 

 l'arrivé en Syrie de l'armée allemande envoyée par 
l'empereur Frédéric II, sous les ordres du maréchal 
Filangieri, la ville de Barut lui fut livrée par l'évéque, 
mais Jean Gonem, châtelain de la forteresse pour Jean 
d'Ibelin, résista vaillamment aux efforts des soldats de 
l'empire. 

Les Cypriotes ayant débarqué une armée de secours, 
au lieu dit le Puy du Connétable, mouillage qu'abrite le 
cap Théoprosopon, situé entre Batroun et Tripoli , elle 
vint camper au sud* est de Barut, sur un tertre nommé 
Sénesfil que couronne aujourd'hui le village du même 
nom. Les Allemands, ayant vainement tenté de disputer â 
l'armée royale le passage de la rivière de Barut, éprou- 
vèrent un échec très meurtrier. Le continuateur de Guil- 
laume de Tyr dit que le roi Henri vint alors çisseoir son 
camp sur le Ras de Barut pour inquiéter les travaux 
d'attaque établis par les assiégeants sur le Mont Chafort, 
d'oîi ils accablaient le château de leurs projectiles. 

Si nous recherchons quel est le mouvement de terrain 
désigné sous ce nom, nous serons amenés à conclure qu'il 
s'agit ici du petit plateau, où s'élèvent, â présent, les 
casernes de Beyrouth, et qui, ayant été laissé en dehors du 
tracé des murailles de la ville ^ les dominait dé fért 
près. L'altitude de ce point est de 42 mètres au-desms du 
niveau de la mer. 

Henri Gibelet dit que les Allemands avaient élevé, en ce 
lieu, une espèce de forteresse sur laquelle ils avaient ins- 
tallé leurs machines. La forêt de pins voisine^ qui existe 



524 



GÉOGBAPHIB HISTOBIQUE DE IiA 



encore, et que nous trouvons désignée, dès Tannée 1111 
par Guillaume de Tyr, sous le nom de La Pinée de Barut 
dut leur fournir les matériaux nécessaires à ce travail 

Le sultan Malek-el-Âschraf, s'étant rendu maître de 
Barut en 1291, en fit ruiner les murailles et le château (1). 

GLAINËN (le Mont) (2), château bâti en 1124 parle 
roi Baudoin II sur la montagne au-dessus de Beyrouth. Ce 
point me paraît devoir être le même que celui nommé 
encore de nos jours Deir el Kalaah. 

JUINS (3), village situé au bord de la mer, aux pieds 
du Liban, et où résidèrent fréquemment^ au douzième et 
au treizième siècles, les patriarches maronites. C'est au- 
jourd'hui le village de Djouni. 

Ce village comptait alors de nombreux jacobites parmi 
ses habitants et était entouré de murailles. 

MAUS (4), source située entre Gibelet et Barut, nommée 
encore Âïp Maous. 

MURËRAQUI ou MUSECAQUI (ô), casai possédé par 
rOrdre de Saint-Lazare des Meziaux. Nom défiguré. 

BOS (la) (6), nom donné par les croisés au Bas ou Cap 
de Beyrouth. 

SENESFIL (7), tertre sur la rive droite du Nahar Bey- 
routh, oii vint camper, en 1231, l'armée de Jean d'Ibelin. 
Ce lieu est aujourd'hui nommé Sin el fil. 

SLAUDIE (8), casai du territoire de Barut, non loin da 
fleuve Damour. Position à retrouver. 



<1) Flor Bost. Hist, manuscrite de Chypre, p. 214. 
(«) GuU. de Tyr, XIII, ch. 17. 

(3) Ibid., 1. X, ch. 6, et ëorisi, t. I, p. 3S6. 

(4) Ibid., 1. vu, ch. 21. 

(5) De Marsy. Cart, de Saint-Lazare, n* 26. 

(6) Cont. Quil. de Tyr, 

(7) n)id. 

(8) Wilb. d*OLDBNBouRO. Ap. Laurent, p. 166. 



STBIB AH TBMP9 DBB CB0ISADB8. 



La carte de la Syrie au temps de la domination fran- 
çaise, complément naturel de ce livre, ne pourra être 
terminée que dans quelques mois. A cette occcasion, je 
. donnerai à cette étude un Bupplément pour lequel je mettrai 
à profit les importantes séries de documents récemment 
découvertes à Malte, à Rome et en Sicile par MM. le comte 
Biant, Delaville le Roux et Hans Prutz, dont la publi- 
cation sera terminée dans le courant de cette année. 

Ces chartes me permettront, je l'espère, de combler 
encore plus d'une lacune dans la géographie historique 
des colonies, franques de Sjrrie. * 




I ; 



■ ■ ' à*i 

. I ; " 



I 



' 






INDEX 



DES LOCAUTÉS OCCUPÉES EIV SYRIE PAR LES FRANCS 



DURANT LES XII- ET XIII- SIECLES 



Abdin (casai) 
Abihse (monastère de) 
Accabara (casai) 
Accaron (casai) 
Achara (casai) 



Pages 
359 

ao4 

451 

404 

. , 451 

Acre 5, 7, 12, 82, 103, 153, 263, 451 

Acref ou Acrefi (casai) 471 

Adeka (casai) 418 

Adelon (casai) 510 

Aer 359 

Affalquie (casai) 471 

Age (casai) 425 

Agelen (la haute) (casai) 404 

Agelen (la basse) (casai) 403 

Aguille ou Laguille (casai) 471 

Ahamaut (château) 22, 395 
Ahmit (le Touron d') (casai) 521 
Aïas (r) (ville) 105, 153, 201, 219, 260 

Aïeslo (casai) 359 

Aiffit 471 

Aïlat (ville) 21, 22, 155, 156 

Aineseins (casai) 376 

Aïn-Meber (casai) 436 

Aïn quine (casai) 376 

Aithire (casai) 471 

Albaru (ville) 325 

Aldesie (casai) 418 

Alid-Houn (château) 325 

Allar (casai) 418 

AIus (casai) 329 

Aima (casai) 360 

Ambelie (casai) 472 

Amca (casai) 472 

Amieth (casai) 376 

Amosie (casai) 472 

Amoubde (casai) 404 

Anab (château) 330 

Anadi (casai) 325 

Anataba (château) 304 

Ancre (casai) 229, 472 

Andesin (casai) 329 



Pagbs 

Andrequisse ou Audrecife (casai) 472 

Aneth (casai) 376 

Anna (casai) 432 

Anlartous (ville et île de) 360 

Antioche ^ gjg^ 283, 323, 325 

Arabia (casai) 436 

Aram ou Haram (casai) 376 

Arames (casai) 417 

Arbel ou Erbel (casai) 436 

Arches (ville) 360 

Arcicant (château) 330 

Ardelle (casai) 430 

Ardin (casal) 360 

Arket (casal) 472 

Armotie (casal) 376 

Aroath (casai) 360 

Aronia (casai) 418 

Arsur (ville) 24, 153 . 

Artabec (casal) 418 

Artésie (ville) 330, 36i 

Areymeh 130, 132 
Aryma (chât.)ou i 14,130,132,137, 361 

Asbais (fief) 316 
Ascalon 103, 282, 404 

Aschar (casal) 425 

Asfouna (château) 330 

Asia ou Apia (casal) 360 

Assenem (casai) 330 

Assera (casal) 430 

Assir ou Serra (casal) 404 

Assis (casal) 330 

Astanouri (casai) 330 

Astared (château) 306 

Atareb (château) 330 

Atara béret (casal) 361 

Aurasch (casal) 305 

Avota (casal) 330 

Aya (vUle) 331 

Aylot (casal) 436 

Azot (casal) 404 



528 



INDEX. 



Baadran'^(casal) 
Bab (viUe) 
Babouc (le) (casai) 
Babula[(château) 
Bacas (château) 
Bachfek (oasal) 
Baffras (ch&teau) 
BaEaeliD 
Bahani (casai) 
Bahnayl 
Baho (casai) 
Baineolbederan (casai) 
Bakha (casai) 
Balanée (guétde) 
Balalon (casai) 
Balatnous (château) 
Balilas (casai) 
Baaias (ville) 
Ba&na (casai) 
Bare (château) 
fiared (monastère) 



Pagbs 

510 
305 

472 
306 
331 
331 
ili, 331 
510 
361 
511 
361 
404 
511 
33J 
472 
331 
332 
473 
361 
308 

™.« , ^ , 81 

Barinetta ou Barmita (casai) 377 
Barouc (le) (casai) ^ 511 

Barsauma (mouastère) 81, 302, 305 
Barut 7, 8, 12, 82, 102, 153, 313 
Barzmann (ville) 305 

Basarfout (château) 332 

Batiole (casai) 473 

Batuf (casai) 436 

Batun ou Bathon (casai) 511 

Baxiniat (mouastère) 81 

Beona (casai) 151 

Beauda (château) 332 

Beaufcrt (château de) 20, 511 

BeaumoDt (abbaye) 361 

Bebou (château) 3(KS 

Bebula (casai) 361 

Bêchera (casai) 473 

Becbestin (âèf) 361 

Bedar (casai) 436 

Beddei (casai) 511 

Bedïas (casai) 473 

Beflele (casai) ^1^ 4Mr 

Béhesne (ville) 305 

Bebetselin (château) 332 

Béitderas la seconde 405 

Beltegen (casai) 474 

B^elamus (id.) 374 

Beît-Enan (id.) 377 

BeUfoteir (id.) 377 

Bdthbezin (id.) 407 

Beîaehem (ville) 377 

Beîtuimen (casai) 378 

Bèltsur (casai) 377 

Befot (casai) 332 

Belda (château) 33t 



Pages 

418 

474 

511 

299, 474 



378 
473 
239, 378, :^83 
378, 383 



474 
378 
361 
378 
306 
474 
5i2 
511 
512 
332 
474 
474 
405 
403^405 
474 



Beleïsme (château) 

Beletim (casai) 

Belhaeem (château) 

Belide (casai), 

Belhtaouahin (casai) 

Belioas (ville) 

Bellefontaine (casai) 

Belmont (château) o/o, ooo 

Belveir ou Beauvoir (château) 378, 383 

Belvoir ou Coquet (chat.) 117, 137, 436 

Belvoir ou Fassove (casai) 474 

Bemmorhei (casai) 541 

Bene (casai) 

Benehabeth (casai) 

Benehara (casai) 

Benebatie (casai) 

Beai-Salem (casai) 

Benna (casai) 

Benemessin (casai) 

Bennouthe (casai) 

Bennoeffe (casai) 

Bequoqua (casai) 

Berhenne (casai) 

Beris (casai) 

Bermenayn (casai) 

Beroart (château) 

Beroeth (casai) 

Berssaphut (château) 

Bertrandimir (casai) 

Berzei (casai) 

Besmedin (casai) 

Besmesyn (casai) 

Bessan (le) (château) 

Besselmon (casai) 

Bessemharrir (casai) 

Besser (casai) 

Bessetfiin (casai) 

Betbez (casai) 

Bétel (casai) 

Betelcanzir (casai) 

Betenoble (casai) 

Beteran ou Buturan (casai) 

Bethafava (casai) 

Bethalla (casai) 

Bethamis (casai) 

Bethatap (casai) 

Beihebesan (casai) 

Belhecartas (casai) 

Bf^teflori (casai) 

Beiheligel (casai) 

Bethfella (casai) 

Belhelion (casai) 

Bétheron (casai) 

Bethen (casai) 

Bâthôbelin (casai) 

B6thQ)en (casai) 



4ftd, 





BMhUem (essai) 
BstliloB r.C8Ht) 
Baihomar <ca«al) 
BMhsnmiL fcHsal) 
BMhsQD (cusïl) 
Beihgedion (casil) 
Btlligara (casai) 
Uelbun <ugïl) 
Belire (casai) 
Beilige (casil) 
B«lor (casai) 
Betzaal (casai) 
Bexa (caial) 

- ■- m 



L03, 3«l 



380, «M 



Bazemel (id) 

llhadidaKid.) 79 
Kaulcin ou Bcqulcio (lp) (id.) S», Stl 

fitkisniTI (i:hïi(!aa) 341 

Bit on Bile (ville) 301, 300 

BllJierbam (csail) 437 

BUnc (!e chas(el) 134, 363 
Bbnchv nrde (ia)(cliètïau) 7, 137,406 

Bocbétt (la) (pliiiiâ de) 3^ 

Uoccombre (cjsal) 363 

Bodolei (cnsal) 333 

Buldo (cliâteau) 333 

Sombrai: (chsilfSD) 417 

Boocosla (casai) !S9, SU 

BoTliciiiDi'l (vill?) 334 

Bordi-er-HnKsus (ctiiteaii) 3M 

Bord] Sebna (cli&trau) 334 

BMaonaiti le haul (casai Hll 

BoKonaib le bas (id.) 5(3 

Bulme (casai) • 3S0 

BbasoBam (jd.) 363 

Boussaih (id.) S13 

BoBlhmfl (id.) B13 

BouiroD (le) (ville) 10, 119, 363 

Bweirialt (casai) 39(1 

Brvicatt (casai) 419 

Brochey (id.) 47S 

Bobin (casai) 437 

Bocacl (id.) 47B 

Baffles (c*wl des) 419 

Bntssera (casai) 383 



Bmio (casai) 

Barsis ou Burzaieh (cb&lea 

Sueoea (casai) 



539 

(kbor (casai) m 

Cibra (id.) 47* 
CBfo on Chaco (ïille) 57, K4, Uf 

Cademois (cbàteau) 3Û 

Cades (casai) 470 

GiMraca (id.) 364 

Cafor-FacoDh BU 

CaJarlelh (casai) 41S 

Cafarmazcre (casai) 437 

Cafnrsatem (casai) 41t 

Gntfar (casai) 513 
GiSur ed eul on Cahr Dabael 

(casai) 470 

Cafarscquel (casai) 3(4 

Caferdani (id.) 47S 

r^erlalba (ville) 3gè 

Cafernebrach (casai) 813 

Cirfersoud (casall gOS 

Cuforana (id.) SM 

Cafrao lid.) 380 

Cilviv (.M-„l> 334 

CsL^^iLrlM (cas;ib «OS 
Calrequïnno oo casai Robert 437 

Caimonl (le) (liel) 154, 431 



aal) 



sal) 



CaNnchub {i 
CakuisuDe (casâl) 
Cakalla (id.) 
Calendre (la) (casai) 
Calife (la (erre anj 



a lid.) 



i:upliai 



;.pliai 



u Cafarlab (ville) 

-- -„il) 



id;i (id.) 

Opbarra (id.) 

Capharsepii (id.) 

Capbarsim (id.) 

Caiibason (id.) 

Opharnl (id.) 

Caphasimin (id.) ' 

ti»fha (id.) 

Capbyrial (id.) 
(jArcapbas 

Catmel 

Uarpbasonie i 

Canilie (casa . 

Gm9 (château) 3 

" - "■ " Cassemb«lh> (ville) 3 



(id.) 
(id.) 



(casai) 

■ "ns(id). 

(id.) 



164, Ul 

■Mi 



Cartamare 

Casai deaBa 
Casai Imberl 
Casai Robert 
Casemie (la) (caeal) 
UaiDapoui (id.) 
Casiocos (id.) 

Casrietme (id.) 

(iaesera (id-) 

Lassie (id.) 

Casfrum Arnaldi (chaleao) 
tlaalnim Puellaruin (chltean) 
Calbars (caaal) 
Ciucaba (chàteaD) 
Cfloquelip (UbQ 
t;wirlianiûs (cosal) 
lïnrir (casai) 

Cave d« TyriiD (lii)^ (cbalean) 
tavralrint; (lieu 
Cttïphaa (ville) 

Ceodiana 

Cephcrio *"i 

l>raphWDie *» 

Cetep (chiieau) 330 

Ceaaire (la grant) ville 336 

Ceiarée (vills) 103, 153, 417, *25 

Cbarroubele (casai) 381 

Chasullet (le) (chftleau) 130, 4a8 

Chaslel Rouge (le) 117, 397, a71 

Chasiel BUnc (le) 114, 135, tM 

ChSieau de la Veille (le) 117, 336 

Ghtiteau de OuaTra 396 

Château des Plaines 4*0 

Chftleau du Roi 478 

Chileaa du Val Moyse 

Chftteau Neuf 

ChSieau Pèlerin 

Choer (chiteau) 

Cbole (casall 

Choral ou Lichonit (ea 

Choros (ehâlcau) 

Cimas (ca^ij) 

Clsemburg (caaal) 

<;iil (ctsbI) 

Colblo (le) (Def) 

Coket ou. caaal 'blanc 

Golcas (casai) 

Collée (chMeau) 

Goliath (id.) 

ColoDuia (casai) 

Conolae (casai) 

Goquel (id.) 

Corbana (casai) 

Corconai (casai) 

Coricie (ville) 



137, tSi. 478 

410 
303. b3a 



Pasi» 

Cornonlum (caaal) 36B 
Corraije (la) on Conrathte (casai) SIS 

l^rsie on Corsy (casai) 13g 

Corleiz (id) «7 

Cossue ou Coscie (id.) 4)0 

Ikiurcoza (id.) 3gt 

Coion (ville) 307 

Cral (le) (chaleau) il» 

Cresum (casai) "" 
Caccava (casai) 
Culi (id.) 
Culicai (chaiean) 
Canejsre (la) (casai) 
Corsât (cMteau) 



2S3, ue 



bsimm ,i 


.) 


LtiOphim o 


Ûaliia (casai) 


Danehyle 


hàteaul 


l:mis_uui)anil(rollmede) 




(casai) 


lardorith 


(id.) 


Darmersor 


(id.> 


Darom (le) château 39 




(Cbileau) 


Uiàr bi-bit 


r^isttl) 


Deir-ClLann 


ou Dercadenon (Id 


Delr Elcamar (casai) 




(id.) 


Deir ZekariDi (id.) 


Delbon- 


(id.) 


Deleha 


(id.) 


Deldol 


id. 


Demie 


(id.) 


Derbaala 


(id.) 


Dere 


(id.) 381 


Dercanoo 


(id.) 




(id.) 


Derentare 


(id.) 


Derbassen 


(id.) 


Oerie 


(id.) 




(id.) 


Derina 


(id.) 


Deriaamli 


(id.) 


Derma 


(id.) 


Dermarsan 


(id.) 


Derreme 


(id.) 




(id.) 


Deraabel 


(id.) 


)erxerip 


(id.) 


)e3troit (le) (fort) 


>eaheireiili 


casai) 


Deyr-KoDScb 


(chltean) 



INDEX. 



531 



Pages 

Diiir-Hafer (ville) 307 

Digegia (ville) 432 

Djubboul (casai) 306 

Djaroudieh (casai) 480 

DJemahrelein (château) 337 
Djomolin ou Djemlin al Mansour 

(château) 308 

Diouma (casai) 338 

Djouz (château) 308 

Doc (casai) 481 

Doeyr (id.) 514 

Dolouc (ville) 308 

Doninum (château) 338 

Dordochie (casai) 481 

Dordohaia (id.) 481 
l>f)uheyrap(le) ou Deuheireth (id.) 481 

Durcarbe (id.) 366 



Ebbrieh (casai) 5U 

Kdesse (viUe) 301, 308, Mi 

Ëdmilh (casai) 515 

Ëgdis 439 
Ela ou Allât (ville) 21,41,155,156,399 

Elbegelie (casai) 515 

klbjn (id.) 338 

Elchoreibe (id-) 515 

(id.) 481 

(id.) 407 

(id.) 515 

(id.) 515 
Elmecheirf ou la Meisereyfe (id.) 515 

Elmizrâa (id.) 515 
Elmothara ou la Mohutara (casai) 515 

Elinuchetne (casai) 515 

Eimunzura (id.) 515 

Elrouoiheib (casai) 407 

Elteffaha (id.) 366 

Eiiiaus ou Emmaus (chat.) 239, 382 



Elgabcie 
Elgedeide 
Ellioussem 
Ëlkardie 



Eiiiine ou Eminas (ville) 
Endor (casai) 
Engaddi (id.) 
Engara (id.) 
Enneb (château) 
Ericium (château) 
Eschemacha (casai) 
Esfif ou Essif (casai) 
Elhchit (casai) 
Ezefer (id.) 



Fa luge (casai) 
Famé (casai) 
Farachiem (casai) 
Farafronte (casai) 
Farangi (casai) 



338 
439 
384 
481 
338 
338 
515 
515 
516 
481 



408 
426 
481 
384 
339 



Pages 

Farmit (casai) 330 

Fasoce (casai) 481 

Fassia (casai) 339 
Fauconnerie (la) (casai) 432, 482 

Fanda (casai) 365 

Feitata (casai) 384 

Felicium (casai) 366 

Féli\ (casai) 340 

Fellara (casai) 366 

Femie (ville) 340 

Femon (casai) 482 

Fennos (casai) 482 
Fène (la) ou la Fève (château) 4.'î9 
Fer (le pont de) ou du Farfar 339 

Fessaiteca (la) (casai) 516 

Fetonie (casai) 482 

Fiaisse (casai) 421 

Fierge (le) (ipasal) 300, 482 

Figenie (casai) 340 

Fiha (casai) 339 

Focai (casai) 482 

Fontaines (les) (casai) 366 

Fonlenoid (casai) 384 

Foraidis (le) (casai) 516 

Foraquye (casai) 482 

Forbelet (château) 427, 440 

Forbie (casai) 408 

Forest (de la) (casai) 421 

Fornie (la) (casai) 300, 516 

Foquel (casai) 482 

Fouah (casai) 340 

Frans-Chastiaus 482 

Fundecomie (casai) 426 



Gaban (ville) 
Gabasio ou Gabatye (la) 
Gadir (casai) 
Gadres (viUe de) 
Gaifiha (casai) 
traigon (casai) 
Gaktha (château) 
Galafice (casai) 
Galilée (id.) 
Gamiravid (vallée de) 
Gargar (château) 
(iasia (casai) 
Gastialdones (casai) 
Gasiin (château) 
Gastin (fontaine de) 
Gatregala (casai) 
Geba (id.) 

Gebul (id.) 
Gebbach (id.) 
Gederde (la) (casai) 
Gcdpydc (la) (id.) 



314 

(casai) 482 
314, 440 
57, 408 
482 
340 
314 
440 
421 
340 
314 
516 
482 
34i 
340 
440 
384 
440 
516 
516 
516 



tiedio (IcJ (châteaa) 
ti«e1iD (casai) 
Gelsdia (id.) 
Ueknne (id.) 
Mou (c»»al) 
Gdnth (id.) 
Semail (id.) 
Gadas (id.) 
Gersble (id.) 
Oeraple (viEle de) 



le pelil) 



Gcf 



(id.) 



a (le) (id") 

Qhit (id.) 

rikerighos IrhlLenu H ville) 

ffîbdin (ctiâteïD) 11' 

tîSUel (ville) , 15: 

flitmin (ehtuaa) 

OliDeD (le monl) (cfaileau) 

(jtorictJ Icanl) 

Mnas (les deut) 

(îenoBie (cnsul) 

Qonria (chiieau) 

Gl*iiBCliérïe (sbbayc de) 

Save (nie de) 

Gnararduum 

ûuiM (lieu dil) 

Cuba (ville) 

Gui (casai) 

Haab ou Hap (château) 

Habelye (essai) 

Hadaydon (id.) 

HadU (id.) 

lladis ou Iladous (le) (casai) 

Uolba (châLcau) 



Hall 



Haltafia (id.) ! 

HalzoD (id.) 
Hamadie (id.) 
Hambaunabdeleib (casai) 
Httnascra ou Klianassera (ville) : 
Uanae (casai) 

Hanosie (id.) i 

Harbeel (id.) 

Harrames (casai) i 

Hairenc (cliateau de) ; 

Hasbe^a (ville) 98, 1 

Haseinie (la) (casai) ' 

Hasye (id.) , 

HaUb (ville) ; 

Halil (casai) 

HatUu (id.) 

Haltouii (id.) 



Hayabamer (casai) 
Uaynouzeiti (id.) 
Hayniehalla (id.) 
Hazarl (chlleau) 
Haiibe (casai) 
Heedii (Id.) 
Helcar on Hercar (casai) 
Helelquat (casai) 
Helmedel (id.) 
Helmole (id.) 

(id.) 

(id.) 



Helta 

H«fdey 

HesBÎlia 
HeusD-H 
Hin 



(id.) 
(id.) 



r (ville) 



sai) 



HiiaD (cbitean) 
Hobelel (casai) 
Hodabel (id.) 
Hum,-iiri (la) (c[isal) 
Humidin (casai) 



Honri 



llrfUilll 



(id.) 



Hurtciii ou Ilourfex 

Hubi-lel (casai) 

Hubim (id.) 

Hnetdebes (id.) 

Huidre (id.) 
Huienia (id.) 
Hyanoï (id.) 



IbeliD (cbiiteau) 
leiraiu (chiteau) 
Imma ou A m (ville) 
loba (casai) 



JaTenia (casai) 

Jali» (casai) 

Jainarava (casai) 

Japhe Ivillf) 

Jauny (cliîteau) 

jebclza (casai) 

Jebha (casai) 

Jeiiclio (casai) 

Jcrio (casai) 

Jerraz (casai) 

Jérusalem (ville) 

jesce (casai > 

Jelb (casai) 

Ibauie (casai) 

J baron ou Jason (casai) 



Jibel Akkar ou Jibeltar(chile3U) 307 

Joie (casai) tSO 

Jubpil (c;is»l) Ul 

JnbciD (casai) Ul 

iuded« (la) (casai) SI7 

Juiae (casai) SU 

Kabrïmka (casai) 186 

Kafarbooe (casai) U7 

Kafari (casai) 308 

Kafarneby (casai) iB6 

Kafarruni^i (cliâtpaa) 343 

KafHr Sc)iK'I[m:.u (ca$al) 79 
K»tf«rli.iniiiiip uu Cafar Hammel SIS 

KnfrJ (ca^ilj t» 

KalcDdii' (rasai) 387 

Kanifil ûU le Cimel (château) 398 

Kanzirie (la) (c.isal) 518 

Karialcri (casai) 387 

Karniaza (cbàleau) 39S 

Kars'z (chàLeaa) 316 

Kasemye (ki) (casai) j8S 

KaslouD (château) 343 

Kaynon 343 

Kaylule ou Oueiioule 318 

KefordiD (cbileau) 343 

Kefer Tell Mesch (cbâlcao) 343 

KeSreca (casai) 387 

Keffredil (casai) 387 

Kdla (ca.i«al) 343 

KtmeMi: (ca&al) 486 

Kephrecylla 411 
Koradi ou Ti-ll Karad (châleau) 316 
Krak (le) des Chevaliers t2S,lî6,137 

Krak (le) de Uont-Real J9S 
Krak (le) de la Pierre da D^serl 



1, 19, : 



Labasse (casai) 

Labosorïc (casât) 

Lacoba (chiteau) 

Lacomedie 

Laguille 

LtMte (casai) 

Iiihaya (casai) 

Lstiemedle (essai) 

Lainrodie (casai) 

Lfticas (chaieau) 

Igïloun (caulon de) 

La Liche ou Laodicde (lille • 

Lannhemine (casai) 

Lanaliie on Laaoji! (casai) 

I^n'inedie 

Largieous (casai) 

Lssacbye (csjalj 

Iiwlicpbie (cfHl) 



486 



Lathara (casai) 
LattnJij (chiteau) 
Lalur OD Lailor (fiefl 






sal) 



U 1^0 < 



a(ca: 



431 



Logis (ca___, 

Loia (casai) 427 

Losseriin (casai) 449 

Louize (la) 

LubMnuin (casai) 491 

Lublie (casai) 441 

Lupcri (rasaE) 411 

Luziii (casai) 34B 

tyddc ou Sainl-Gcorges (ville) 411 

Lyon (le) (bourgade) 449 



Maad (casai) 

Uaarel (casai) 

Mabouc ou iMarCouf (le) (caiat) 

Machiiz (casai) 



M;,k,l,. 


II'!'" . 


ll.ibi.ll 


l'ii M. 


\h].M, 




Alnliar* 


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Muhiis, 




Mali:i:;s 


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M,il.Mra 


(cLâlt 



Sliili'il 



lui (I 



1 (la Kmr) 

i.U) 



887 
449 



Mamuuln (diâlcau dp) 
Hanncuisiae ou Mîd.ici 
ManvibcTB ^cliiiieau) 

JtiDEaaa (ax3.l! «u 

Kanuel (le) 488 

Maraclée (HcO 368 

UatMuue (cisal) 488 

Mriri'iban des plÙDes (lo) (casai) 368 

Mardnbcch (casul) """ 
Mir^rhalerie (la) (casi 

Maros (ville» wv 

Marfscïkie (la) (casai) tll 

Marfauf (casai) 488 
Hargat (ebiteau de) {(jj* ijs ^^ 

Haron (le) ' 488^ 460 



i!i (casai) 369 



4SB, 441 



a Masrat-eD-Nomnn- 



Meblie (casai) 
Met)* {bourrade) 
Uedi'ra icasal) 
Nées (ca»al) 

Uegedpll (MBal) 
Mcfiraa (les deux) (rasai) 
Uegisa (casai) 
Beju.irel le Mesefiii<casiil) 



7», 309 



Uelphouk (boargadv) 

Sehlep (cnsulj aw 

Hïlfctiiii (rMleau> H7, 3(19 
Hvlrkîeli ou Uelequie (casai) 100 

Meli'ssiD (cnral) 347 

HelilËDs (ville) 817 

tlt^lins (c^isiil) ii3 

Ninisora — 



»(o,. 






) fviUe) 



sal) 



3t7 



Merl.' I, . . 
HMiird oa Mi-sea (casai) 

Hcscliiuni (c,»m]) .ick) 

HHerpfe ^In) (eiual) iW 

itmn (csBiil) 518 

Heuorin (cagal) ioi 

MeseyilB M8 
Ueiem (caaal) 38S, *M 

HragueLla (essai) 413 

Ue^àe (casdl 413 

Uichel Serqay (easal) 401 

Higedcl na Mieaidi^l {caMl) 401 

NIniaa (cnsalj 433 

Uiin^is ou Amimas (caaal) 491 

Mlrabpl (cl)âLeau de) 41! 

UiMlïlia tensil) 360 

Wwop (oasnl) 401 

llo«cei-f Mlli) 817 

Hotar (casai) 443 

UoftaDa (casai) 8SS 

Ïondiader (cnsal) 433 

onestrc (Ir) (rhAlenu) 368 
lions FiTranilus (lorUTPSse) 3» 

Hons Lcop.-inlQfum 370 

Mons Nigronis 370 
IfonMpDe Admirable , Noire ou 

Sainte in. 347 

Houlecuculli 370 

Hontrori (chJleaii) 401 
Uontgisard (ebàleau ei Qef) 



Mc*lcmia (ïillii) 
Mougarie (h) (casai) 
Muurcathe (caskl) 
Mnnreraqui (rasai) 



N:ialein (casai) 
N':ibalige (id.) 
>'aîm, (id.) 



^.11 



II..) 



443 

409 



Honi-!^rlier 



348 



»eluTellusouNoherelDjnz(chii.)3l7 

Siiia (-îiàfwu) 

,Vpi)in (id.l 

Mna (ras:il) 

Kîha on iVr.'i (casai) 

Soi,. (c:.^,\) 

Noire Garde (lieu dit) 

Sosi-oqaJB (casai) 

Nubia (casai) 



Odubeb (raaal) 
Orhanie (la) (easalj 
Owbi (casai) 
Ouaira (château) 
Ourem ou OremoD (ville) 



l'ailes (casai) i 

l'^iin Perdu (cassI) i 

Halmer un Palmerium (bourg) 4 

Pangeri-gan (eusal) 3 

Parie (casai) 3 

Passe Saint-Uuillnume (lieu dit) 3 



jHUgliP ( 



udil) 



PhnrdOD (Ciml) 
Phardésie (casai) 
Plietora (casai) 
PoDt de la Judaire (le) 
Pont de Scnnalira (le) 
Popoa (casai) 
Porphilia (casai) 
Port Bonnel (le) 

PortWI- (I.) (rasai) 

Potaniia (cisal) 

Psiebro (cbSteau) 

Pubin (cap) IS4, 

Pa; dn Connétable (le) (casai) 



Qnabrimka (casai) 
Quafarbole (casai) 
QaafreDebit (casai) 
ÔDflffra (casai) 
Qnelorcabel (casai) 
Qaiebre (le) (casai) 



(taban ou Gabaa {\i]lii) 

Rachbala (ville) 

Ragaba (casa!) 

Rahcb (ciBBl) 

Raine (casai) 

RaineniDDile (casa!) 

Hamadie (casai) 

Ramalha (casai) 

Rame (ville) 

Ramelie (casai) 

Ramesan (casai) 

Rtncalat (cbÂWau) 

fiapbanéi! (ville) 

Raaabds (casai) „^ 

Rashelam oa Rasalme (ca«al) 493 

RavËDduI (cbâiaau) 30', 318 

Hayme (caaal) " ' 

Becordane (casai) 

RL'hnp (casai) 

RemesquL' (casai) 

Sentie (casai) 

Benlis (abbaye de) 

RescInDse (br — 

Resconany (casaj) tua 

Rochefurl abbaye de) 349 

Hocbe Guillaume oa Roche de 

Ruesolc (chiteaD de'i 1(4, 3S0 
Rods (casai) 193 

Rogia (casB.1) 



371 



»», tftl 



se de U) 



sal) 



Elomandel (casai) 
RoDicnibre (id.) 
Rometia (id.) 
RoB (le) (lieu dit) 
Ronpe (obaetel) 
Rauian (casai) 
Roam-Kslah (chïleau) 
Rogia, Rui;e ou U " 
Huisa (vallée de) 



Saarelbe (casai) 
SdMhiet (casai) 
Satarim (casai) 
SaSr (casai) 



Roucbe (ville) 3S0 



îrigelle (villp) 



S-il) 



519 
494 



Safialin (ca 
ïiaiianliic (casnl) 494 

Salta^in (cjisal) 491 

Sabonie (c^isul) 491 

Saka (casai) iiJt 

Saiut-Ahmbam (vitli') 389 

Sainlo-Croiï (abhaye) WO 

Sainl-Elie (chàt<?au) 383 

SaiDiErinc (casai) 491 

Saim-Georges de Chaman (casat) 141 
Saial-Georges de Labaène (9) ilfil, 494 
Saint-Gérasime (ennvenl) 94, S47 
Saint-CilJes (casai) 3S!, 390 

Saint-Jeao des Buis (village) 239, 990 
SalDl-Joï (casai) 418, 445 

Salnl-Julien (caaal) 383 

Saint-Ladre de Béthanie (easal) 390 
Sainl-Michel archange (convent) 347 
Saint-Paul (casai) SKI 

Saint-Pierre de (iësar^e (casai) 434 
Saini-Saba (monastère) 391 

Saint-Samuel (casai) 129 

$ain^Samuel de la Monjoie (ab- 
baye) 391 
Saint-Simeon (port) 353 
Saial-Tlicodose du désert (abbaye) 379 
Sainte-Anne (casai) 111 
Salem» (casai) 391 
Saloria (casai) 353 
Samak (casai) 406 
Samaiila (casai) 411 
Samobsl (casai) 495 
Samosaie on Samosac (ville) 3S0 
SaoupoTjS,'ihL(iun(cliàti>au)!gju' ^^ 
Sapharabra (casai) SIO 
Saphet 'le) (casai) 49K 
Saphel (le) (casai de Naples) 139 
Saphet (le) (cbàtean) 433, 44S 
Saphet(le) des Allemands (casai) 496 
Sapbet le Calbaaon 496 
âaphorin (cts^i!) 414 
Saubriu* (lel (btiiirg) 10, Î3fl, 2B4, 491 
Sarc (le) on Ëls-Serk (chiteau) 371 
Sard (casai) "* 



Sardenas (casai) 
Sard en ay (monasli 
Sardone (ville) 
Sarepta (bourg) 
Sirmit (le) (fipf) 



391 



o(ca 



al) 



Sarsorilh (casai) 
S:iuTa-et-foca (casai) 
Saorana on Sarona (casai) 



686 m 
Paou 

Sc>la Boaniundi (pnri) 3S9 

ScasdelioD (le) (ohAli'au) 490 
Sfibnubck uu Monlnial (^bileau) 398 

SdMpUD (ci>ial] 79 

galuBte un le Sabn«l (viUv) 419 

UeqnMla) (ca»1ï , f96 

Mlm ou Sidim (t^ii"!) 496 

&ilioani Ccasal) 190 

Mbrie (caaail Xi! 

Sdcor (cusal) 497 

SeUuilie (casai) S'24 

Sel* (château) 333 

Seleth DD Silelli (casnij i29 

SeUem (casai) 446 

Semar Jebail 79 

Semoa (ehitcau) 391 

âomaem (cnsaU 411 

Senesfil (lerire) 534 

Sephorie (bourg) 44S 
SerniD (le) (vilie) 3!4, 354 

Seroah (cajsl) 497 

Seroe (casai) 391 

Sorvanlikar (cliàlpaul 360 
Sesquara ou Ztsquara (casai) 497 

S«Eye (casai) 446 

Set (usai) 3»3 

SeyIoD (casai) 439 

Sipb (casai) 391 

SUara (caaal) 441 

Soaffl (casai) 497 

Soeta (casai) 414 

SohaGn (casai) 497 

SolimaniB (ca^al) 4îi 

Sonia ou casai de l'Iiivjque 391 

Sophie (casai) 497 

SoquoUïe (casai) 497 

Sorbsel (casai) 391 

Sorbe (casai) 372 

Sororgie (ville) 310 

SoroTs (cssal) 497 
Sondin (le) (ville) ISl, 301, 353 

SonpronK (cMieuD) 3S0 

Solda (casai) 391 
Sobete (la terre de] 433, 43S 

Sumcssa (casai) 373 

Snura (fieO 371 

Supheye (Msal) 497 

Siorcorum (cisal) 498 

Tabaria (casai) 498 

Tabarje (ville) U6 

Tscanchara (château) 330 

Tala (casai) 3S3 
Tania ou Thaneza (château de) 330 

Ttphilia (ehitcau) 395 



Tarphile (coaal) 
Tarphine (casai) 
Tayerbika (casai) 



310 



Tell Agiii (cbit*au) 

Teli Ascbichan (château) 331 

Tell Eda (casai) 354 

Tell el Akharim (chïleau) 354 

Tell .'l Mascliouka (lertre) 499 

Tell (Jourun (cli&teau) 331 

Tell Hiruk (cliiteuu) 354 

Tell ibu Miicher (château) 351 

Tell Kahliusm (chUteau) 331 

Tell Kourad (château) 3Ï4 
Tell Uaunas eu Menés (châlsao) 354 

Tell Mouiea (villi^ 331 
Ti^rfiilsa ou Tahirefelse (casai) 494 



sal) 



...le <c 



494 
498 
499 



Tersya ou Tarsifl (casai) 

'Tfsfallia (casall "« 
Tcyrfcbne ou Tahcrsibena (casai) 499 

Thnliibie (cassi) 499 

Thanis OU Thannoch (casai) 447 

Thecua (cassi) 397 

Tholedehep (casai) 37i 

Thora (casai) 393 

TolUUf (casai) 493 

Torciase (casai) 499 

Toron (le) (chilean) 499 
Tarlosfl (ville) 38,130,131,319,317,35» 

TotomolB (casai) 354 

Toula 79 
Tounn (caaal) 



isal) 



434 
424 



aj)its_ ,_ 

Tour Rouge (la) (casai 
Tour des SalinL-a (In) 

Tnpffisac (châlejiu) 3&t 

Trassim (casai) 4ÏS 

Tréfile SOO 

Tricaria ou TKcharia (casai) 3S4 
Tripuli 4, 6. a, 9, 181, 379 M suiv. 

TsonmE (cliSleiiu) 358 

Tuban (château) 37B 

Tubnnif (casai) 431 
Tulupc (ville) 303, 322 

Turbasaim (casai) 392 

Turb.«sul (ville) 321 

Turcho (caaal) 393 

Turon (id.) 500 

Tymini ou Galgala (casai) 432 

Tyr B, 13, 112, 813, 118, 800